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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
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Discriminations | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | Medias | Politique | UMP | 11.10.2014 - 02 h 27 | 3 COMMENTAIRES
Lettre ouverte à Monsieur Xavier Bertrand, député-maire de Saint-Quentin (Aisne).

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Monsieur le député-maire Xavier Bertrand,

Vous avez affirmé récemment, lors de votre passage au Grand Journal de Canal +, que vous aviez participé à « chacune » des « manifs pour Tous » organisées depuis la création de ce mouvement en novembre 2012. Cela représente au minimum sept jours complets passés à arpenter les rues de Paris, de Montparnasse à l’Arc de Triomphe, en passant par les Invalides, le Trocadéro, l’arche de la Défense, le Quai d’Orsay ou la porte Dauphine. Durant ces dizaines de kilomètres de marche cumulés au beau milieu de vos dimanches après-midi, il semble que vous ayez mieux appris à découvrir la géographie de Paris que les habitants de Saint-Quentin, votre ville et votre circonscription.

Xavier Bertrand

Xavier Bertrand

Il faut sans doute croire que vous avez bien du temps à perdre chaque dimanche. Certes, vous pouvez naturellement occuper votre temps libre aux activités sportives et récréatives de votre choix – si tant est qu’un député-maire d’une ville de 70 000 habitants dispose d’une journée de temps libre par semaine, ce qui resterait encore à prouver. Mais pour mettre à profit vos jours de repos désœuvrés, vous pourriez par exemple vous promener davantage dans les rues de Saint-Quentin, parler avec les gens, et découvrir ainsi une réalité qui vous est apparemment largement ignorée. Vos engagements répétés « en tant que citoyen » aux côtés de la Manif pour Tous, non seulement nuisent aux homosexuels de votre circonscription et d’ailleurs, mais ne semblent de surcroît pas profiter aux habitants de Saint-Quentin.

Faut-il vous rappeler que vous êtes à la fois l’un des acteurs principaux et le représentant d’un territoire en grave difficulté économique et sociale ? Ignorez-vous que l’Insee, à partir de 27 facteurs liés à la qualité de vie dans les régions, classe Saint-Quentin et l’ensemble de votre circonscription parmi les territoires de France « en situation peu favorable », ce qui signifie qu’il s’agit hélas de l’une des zones les plus défavorisées et les moins attractives du pays ?

Vous prétendez que la participation aux Manifs pour Tous vous permet de discuter avec « les Picards ». Mais pour connaître la réalité de votre ville, Monsieur le député-maire, il n’est pas nécessaire de monter à Paris pour vous entretenir avec quelques homophobes venus de Compiègne, Senlis et Longueau. En effet, l’urgence, à Saint-Quentin, tout aussi bien dans votre ville que dans votre circonscription, c’est de régler du mieux possible les graves problèmes structurels, économiques et sociaux, qui s’accumulent inexorablement. Ce n’est pas dans la Manif pour Tous, entre deux invectives contre les LGBT et trois levers de drapeaux « bleus, blancs, roses » que vous connaîtrez la réalité de votre ville.

Les habitants de Saint-Quentin n’attendent pas de leur maire qu’il aille se pavaner dans des défilés inutiles où il pourra côtoyer l’Action française et Marion Maréchal-Le Pen. Ils attendent de lui qu’il les aide à vivre mieux dans leur ville. Or, Saint-Quentin, au quotidien, ce sont :

des jeunes adultes qui font tout pour quitter la ville, parce qu’ils préfèrent malheureusement étudier ailleurs, et parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi à la sortie de leurs études,

de nombreux commerces qui ferment, parfois même très peu de temps… après leur ouverture,

un patrimoine historique, industriel, architectural et urbain laissé à l’abandon,

une population désabusée, attristée, désespérée de se sentir abandonnée par la classe politique locale et nationale – et en particulier par son député-maire,

– un Front national qui obtient plus de 20% des voix aux élections municipales,

de nombreux travailleurs pendulaires qui trouvent des emplois dans des villes plus attractives (Paris, Amiens, Lille, Reims), et qui ne restent à Saint-Quentin que par défaut, avant d’aller ailleurs s’ils le peuvent.

une vie culturelle déclinante, où des spectacles sont fréquemment annulés faute de spectateurs.

l’un des taux de chômage les plus élevés de toute la France, qui est passé de 11% à 16% entre 2008 et 2013.

