4297 E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Associations | Homophobie | Mariage | Politique | UMP | 01.02.2014 - 00 h 56 | 9 COMMENTAIRES
Après avoir signé la charte de la Manif pour Tous, Charles Beigbeder voudrait se refaire une vertu grâce au Refuge.

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L’association Le Refuge, reconnue d’utilité publique, remplit un rôle important dans la société française : elle accueille les jeunes LGBT chassés de chez eux par leurs parents, en raison de leur orientation sexuelle. Malgré cet objectif louable et une efficacité reconnue, l’association a cependant fait par le passé des choix médiatiques qui ont donné lieu à polémique. Parmi ceux-ci : l’organisation d’une rencontre, contestée, avec les membres du groupe de rap Sexion d’Assaut en 2011, ou bien, plus problématique, l’accueil regrettable de Christine Boutin lors d’une visite en 2012.

Charles Beigbeder

Un nouveau pas semble avoir été franchi cette semaine, puisque Jacky Majda, candidat aux élections municipales dans le 3eme arrondissement, affirme que des responsables du Refuge auraient accepté de rencontrer, le 11 février prochain, l’homme d’affaires Charles Beigbeder, lui-même candidat aux élections municipales de Paris. Cette annonce, si son contenu est avéré, est une très mauvaise nouvelle.

Charles Beigbeder a fondé le mouvement de droite dissident « Paris Libéré » pour concurrencer Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) sur sa droite. Pour ce faire, il a réuni autour de lui des candidats dans tous les arrondissements de Paris : c’est à ce titre qu’il a pris rendez-vous avec le Refuge, et sa demande, de ce point de vue, pourrait sembler légitime au premier abord.

Cependant, ce qui pose gravement problème, c’est que Charles Beigbeder est avant tout un soutien politique actif et influent de la Manif pour Tous. Son nom figure très officiellement sur le site de la Manif pour Tous, parmi les soutiens affichés du mouvement. Pire, Charles Beigbeder était l’un des intervenants de prestige qui se sont exprimés lors de la soirée de lancement de Sens Commun, un rassemblement de cadres de la Manif pour Tous bien décidés à peser en politique, au sein de l’UMP, contre le mariage pour tous et les droits des LGBT (comme la PMA pour les couples de femmes). Pour Charles Beigbeder, ce mouvement issu de la manif pour tous, destiné à continuer sur le plan politique la lutte contre le mariage pour tous,  fait honneur, par ses combats, à « la noblesse de l’engagement politique« .

Le cynisme est poussé jusqu’à son comble lorsqu’on apprend que Charles Beigbeder a signé la charte de la Manif pour Tous pour les élections municipales… une dizaine de jours avant sa rencontre prévue avec le Refuge ! Cette charte engage tout signataire à faire en sorte que les pouvoirs législatif et exécutif aient pour objectif d’ « Abroger la Loi Mariage et Adoption pour Tous« . Cela permettrait en effet, selon la charte signée par Charles Beigbeder, de « préserver et restaurer la filiation père-mère-enfant », ainsi que de « favoriser l’éducation des enfants par leurs parents ». Charles Beigbeder, en signant cette charte, s’est également engagé à « refuser l’ouverture de la PMA aux couples de femmes ».

Enfin, Charles Beigbeder souhaite explicitement qu’un maire et un conseil municipal tout entier puissent refuser de célébrer un mariage entre deux personnes de même sexe, et que ce couple soit donc prié d’aller voir ailleurs, dans d’autres communes, si un édile ou un conseiller municipal veut bien accepter de les marier. La charte engage en effet Charles Beigbeder à tout faire pour « inscrire dans le droit la reconnaissance pour les élus de se prévaloir de la liberté de conscience dans l’application de la Loi Mariage et Adoption pour Tous« .

Faut-il encore en ajouter ? Signalons que la tête de liste choisie par Charles Beigbeder pour candidater dans le 1er arrondissement est Stéphane Journot, « exclu de l’UMP pour ses dérapages homophobes« . Il avait notamment écrit : « Ce qui est cool avec Act Up, c’est qu’ils portent déjà le triangle rose. Ça va faciliter les choses… »

Anne Lebreton, ex-UDI, nommée tête de liste « Paris Libéré » dans le 4eme, a préféré rompre les ponts avec Charles Beigbeder, plutôt que d’être associée à Stéphane Journot, « une personnalité réputée pour ses propos homophobes ».

En 2013, les responsables du Refuge avaient refusé un don qui leur avait été promis par… Frigide Barjot. Ils avaient alors fait preuve d’une clairvoyance et d’une sagesse qui étaient tout à leur honneur, car les actes et propos de Frigide Barjot ont causé un tort incommensurable aux jeunes LGBT. Par conséquent, il ne serait pas compréhensible qu’aujourd’hui, ils rencontrent, comme si de rien n’était, un homme qui est un soutien de premier plan à la Manif pour Tous. Chacun sait à quel point ce mouvement est dangereux pour les jeunes LGBT, et Frigide Barjot elle-même a dénoncé depuis, à plusieurs reprises, la « radicalisation idéologique » des responsables et des membres de la Manif pour Tous !

Au nom du respect et de la confiance que j’ai pour cette association, je demande donc aux responsables du Refuge, nationaux et régionaux, de ne pas faire le jeu de Charles Beigbeder en le rencontrant, le 11 février. Au même titre que le don de Frigide Barjot n’a pas été accepté par l’association en 2013, il n’est pas envisageable qu’un homme qui lutte autant contre les droits des LGBT puisse tenter de se refaire une image médiatique sur le dos du Refuge et de ses membres. Le Refuge a déjà reçu Christine Boutin, qui continue à s’en prendre aux LGBT sur tous les plateaux (elle soutient désormais l’extrémiste Béatrice Bourges et la soralienne Farida Belghoul). L’association ne doit pas se compromettre une seconde fois, et se faire ainsi complice de la duplicité idéologique d’hommes politiques aux engagements peu scrupuleux. Si elle prenait la décision éminemment regrettable d’organiser cette rencontre officielle avec Charles Beigbeder, de nombreux membres se sentiraient trahis – à juste titre.

