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Famille | Homophobie | International | Internet | Medias | Politique | 23.08.2012 - 22 h 09 | 5 COMMENTAIRES
Allemagne : les propos anti-droits LGBT d’un journaliste et d’une secrétaire d’Etat font scandale dans la population

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En Allemagne, le journal le plus lu dans tout le pays s’appelle Die Bild Zeitung. C’est un quotidien populaire, détenu par le groupe Springer, l’un des plus importants groupes de presse allemands, qui publie des dizaines de périodiques en Allemagne, France, Espagne, Suisse et Russie. C’est justement dans Bild que viennent de paraître, en trois jours, des propos virulents de la secrétaire d’Etat Katherina Reiche puis un article anti-droits LGBT du journaliste Franz-Josef Wagner.

Le 21 août, c’est la secrétaire d’Etat Katherina Reiche (CDU, parti de droite au pouvoir) qui a déclenché la colère des internautes allemands. Elle a déclaré dans Bild : »Notre avenir dépend des familles, et non des unions homosexuelles. Avec la crise de l’euro, le développement démographique est la plus grande menace qui pèse sur notre prospérité ».

Katherina Reiche

Les réactions ont été si nombreuses que la politicienne a dû fermer sa page Facebook ! Une page de contestation créée aussitôt, et intitulée « Pas d’avenir avec Katherine Reiche », compte déjà 7300 partisans. Le député Jens Spahn, du même parti que Katherine Reiche, a déclaré sur Twitter : « Je ne laisserai pas diffamer ma famille et moi comme « menace de notre prospérité ». Cette fois, ma collègue dépasse les bornes. »

Le 23 août, c’est-à-dire deux jours plus tard, le Bild fait paraître une chronique intitulée « Cher Mariage homo », rédigée par le chroniqueur Franz-Josef Wagner. En voici la traduction :

Cher Mariage homo,

Le projet de loi du ministère de la Justice prévoit de vous faire l’égal du foyer « Papa-Maman-Bébé ». Mariage homo contre mariage homme/femme.

Moi, ça me rend mal à l’aise. Biologiquement, les homosexuels ne peuvent pas avoir d’enfants.

Quelle époque glorieuse pour vous. Personne ne vous fiche en prison, vous aimez votre compagnon, vous avez le droit de l’aimer. Vous êtes des compagnons allemands. Inscrits au registre de l’état civil.

Nous sommes devenus une Allemagne meilleure.

Cordialement,

Franz-Josef Wagner.

FJ Wagner

Internet se déchaîne depuis la publication de ces dix phrases : la page Facebook qui lui est consacré a reçu en quelques heures plus de 250 commentaires majoritairement négatifs, des sites LGBT ont déjà rétorqué à leur tour sous la forme de lettres ouvertes, et le journal Bild a préféré bloquer toute possibilité de commenter cet article sur son site.

Ce qui choque les lecteurs, c’est que Franz-Josef Wagner ne fait pas que s’opposer mariage pour tous, au simple prétexte que « les homosexuels ne peuvent pas avoir d’enfants » (ce qui est faux, puisqu’ils ne sont pas stériles). Non, pire encore : il fait allusion au fameux paragraphe 175, créé sous Bismarck en 1871, aggravé par les nazis en 1935, réformé en 1969 et supprimé seulement en 1994, qui sanctionnait l’homosexualité – et la rendait passible de 5 ans de prison jusqu’en 1969. La communauté LGBT comprend clairement le message de FJ Wagner de la manière suivante : « Vous avez déjà bien de la chance qu’on ne vous mette plus en prison, alors n’allez pas maintenant vous mettre à réclamer le mariage, puisqu’en plus vous êtes infertiles ». Et il est vrai qu’il est difficile de comprendre le message autrement…

Carolin Emcke

Mais il reste un peu d’espoir ! En effet, on trouvera dans les colonnes du Zeit l’un des meilleurs articles jamais rédigés en langue allemande pour défendre le mariage pour tous. Il est l’oeuvre de la journaliste Carolin Emcke. En voici un extrait :

J’en ai assez

Nous avons le droit de soigner des malades, de risquer notre vie dans l’armée et de représenter l’Allemagne aux Jeux Olympiques. Mais nous n’avons pas le droit de nous marier et d’élever des enfants. Pourquoi ?

J’en ai assez de devoir justifier pourquoi moi, et tous ceux qui aiment et désirent comme moi, nous voulons obtenir l’égalité des droits. Pourquoi devons-nous justifier que les LGBT ont droit au même respect que les hétéros, que nos couples et nos familles ont besoin de la même protection de l’Etat, et que nous avons des enfants comme les autre parents ? Pourquoi ? […]

Devons-nous vraiment encore justifier que nous ne faisons pas le malheur d’un enfant ? Devons-nous vraiment justifier que nous sommes aussi impatients et heureux, hésitants et fiers, que tous les autres parents, et que ces enfants reçoivent tout notre amour et notre soutien ?

