4297 Christine Boutin | E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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Famille | France | Homophobie | International | Musique | People | Politique | Religion | UMP | Zemmour | 11.05.2014 - 17 h 18 | 9 COMMENTAIRES
Ulcérée par la victoire de Conchita Wurst à l’Eurovision, La Manif pour Tous lance son propre concours de chansons : la Droitovision.

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La victoire de Conchita Wurst à l’Eurovision 2014 n’a pas fait que des heureux. Dès ce dimanche matin, Christine Boutin a protesté contre cette victoire, qui est, selon elle, « l’image d’une société en perte de repère niant la réalité de la nature humaine ». Samuel Lafont, militant de la Manif pour Tous, s’est insurgé contre la prestation de l’Autriche et les encouragements des fans de Conchita.

La Manif pour Tous a donc décidé de réagir en organisant à son tour un concours de la chanson, concurrent de l’Eurovision : la Droitovision. Voici en direct la retransmission de ce concours :

(Durant le générique, Eric Zemmour et Ludovine de la Rochère apparaissent à l’écran, lui dans un élégant costume bleu et noir, elle en tailleur rose. Ils parlent une fois le générique terminé.)

Eric Zemmour – Bienvenue, chers téléspectateurs, au grand concours de la Droitovision ! La Droitovision est le concours international de la chanson, mais la participation et le vote y sont réservés aux purs citoyens Français, afin de préserver le concours des hordes de Tchétchènes, de Roms et de Kosovars qui sont à l’origine de la délinquance en France.

Ludovine de la Rochère – Bienvenue à toutes et tous, femmes et hommes, en direct de ce beau lieu qu’est le Sacré-Coeur. Ici, vous ne verrez pas de travelo étranger gagner le concours : tous les chanteurs et les chanteuses sont des femmes ou des hommes, des vrais, et ils ont tous été auscultés par le bon Docteur Dor, un ami personnel.

Eric Zemmour – En direct sur l’ORTF, RTL, Radio Courtoisie et BFN, la chaîne de l’extrême, nous allons maintenant écouter les grands artistes de droite qui nous font l’honneur de concourir ce soir.

Ludovine de la Rochère – Le premier concurrent est d’une droite un peu molle : il a d’ailleurs passé de justesse les sélections de demi-finale. Il s’agit du député Jean Lasalle, qui a heureusement rappelé que le « mariage pour tous » est « à mille lieues des préoccupations des Français« , et que la gauche n’aurait pas dû utiliser le mot « mariage » pour ce projet funeste.

Eric Zemmour – Jean Lasalle représente la belle contrée du Béarn, rattachée à la couronne de France par Louis XIII en 1620, à une époque où l’on avait encore le sens de la nation. Ecoutons l’interprétation de Jean Lasalle, qui est un chant traditionnel harmonieux et doux, comme le sont nos belles contrées françaises.

Ludovine de la Rochère – C’était magnifique ! On aurait dit les cantiques que je chantais plus jeune à l’Ecole du Saint Enfant Jésus pour la semaine Sainte !

Eric Zemmour – Si je n’étais pas incapable de la moindre émotion, je verserais une larme.

Ludovine de la Rochère – Mais voici déjà notre seconde candidate. Elle représente le Nord-Ouest de la France, où elle est très présente depuis quelques années.

Eric Zemmour – C’est une candidate originale, puisqu’on dit que la chanson qu’elle a choisie donne un aperçu assez complet de son programme politique.

Ludovine de la Rochère – C’est exact, Eric ! Sachez que cette chanson part favorite pour les prochains concours européens : on lui attribue déjà la majorité des suffrages français !

Eric Zemmour – Je m’en réjouis, Ludovine. Je note toutefois que cette seconde candidate rend malheureusement hommage à une chanteuse qui n’est pas des plus honorables, et dont la nationalité pseudo-italiano-égyptienne n’est pas sans évoquer ces élites cosmopolites germano-pratines dont parle Philippe Muray, et que l’absence de patrie claire rend ostensiblement agressives envers nous, les Français de souche.

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric. Voici donc la seconde candidate, pour la circonscription Nord-Ouest :

Eric Zemmour – C’est un peu court, mais c’est beau ! On en redemande ! Mais nous passons tout de suite au candidat qui, grâce au tilde dans son nom et à sa maîtrise parfaite des langues étrangères, représente nos amis espagnols.