Mise à jour le 03 février 2014 : La direction du Refuge a démenti les informations que des membres importants de l’équipe de Charles Beigbeder ont fait circuler. Le Refuge annonce en effet que la direction a décidé de ne pas valider l’organisation de cette rencontre, qui avait pourtant été annoncée comme d’ores et déjà fixée au 11 février par des proches de Charles Beigbeder.

Adoption | Associations | France | Histoire | International | Mariage | Politique | Quiz | 29.12.2013 - 02 h 05 | 0 COMMENTAIRES
Quiz de l’actualité LGBT : l’année 2013 en 20 questions.

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L’année 2013 a été riche en actualités pour les LGBT de France et du monde entier. Mais avez-vous bien suivi les événements de cette année ?

Les 20 questions ci-dessous vous aideront à tester vos souvenirs… et à rafraîchir votre mémoire !

Petit conseil : avant de commencer le test, munissez-vous d’un papier et d’un crayon, ou bien ouvrez un fichier de traitement de texte, pour noter quelque part la réponse que vous choisissez pour chaque question.

Bon courage à toutes et tous !

 

Question 1 – Rapporteur du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, Erwann Binet est député PS de la huitième circonscription…

A/ De Dordogne

B/ De l’Hérault

C/ De l’Isère

D/ Du Doubs

 

Question  2 – Le 13 janvier 2013, la « Manif pour tous » lance une nouvelle manifestation contre l’égalité des droits. Peu avant la manifestation, Xavier Bongibault se laisse aller à une étonnante comparaison qui déclenche un tollé. Selon lui : « La ligne que défend aujourd’hui François Hollande », c’est « la ligne qui était défendue par un homme…

A/ Que la Russie a accueilli à partir de 1917″.

B/ Que Vichy a hébergé pendant la seconde guerre mondiale ».

C/ Que la Chine a subi durant des dizaines d’années ».

D/ Que l’Allemagne a bien connu à partir de 1933″.

 

Question 3 – Le 1er février 2013, au cours des débats sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, le député Jacques Myard (UMP) entame une défense de « l’altérité sexuelle » et de l’égalité entre les sexes. Pour appuyer sa démonstration, il développe un exemple surprenant, et commence son raisonnement en déclarant à une députée PS : « Madame Coutelle, je vais vous faire un aveu : je fais très bien…

A/ l’amour à ma compagne

B/ les petits gâteaux de Bretagne

C/ le guide en haute montagne

D/ le poulet au champagne

 

Question 4 – A l’Assemblée nationale, la députée Corinne Narassiguin a été responsable pour le groupe socialiste, républicain et citoyen (SRC) du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Elle ne pourra pas assumer cette charge jusqu’au vote de la loi, car, le 15 février 2013,…

A/ Le conseil constitutionnel invalide son élection

B/ Elle est nommée au cabinet de François Hollande

C/ Elle choisit de devenir députée européenne

D/ Elle est élue maire d’une grande ville des USA

 

Question 5 – En mars 2013, le Monde observe à la loupe les trente-sept associations co-organisatrices de la Manif pour tous. Parmi elles, beaucoup sont de simples coquilles vides. Laquelle de ces propositions ne désigne pas l’un des mouvements qui ont été affichés comme soutien de la Manif pour Tous ?

A/ Enfance Equilibre

B/ Le Cler Amour et Famille

C/ Enfants de tous pays

D/ Cosette et Gavroche

 

Question 6 – Le 24 mars 2013, Christine Boutin s’évanouit durant une manifestation contre l’égalité des droits, où elle prétend avoir aspergée de gaz lacrymogène. Les parodies se succèdent très vite sur internet, notamment grâce au tumblr « Joue-la comme Boutin ». Sur Canal +, quelle femme politique ira jusqu’à faire semblant de s’évanouir dans son fauteuil pour parodier le malaise de Christine Boutin ?

A/ Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement

B/ Roselyne Bachelot-Narquin, ancienne ministre de la Santé et des Sports

C/ Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique

D/ Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, ministre des Droits des Femmes

 

Question 7 – Le 12 avril 2013, le Sénat approuve le projet de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Parmi ces parlementaires, qui a voté en faveur du mariage pour tous ?

A/ Fabienne Keller (UMP)

B/ Jean-Noël Guerini (PS)

C/ Roger Karoutchi (UMP)

D/ Jean-Pierre Chevènement (MRC)

 

Question 8 – Le 23 avril 2013, à 17h05, Claude Bartolone annonce : « Après 136 heures et 46 minutes de débats, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe ». Christiane Taubira prononce alors un émouvant discours où elle s’adresse en particulier aux jeunes LGBT « qui ont été blessés et désemparés » par les opposants au mariage pour tous. Elle leur demande solennellement de « garder la tête haute » face à l’adversité. Elle conclut son intervention par la phrase : « Les vérités tues – celles que l’on tait – deviennent vénéneuses », qui est une citation tirée des oeuvres de…

A/ Friedrich Nietzsche

B/ René Char

C/ Aimé Césaire

D/ Paul Eluard

 

Question 9 – Lors du vote de la loi à l’Assemblée nationale en avril 2013, quel farouche opposant à la loi sur le mariage pour tous s’est trompé, et a voté en faveur du mariage pour tous?

A/ Hervé Mariton

B/ François Fillon

C/ Henri Guaino

D/ Gilbert Collard

 

Question 10 – Après validation du texte par le Conseil constitutionnel, François Hollande peut enfin promulguer la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe…

A/ Le 06 mai 2013

B/ Le 10 mai 2013

C/ Le 15 mai 2013

D/ Le 18 mai 2013

 

Question 11 – Après y avoir été autorisés quelques mois, puis interdits durant quatre ans, les mariages entre personnes de même sexe peuvent à nouveau être célébrés dès le 29 juin 2013

A/ En Uruguay

B/ En Californie

C/ Au Brésil

D/ A Hawaï

 

Question 12 – Le 11 juillet 2013, Michel Teychenné remet officiellement à l’un des principaux ministres du gouvernement Ayrault son rapport consacré à la lutte contre les discriminations LGBT-phobes…

A/ A l’école

B/ En entreprise

C/ A l’armée

D/ Dans le sport

 

Question 13 – Le 19 août 2013 ont lieu les tout premiers mariages entre personnes du même sexe célébrés…

A/ En Angleterre

B/ En Australie

C/ En Nouvelle-Zélande

D/ En Nord Pas-de-Calais

 

Question 14 – Le 28 septembre 2013, dans quel pays la gay pride est-elle interdite pour la troisième année consécutive « en raison de sérieuses inquiétudes concernant la sécurité » ?