Pour parachever le tableau, le département de l’Aisne, dont Saint-Quentin est la ville principale, fait partie des 10 derniers en France lorsque l’on évalue la qualité de vie des départements. Et vous, pendant ce temps-là, vous trouvez le temps d’aller gambader avec Ludovine de la Rochère pour abroger une loi qui ne le sera jamais, et lutter contre les familles homoparentales ? C’est donc là votre priorité de maire et de député ?

Saint-Quentin

Saint-Quentin

M. Bertrand, lorsque la presse locale a voulu interroger des homosexuels sur le mariage pour tous en 2012-2013, elle a eu toutes les peines du monde à rencontrer des Saint-Quentinois prêts à témoigner, car ils avaient peur d’être alors stigmatisés dans leur propre ville. Est-ce bien cela que vous souhaitez pour les habitants de votre ville ? Et pensez-vous que votre soutien à la Manif pour Tous rassure les homosexuels de votre circonscription quant à la réaction de leurs élites et de leurs concitoyens face à l’homosexualité ? Si les droits des homosexuels ne vous intéressent pas, et que de simples raisons morales ne suffisent pas à vous empêcher de les combattre, modérez au moins vos propos par respect pour les citoyens de votre ville…

Le bulletin météo qui a suivi votre intervention a heureusement permis de conclure la séquence sur une petite note d’humour. Et de l’humour, il en faut sans doute, aux Saint-Quentinois, pour supporter leur quotidien tout en voyant le peu de temps que vous leur accordez, au profit d’autres causes qui vous monopolisent à leurs dépens.

Vous pourriez penser que les dernières élections municipales vous ont apporté un plébiscite de la part de la population, qui vous aurait accordé un blanc-seing en 2014. Vous auriez bien tort de croire cela : vous n’avez remporté les dernières élections législatives qu’à 196 voix près (sur 34 000 inscrits), et vous auriez d’illustres prédécesseurs dans la liste des gens persuadés d’avoir un mandat de député à vie quels que soient leurs actes, tels Jean-Marc Nesme, Eric Raoult, ou Brigitte Barèges – qui n’ont pas été du tout récompensés par leur électorat pour leur opposition viscérale aux droits LGBT.

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Au cours de cette interview, vous reprochez même au Front National de ne pas être assez à droite sur la question du mariage pour tous, et d’avoir été trop « en retrait » sur ce point : vous n’effectuez donc même plus de rapprochement avec le Front National (qui ne vous aime guère), vous cherchez carrément à le dépasser par sa droite ! Dans le même temps, à l’instar de Marine Le Pen, vous promettez une très hypothétique abrogation de la loi sur le mariage pour tous, dont vous savez très bien qu’elle n’aura jamais lieu, pour des raisons juridiques et politiques. Les liens historiques de Saint-Quentin avec l’Espagne devraient vous amener à regarder au-delà des Pyrénées : la droite espagnole a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non ! Plus près de votre circonscription : la droite britannique a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non, c’est même elle qui l’a instauré ! Alors ne cherchez pas à berner vos électeurs potentiels en lançant une promesse dont tout observateur sérieux sait qu’elle ne tient pas la route. Dans le grand public et dans votre parti, il y a encore des gens qui croient en vos paroles : cela devrait vous conférer une certaine responsabilité et un peu plus de décence dans vos propos.