Ludovine de la Rochère – Il a 34 ans, il est sur les listes du parti Force Vie aux élections européennes, il a participé aux Veillées des Veilleurs, il se dit homosexuel abstinent et…

Eric Zemmour, l’interrompant – Comment, c’est un pédéraste ? Soyons clairs : le lobby gay a donc pénétré la Droitovision ?

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric, enfin, non, je…, euh,… Attention, il va commencer à chanter, taisez-vous !

(Pendant le début de la chanson, Eric Zemmour quitte la salle, furieux)

Ludovine de la Rochère (seule) – Mais enfin, Eric, revenez, c’est ridicule ! Je vous dis qu’il est abstinent !

Eric Zemmour (dans les coulisses) – Je m’en fous ! C’est un pédéraste ! Je suis scandalisé par la puissance de ce lobby du jendère qui pollue tout, jusqu’à l’organisation de cette manifestation culturelle honnête et exemplaire qu’est la Droitovision !

Ludovine de la Rochère – Chers amis, je vous prie de nous excuser pour ces légers désagréments, liés aux aléas du direct. Ecoutons maintenant le 4eme concurrent, qui vient tout juste d’être canonisé – j’espère que cela n’influencera pas vos votes ! Il est le candidat du Vatican : on l’écoute donc religieusement !

Eric Zemmour, maugréant – Bah, après un pédéraste, un Polonais émigré en Italie : la Droitovision sombre décidément dans la décadence. Comme le disait Bossuet dans ses Oraisons funèbres, « Depuis ce malheureux moment, tout alla visiblement en décadence, et les affaires furent sans retour ». Pensez-y, Ludovine, pensez-y !

Ludovine de la Rochère, affichant un sourire de façade et essayant de le calmer – Cher Eric, la concurrente suivante va forcément s’attirer tous vos suffrages. Elle représente le 16e arrondissement de Paris, du moins jusqu’à son prochain déménagement, dont on me dit qu’il devrait arriver bientôt. Il s’agit d’une chanteuse subtile, qui chante l’Hymne à l’Amour ressenti par toute femme pour les hommes, dans le cadre du mariage devant Dieu bien sûr.

Eric Zemmour – Je n’ai pas encore entendu la chanson, mais je vous fais confiance : j’espère que la concurrente suivante saura faire résonner ce si beau lieu du Sacré Coeur de toutes les subtilités de la langue de Molière.

Ludovine de la Rochère – Nous n’avons pas toujours été d’accord, elle et moi, mais là je pense que vous tomberez sous le charme de sa beauté simple et de son intelligence raffinée. Ecoutons-là tout de suite :

Eric Zemmour – C’est très frais, c’est intelligent… C’est tout à fait la définition du « génie français », tel qu’il a été chanté par Charles Maurras ou Maurice Barrès. On dirait des poèmes de Charles Péguy… Vous avez déjà lu Péguy, Ludovine ?

Ludovine de la Rochère, réfléchissant – Euh… Peggie Sue et les fantômes ?

Eric Zemmour, dépité – Bah, laissez tomber… Ecoutons plutôt la candidate suivante, qui nous vient du grand Est de la France. On la dit en deuxième position, actuellement, dans les suffrages des Français pour les prochains concours de la chanson.

Eric Zemmour – « Comme un garçon ! » Non mais, vous vous moquez de moi ! C’est ça, votre concours de droite vigi-gender, avec des femmes qui sont des femmes et des hommes qui sont des hommes ? Morano chantant « Comme un garçon » ? Non mais je ne sais pas ce qui me retient de me casser d’ici !

Ludovine de la Rochère – Allons, Eric, pensez à la somme qu’on vous donne, ça vous fera rester encore un peu…

(Eric Zemmour ne répond pas, et sort une calculatrice. Il pianote quelques chiffres.)

Ludovine de la Rochère – Traversons la France, qui est si belle, et rendons-nous à présent dans le Sud-Est, d’où nous vient Jean-Marie, qui y est actuellement en campagne électorale.

Eric Zemmour, rangeant sa calculatrice, et avec enthousiasme – Je ne vous cache pas que cette chanson est ma favorite !

Eric Zemmour – Avec une chanson pareille, il est bien entendu que si Jean-Marie ne gagne pas, ce sera encore une preuve du vaste complot judéo-maçonnique à la solde du grand capital, qui, en lien avec les bolchéviques apatrides elgébétés, veut répandre la théorie du jendère pour tuer nos enfants.

