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Famille | France | Histoire | Livres | Politique | PS | 13.09.2014 - 10 h 12 | 16 COMMENTAIRES
Pour Valérie Trierweiler, François Hollande « n’a jamais compris la portée » du mariage pour tous.

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merci pour ce momentLe livre de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment (éd. Les Arènes), a déclenché des réactions hostiles ou enthousiastes, mais il n’a pas laissé les Français indifférents. Parmi les souvenirs, accusations et témoignages dévoilés par la journaliste au sujet de son ancien compagnon, on trouve un passage du livre consacré à l’attitude de François Hollande durant le vote de la loi sur le mariage pour tous.

Valérie Trierweiler reproche d’abord à François Hollande une certaine forme de lâcheté, voire de pusillanimité, face à cette réforme. Il aurait en effet préféré la « mettre en avant » à cette occasion, profitant même peut-être de l’occasion pour rester lui-même en retrait :

Je ne suis pas dupe non plus : dans certaines circonstances, me mettre en avant l’a arrangé. Comme lors du mariage pour tous. […] Dans ce combat, je suis allée en première ligne, avec son assentiment, et peut-être même à sa place.

Valérie Trierweiler a effectivement été présente à plusieurs moments importants lors du vote de cette loi, et elle a publiquement soutenu cette réforme, quitte à s’attirer les foudres des opposants au mariage pour tous. Elle note cependant que, si le président lui a délégué ce rôle, c’est peut-être bien avec cynisme et complaisance, afin de pouvoir ne pas trop s’engager ni s’investir lui-même.

Elle lui reconnaît malgré tout un peu de courage, pour avoir tenu bon malgré la Manif pour Tous :

François n’a pas reculé malgré les manifestations monstres.

Mais ce n’est pas pour autant qu’elle fait l’éloge du président ! D’une part, elle lui reproche  de n’avoir jamais été intimement convaincu par cette réforme. Pour justifier cette remarque, elle revient avec amertume sur une déclaration bien connue de François Hollande, devant l’Association des Maires de France. Fin 2012, il reconnaît aux maires récalcitrants, dans une formule malheureuse, le droit à la « liberté de conscience » pour refuser de marier deux personnes du même sexe. S’il retire très vite cette déclaration, c’est apparemment sur le conseil, entre autres, de Valérie Trierweiler, et face aux réactions hostiles que ce propos a déclenchées au sein de son propre camp :

« Il a tenu cette promesse alors qu’il n’en était pas convaincu au fond de lui, évoquant même « la liberté de conscience des maires ». En découvrant cette formule, je lui ai envoyé un message dans la seconde pour l’avertir que la phrase ne passerait pas. Et effectivement, devant le tollé, il l’a retirée. »

Hollande au 95e congrès des maires de France

Hollande au 95e congrès des maires de France

Mais le second reproche est plus grave, et plus personnel. Dès le 04 septembre 2014, Les Inrocks avaient relevé cette phrase dans le livre de Valérie Trierweiler, au sujet du mariage pour tous :

« François n’a jamais compris, sinon de manière théorique, la portée de cette réforme emblématique de la gauche ».

Que le président ne soit pas convaincu, « au fond de lui », par une réforme qu’il a promise, est une chose, qui relève après tout de sa liberté personnelle. C’est certes un peu triste, mais on ne demande pas aux hommes politiques de croire intimement à toutes les réformes de société qu’ils effectuent : l’important est qu’ils les accomplissent, et qu’ils fassent ainsi progresser de toute façon la société. En politique, l’acte compte davantage que la conviction, même s’il est tout de même conseillé que les deux coïncident au maximum ! Mais que François Hollande n’ait même pas saisi l’importance de cette réforme est plus grave : c’est une erreur d’appréciation politique, voire historique.

Valérie Trierweiler apporte à cela une explication toute personnelle, qu’elle relie à se propre histoire avec le président  : si la réforme du mariage pour tous lui a somme toute semblé lointaine et étrangère, c’est « sans doute parce qu’il voit le mariage comme une porte qui se ferme ».

Pour Valérie Trierweiler, cette erreur est d’autant plus criante que le mariage pour tous est une réforme historiquement et politiquement fondamentale à trois titres : pour le quinquennat de François Hollande lui-même, pour la gauche en particulier, et pour l’histoire de France en général.

 [Cette réforme] restera peut-être la seule marque [de François Hollande] dans l’Histoire de France. […] Je ne doute pas une seconde que le mariage pour tous sera la dernière grande réforme de la gauche.

Valérie Trierweiler

Valérie Trierweiler

Par rapport à la propre histoire de leur relation, qui s’est achevée brutalement et qu’ils ont tous deux vécue très difficilement, Valérie Trierweiler tire du succès de cette réforme une remarque amère et ironique envers François Hollande : « C’est un joli pied de nez du destin » !

Enfin, Valérie Trierweiler extrapole le déroulement de cette réforme pour expliquer qu’à l’inverse, une autre réforme annoncée par François Hollande durant la campagne de 2012 ne sera pas menée à son terme. D’un ton catégorique, elle affirme :

« Je suis sûre qu’il n’ira pas jusqu’au bout de son engagement d’accorder le droit de vote aux immigrés aux élections locales, annoncé et promis maintes fois. Manque de conviction, trop d’obstacles, le cheval se cabrera. »

Sur le mariage pour tous, ce livre éclaire donc quelque peu, d’une lumière toute personnelle, les événements passés. Reste désormais à savoir si l’intuition et le pessimisme de Valérie Trierweiler s’avèreront exacts pour la politique à venir.

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