4297 Hervé Mariton | E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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Famille | Homophobie | International | Mariage | People | Politique | UMP | 11.05.2013 - 02 h 39 | 2 COMMENTAIRES
La Barjot s’en va-t-aux Champs : Acte III

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Un manuscrit de la fin du 19e siècle a été retrouvé par hasard au printemps 2013. Il s’agit d’un vaudeville en trois actes inédit, dont les plus récentes analyses semblent montrer qu’il serait de la main de Georges Feydeau. Cette pièce, intitulée La Barjot s’en va-t-aux Champs, a pour héroïne une bourgeoise excentrique et très croyante, qui entraîne dans son délire une foule de personnages étranges et parfois inquiétants. L’acte I montrait une importante réunion de concertation entre la mondaine et ses alliés, bien décidés à prendre d’assaut les Champs Elysées. Dans l’Acte II, pour financer leurs actions, l’héroïne et son ami Xavier ont effectué quelques ventes auprès de représentants du peuple très enthousiastes. A présent, l’acte III clôture la pièce, et nous montre les dernières évolutions du petit groupe de personnages.

La Barjot s’en va-t-aux Champs, Pièce en trois actes

Acte III La scène représente une pièce agréable et spacieuse. Au fond, le soleil entre par plusieurs velux, qui sont ouverts. Les murs à gauche et à droite de la pièce sont couverts de très hautes étagères en chêne. Elles sont remplies d’ouvrages des 18e, 19e et 20e siècles. Au centre, une grande table rectangulaire en bois noble est entourée d’une vingtaine de chaises. Sur une petite table à l’arrière, sous les velux, se trouvent un téléphone sans fil, quelques documents et un coupe-papier. Un tabouret est placé sous la table, et une imposante horloge blanche la surplombe. On accède à la pièce par deux portes en verre, situées l’une à gauche et l’autre à droite de la scène.

Au début de l’acte, la pièce est silencieuse : on entend seulement le tic tac de l’horloge et des sifflements d’oiseaux qui entrent par les velux ouverts. La porte de droite s’ouvre : entrent Hervé Mariton, qui porte un attaché-case, puis Frigide Barjot, Xavier Bongibault, Christine Boutin et Béatrice Bourges.

Hervé Mariton – Bon, installez-vous autour de la table, on va pouvoir commencer rapidement. (Tous s’assoient. Hervé Mariton sort des dossiers qu’il remet à chacun des quatre autres. Il reprend la parole une fois la distribution terminée.) Mes chers amis, ce moment est historique. Les documents que je vous ai distribués sont d’une importance extrême, et je suis particulièrement heureux de pouvoir vous accueillir en ce lieu symbolique et solennel. (Frigide Barjot, après avoir sorti une petite fiole, s’endort peu à peu pendant qu’il parle.) En effet, vous avez devant vous le développement argumenté et exhaustif des recours que nous, parlementaires UMP et UDI, avons déposés le 23 avril 2013 dans le cadre de notre saisine du Conseil Constitutionnel, aux fins de déclarer inconstitutionnelles les dispositions de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Je vous propose d’en étudier sans différer les principaux tenants et aboutissants.

Xavier Bongibault, qui regarde fixement Hervé Mariton – Gné ?

Frigide Barjot, se réveillant soudain – Comment ? Ca y est ? Je suis élue Maire de Paris ? Merci, merci, merci ! (elle se ressaisit, et boit une gorgée de sa petite bouteille).

Hervé Mariton – Dites, un peu d’attention ne nuirait pas à la compréhension de mon discours. Si nous étions à l’Assemblée, je vous rappellerais le règlement, qui stipule expressément que…

Xavier Bongibault – Ah non, ah non, stop avec tes mots d’il y a cent millions d’années : je n’ai déjà rien compris à tes histoires de saisine exhaustive et solennelle qui aboutit à des tenants parlementaires, alors n’en rajoute pas ! On ne m’avait pas dit qu’on venait ici pour parler chinois.

Frigide Barjot – Ne contrariez pas le petit : il fait un café divin et il répète tout ce que je lui raconte. Ca fait trois ans que je l’entraîne, alors certes il ne sait faire que ça, mais il le fait très bien. (elle boit une rasade de sa fiole.) Expliquez-lui plutôt ce que Hervé vient de raconter, au lieu de l’énerver.

Christine Boutin, se tournant vers Xavier Bongibault – Il a dit qu’on va expliquer aux juges pourquoi les gens comme toi, on doit les respecter, mais les empêcher de se marier entre eux parce qu’ils sont décadents et menacent l’ordre public. Tu comprends, ça ?