Ironie due au hasard, ou mauvais calcul politique : ces propos interviennent alors même que ce week-end, Saint-Quentin accueille justement… le salon du mariage et du Pacs ! A cette occasion, on apprend que sur 338 mariages réalisés dans votre ville depuis janvier 2013, 13 ont concerné des couples de même sexe. Croyez-vous que ces couples puissent se promener aisément main dans la main lorsqu’ils sont à Saint-Quentin, comme le font les autres couples hétérosexuels ? De plus, aucun de ces couples de même sexe n’a eu droit à votre présence lors de son mariage, alors que vous avez célébré vous-même des mariages de couples hétérosexuels, et vos propos sur le mariage pour tous signifient que vous auriez voulu pouvoir refuser à ces 13 couples de même sexe le droit de se marier. Ces sept jours passés dans les « manifs pour tous » n’ont-ils donc comme seul but que de nuire au bonheur de quelques couples saint-quentinois ? Est-ce là l’aboutissement de vos « convictions » et de votre engagement personnel, alors qu’il y a tant de difficultés auxquelles les Saint-Quentinois aimeraient que vous apportiez des solutions concrètes ?

Je vous prie, Monsieur le député-maire, de bien vouloir agréer l’expression de mon plus profond respect – sentiment dont je dois bien reconnaître avec quelque regret, au vu des « convictions » que vous affichez à l’heure actuelle, que vous ne l’éprouvez en aucune manière envers les LGBT qui ont lutté et luttent encore pour leurs droits légitimes.

Numa.

***

P.S. : Vous trouverez ci-dessous, pour rappel, le verbatim de vos échanges avec les présentateurs du Grand Journal sur Canal + ce 06 octobre 2014.

Antoine de Caunes – Xavier Bertrand, vous étiez présent, vous l’avez dit tout à l’heure, à la Manif pour Tous, hier. Pourtant, vous vous êtes tenu loin des ténors de la droite. Pourquoi cette discrétion ?

Xavier Bertrand – J’ai défilé dans chacune des manifestations, mais jamais derrière les banderoles. Pourquoi ? Parce que, en tant que politique, je m’exprime à l’Assemblée, ou par exemple sur votre plateau. Vous m’invitez parce que je suis parlementaire, et parce que je suis candidat à la primaire. Mais si j’ai défilé, c’est avant tout en tant que citoyen, et puis il y a aussi une autre chose. Vous voyez : vous êtes derrière la banderole, là. Belles images, très bien. Mais vous parlez avec qui ? Avec les autres élus que vous avez mille occasions de voir. Alors que, au milieu, notamment avec les gens de Picardie, c’est plus intéressant et c’est mieux qu’un sondage, et ça permet de voir la réalité de cette manifestation.

Antoine de Caunes – Symboliquement, ça n’a pas le même poids si vous êtes derrière la banderole, et si vous êtes perdu dans la foule.

Xavier Bertrand – Perdu ? Vous savez, c’était pas discret. Non seulement ça se sait, c’était sur les réseaux sociaux, et j’assume totalement ma présence, mais je le fais aussi en tant que citoyen, parce que ça touche complètement mes convictions. […]

Jean-Michel Apathie – Cette manifestation a une réalité : elle réunit, c’est assez rare, les dirigeants de l’UMP et les dirigeants du Front National : c’est normal selon vous, c’est le jeu de la démocratie ou c’est embêtant ?

Xavier Bertrand – Le Front National, sur ces questions-là, a été très en retrait. Marine Le Pen, sur cette question, notamment au début, a été très en retrait. En ce qui nous concerne, et en ce qui concerne un certain nombre de personnalités, elles ont toujours été constantes dans l’opposition au mariage pour tous.

Natacha Polony – Est-ce que vous n’avez pas déjà perdu le combat idéologique ? […]