A/ En République tchèque

B/ En Serbie

C/ En Hongrie

D/ En Croatie

 

Question 15 – Durant l’été 2013, Dominique, de nationalité française, et son compagnon Mohammed, de nationalité marocaine, souhaitent se marier. Mais une ancienne convention bilatérale entre le Maroc et la France semble rendre impossible ce mariage entre les deux hommes. Le 11 octobre 2013, le tribunal de grande instance de Chambéry rend son verdict sur ce mariage. Laquelle de ces propositions est vraie ?

A/ Le tribunal de grande instance a interdit le mariage de Dominique et Mohammed en première instance

B/ La cour d’appel a autorisé le mariage de Dominique et Mohammed

C/ La cour de cassation a interdit le mariage de Dominique et Mohammed

D/ La cour européenne des Droits de l’Homme a interdit le mariage de Dominique et Mohammed

 

Question 16 – Le 28 novembre, le rapport Estrela, sur “la santé et les droits sexuels et génésiques”, est adopté en commission des Droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement européen. Il vise notamment à améliorer des droits des femmes et des LGBT dans toute l’Europe. Quelques jours plus tard, le rapport Estrela est finalement rejeté par le Parlement européen, à quelques voix près : les députés lui préfèrent une motion alternative conservatrice, présentée par la droite du Parlement. Parmi ces députés européens, qui a voté pour que le rapport Estrela soit définitivement rejeté ?

A/ Jean-Marie Cavada (Nouveau Centre)

B/ Robert Rochefort (Modem)

C/ Eva Joly (EELV)

D/ Pervenche Beres (PS)

 

Question 17En décembre 2013, un livre révèle l’homosexualité de Steeve Briois, cadre du Front national. D’abord censuré par la justice, l’ouvrage est finalement autorisé par la justice. Qui est l’auteur de ce livre ?

A/ Joseph Macé-Scarron

B/ Gaspard Dhellemmes

C/ Claude Askolovitch

D/ Oscar Nitkowski

 

Question 18En décembre 2013, la militante ouvertement lesbienne Billie King a été choisie par Barack Obama pour…

A/ Représenter les USA aux J.O. de Sotchi

B/ Mettre en place une loi contre les discriminations LGBT-phobes

C/ Interpréter le rôle de Michelle Obama dans un prochain biopic

D/ Prendre la tête de l’ambassade américaine au Vatican

 

Question 19 – Lequel de ces maires ayant marqué l’actualité est le seul des quatre à avoir accepté de célébrer des mariages entre personnes de même sexe en 2013 ?

A/ Xavier Bertrand (Saint-Quentin, 02)

B/ Christian Estrosi (Nice, 06)

C/ Laurent Wauquiez (Le Puy-en-Velay, 43)

D/ Jean-Michel Colo (Arcangues, 64)

 

Question 20 – A la fin de l’année 2013, dans lequel de ces quatre pays les personnes de même sexe peuvent-elles se marier ? 

A/ Finlande

B/ Chili

C/ Brésil

D/ Slovénie

 

Le test est fini. Bravo pour votre persévérance ! Si vous voulez modifier quelques réponses avant de regarder le résultat final, il est encore temps. Dans quelques secondes, il sera trop tard…

Si vous êtes sûr(e) de vos réponses, vous pouvez à présent regarder plus bas et vérifier si votre mémoire ne vous a pas trompé(e) !

 

Attention – Voici les réponses :

 

[SPOILER – ON]

1B 2D 3D 4A 5C 6C 7A 8A 9C 10D

11B 12A 13C 14B 15B 16B 17D 18A 19B 20C

[SPOILER OFF]

 

Voici les résultats :

Vous avez entre 0 et 7 réponses justes : Vous ne vous intéressez pas particulièrement à l’actualité LGBT. Sans être complètement déconnecté du monde, vous ne suivez pas vraiment les événements en lien avec la communauté, et vous n’êtes pas très curieux de savoir ce qu’il s’est déroulé en France ou dans le monde. Un conseil : lisez les articles de yagg régulièrement, et vous y découvrirez plein de petites choses étonnantes, dans les domaines les plus divers. Peu à peu, vous vous prendrez au jeu, et vous apprécierez en tous les cas d’échanger avec la communauté des yaggeurs !

Vous avez entre 8 et 15 réponses justes : L’actualité de cette année ne vous a pas laissé(e) indifférent(e). Que vous ayez été encouragé(e) par les victoires acquises en faveur des droits LGBT, ou que vous ayez été agacé(e) par les prises de position hostiles aux LGBT, vous avez suivi les événements de l’année grâce aux différents médias, généralistes et communautaires. Continuez à lire les articles de yagg : une bonne partie de vos connaissances proviennent sans doute des articles du site ! Et qui sait : votre résultat sera peut-être encore meilleur l’année prochaine !

Vous avez entre 16 et 20 réponses justes : Votre connaissance de l’actualité LGBT ainsi que la précision de vos souvenirs pour cette année 2013 sont absolument admirables ! L’actualité LGBT vous passionne assurément, et vous aimez vous tenir au courant de ce qu’il se passe en France et dans le monde sur ce sujet. Vous aimez consulter les médias, et vous lisez sans doute yagg assidument. Si ce n’est pas encore fait, pourquoi n’y créeriez-vous pas votre propre blog ? En tous cas, félicitations pour vos connaissances impressionnantes !

Adoption | Droit | Famille | France | Homoparentalité | Mariage | Politique | UMP | 26.10.2013 - 14 h 42 | 0 COMMENTAIRES
Jean-François Copé (UMP) : « Mon idée, c’est qu’on revienne à l’union civile, et en aucun cas d’autoriser l’adoption ».