Xavier Bongibault, réjoui – Ah oui, ah oui, on lutte contre le mariage entre hommes ou entre femmes, parce que ça va détruire la civilisation, comme Frigide me l’a dit ! C’est vrai, c’est vrai !

Béatrice Bourges – Il dit oui, et en plus il est content ! C’est vrai qu’il est gentil : il est même complètement stupi…

Frigide Barjot, l’interrompant – Oui, stupéfiant ! Et tu sais, au prix où je le paye, c’est une affaire ! Par contre, qu’est-ce que le café a augmenté… Encore un peu, et ça me coûtera aussi cher que mes clopes, mon alcool et ma co…

Hervé Mariton, l’interrompant à son tour – Mesdames, si vous êtes venues parler du prix de vos emplettes quotidiennes, je m’en vais ! J’ai eu assez de mal à vous faire rentrer ici tous les quatre : restons-en donc à notre sujet, s’il vous plaît. Je vous rappelle que nous allons avoir des invités prestigieux dans quelques minutes, alors il faut que nous soyons au point. Vous avez cinq minutes pour lire ces dossiers, puis nous en discuterons pour nous mettre d’accord.

Béatrice Bourges et Christine Boutin se mettent à lire. Frigide Barjot prend une gorgée de sa petite bouteille, puis elle se lève. Xavier Bongibault regarde dans le vide, en direction d’Hervé Mariton.

Frigide Barjot – Mais au fait, Hervé… Comment tu as fait pour nous faire rentrer dans la bibliothèque du Conseil Constitutionnel ? C’est quand même pas donné à tout le monde… J’ai beau être une star internationale, qui déclenche l’enthousiasme des foules en Belgique, aux USA, et bientôt au Maroc,…

Béatrice Bourges – Arrête ton char, Frigide, tu n’y es même pas allée, à Washington,…

Christine Boutin – Et en Belgique, tu as été autant huée qu’à Lyon, c’est dire !

Béatrice Bourges – Même à Argenteuil, tu as à peine réussi à rassembler 200 personnes…

Frigide Barjot – Hervé, dis quelque chose, ou je quitte cette pièce avec mon imbé… euh, avec mon indépassable Xavier. (Entendant son nom, Xavier Bongibault tourne son regard vers Frigide Barjot et l’admire avec un sourire béat)

Hervé Mariton – Il manque vraiment un règlement ici, c’est criant : il y aurait de beaux rappels à faire. Mesdames, Frigide veut savoir comment je vous ai fait entrer ici. J’avoue que c’est un tour de force, et il vous intéressera toutes, n’est-ce pas ? (Christine Boutin et Béatrice Bourges acquiescent) Alors voilà : la bibliothèque du Conseil Constitutionnel n’est accessible qu’aux grands chercheurs de droit public. J’ai donc contacté nos juristes, Anne-Marie Le Pourhiet et Aude Mirkovic, qui s’y connaissent aussi bien en droit que moi en bon goût vestimentaire. Elles ont appelé le service documentation du Conseil Constitutionnel pour les prévenir de votre arrivée, en indiquant que vous collaborez étroitement avec elles au sujet d’un grand débat juridique.

Frigide Barjot – Attends, Hervé, tu as fait passer Xavier et moi pour des chercheurs en droit ? (elle se rassoit et prend une gorgée) Alors là, je suis sur le cul. Nous faire passer pour des chercheurs en droit… Moi, encore, pourquoi pas : avec mon intelligence naturelle, je pourrais être docteur en droit international et comparé, mais alors le petit, il n’y connaît rien en histoire, Boutin brandissait la Bible en pleine Assemblée, et Bourges appelle tous les deux jours à l’émeute et à l’anarchie… Hervé, tu es vraiment capable de tout !

Christine Boutin (tout bas) – Il en faut bien un qui soit capable de tout, avec une comme elle qui n’est bonne à rien…

Hervé Mariton – C’est aussi ce qu’on me dit dans ma circonscription de Crest et à l’Assemblée : je suis capable de tout, et c’est même à cela qu’on me reconnaît, paraît-il… Jacques Myard va être jaloux ! (On toque à la porte de droite) Oh mon Dieu, déjà ! Ils sont en avance ! Nous n’avons même pas eu le temps de lire ensemble les arguments déployés par l’UMP et l’UDI au sujet de la saisine dont fait l’objet, auprès du Conseil Constitutionnel, la loi sur…

Xavier Bongibault se recoiffe, Frigide Barjot bâille, Béatrice Bourges joue avec son collier de perles et Christine Boutin triture son pendentif en forme de croix, lève les yeux au ciel et murmure une prière. On retoque plus fort.