Ludovine de la Rochère – Tout à fait, Eric. Mais voici maintenant ma candidate préférée : femme de coeur, vaillante, intelligente, pleine d’humanité, elle représente le beau territoire de Rambouillet dont elle est conseillère générale. Nous écoutons à présent Christine Boutin et sa chorale jeune et joyeuse !

Eric Zemmour – Ah, je comprends qu’il s’agisse de votre candidate préférée, Ludovine. Vous êtes une femme de goût !

Ludovine de la Rochère – Merci Eric ! Les candidats sont tous passés : c’est maintenant au jury de faire son choix, ainsi qu’à vous, cher public. Le jury est constitué d’artistes et de professionnels artistiques incontestables : Hervé Mariton, qui jugera des costumes des candidats ; Doc Gynéco, qui évaluera la qualité des textes ; Xavier Bongibault, expert international en coiffures péroxydées ; et Patrick Buisson, maître en enregistrements sonores. Mireille Mathieu, présidente du jury, donnera son avis sur la qualité du chant et la modernité de l’interprétation.

Eric Zemmour – En attendant les votes, faisons une petite pause musicale tirée d’un grand film dans l’histoire du cinéma :

Ludovine de la Rochère – C’est toujours une chanson aussi enthousiasmante. J’en suis toute émue.

Eric Zemmour – Je vous rappelle que vous êtes une femme, Ludovine. Il n’est donc pas étonnant que vous donniez constamment dans le sentimentalisme mielleux et la moraline au goût guimauve. Cela devrait d’ailleurs vous rappeler qu’au lieu de pérorer ici, vous feriez bien d’être chez vous à élever vos marmots et à passer la serpillère. Mais enfin puisque vous êtes là, rendez-vous utile :  annoncez-nous les résultats des votes du public.

Ludovine de la Rochère, sans se démonter – Eh bien, Eric, voici donc les résultats. (Elle ouvre une première enveloppe). Les 12 points du public français vont à… (Elle déplie la feuille et la lit) Eh bien euh…

Eric Zemmour – Alors, bécasse ?

Ludovine de la Rochère (d’une voie cassée, peu à peu au bord des larmes) – Eh bien, en fait… c’est écrit que… euh… hum… la soirée a été un tel bide… que personne n’a voté.

Eric Zemmour – Ah, le lobby elgébété, je le savais !

Ludovine de la Rochère – Oui, c’est la dictature socialiste qui a dû couper le téléphone et empêcher les gens de voter

Eric Zemmour – Mais il nous reste le vote du jury, Ludovine !

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric, vous avez raison. Je vais donc le lire. (Elle ouvre une seconde enveloppe). Les 12 points du jury français vont à… (Elle déplie la feuille et la lit) Eh bien euh…

Eric Zemmour – Eh bien quoi encore, gourgandine ?

Ludovine de la Rochère – Il est écrit que le jury, en proie à de vifs désaccords internes, n’a pas pu se prononcer. Mireille Mathieu et Xavier Bongibault se sont disputés pour savoir qui avait la plus belle coiffure, Doc Gynéco s’est endormi, et Patrick Buisson est parti avec les enregistrements de toutes les chansons. Quant à Hervé Mariton, il n’est même pas venu : il fait semblant de lire le livre d’Edouard Louis depuis trois mois.

Eric Zemmour – C’est une catastrophe ! C’est la Bérézina ! C’est Waterloo ! C’est Verdun ! C’est la décadence !

Ludovine de la Rochère – Chers amis de droite, nous allons être contraints de rendre l’antenne. Nous déplorons ces circonstances, et nous demandons à être reçus immédiatement par Manuel Valls, Laurence Rossignol, et toute leur bande d’anti-démocrates primaires. Avant de nous quitter, nous avons bien sûr une pensée particulière pour les candidats qui n’ont pas pu être présents ce soir avec nous : David Douillet,  d’abord, qui n’a pas trouvé le chemin de la scène ce soir et qui vient de nous appeler depuis la cathédrale de Chartres où il s’est perdu. D’autre part, Sylviane Agacinski est retenue sur l’île de Ré par une tempête inattendue, et c’est désormais son mari qui chante pour elle. Nous remercions enfin nos partenaires vestimentaires, sans qui cette soirée n’aurait pas été possible : Lonsdale, Hugo Boss et les carrés Hermès. Nous nous quittons sur cette belle chanson, inspirée de Renaud, que j’ai choisie en hommage à ma candidate-fétiche dans la compétition. A l’année prochaine pour une nouvelle édition de la Droitovision !