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Nouveau revirement à l’UMP sur la question de l’égalité des droits. Jean-François Copé, secrétaire général du parti, promet dans une vidéo tournée le 24 octobre 2013, que l’UMP abolira le mariage pour les couples de même sexe et leur interdira purement et simplement toute possibilité d’adopter.

La scène a été tournée à Casablanca, lors du déplacement de Jean-François Copé au Maroc. Jean-François Copé y affirme clairement qu’il ne laissera pas la loi Taubira en l’état, et que si la droite revient au pouvoir, les LGBT seront privés des droits que le gouvernement Ayrault leur a accordés en 2013.

– Est-ce que vous allez revenir sur le mariage [pour tous] ?

Jean-François Copé : C’est ce que je viens de dire. Nous, on a un projet qui est l’union civile. Et donc, moi, mon idée, c’est qu’on revienne à l’union civile, et en aucun cas d’autoriser l’adoption

– D’accord.

Jean-François Copé  : Parce que pour moi, je vous dis le fond de ma pensée : le vrai problème, c’est la filiation. Moi qu’il y ait un couple homosexuel, c’est pas mon affaire, moi j’ai pas de jugement à porter. Par contre, pour moi, l’altérité sexuelle, c’est quelque chose de majeur pour l’éducation des enfants.

Pour appuyer son argument, au cours de l’entretien, le secrétaire général de l’UMP se lance en outre dans une justification personnelle assez déroutante. Parlant de sa propre fille, Faustine, née en janvier 2010, il affirme que sa femme et lui ne savent plus s’ils doivent lui dire qu’ils sont ou non ses parents !

Pour moi, le fond du problème, c’est la question des enfants, c’est ça pour moi. Parce que derrière ça, il y a toute la question de l’altérité sexuelle. Et, je suis désolé, on est déjà en train de partir vers un truc… On ne sait plus quoi dire aux enfants…Nous, on a une petite de deux, trois ans et demi : moi, avec ma femme, on sait plus quoi lui dire, hein… Père ou mère…

La conclusion des échanges entre Jean-François et son interlocuteur ne laisse pas de doute quant aux intentions de l’UMP…  jusqu’au prochain revirement ?

– On compte sur vous pour abolir le mariage gay, alors, ou pas ?

Jean-François Copé : Ben, dans le sens que je vous ai dit.

– On bascule en contrat d’union civile ?

Jean-François Copé : Voilà.

Education | Extrême(s) Droite(s) | France | Homophobie | Politique | 02.10.2013 - 00 h 57 | 14 COMMENTAIRES
Un syndicat d’enseignants (Snalc) accuse Thomas Hollande de promouvoir la « théorie du genre » au sommet de l’Etat.

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Un syndicat d’enseignants, le Snalc (Syndicat national des lycées et collèges), a pris une position tout à fait étonnante au sujet de la « théorie du genre », devenue depuis quelques mois l’angle d’attaque privilégié des opposants au mariage pour tous. On peut entendre cette position en se rendant sur le site du collectif Racine, qui regroupe « les enseignants avec Marine Le Pen« .

Le 10 juillet 2013, l’enseignant Emmanuel Protin, présenté comme « membre du bureau national du Snalc » (mais également attaché de presse de ce syndicat), était invité à s’exprimer sur l’éducation par la radio d’extrême-droite Radio Courtoisie. Aux côtés de 5 autres invités, qui étaient tous des enseignants membres du Front National, il a été interrogé par le présentateur, lui-même ancien candidat FN aux élections municipales de 2001 et 2008, sur la supposée « ‘irruption de la théorie du genre » dans les programmes de l’Education nationale.

Bien sûr, la formulation de cette question est doublement fausse : d’une part, rappelons qu’il n’existe pas de « théorie du genre« , mais uniquement des « études de genre », qui constituent un champ de recherche universitaire inter-disciplinaire. D’autre part, les études de genre n’ont pas fait « irruption » dans l’Education nationale : le gouvernement Ayrault a simplement manifesté la volonté de lutter contre les stéréotypes de genre à l’école – ce qui a suffi à déclencher l’hostilité des milieux de droite et d’extrême-droite qui en ont fait leur nouveau cheval de bataille.

Emmanuel Protin (Photo – Sénat)

On aurait pu attendre une réponse claire, argumentée et nuancée de la part d’un syndicat comme le Snalc, qui se présente très officiellement comme « le deuxième syndicat le plus représenté chez les professeurs du second degré aux élections professionnelles ». Il aurait suffi à son représentant, Emmanuel Protin, d’expliquer qu’il n’y a pas de théorie du genre, que cette supposée théorie ne figure en aucun cas dans les programmes officiels, et que le ministre lui-même a déclaré ne pas promouvoir de quelconque « théorie du genre ».

Hélas ! Le représentant du Snalc a fait un choix bien différent de ce que le bon sens aurait dû lui inspirer.  En effet, loin de remettre en cause le pré-supposé de la question, il a poussé encore plus loin l’erreur (ou le mensonge ?) du présentateur, en déclarant :

Rien n’est scientifiquement fondé […] On ne voit donc pas pourquoi, dans l’école de la République, on enseignerait des théories qui ne sont pas scientifiquement vérifiées.

Sa réponse amalgame études de genre réelles et « théorie du genre » fantasmée, et elle laisse croire que le ministère demande aux enseignants de promouvoir des théories farfelues ou erronées, alors que ce n’est pas du tout le cas. Il y a là une confusion inquiétante de la part d’un enseignant, responsable d’un syndicat.

Mais à cette erreur grossière s’ajoutent des propos encore plus surprenants. Pour compléter sa réponse, Emmanuel Protin ajoute :

« Je crois qu’il y a un certain nombre de gens très très haut placés qui s’occupent de ces théories, y compris un certain M. Hollande fils […]. Thomas Hollande travaille notamment dans ce domaine-là. La rumeur dit que c’est pour ça que le président de la République aurait un oeil favorable par rapport à ça ».