La vérité, c’est que nous aussi nous formons des familles. Nous vivons depuis longtemps avec et dans des familles. Je suis entourée d’enfants de mes amis LGBT, qu’ils soient adoptés ou non, et mes amis s’occupent d’eux comme tous les autres parents. Quand je pense aux enfants de mes amis, ce qui me vient alors à l’esprit, c’est qu’ils ont sali les chemises élégantes de leurs pères,  je pense à la Bar-Mitwa et aux larmes de leurs mères, je pense au vieux piano, sur lequel la génération précédente jouait déjà faux, ou aux pères, qui ont fabriqué les plus beaux costumes pour le carnaval de l’école, je pense au livre de contes avec le prince, qui doit libérer la princesse,  et nos rires à tous, lorsque nous avons dû lire et relire à voix haute l’histoire de cet amour classique. Je pense à tout ce qui peut faire ce bonheur magique et difficile dans la vie avec des enfants, et je ne demande pas d’où ils viennent, comment ils ont été conçus, ni si leurs parents sont deux hommes ou deux femmes.

Ce serait bien qu’un jour, ces questions-là semblent inutiles, parce que nous ne sommes peut-être pas identiques aux couples hétérosexuels, mais nous valons autant qu’eux.

Discriminations | Education | Homophobie | International | 04.05.2012 - 04 h 51 | 2 COMMENTAIRES
Un conte d’Allemagne : l’instituteur, le prêtre, et les villageois homophobes.

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Ce conte relate une histoire vraie, qui n’est pas si ancienne qu’on pourrait le croire.

Il était une fois un petit village de 1200 habitants, Rechterfeld, en Allemagne (Basse-Saxe), dont le maire et les habitants étaient bien embêtés. En effet, l’école publique n’avait plus de directeur depuis plusieurs mois, et il est bien difficile de faire tourner un établissement dans ces conditions. Au printemps 2012, un instituteur se présente. Vite vite, on réunit les comités nécessaires, on demande l’accord des autorités compétentes : tout va pour le mieux, le candidat est retenu, et il va pouvoir prendre les rênes de l’établissement qui en a tant besoin. Or, c’est lorsqu’on croit que tout est arrangé, que les ennuis commencent..

Coup de théâtre : le prêtre catholique, figure centrale dans ce petit village conservateur, dit avoir reçu de nombreux appels émanant des villageois inquiets et courroucés. De quoi se plaignent-ils ? Eh bien, pardi, il se murmure que le nouvel arrivant serait gay et protestant – deux tares impardonnables dans le village. Le prêtre, Hermann Josef Lücker, n’écoute que son courage, et prend son téléphone. Il tombe sur le compagnon de l’instituteur, et lui explique que les villageois sont mécontents : ils lui auraient fait part de « leurs craintes », « leurs peurs », « leurs détresses ». L’instituteur n’est pas là – le prêtre laisse un message à son intention : il espère bien pouvoir lui dire bientôt deux mots, en entretien privé…

Mais le prêtre n’aura jamais l’occasion de se livrer à l’entretien qu’il avait prévu. Car, suite à cet appel, l’instituteur a tout bonnement… retiré sa candidature. A présent, le prêtre nie avoir tenu des propos désagréables par téléphone sur l’homosexualité ou le protestantisme de l’instituteur. Mais, quand on lui demande de quels problèmes il voulait parler avec l’instituteur, et pourquoi celui-ci a subitement refusé de venir, il élude la question. Il se refuse également à dire qui l’a appelé, et pourquoi il s’en est pris à l’instituteur, au lieu d’expliquer aux villageois que « leurs craintes » et « leurs peurs » réelles ou supposées étaient tout bonnement sans fondement.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que cette décision est une catastrophe pour le village, qui continuera à devoir se passer de directeur d’école durant sans doute une longue période. Le village, qui n’avait besoin de cela, voit sa réputation encore plus détériorée qu’auparavant. Quant à l’instituteur, bien qu’il habite dans le canton de Rechterfeld, il préfère continuer à faire la route tous les jours entre son domicile et la ville de Brême, plutôt que d’enseigner là où l’on n’a pas voulu de lui.

La morale de cette histoire vraie ? La collectivité est toujours menacée davantage par un groupe d’homophobes cauteleux que par un couple de garçons amoureux. Qu’on se le tienne pour dit ! A présent, les deux compagnons ne veulent plus entendre parler des habitants du village ni de leur prêtre, et ils vivent désormais des jours heureux en Basse-Saxe – mais on ignore encore s’ils auront, comme à la fin des contes traditionnels, la chance d’élever « beaucoup enfants ».

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