Famille | Homophobie | International | Mariage | People | Politique | UMP | 11.05.2013 - 02 h 39 | 2 COMMENTAIRES
La Barjot s’en va-t-aux Champs : Acte III

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Un manuscrit de la fin du 19e siècle a été retrouvé par hasard au printemps 2013. Il s’agit d’un vaudeville en trois actes inédit, dont les plus récentes analyses semblent montrer qu’il serait de la main de Georges Feydeau. Cette pièce, intitulée La Barjot s’en va-t-aux Champs, a pour héroïne une bourgeoise excentrique et très croyante, qui entraîne dans son délire une foule de personnages étranges et parfois inquiétants. L’acte I montrait une importante réunion de concertation entre la mondaine et ses alliés, bien décidés à prendre d’assaut les Champs Elysées. Dans l’Acte II, pour financer leurs actions, l’héroïne et son ami Xavier ont effectué quelques ventes auprès de représentants du peuple très enthousiastes. A présent, l’acte III clôture la pièce, et nous montre les dernières évolutions du petit groupe de personnages.

La Barjot s’en va-t-aux Champs, Pièce en trois actes

Acte III La scène représente une pièce agréable et spacieuse. Au fond, le soleil entre par plusieurs velux, qui sont ouverts. Les murs à gauche et à droite de la pièce sont couverts de très hautes étagères en chêne. Elles sont remplies d’ouvrages des 18e, 19e et 20e siècles. Au centre, une grande table rectangulaire en bois noble est entourée d’une vingtaine de chaises. Sur une petite table à l’arrière, sous les velux, se trouvent un téléphone sans fil, quelques documents et un coupe-papier. Un tabouret est placé sous la table, et une imposante horloge blanche la surplombe. On accède à la pièce par deux portes en verre, situées l’une à gauche et l’autre à droite de la scène.

Au début de l’acte, la pièce est silencieuse : on entend seulement le tic tac de l’horloge et des sifflements d’oiseaux qui entrent par les velux ouverts. La porte de droite s’ouvre : entrent Hervé Mariton, qui porte un attaché-case, puis Frigide Barjot, Xavier Bongibault, Christine Boutin et Béatrice Bourges.

Hervé Mariton – Bon, installez-vous autour de la table, on va pouvoir commencer rapidement. (Tous s’assoient. Hervé Mariton sort des dossiers qu’il remet à chacun des quatre autres. Il reprend la parole une fois la distribution terminée.) Mes chers amis, ce moment est historique. Les documents que je vous ai distribués sont d’une importance extrême, et je suis particulièrement heureux de pouvoir vous accueillir en ce lieu symbolique et solennel. (Frigide Barjot, après avoir sorti une petite fiole, s’endort peu à peu pendant qu’il parle.) En effet, vous avez devant vous le développement argumenté et exhaustif des recours que nous, parlementaires UMP et UDI, avons déposés le 23 avril 2013 dans le cadre de notre saisine du Conseil Constitutionnel, aux fins de déclarer inconstitutionnelles les dispositions de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Je vous propose d’en étudier sans différer les principaux tenants et aboutissants.

Xavier Bongibault, qui regarde fixement Hervé Mariton – Gné ?

Frigide Barjot, se réveillant soudain – Comment ? Ca y est ? Je suis élue Maire de Paris ? Merci, merci, merci ! (elle se ressaisit, et boit une gorgée de sa petite bouteille).

Hervé Mariton – Dites, un peu d’attention ne nuirait pas à la compréhension de mon discours. Si nous étions à l’Assemblée, je vous rappellerais le règlement, qui stipule expressément que…

Xavier Bongibault – Ah non, ah non, stop avec tes mots d’il y a cent millions d’années : je n’ai déjà rien compris à tes histoires de saisine exhaustive et solennelle qui aboutit à des tenants parlementaires, alors n’en rajoute pas ! On ne m’avait pas dit qu’on venait ici pour parler chinois.

Frigide Barjot – Ne contrariez pas le petit : il fait un café divin et il répète tout ce que je lui raconte. Ca fait trois ans que je l’entraîne, alors certes il ne sait faire que ça, mais il le fait très bien. (elle boit une rasade de sa fiole.) Expliquez-lui plutôt ce que Hervé vient de raconter, au lieu de l’énerver.

Christine Boutin, se tournant vers Xavier Bongibault – Il a dit qu’on va expliquer aux juges pourquoi les gens comme toi, on doit les respecter, mais les empêcher de se marier entre eux parce qu’ils sont décadents et menacent l’ordre public. Tu comprends, ça ?