Cette accusation à l’emporte-pièce est tirée du site Egalité et Réconciliation dont le responsable est Alain Soral, ami de Dieudonné, ancien responsable du FN et pourfendeur à la fois du « sionisme » et du supposé « communautarisme gay ». C’est une drôle de source pour un syndicat censé représenter les enseignants qui ont pour but d’éveiller l’esprit critique et la tolérance chez leurs élèves !

Après avoir déploré que Luc Chatel, bien qu’il soit à l’UMP,  avait déclaré qu’il ne « reviendrait pas » sur les programmes de SVT, auxquels certains avaient (à tort !) reproché de laisser trop de place à la notion de « genre », Emmanuel Protin lance une déclaration qui se veut à demi-mystérieuse :

« Il y avait déjà eu des attaques à ce niveau-là, une introduction d’une certaine forme de lobbyisme à l’intérieur de l’Education nationale sous le gouvernement précédent ».

On comprend bien, car il s’agit là d’une ficelle habituelle à l’extrême-droite, quelle partie de la population est désignée par cette accusation de « lobbyisme » au sein du ministère : les attaques envers un supposé « lobby LGBT » sont coutumières chez Marine Le Pen, Robert Ménard ou Eric Zemmour, et le Snalc, en décembre 2011, avait déjà fustigé « le communautarisme sexuel » (sic) qu’il avait cru voir à l’oeuvre dans l’évolution des programmes lors de la réforme du lycée.

L’interview est disponible dans son intégralité sur le site du Collectif Racine, qui regroupe « les enseignants avec Marine le Pen« . On s’étonne, vraiment, d’entendre, sur le site du FN, le représentant de ce syndicat tenir de tels propos, alors que le Snalc se défend régulièrement d’être un syndicat lié à l’extrême-droite et revendique « sa neutralité » politique.

Enfin, le Snalc tiendra son congrès à la mi-octobre : on annonce la venue du ministre Vincent Peillon en personne pour ce congrès. Ce serait un affront pour tous les LGBT qu’un ministre se déplace au congrès de ce petit syndicat (par rapport à l’échelle du ministère), dont un représentant ose non seulement s’exprimer sur la radio d’extrême-droite Radio Courtoisie, déjà rappelée à l’ordre plusieurs fois par le CSA pour des propos à orientation raciste ou homophobe, mais en plus déverse un nombre impressionnant d’erreurs en quelques phrases, en s’inspirant de sites extrémistes et en donnant raison aux influents membres du Front national présents dans le même studio que lui lors de cette émission.

Après les reculades du gouvernement sur la PMA ou sur le don du sang par les homosexuels, la caution personnelle que Vincent Peillon donnerait à ce syndicat en se rendant à son congrès serait une offense de plus envers les LGBT.

Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | International | Justice | Politique | 29.08.2013 - 16 h 51 | 2 COMMENTAIRES
Delphine Lance (doctorante EHESS) présente ses recherches sur la gestation pour autrui.

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Delphine Lance réalise actuellement une thèse d’anthropologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Elle a travaillé sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité, et ses recherches portent aujourd’hui, en particulier, sur le thème de la gestation pour autrui au niveau international. Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine pour effectuer la première partie de ses recherches, elle lance à présent un appel à financement sur le site indiegogo pour pouvoir poursuivre l’étude de ce thème aux Etats-Unis. A cette occasion, elle a accepté de nous présenter un premier bilan de ses observations sur le thème de la surrogacy, et elle détaille l’objet de son projet de recherche sur ce sujet aux USA.

Numa – Delphine Lance, vous êtes doctorante à l’EHESS en anthropologie. Vous vous intéressez en particulier aux thèmes de la parenté et des nouvelles technologies de reproduction. Pouvez-vous nous parler des recherches que vous avez effectuées jusqu’ici ?

Delphine Lance

Delphine Lance

Delphine Lance – J’ai travaillé en master 2 sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité. Durant un an, j’ai interrogé des couples et des célibataires gays qui vivent en France, et qui ont eu recours à des femmes porteuses. Dans la grande majorité des cas, il s’agissait de femmes qui vivaient aux Etats-Unis. J’ai mené cette recherche anthropologique en parallèle des travaux sociologiques de Martine Gross et Dominique Mehl, et nos études respectives ont permis d’enrichir les connaissances sur les situations de GPA dans des cas d’homopaternité.

Je ne peux pas résumer ici l’intégralité de mon mémoire, mais j’ai été très marquée par la grande diversité des situations rencontrées au cours de mes entretiens. Chaque couple ou célibataire a une manière bien particulière d’appréhender le parcours de GPA. Par ailleurs, et contrairement aux idées reçues, la GPA s’inscrit toujours dans une démarche hautement relationnelle : tous les tiers ont une place dans ce parcours. J’ai été frappée par exemple par la relation qu’entretiennent les hommes avec les « donneuses d’engendrement » (donneuses et surrogate) pour reprendre l’expression d’Irène Théry : celles-ci ont toujours une place, plus ou moins importante, dans la vie de ces familles. Suite aux débats sur le mariage pour tous, je peux d’ailleurs affirmer qu’en aucun cas, les pères ne nient l’existence des femmes qui ont pris part au processus (donneuse d’ovocytes et mère porteuse). La différence des sexes dans la reproduction n’est jamais niée. Il est également important de souligné ici que dans la majorité des cas la donneuse et la gestatrice ne sont pas les mêmes femmes, on observe alors une fragmentation dans la reproduction qui est très intéressante à analyser en tant qu’ anthropologue.

 

Numa – Suite à votre master 2, vous avez voulu approfondir vos recherches sur la Gestation pour Autrui, en adoptant cette fois un angle d’approche international. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo ehessDelphine Lance – Actuellement, je suis inscrite en thèse à l’EHESS d’anthropologie sous la direction d’Enric Porqueres i Gené et Jennifer Merchant. J’étudie la place de la femme et de son corps dans le processus de gestation pour autrui à un niveau international. Pour ce faire, je suis partie 9 mois en Ukraine. J’ai observé le fonctionnement de cinq agences de surrogacy, notamment à Lviv (Ouest de l’Ukraine) et à Kiev. J’ai interviewé le personnel de ces agences et de cliniques (gynécologues, psychologues…), mais aussi des femmes porteuses (près de 25) et des donneuses d’ovocytes. Ce terrain m’a permis de comprendre en détail le fonctionnement du processus, ainsi que la représentation de la femme en Ukraine.