Xavier Bertrand – Perdre cette bataille idéologique, c’est si on renonçait à revenir en arrière, si on renonçait à abroger la loi Taubira. Ca voudrait donc dire que le progrès est synonyme de la gauche, et que parce que la gauche l’a fait, c’est synonyme de progrès, et qu’il nous est interdit de revenir dessus. Mais dans ces conditions-là, parce que la gauche l’a voté, si nous revenons au pouvoir en 2017, on ne pourra rien faire. On a déjà connu cette forme de défaite idéologique sur les 35 heures, il n’est pas question de dire qu’on ne pourra pas rien faire, parce que dans ces cas-là, il faut pas s’étonner que les Français ne votent plus. […] Il n’est pas question de démarier les couples homosexuels, il n’est pas question non plus de désadopter des enfants, mais il faut savoir qu’au 19ème siècle par exemple, en France, il y a eu le divorce, le divorce a été aboli, il a été rétabli, je crois, près de 70 ans après, on n’a pas obligé non plus les couples à se remarier. Donc les choses sont tout à fait possibles juridiquement. Je suis pour que l’on accorde la possibilité de s’unir pour les couples homosexuels, mais à partir du moment où vous avez l’égalité complète, il faut voir que l’engrenage de la loi Taubira amènera forcément – ce sera une question de mois ou d’années – à la GPA et à la PMA. Ceux qui disent le contraire, soit ne sont pas au courant, soit mentent sciemment. Parce que la cour de cassation donnera cette interprétation, et aussi la cour européenne de droits de l’homme.

Jean-Michel Apathie – Vous dites que vous êtes pour que les couples homosexuels puissent s’unir. Sous quelle forme, si ce n’est pas le mariage ?

Xavier Bertrand – Vous avez l’union civile, célébrée en mairie, parce que je trouve normal que la république donne aussi sa reconnaissance à cette union. A partir du moment où vous avez l’union, cela me va ; mais si vous avez la filiation, je ne suis plus d’accord. Alors je sais bien qu’on me dit ça, en disant : « Vous avez pas compris, on peut pas dire ça, il faut faire attention : ce sont mes convictions. Et même s’il y avait seulement 20% de Français qui étaient favorables à ça, ça n’est pas le problème, parce que ce sont mes convictions. […] Il faut aller au-delà du Pacs. Le Pacs est incomplet. Et d’ailleurs, nous aurions dû le faire évoluer, le Pacs, comme on l’avait promis à l’époque. D’ailleurs, c’est une grande leçon : quand vous ne menez pas les réformes selon vos valeurs, il ne faut pas s’étonner que vos adversaires les conduisent selon leurs valeurs. Ca aussi, c’est quelque chose qui est à méditer : faut jamais avoir peur d’engager les réformes, parce qu’autrement… Vous avez un sujet, c’est que vous avez une société française qui à mon sens a été déstabilisée, et comme je crois que les réformes à mener dans les années à venir seront très importantes ; en matière économique il faudra aller très loin ; sur le modèle social, si on veut garder l’essence du modèle social, il faudra le rénover ; pour rétablir l’ordre il faudra des réformes qui iront très loin ; mais sur les questions de société, que ce soit sur la question de la fin de vie, que ce soit sur la question de la famille, il faut une vraie stabilité.

Natacha Polony – Et vous n’allez pas rouvrir des fractures ? Vous allez pas refracturer encore plus ?

Xavier Bertrand – Je ne le crois pas, parce que l’aspiration profonde de nombreux homosexuels qui voulaient s’unir, c’était l’union, c’était le mariage, pas la filiation.

Antoine de Caunes – Une question un peu plus personnelle pour finir : vous vous rêvez toujours en candidat UMP en 2017, entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

Xavier Bertrand – J’ai toujours cette ambition-là. […] Je suis dans une voie très différente d’eux, peut-être parce que j’ai pas le même parcours qu’eux, peut-être parce que je ne suis pas dans la vie politique depuis 30 ans comme eux au niveau national, peut-être aussi parce que j’ai une façon de travailler, peut-être un peu plus loin de l’hyper-activisme médiatique, parce que c’est ce qui permet d’avoir une vraie réflexion et un vrai travail de fond. Mais c’est encore loin, c’est deux ans et demi, la primaire, et ça demandera la construction d’un vrai projet personnel.

Antoine de Caunes – Actuellement, au niveau des sondages, vous en êtes au même point que François Hollande

Jean-Michel Apathie – Oui, on voudrait pas vous saper le moral, mais regardez : on a trouvé ce petit sondage, vous le connaissez. Vous êtes à 3% auprès des sympathisants UMP, et Nicolas Sarkozy est à 62%. Vous le voyez : y a du boulot.