Xavier Bongibault, réjoui – Ah oui, ah oui, on lutte contre le mariage entre hommes ou entre femmes, parce que ça va détruire la civilisation, comme Frigide me l’a dit ! C’est vrai, c’est vrai !

Béatrice Bourges – Il dit oui, et en plus il est content ! C’est vrai qu’il est gentil : il est même complètement stupi…

Frigide Barjot, l’interrompant – Oui, stupéfiant ! Et tu sais, au prix où je le paye, c’est une affaire ! Par contre, qu’est-ce que le café a augmenté… Encore un peu, et ça me coûtera aussi cher que mes clopes, mon alcool et ma co…

Hervé Mariton, l’interrompant à son tour – Mesdames, si vous êtes venues parler du prix de vos emplettes quotidiennes, je m’en vais ! J’ai eu assez de mal à vous faire rentrer ici tous les quatre : restons-en donc à notre sujet, s’il vous plaît. Je vous rappelle que nous allons avoir des invités prestigieux dans quelques minutes, alors il faut que nous soyons au point. Vous avez cinq minutes pour lire ces dossiers, puis nous en discuterons pour nous mettre d’accord.

Béatrice Bourges et Christine Boutin se mettent à lire. Frigide Barjot prend une gorgée de sa petite bouteille, puis elle se lève. Xavier Bongibault regarde dans le vide, en direction d’Hervé Mariton.

Frigide Barjot – Mais au fait, Hervé… Comment tu as fait pour nous faire rentrer dans la bibliothèque du Conseil Constitutionnel ? C’est quand même pas donné à tout le monde… J’ai beau être une star internationale, qui déclenche l’enthousiasme des foules en Belgique, aux USA, et bientôt au Maroc,…

Béatrice Bourges – Arrête ton char, Frigide, tu n’y es même pas allée, à Washington,…

Christine Boutin – Et en Belgique, tu as été autant huée qu’à Lyon, c’est dire !

Béatrice Bourges – Même à Argenteuil, tu as à peine réussi à rassembler 200 personnes…

Frigide Barjot – Hervé, dis quelque chose, ou je quitte cette pièce avec mon imbé… euh, avec mon indépassable Xavier. (Entendant son nom, Xavier Bongibault tourne son regard vers Frigide Barjot et l’admire avec un sourire béat)

Hervé Mariton – Il manque vraiment un règlement ici, c’est criant : il y aurait de beaux rappels à faire. Mesdames, Frigide veut savoir comment je vous ai fait entrer ici. J’avoue que c’est un tour de force, et il vous intéressera toutes, n’est-ce pas ? (Christine Boutin et Béatrice Bourges acquiescent) Alors voilà : la bibliothèque du Conseil Constitutionnel n’est accessible qu’aux grands chercheurs de droit public. J’ai donc contacté nos juristes, Anne-Marie Le Pourhiet et Aude Mirkovic, qui s’y connaissent aussi bien en droit que moi en bon goût vestimentaire. Elles ont appelé le service documentation du Conseil Constitutionnel pour les prévenir de votre arrivée, en indiquant que vous collaborez étroitement avec elles au sujet d’un grand débat juridique.

Frigide Barjot – Attends, Hervé, tu as fait passer Xavier et moi pour des chercheurs en droit ? (elle se rassoit et prend une gorgée) Alors là, je suis sur le cul. Nous faire passer pour des chercheurs en droit… Moi, encore, pourquoi pas : avec mon intelligence naturelle, je pourrais être docteur en droit international et comparé, mais alors le petit, il n’y connaît rien en histoire, Boutin brandissait la Bible en pleine Assemblée, et Bourges appelle tous les deux jours à l’émeute et à l’anarchie… Hervé, tu es vraiment capable de tout !

Christine Boutin (tout bas) – Il en faut bien un qui soit capable de tout, avec une comme elle qui n’est bonne à rien…

Hervé Mariton – C’est aussi ce qu’on me dit dans ma circonscription de Crest et à l’Assemblée : je suis capable de tout, et c’est même à cela qu’on me reconnaît, paraît-il… Jacques Myard va être jaloux ! (On toque à la porte de droite) Oh mon Dieu, déjà ! Ils sont en avance ! Nous n’avons même pas eu le temps de lire ensemble les arguments déployés par l’UMP et l’UDI au sujet de la saisine dont fait l’objet, auprès du Conseil Constitutionnel, la loi sur…

Xavier Bongibault se recoiffe, Frigide Barjot bâille, Béatrice Bourges joue avec son collier de perles et Christine Boutin triture son pendentif en forme de croix, lève les yeux au ciel et murmure une prière. On retoque plus fort.