J’ai aussi interrogé des parents (trois couples gays et un couple hétéro) qui ont fait appel à une femme porteuse en Ukraine. J’ai pu voir à cette occasion les difficultés rencontrées par ces différents couples, en particulier pour le retour de l’enfant en Europe. Ces expériences sont très marquantes : quand on voit à quel point ces couples se battent et souffrent, on est amené à réfléchir en profondeur à la question de la GPA.

 

Numa – Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine, vous vous apprêtez maintenant à partir pour les USA. Quel est votre projet ?

Delphine Lance – Dans un objectif de comparaison avec l’Ukraine, j’aimerais partir aux USA pour me rendre dans des agences, et parler avec des  surrogates et des donneuses nord-américaines. Dans un premier temps, je souhaite aller sur la Côte Ouest, à San Francisco et San Diego. Si cela m’est possible financièrement, je partirai ensuite dans d’autres régions des USA. Mon but est de visiter différentes agences dans plusieurs Etats (Californie, Massachusetts, Ohio, Pennsylvanie), pour analyser les différences qu’elles présentent en termes d’organisation et de fonctionnement. Certaines sont par exemple plus tournées vers les couples gays que d’autres, ont établi des partenariats avec des cliniques, etc.

Au niveau scientifique, je travaille en particulier sur la définition de la parenté, sur l’intentionnalité et sur la place de l’Etat dans les politiques liées à la procréation, à l’exemple de la GPA. Plus je pourrais avoir de témoignages et réaliser d’observations, plus mon approche de ces différents thèmes pourra être précise.

Mon autre objectif, en parallèle, serait de réaliser un court documentaire (environ 30 mn) sur les motivations des gestatrices. Dans le débat actuel, les politiques parlent des femmes porteuses, mais on laisse en général trop peu de place à la parole à ce qu’elles disent et vivent. Il s’agirait donc de faire un reportage où la parole serait notamment laissée à ces femmes, afin de comprendre leurs motivations.

Pour que le débat repose sur des bases solides, il me semble important de laisser la parole aux différents intervenants du processus : surrogates, donneuses d’ovocytes, aux autres tiers et bien évidemment aux parents d’intention.

 

Numa – Pour pouvoir mener à bien ces objectifs, vous lancez un appel à financement sur le site indiegogo. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo indiegogo Delphine Lance – Je lance en effet un appel sur indiegogo, pour partir dans un premier temps durant six mois aux USA. Je vais avoir besoin de payer mon billet d’avion et mes déplacements internes pour pouvoir rencontrer les mères porteuses et les agences. La réalisation du documentaire me coûtera également environ 3000€.

Je lance donc un appel à contribution pour financer cette recherche. Dans ma conception de la recherche, il faut diffuser et partager les résultats obtenus. C’est pourquoi en contre-don, je propose aux gens qui me soutiendront de recevoir notamment une newsletter sur les résultats que j’obtiendrai. Je compte animer un blog privé pour parler de mes résultats. L’argent obtenu me permettra de consacrer du temps à ma recherche, mais aussi à sa diffusion et à la discussion avec les personnes qui auront accepté de m’aider à réaliser cette étude.

***

Pour participer au financement de ce projet de recherche : il suffit de se rendre sur la page « Recherche et documentaire sur la gestation pour autrui aux USA. Research and documentary on Assisted Reproductive Technology in the US. » du site indiegogo.

Famille | Homophobie | International | Mariage | People | Politique | UMP | 11.05.2013 - 02 h 39 | 2 COMMENTAIRES
La Barjot s’en va-t-aux Champs : Acte III

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Un manuscrit de la fin du 19e siècle a été retrouvé par hasard au printemps 2013. Il s’agit d’un vaudeville en trois actes inédit, dont les plus récentes analyses semblent montrer qu’il serait de la main de Georges Feydeau. Cette pièce, intitulée La Barjot s’en va-t-aux Champs, a pour héroïne une bourgeoise excentrique et très croyante, qui entraîne dans son délire une foule de personnages étranges et parfois inquiétants. L’acte I montrait une importante réunion de concertation entre la mondaine et ses alliés, bien décidés à prendre d’assaut les Champs Elysées. Dans l’Acte II, pour financer leurs actions, l’héroïne et son ami Xavier ont effectué quelques ventes auprès de représentants du peuple très enthousiastes. A présent, l’acte III clôture la pièce, et nous montre les dernières évolutions du petit groupe de personnages.

La Barjot s’en va-t-aux Champs, Pièce en trois actes

Acte III La scène représente une pièce agréable et spacieuse. Au fond, le soleil entre par plusieurs velux, qui sont ouverts. Les murs à gauche et à droite de la pièce sont couverts de très hautes étagères en chêne. Elles sont remplies d’ouvrages des 18e, 19e et 20e siècles. Au centre, une grande table rectangulaire en bois noble est entourée d’une vingtaine de chaises. Sur une petite table à l’arrière, sous les velux, se trouvent un téléphone sans fil, quelques documents et un coupe-papier. Un tabouret est placé sous la table, et une imposante horloge blanche la surplombe. On accède à la pièce par deux portes en verre, situées l’une à gauche et l’autre à droite de la scène.

Au début de l’acte, la pièce est silencieuse : on entend seulement le tic tac de l’horloge et des sifflements d’oiseaux qui entrent par les velux ouverts. La porte de droite s’ouvre : entrent Hervé Mariton, qui porte un attaché-case, puis Frigide Barjot, Xavier Bongibault, Christine Boutin et Béatrice Bourges.