Hervé Mariton (en se levant) – Bon, je vais ouvrir à nos invités de marque.  Soyons dignes et convaincants ! (Il ouvre la porte)

Entrent Jean-Louis Debré, Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d’Estaing. Frigide Barjot, Christine Boutin et Béatrice Bourges se lèvent et les saluent un par un en leur serrant la main.

Xavier Bongibault, assis – C’est pour ces trois-là qu’on m’a fait venir ? Frigide m’avait dit qu’il y aurait des gens célèbres, mais moi je connais aucun bibliothécaire. D’ailleurs, je vois pas comment je pourrais en connaître un, puisque…

Frigide Barjot – Xavier, viens dire bonjour s’il te plaît (Xavier Bongibault s’exécute à contrecœur)

Nicolas Sarkozy (à Frigide Barjot) – Dis donc Virginie, ça me fait plaisir de te revoir. Tu sais que financièrement, ça va pas trop bien, là, avec toutes ces histoires autour de mes comptes, et euh… comment dire… si tu acceptais de me faire un petit don, par charité chrétienne…

Frigide Barjot – Tu iras dire ça à ta Liliane ! Guéant m’a déjà demandé de lui acheter des tableaux d’un peintre flamand qui aurait peint la Manif pour tous en 1677, et Woerth a voulu que je lui achète un hippodrome… Non mais vous n’avez aucun scrupule : vouloir extorquer des fonds à une faible femme, douce et honnête comme moi ! (elle reprend une gorgée de sa bouteille) Demandez plutôt à Christine, c’est tout mon contraire !

Nicolas Sarkozy – Ah non, Christine, c’est pire : elle m’a pris 800 000 euros, et elle est pas près de les rendre…

Jean-Louis Debré – Je suis désolé, mais les autres membres n’ont pas pu venir. Jacques Chirac ne vient de toute façon plus, Michel Charasse est en vacances en Auvergne, Jacques Barrot déjeune avec son ami Laurent Wauquiez…

Hervé Mariton – Ah bon, vous n’êtes que tous les trois ? Je suis un peu déçu…

Jean-Louis Debré – Cela dit, c’est mieux ainsi : tu te doutes bien que si cette petite rencontre officieuse venait à s’ébruiter…

Frigide Barjot, qui commence à ressentir les effets de l’alccol, se met à hurler – Nous serons muets comme des tombes, et personne ne saura que nous sommes avec Giscard, Debré, et…

Hervé Mariton, lui mettant la main sur la bouche – Frigide, chut, pas si fort !

Christine Boutin – Mais qu’on la bâillonne, à la fin ! Elle dit déjà n’importe quoi en temps normal, alors si en plus elle se met à hurler, c’est insupportable ! On est pas dans ses manifs à flons-flons, ici !

Valéry Giscard d’Estaing – A propos de flons-flons, Mesdames, Mechieurs, che dois bien vous âvouer que che chuis très perplekche… On m’a amené ichi en m’annonchant qu’il y aurait Lady Di, et che vois bien que la dame criarde qui rouchpète et court partout n’est pas du tout ma princheche…

Jean-Louis Debré – Valéry, j’avoue que je t’ai menti, mais maintenant que tu es venu, tu vas bien écouter ce que notre ami Hervé et ses amis vont nous dire, n’est-ce pas ?

Valéry Giscard d’Estaing – Che suis très déchu, oui, très déchu, mon bon Jean-Louis, et il ne me rechte qu’à vous chouaiter à touch un bonchoir Mâdâme, bonchoir Mâdemoichelle, et bonchoir Méchieurs. Au revoâr ! (Il se retire.)

Béatrice Bourges – Bon, eh bien ils ne sont plus que deux, nos invités de marque.

Nicolas Sarkozy – C’est que le vieux grigou n’a pas tort : il a joué les imbéciles en vous faisant croire qu’il était gâteux, mais en réalité, c’est parce qu’il a bien compris qu’on perd son temps ici. Time is money !, comme je le dis dans mes conférences à 200 000 euros. Bon, mais venons-en donc au fait : de quoi voulez-vous parler ?

Ils répondent tous les cinq en même temps :

Hervé Mariton – Du recours de l’UMP !

Frigide Barjot – De la Manif pour tous !

Béatrice Bourges – Du Printemps français !