Hervé Mariton (en se levant) – Bon, je vais ouvrir à nos invités de marque.  Soyons dignes et convaincants ! (Il ouvre la porte)

Entrent Jean-Louis Debré, Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d’Estaing. Frigide Barjot, Christine Boutin et Béatrice Bourges se lèvent et les saluent un par un en leur serrant la main.

Xavier Bongibault, assis – C’est pour ces trois-là qu’on m’a fait venir ? Frigide m’avait dit qu’il y aurait des gens célèbres, mais moi je connais aucun bibliothécaire. D’ailleurs, je vois pas comment je pourrais en connaître un, puisque…

Frigide Barjot – Xavier, viens dire bonjour s’il te plaît (Xavier Bongibault s’exécute à contrecœur)

Nicolas Sarkozy (à Frigide Barjot) – Dis donc Virginie, ça me fait plaisir de te revoir. Tu sais que financièrement, ça va pas trop bien, là, avec toutes ces histoires autour de mes comptes, et euh… comment dire… si tu acceptais de me faire un petit don, par charité chrétienne…

Frigide Barjot – Tu iras dire ça à ta Liliane ! Guéant m’a déjà demandé de lui acheter des tableaux d’un peintre flamand qui aurait peint la Manif pour tous en 1677, et Woerth a voulu que je lui achète un hippodrome… Non mais vous n’avez aucun scrupule : vouloir extorquer des fonds à une faible femme, douce et honnête comme moi ! (elle reprend une gorgée de sa bouteille) Demandez plutôt à Christine, c’est tout mon contraire !

Nicolas Sarkozy – Ah non, Christine, c’est pire : elle m’a pris 800 000 euros, et elle est pas près de les rendre…

Jean-Louis Debré – Je suis désolé, mais les autres membres n’ont pas pu venir. Jacques Chirac ne vient de toute façon plus, Michel Charasse est en vacances en Auvergne, Jacques Barrot déjeune avec son ami Laurent Wauquiez…

Hervé Mariton – Ah bon, vous n’êtes que tous les trois ? Je suis un peu déçu…

Jean-Louis Debré – Cela dit, c’est mieux ainsi : tu te doutes bien que si cette petite rencontre officieuse venait à s’ébruiter…

Frigide Barjot, qui commence à ressentir les effets de l’alccol, se met à hurler – Nous serons muets comme des tombes, et personne ne saura que nous sommes avec Giscard, Debré, et…

Hervé Mariton, lui mettant la main sur la bouche – Frigide, chut, pas si fort !

Christine Boutin – Mais qu’on la bâillonne, à la fin ! Elle dit déjà n’importe quoi en temps normal, alors si en plus elle se met à hurler, c’est insupportable ! On est pas dans ses manifs à flons-flons, ici !

Valéry Giscard d’Estaing – A propos de flons-flons, Mesdames, Mechieurs, che dois bien vous âvouer que che chuis très perplekche… On m’a amené ichi en m’annonchant qu’il y aurait Lady Di, et che vois bien que la dame criarde qui rouchpète et court partout n’est pas du tout ma princheche…

Jean-Louis Debré – Valéry, j’avoue que je t’ai menti, mais maintenant que tu es venu, tu vas bien écouter ce que notre ami Hervé et ses amis vont nous dire, n’est-ce pas ?

Valéry Giscard d’Estaing – Che suis très déchu, oui, très déchu, mon bon Jean-Louis, et il ne me rechte qu’à vous chouaiter à touch un bonchoir Mâdâme, bonchoir Mâdemoichelle, et bonchoir Méchieurs. Au revoâr ! (Il se retire.)

Béatrice Bourges – Bon, eh bien ils ne sont plus que deux, nos invités de marque.

Nicolas Sarkozy – C’est que le vieux grigou n’a pas tort : il a joué les imbéciles en vous faisant croire qu’il était gâteux, mais en réalité, c’est parce qu’il a bien compris qu’on perd son temps ici. Time is money !, comme je le dis dans mes conférences à 200 000 euros. Bon, mais venons-en donc au fait : de quoi voulez-vous parler ?

Ils répondent tous les cinq en même temps :

Hervé Mariton – Du recours de l’UMP !

Frigide Barjot – De la Manif pour tous !

Béatrice Bourges – Du Printemps français !

Christine Boutin – Du Parti Chrétien Démocrate !