 

Fiction | France | Homophobie | Mariage | Politique | 15.03.2013 - 11 h 58 | 12 COMMENTAIRES
La Barjot s’en va-t-aux Champs : le manuscrit retrouvé

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Le vendredi, c’est lecture, détente et culture pour préparer le week-end ! Or, une découverte importante dans l’histoire du théâtre vient d’être faite cette semaine par un spécialiste de la littérature du 19eme siècle. En effet, un manuscrit daté de 1883, et signé de la main d’Eugène Labiche ou de Georges Feydeau (les analyses graphologiques sont en cours), vient d’être retrouvé, plié en quatre dans la doublure d’un fauteuil Voltaire qu’il venait d’acheter auprès d’un brocanteur.

L’intrigue en est simple : une mondaine excentrique et croyante, répondant au nom de Frigide Barjot, compte prendre d’assaut les Champs-Elysées. Pour cela, elle réunit autour d’elle un certain nombre de bourgeois maladroits, qui se laissent entraîner par son plan de conquête, et finissent par se fâcher avec la préfecture de police.

Voici le début de la pièce, retranscrit à partir du manuscrit original par notre expert littéraire.

La Barjot s’en va-t-aux Champs, Pièce en trois actes

Acte ILa scène représente le bureau spacieux d’un appartement cossu du XVe arrondissement de Paris. Assis autour d’une table, les principaux responsables de la Manif pour tous débattent avec quelques-uns de leurs invités, conseillers et mécènes. Au lever du rideau, Frigide Barjot se lève et lance des liasses de papiers en l’air, d’un air très énervé.

Frigide Barjot – Faut arrêter maintenant ! Ca fait des heures qu’on discute !

Laurence Tcheng – Mais, Frigide, on vient à peine de commencer…

Frigide Barjot – Ca fait des heures, j’te dis ! De toute façon, dès que Derville se met à parler, on a l’impression que c’est des journées qui passent. On n’est pas à l’Assemblée ici ! Derville, si tu te prends pour Mariton, t’as qu’à mettre des pulls mauves, et on n’en parle plus !

(Tugdual Derville fait mine de vouloir parler, mais Frigide Barjot reprend la parole aussi sec.)

Frigide Barjot – De toute façon, c’est tout vu ! Maintenant, assez de blabla : moi je m’en fous, je prendrai les Champs, que la Préfecture le veuille ou non ! On est en démocratie, alors c’est pas un préfet qui va m’interdire de marcher sur les Champs ! Les Champs, c’est le haut lieu de la culture et de la tradition française! ! Alors, avec ma carrière dans la chanson et le cinéma, si moi je représente pas la quintessence de l’élégance à la française, je veux bien me pendre !

Christine Boutin (tout bas) – Ouais, des promesses, toujours des promesses…

Xavier Bongibault – Non mais c’est évident que Frigide a raison.

Philippe Brillault – Ecoutez, on ne va pas recommencer avec cette histoire ! Mes administrés du Chesnay s’inquiètent : à neuf jours de la manif, il n’y a toujours pas de trajet ! Si la préfecture refuse toujours de nous laisser les Champs, il va bien falloir trouver autre chose.

Frigide Barjot – Toi, tu n’as même pas été capable de nous pondre une pétition qui tienne la route, alors fais-toi discret !

Xavier Bongibault – Là, ouais, Frigide a raison.

Claude Bébéar – Il faudrait tout de même s’assurer qu’il n’y aura pas de casse. J’ai une agence sur les Champs, moi, je n’ai pas envie qu’elle soit vandalisée. Après, il peut y avoir des accidents, ça c’est pas grave : ça incitera les gens à souscrire des contrats « Soin, dépendance et invalidité », dont (il sort un énorme dossier de feuilles de son attaché-case) j’ai ramené quelques exemplaires au cas où il vous arriverait quelque chose. On ne sait jamais : la souscription n’est pas chère, je peux même vous faire une remise de 10%, et…

Frigide Barjot – Je vous dis que je prendrai les Champs ! Que vous le vouliez ou non ! Vous êtes des lâches ! Des incapables ! Des…

Claude Bébéar – Eh oh, du calme. Avec tous les sous que je donne, j’ai quand même le droit de donner mon avis.