Christine Boutin – Du Parti Chrétien Démocrate !

Xavier Bongibault – Euh…

Nicolas Sarkozy – Allons bon, nous voilà bien… Ecoutez, j’ai du travail, moi : j’ai une conférence à préparer pour Las Vegas, et un procès à Bordeaux. Alors vos p’tites histoires, hein, vous les règlerez entre vous. Ciao, les incapables ! (Il sort de la bibliothèque)

Jean-Louis Debré – Bon, ne désespérez pas : moi je suis toujours là, et je vous écoute.

Béatrice Bourges, se jetant à terre – Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel, écoutez-nous : vous devez rejeter la loi sur le mariage des pédés. Ce n’est pas possible, la France ne peut pas faire ça !

Frigide Barjot – Les homos, Béatrice, les homos. Les pédés, ça l’fait pas. Il faut quand même qu’on fasse semblant de les respecter un peu.

Christine Boutin – Oui, oui, on sait, les homos, les lesbiennes, les bis. Mais enfin ça n’empêche pas : il faut leur interdire de se marier, et ça, Jean-Louis, vous allez nous y aider. Nous sommes prêtes à vous séquestrer si vous ne vous engagez pas à abroger cette loi sur-le-champ !

Béatrice Bourges, se relevant – Oui, tu as compris, Jean-Louis ? Tu déclares cette loi inconstitutionnelle, tu t’opposes à toute union civile pour les gouines, ou on te séquestre avec tes vieux bouquins ! Ecoute la démocratie, merde !

Frigide Barjot, qui trépigne – Ah mais si, ah mais si, il faut l’union civile ! Moi je les aime, les homos, je les aime ! (Elle se met à pleurer) Ils doivent pas avoir le droit de se marier, mais c’est pas pour ça qu’il faut les tuer, ces parasites ! Regardez mon p’tit Xavier, comme il est décoratif… Déjà petite, j’aimais les araignées, les rats et les flaques de boue. Ca m’écoeure, mais je les aime. Oui, je suis pour l’union civile !

Christine Boutin – Si elle reparle encore une fois d’union civile, je m’en vais ! Hervé, dis quelque chose !

Frigide Barjot – Si on n’en parle pas, je m’en vais aussi !

Hervé Mariton – Ecoutez, Mesdames… L’union civile est la meilleure solution politique, et je ne voudrais pas que Christine redevienne la personne outrancière et marginale qui, en 1999, avait déjà…

Christine Boutin pousse un cri et s’évanouit. Elle tombe dans les bras de Xavier Bongibault, qui s’efforce de l’asseoir sur une chaise et tente de la ranimer.

Jean-Louis Debré – Je n’imaginais pas que ça se passerait comme ça. D’habitude, vous savez, c’est beaucoup plus calme, au Conseil Constitutionnel… On y mange quelques gâteaux préparés par les cuisiniers du conseil, on boit un vin doux ou demi-sec, et on discute des projets tout en lançant quelques bons mots…

Frigide Barjot, toujours en larmes – Ca suffit… C’est que des cons ici. De toute façon, j’en ai marre, des conseils, des comités, des commissions… : le Conseil Economique, Social et Environnemental n’a même pas lu ma pétition, le Conseil d’Etat n’a pas dit non au mariage des homos, le Comité Consultatif National d’Ethique n’est pas intervenu non plus, les commissions des lois du Parlement n’ont servi à rien. Vous savez quoi, les loosers ? Moi, je m’en vais au Maroc. Là-bas, on est comme moi : on aime la république et les homos. Allez viens, Xav’, on s’en va !

Xavier Bongibault, qui agite sa main pour faire de l’air sur le visage de Christine Boutin – Ben… Et Christine ?

Frigide Barjot – Laisse tomber la has been ! On se casse !

Hervé Mariton – Ecoutez, je pense qu’en ce moment important, un peu d’unité ne nuirait pas, et…

Frigide Barjot fait passer Xavier Bongibault devant elle, puis elle claque la porte en sortant.

Béatrice Bourges – On s’en passera, de la surexcitée et du bulot ! Ici, on est entre gens civilisés ! On est là pour la révolution, nous, pas pour amuser la galerie !

Hervé Mariton – Elle est ce qu’elle est, mais enfin elle nous est utile, et son larbin aussi. C’est vrai qu’il est bon, son café !

Jean-Louis Debré – Bon enfin moi, Hervé, tu comprends que j’ai bien voulu te rencontrer dans cette bibliothèque, et que je dirai que cette rencontre est fortuite, mais enfin je ne peux pas t’en dire plus sur notre délibération.