Xavier Bongibault – Euh…

Nicolas Sarkozy – Allons bon, nous voilà bien… Ecoutez, j’ai du travail, moi : j’ai une conférence à préparer pour Las Vegas, et un procès à Bordeaux. Alors vos p’tites histoires, hein, vous les règlerez entre vous. Ciao, les incapables ! (Il sort de la bibliothèque)

Jean-Louis Debré – Bon, ne désespérez pas : moi je suis toujours là, et je vous écoute.

Béatrice Bourges, se jetant à terre – Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel, écoutez-nous : vous devez rejeter la loi sur le mariage des pédés. Ce n’est pas possible, la France ne peut pas faire ça !

Frigide Barjot – Les homos, Béatrice, les homos. Les pédés, ça l’fait pas. Il faut quand même qu’on fasse semblant de les respecter un peu.

Christine Boutin – Oui, oui, on sait, les homos, les lesbiennes, les bis. Mais enfin ça n’empêche pas : il faut leur interdire de se marier, et ça, Jean-Louis, vous allez nous y aider. Nous sommes prêtes à vous séquestrer si vous ne vous engagez pas à abroger cette loi sur-le-champ !

Béatrice Bourges, se relevant – Oui, tu as compris, Jean-Louis ? Tu déclares cette loi inconstitutionnelle, tu t’opposes à toute union civile pour les gouines, ou on te séquestre avec tes vieux bouquins ! Ecoute la démocratie, merde !

Frigide Barjot, qui trépigne – Ah mais si, ah mais si, il faut l’union civile ! Moi je les aime, les homos, je les aime ! (Elle se met à pleurer) Ils doivent pas avoir le droit de se marier, mais c’est pas pour ça qu’il faut les tuer, ces parasites ! Regardez mon p’tit Xavier, comme il est décoratif… Déjà petite, j’aimais les araignées, les rats et les flaques de boue. Ca m’écoeure, mais je les aime. Oui, je suis pour l’union civile !

Christine Boutin – Si elle reparle encore une fois d’union civile, je m’en vais ! Hervé, dis quelque chose !

Frigide Barjot – Si on n’en parle pas, je m’en vais aussi !

Hervé Mariton – Ecoutez, Mesdames… L’union civile est la meilleure solution politique, et je ne voudrais pas que Christine redevienne la personne outrancière et marginale qui, en 1999, avait déjà…

Christine Boutin pousse un cri et s’évanouit. Elle tombe dans les bras de Xavier Bongibault, qui s’efforce de l’asseoir sur une chaise et tente de la ranimer.

Jean-Louis Debré – Je n’imaginais pas que ça se passerait comme ça. D’habitude, vous savez, c’est beaucoup plus calme, au Conseil Constitutionnel… On y mange quelques gâteaux préparés par les cuisiniers du conseil, on boit un vin doux ou demi-sec, et on discute des projets tout en lançant quelques bons mots…

Frigide Barjot, toujours en larmes – Ca suffit… C’est que des cons ici. De toute façon, j’en ai marre, des conseils, des comités, des commissions… : le Conseil Economique, Social et Environnemental n’a même pas lu ma pétition, le Conseil d’Etat n’a pas dit non au mariage des homos, le Comité Consultatif National d’Ethique n’est pas intervenu non plus, les commissions des lois du Parlement n’ont servi à rien. Vous savez quoi, les loosers ? Moi, je m’en vais au Maroc. Là-bas, on est comme moi : on aime la république et les homos. Allez viens, Xav’, on s’en va !

Xavier Bongibault, qui agite sa main pour faire de l’air sur le visage de Christine Boutin – Ben… Et Christine ?

Frigide Barjot – Laisse tomber la has been ! On se casse !

Hervé Mariton – Ecoutez, je pense qu’en ce moment important, un peu d’unité ne nuirait pas, et…

Frigide Barjot fait passer Xavier Bongibault devant elle, puis elle claque la porte en sortant.

Béatrice Bourges – On s’en passera, de la surexcitée et du bulot ! Ici, on est entre gens civilisés ! On est là pour la révolution, nous, pas pour amuser la galerie !

Hervé Mariton – Elle est ce qu’elle est, mais enfin elle nous est utile, et son larbin aussi. C’est vrai qu’il est bon, son café !

Jean-Louis Debré – Bon enfin moi, Hervé, tu comprends que j’ai bien voulu te rencontrer dans cette bibliothèque, et que je dirai que cette rencontre est fortuite, mais enfin je ne peux pas t’en dire plus sur notre délibération.