Hervé Mariton – Bon, installez-vous autour de la table, on va pouvoir commencer rapidement. (Tous s’assoient. Hervé Mariton sort des dossiers qu’il remet à chacun des quatre autres. Il reprend la parole une fois la distribution terminée.) Mes chers amis, ce moment est historique. Les documents que je vous ai distribués sont d’une importance extrême, et je suis particulièrement heureux de pouvoir vous accueillir en ce lieu symbolique et solennel. (Frigide Barjot, après avoir sorti une petite fiole, s’endort peu à peu pendant qu’il parle.) En effet, vous avez devant vous le développement argumenté et exhaustif des recours que nous, parlementaires UMP et UDI, avons déposés le 23 avril 2013 dans le cadre de notre saisine du Conseil Constitutionnel, aux fins de déclarer inconstitutionnelles les dispositions de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Je vous propose d’en étudier sans différer les principaux tenants et aboutissants.

Xavier Bongibault, qui regarde fixement Hervé Mariton – Gné ?

Frigide Barjot, se réveillant soudain – Comment ? Ca y est ? Je suis élue Maire de Paris ? Merci, merci, merci ! (elle se ressaisit, et boit une gorgée de sa petite bouteille).

Hervé Mariton – Dites, un peu d’attention ne nuirait pas à la compréhension de mon discours. Si nous étions à l’Assemblée, je vous rappellerais le règlement, qui stipule expressément que…

Xavier Bongibault – Ah non, ah non, stop avec tes mots d’il y a cent millions d’années : je n’ai déjà rien compris à tes histoires de saisine exhaustive et solennelle qui aboutit à des tenants parlementaires, alors n’en rajoute pas ! On ne m’avait pas dit qu’on venait ici pour parler chinois.

Frigide Barjot – Ne contrariez pas le petit : il fait un café divin et il répète tout ce que je lui raconte. Ca fait trois ans que je l’entraîne, alors certes il ne sait faire que ça, mais il le fait très bien. (elle boit une rasade de sa fiole.) Expliquez-lui plutôt ce que Hervé vient de raconter, au lieu de l’énerver.

Christine Boutin, se tournant vers Xavier Bongibault – Il a dit qu’on va expliquer aux juges pourquoi les gens comme toi, on doit les respecter, mais les empêcher de se marier entre eux parce qu’ils sont décadents et menacent l’ordre public. Tu comprends, ça ?

Xavier Bongibault, réjoui – Ah oui, ah oui, on lutte contre le mariage entre hommes ou entre femmes, parce que ça va détruire la civilisation, comme Frigide me l’a dit ! C’est vrai, c’est vrai !

Béatrice Bourges – Il dit oui, et en plus il est content ! C’est vrai qu’il est gentil : il est même complètement stupi…

Frigide Barjot, l’interrompant – Oui, stupéfiant ! Et tu sais, au prix où je le paye, c’est une affaire ! Par contre, qu’est-ce que le café a augmenté… Encore un peu, et ça me coûtera aussi cher que mes clopes, mon alcool et ma co…

Hervé Mariton, l’interrompant à son tour – Mesdames, si vous êtes venues parler du prix de vos emplettes quotidiennes, je m’en vais ! J’ai eu assez de mal à vous faire rentrer ici tous les quatre : restons-en donc à notre sujet, s’il vous plaît. Je vous rappelle que nous allons avoir des invités prestigieux dans quelques minutes, alors il faut que nous soyons au point. Vous avez cinq minutes pour lire ces dossiers, puis nous en discuterons pour nous mettre d’accord.

Béatrice Bourges et Christine Boutin se mettent à lire. Frigide Barjot prend une gorgée de sa petite bouteille, puis elle se lève. Xavier Bongibault regarde dans le vide, en direction d’Hervé Mariton.

Frigide Barjot – Mais au fait, Hervé… Comment tu as fait pour nous faire rentrer dans la bibliothèque du Conseil Constitutionnel ? C’est quand même pas donné à tout le monde… J’ai beau être une star internationale, qui déclenche l’enthousiasme des foules en Belgique, aux USA, et bientôt au Maroc,…

Béatrice Bourges – Arrête ton char, Frigide, tu n’y es même pas allée, à Washington,…

Christine Boutin – Et en Belgique, tu as été autant huée qu’à Lyon, c’est dire !

Béatrice Bourges – Même à Argenteuil, tu as à peine réussi à rassembler 200 personnes…

Frigide Barjot – Hervé, dis quelque chose, ou je quitte cette pièce avec mon imbé… euh, avec mon indépassable Xavier. (Entendant son nom, Xavier Bongibault tourne son regard vers Frigide Barjot et l’admire avec un sourire béat)

Hervé Mariton – Il manque vraiment un règlement ici, c’est criant : il y aurait de beaux rappels à faire. Mesdames, Frigide veut savoir comment je vous ai fait entrer ici. J’avoue que c’est un tour de force, et il vous intéressera toutes, n’est-ce pas ? (Christine Boutin et Béatrice Bourges acquiescent) Alors voilà : la bibliothèque du Conseil Constitutionnel n’est accessible qu’aux grands chercheurs de droit public. J’ai donc contacté nos juristes, Anne-Marie Le Pourhiet et Aude Mirkovic, qui s’y connaissent aussi bien en droit que moi en bon goût vestimentaire. Elles ont appelé le service documentation du Conseil Constitutionnel pour les prévenir de votre arrivée, en indiquant que vous collaborez étroitement avec elles au sujet d’un grand débat juridique.

Frigide Barjot – Attends, Hervé, tu as fait passer Xavier et moi pour des chercheurs en droit ? (elle se rassoit et prend une gorgée) Alors là, je suis sur le cul. Nous faire passer pour des chercheurs en droit… Moi, encore, pourquoi pas : avec mon intelligence naturelle, je pourrais être docteur en droit international et comparé, mais alors le petit, il n’y connaît rien en histoire, Boutin brandissait la Bible en pleine Assemblée, et Bourges appelle tous les deux jours à l’émeute et à l’anarchie… Hervé, tu es vraiment capable de tout !