Hervé Mariton – Tout de même, Jean-Louis, tu pourrais te mouiller un peu sur la question. Ou m’en dire un peu plus sur vos réflexions…

Jean-Louis Debré – Eh bien… Euh… Il ne faut pas que tu perdes espoir, tu sais… D’ailleurs, il ne faut jamais perdre espoir… Mais enfin, il faut être capable de s’arrêter aussi… (Il parcourt la pièce du regard pour trouver une échappatoire.) Oh, mais Frigide Barjot a oublié sa bouteille sur la table ! Je vais la lui rapporter avant qu’elle quitte le bâtiment.

Christine Boutin, qui retrouve tout à coup sa vigueur – Non non, je m’en charge ! (Elle se lève et prend la fiole. Elle la soupèse, et fait une mine déçue.) Elle est vide, évidemment…

Jean-Louis Debré (il lui prend la bouteille des mains) –  Je la lui rapporte ! C’est peut-être du verre consigné ! (il file par la porte de droite)

Hervé Mariton – Ecoutez, puisque le calme est revenu et que l’après-midi est bientôt terminé, je vous propose que nous nous penchions ensemble sur le compte rendu de notre réunion. Voici ce que j’ai composé : « Les principaux responsables de la Manif pour tous, mouvement humaniste, constructif et républicain, se sont réunis aujourd’hui en un lieu secret, avec de très nombreuses personnes parmi leurs soutiens associatifs et politiques. Après une discussion enrichissante et respectueuse, ils ont manifesté un grand enthousiasme pour les arguments développés par l’UMP et l’UDI dans leurs recours auprès du Conseil Constitutionnel. Il est clair que les Sages ne pourront, en conscience, valider la loi sur le mariage pour tous, à moins de bafouer les principes les plus sacrés de notre démocratie ».

Béatrice Bourges – Ah, c’est bien.

Christine Boutin – C’est très bien !

Hervé Mariton – Bon, eh bien nous venons de rédiger le prochain article de Stéphane Kovacs. Le Figaro va être content.

Christine Boutin – Et pour le titre ? « Le PCD reprend la main sur la Manif pour tous » ?

Béatrice Bourges – Ah non ! Plutôt : « Le Printemps Français redonne de l’élan à la mobilisation contre le mariage des invertis » !

Hervé Mariton – Je pensais plutôt à : « L’UMP défend les citoyens face à la dictature de François Hollande ». C’est bien, c’est sobre.

Par les velux toujours ouverts, on entend soudain monter un long cri.

Béatrice Bourges – Qu’est-ce que c’est que cet horrible bruit ? Un cochon qu’on égorge, pour en faire du saucisson bien français ?

Christine Boutin – Un chien qui s’est fait écraser par un socialiste haineux, adepte de la théorie du jendère ? Ou une chèvre bien blanche, dépecée par un membre franc maçon de la LGBT  ?

Ils se précipitent tous pour regarder à l’extérieur. Le cri continue par intermittence.

Hervé Mariton – C’est cette imbécile qui s’entraîne à faire des youyous avec un mégaphone avant son départ pour le Maroc. Et Bongibault lui a apporté une canette de thé glacé aromatisé à la menthe ! Bon, tâchons de sortir de tout cela par le haut : je vais en faire une brève pour Guillaume Perrault, et le Figaro pourra en tirer un dossier spécial pour sa prochaine une… « La Manif pour tous s’apprête à diffuser auprès de nos amis de tous les continents le message de la France : respectez les valeurs humaines fondamentales comme le mariage homme-femme. Ce message sera transmis dans le respect le plus total, et avec l’attention la plus digne, envers les traditions culturelles de nos amis étrangers ».

A l’extérieur, Frigide Barjot se met à chanter faux, et à tue-tête, des musiques populaires marocaines. Mariton, Boutin et Bourges ferment les fenêtres aussi vite que possible.

Christine Boutin, levant les yeux au ciel – Sainte Cécile de Rome, coupez-lui la langue !

Béatrice Bourges – La France a déjà du mal à la supporter, mais le Maroc n’en voudra jamais…

Hervé Mariton – Quand je l’écoute, je me demande si la fin du monde n’est pas finalement plus proche qu’on ne le pense… Dire qu’elle voulait conquérir les Champs et les boulevards parisiens il y a deux mois.

Christine Boutin – En tout cas, elle aura réussi à massacrer les chants et les rythmes marocains en deux minutes…

Le rideau tombe. Fin du troisième et dernier acte.

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