Tugdual Derville – Claude et Philippe ont raison, il faut arrêter avec cette histoire : les fidèles sont un peu décontenancés et ne savent pas s’ils vont venir.

André Vingt-Trois – Ca c’est vrai ! En province, les collègues sont même en train de se demander si ça vaut vraiment le coup de faire décaler les messes pour que les gens aient leur dimanche matin de libre. Dans la France rurale, il y a plein de cardinaux qui disent que ça fait faire des heures supplémentaires le samedi soir, sans compter la fatigue des trajets en bus. Il faut se décider pour un trajet, et respecter la préfecture.

Frigide Barjot – M’en fous ! On doit aller sur les Champs ! Vous êtes des pantins ! Des guignols ! Des ahuris !

Xavier Bongibault – Frigide a raison.

Basile de Koch – Du calme, chérie…

Xavier Bongibault – Tout ça à cause de ce collabo d’Hollande. Il est pire que Hitler, hein ! Vous voyez, j’avais raison !

Claude Bébéar – Finalement, on n’aurait pas dû écouter Christine. L’histoire du printemps arabe et de prendre une place de Paris pour se faire entendre, c’était une mauvaise idée.

Christine Boutin – Ca va me retomber dessus ! Elle est bonne, celle-là ! Ce n’est pas moi qui ai choisi une comique-troupière pour représenter un mouvement sérieux comme le nôtre. On vit une crise de civilisation qui va mettre fin à l’humanité et aux droits de l’homme, et on nous sort une saltimbanque écervelée pour défendre notre opinion ! Vous croyez que ça me plaît, à moi, de défiler avec des ballons saugrenus, entourée de gens qui n’ont rien compris à ce qu’on raconte et sur de la musique braillarde ?

Frigide Barjot – Ne nous divisons pas. Moi je dis que tu as eu raison, Christine. C’est pas parce que t’es has been que t’as plus de ressources. (Chrstine Boutin veut répondre, mais Frigide Barjot se met à crier) On va prendre une place ! On va faire le Printemps arabe ! On part à la conquête des Champs, comme en 44 !

Tugdual Derville – Parti comme c’est, on va surtout prendre la fuite. Ou se prendre un rateau de plus, après ton livre qui a fait un flop et la pétition qui n’a servi à rien.

(Christine Boutin rit discrètement.)

Laurence Tcheng – Bon, on leur propose quoi, comme trajet, à la préfecture, alors ? On passe par le vingtième et la banlieue ? C’est ça que vous voulez ?

Tous – Ah non, pas la banlieue !

Philippe Brillault – La ruralité, ça va bien comme ça, hein : moi, j’ai déjà le Chesnay.

Christine Boutin – Eh bien moi, j’ai eu Rambouillet ! Alors dans l’abnégation, je suis celle qui est allée la plus loin ! D’ailleurs…

Frigide Barjot (qui fulmine) – On prend les Champs, on prend les Champs, on prend les Champs !

Xavier Bongibault – Frigide a raison.

Claude Bébéar – Bon, c’est fini, le perroquet ?

André Vingt-Trois – Je vais réunir les conseillers juridiques de l’archevêché, et nous allons voir ce qu’ils peuvent faire. Il faut aussi que je rappelle François pour lui demander un service

Frigide Barjot – Tu appelles Hollande ? Tu lui dis qu’il doit retirer la loi Taubira ! Et je veux le rencontrer immédiatement !

Xavier Bongibault – Et tu lui dis que c’est un collabo ! Un nazi ! Un Hitler !

André Vingt-Trois – Mais non, j’appelle le pape, Bergoglio.

Tous – Le Saint Père !

Christine Boutin – Oui, eh bien là c’est carrément l’aide du Saint-esprit qu’il nous faudrait…

André Vingt-Trois – Allons, la séance est levée, la messe est dite, et bonsoir chez vous !

(Le rideau tombe. Fin du premier acte.)

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