Hervé Mariton – Tout de même, Jean-Louis, tu pourrais te mouiller un peu sur la question. Ou m’en dire un peu plus sur vos réflexions…

Jean-Louis Debré – Eh bien… Euh… Il ne faut pas que tu perdes espoir, tu sais… D’ailleurs, il ne faut jamais perdre espoir… Mais enfin, il faut être capable de s’arrêter aussi… (Il parcourt la pièce du regard pour trouver une échappatoire.) Oh, mais Frigide Barjot a oublié sa bouteille sur la table ! Je vais la lui rapporter avant qu’elle quitte le bâtiment.

Christine Boutin, qui retrouve tout à coup sa vigueur – Non non, je m’en charge ! (Elle se lève et prend la fiole. Elle la soupèse, et fait une mine déçue.) Elle est vide, évidemment…

Jean-Louis Debré (il lui prend la bouteille des mains) –  Je la lui rapporte ! C’est peut-être du verre consigné ! (il file par la porte de droite)

Hervé Mariton – Ecoutez, puisque le calme est revenu et que l’après-midi est bientôt terminé, je vous propose que nous nous penchions ensemble sur le compte rendu de notre réunion. Voici ce que j’ai composé : « Les principaux responsables de la Manif pour tous, mouvement humaniste, constructif et républicain, se sont réunis aujourd’hui en un lieu secret, avec de très nombreuses personnes parmi leurs soutiens associatifs et politiques. Après une discussion enrichissante et respectueuse, ils ont manifesté un grand enthousiasme pour les arguments développés par l’UMP et l’UDI dans leurs recours auprès du Conseil Constitutionnel. Il est clair que les Sages ne pourront, en conscience, valider la loi sur le mariage pour tous, à moins de bafouer les principes les plus sacrés de notre démocratie ».

Béatrice Bourges – Ah, c’est bien.

Christine Boutin – C’est très bien !

Hervé Mariton – Bon, eh bien nous venons de rédiger le prochain article de Stéphane Kovacs. Le Figaro va être content.

Christine Boutin – Et pour le titre ? « Le PCD reprend la main sur la Manif pour tous » ?

Béatrice Bourges – Ah non ! Plutôt : « Le Printemps Français redonne de l’élan à la mobilisation contre le mariage des invertis » !

Hervé Mariton – Je pensais plutôt à : « L’UMP défend les citoyens face à la dictature de François Hollande ». C’est bien, c’est sobre.

Par les velux toujours ouverts, on entend soudain monter un long cri.

Béatrice Bourges – Qu’est-ce que c’est que cet horrible bruit ? Un cochon qu’on égorge, pour en faire du saucisson bien français ?

Christine Boutin – Un chien qui s’est fait écraser par un socialiste haineux, adepte de la théorie du jendère ? Ou une chèvre bien blanche, dépecée par un membre franc maçon de la LGBT  ?

Ils se précipitent tous pour regarder à l’extérieur. Le cri continue par intermittence.

Hervé Mariton – C’est cette imbécile qui s’entraîne à faire des youyous avec un mégaphone avant son départ pour le Maroc. Et Bongibault lui a apporté une canette de thé glacé aromatisé à la menthe ! Bon, tâchons de sortir de tout cela par le haut : je vais en faire une brève pour Guillaume Perrault, et le Figaro pourra en tirer un dossier spécial pour sa prochaine une… « La Manif pour tous s’apprête à diffuser auprès de nos amis de tous les continents le message de la France : respectez les valeurs humaines fondamentales comme le mariage homme-femme. Ce message sera transmis dans le respect le plus total, et avec l’attention la plus digne, envers les traditions culturelles de nos amis étrangers ».

A l’extérieur, Frigide Barjot se met à chanter faux, et à tue-tête, des musiques populaires marocaines. Mariton, Boutin et Bourges ferment les fenêtres aussi vite que possible.

Christine Boutin, levant les yeux au ciel – Sainte Cécile de Rome, coupez-lui la langue !

Béatrice Bourges – La France a déjà du mal à la supporter, mais le Maroc n’en voudra jamais…

Hervé Mariton – Quand je l’écoute, je me demande si la fin du monde n’est pas finalement plus proche qu’on ne le pense… Dire qu’elle voulait conquérir les Champs et les boulevards parisiens il y a deux mois.

Christine Boutin – En tout cas, elle aura réussi à massacrer les chants et les rythmes marocains en deux minutes…

Le rideau tombe. Fin du troisième et dernier acte.

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