Christine Boutin (tout bas) – Il en faut bien un qui soit capable de tout, avec une comme elle qui n’est bonne à rien…

Hervé Mariton – C’est aussi ce qu’on me dit dans ma circonscription de Crest et à l’Assemblée : je suis capable de tout, et c’est même à cela qu’on me reconnaît, paraît-il… Jacques Myard va être jaloux ! (On toque à la porte de droite) Oh mon Dieu, déjà ! Ils sont en avance ! Nous n’avons même pas eu le temps de lire ensemble les arguments déployés par l’UMP et l’UDI au sujet de la saisine dont fait l’objet, auprès du Conseil Constitutionnel, la loi sur…

Xavier Bongibault se recoiffe, Frigide Barjot bâille, Béatrice Bourges joue avec son collier de perles et Christine Boutin triture son pendentif en forme de croix, lève les yeux au ciel et murmure une prière. On retoque plus fort.

Hervé Mariton (en se levant) – Bon, je vais ouvrir à nos invités de marque.  Soyons dignes et convaincants ! (Il ouvre la porte)

Entrent Jean-Louis Debré, Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d’Estaing. Frigide Barjot, Christine Boutin et Béatrice Bourges se lèvent et les saluent un par un en leur serrant la main.

Xavier Bongibault, assis – C’est pour ces trois-là qu’on m’a fait venir ? Frigide m’avait dit qu’il y aurait des gens célèbres, mais moi je connais aucun bibliothécaire. D’ailleurs, je vois pas comment je pourrais en connaître un, puisque…

Frigide Barjot – Xavier, viens dire bonjour s’il te plaît (Xavier Bongibault s’exécute à contrecœur)

Nicolas Sarkozy (à Frigide Barjot) – Dis donc Virginie, ça me fait plaisir de te revoir. Tu sais que financièrement, ça va pas trop bien, là, avec toutes ces histoires autour de mes comptes, et euh… comment dire… si tu acceptais de me faire un petit don, par charité chrétienne…

Frigide Barjot – Tu iras dire ça à ta Liliane ! Guéant m’a déjà demandé de lui acheter des tableaux d’un peintre flamand qui aurait peint la Manif pour tous en 1677, et Woerth a voulu que je lui achète un hippodrome… Non mais vous n’avez aucun scrupule : vouloir extorquer des fonds à une faible femme, douce et honnête comme moi ! (elle reprend une gorgée de sa bouteille) Demandez plutôt à Christine, c’est tout mon contraire !

Nicolas Sarkozy – Ah non, Christine, c’est pire : elle m’a pris 800 000 euros, et elle est pas près de les rendre…

Jean-Louis Debré – Je suis désolé, mais les autres membres n’ont pas pu venir. Jacques Chirac ne vient de toute façon plus, Michel Charasse est en vacances en Auvergne, Jacques Barrot déjeune avec son ami Laurent Wauquiez…

Hervé Mariton – Ah bon, vous n’êtes que tous les trois ? Je suis un peu déçu…

Jean-Louis Debré – Cela dit, c’est mieux ainsi : tu te doutes bien que si cette petite rencontre officieuse venait à s’ébruiter…

Frigide Barjot, qui commence à ressentir les effets de l’alccol, se met à hurler – Nous serons muets comme des tombes, et personne ne saura que nous sommes avec Giscard, Debré, et…

Hervé Mariton, lui mettant la main sur la bouche – Frigide, chut, pas si fort !

Christine Boutin – Mais qu’on la bâillonne, à la fin ! Elle dit déjà n’importe quoi en temps normal, alors si en plus elle se met à hurler, c’est insupportable ! On est pas dans ses manifs à flons-flons, ici !

Valéry Giscard d’Estaing – A propos de flons-flons, Mesdames, Mechieurs, che dois bien vous âvouer que che chuis très perplekche… On m’a amené ichi en m’annonchant qu’il y aurait Lady Di, et che vois bien que la dame criarde qui rouchpète et court partout n’est pas du tout ma princheche…

Jean-Louis Debré – Valéry, j’avoue que je t’ai menti, mais maintenant que tu es venu, tu vas bien écouter ce que notre ami Hervé et ses amis vont nous dire, n’est-ce pas ?

Valéry Giscard d’Estaing – Che suis très déchu, oui, très déchu, mon bon Jean-Louis, et il ne me rechte qu’à vous chouaiter à touch un bonchoir Mâdâme, bonchoir Mâdemoichelle, et bonchoir Méchieurs. Au revoâr ! (Il se retire.)

Béatrice Bourges – Bon, eh bien ils ne sont plus que deux, nos invités de marque.

Nicolas Sarkozy – C’est que le vieux grigou n’a pas tort : il a joué les imbéciles en vous faisant croire qu’il était gâteux, mais en réalité, c’est parce qu’il a bien compris qu’on perd son temps ici. Time is money !, comme je le dis dans mes conférences à 200 000 euros. Bon, mais venons-en donc au fait : de quoi voulez-vous parler ?

Ils répondent tous les cinq en même temps :

Hervé Mariton – Du recours de l’UMP !

Frigide Barjot – De la Manif pour tous !

Béatrice Bourges – Du Printemps français !

Christine Boutin – Du Parti Chrétien Démocrate !

Xavier Bongibault – Euh…

Nicolas Sarkozy – Allons bon, nous voilà bien… Ecoutez, j’ai du travail, moi : j’ai une conférence à préparer pour Las Vegas, et un procès à Bordeaux. Alors vos p’tites histoires, hein, vous les règlerez entre vous. Ciao, les incapables ! (Il sort de la bibliothèque)

Jean-Louis Debré – Bon, ne désespérez pas : moi je suis toujours là, et je vous écoute.

Béatrice Bourges, se jetant à terre – Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel, écoutez-nous : vous devez rejeter la loi sur le mariage des pédés. Ce n’est pas possible, la France ne peut pas faire ça !

Frigide Barjot – Les homos, Béatrice, les homos. Les pédés, ça l’fait pas. Il faut quand même qu’on fasse semblant de les respecter un peu.

Christine Boutin – Oui, oui, on sait, les homos, les lesbiennes, les bis. Mais enfin ça n’empêche pas : il faut leur interdire de se marier, et ça, Jean-Louis, vous allez nous y aider. Nous sommes prêtes à vous séquestrer si vous ne vous engagez pas à abroger cette loi sur-le-champ !

Béatrice Bourges, se relevant – Oui, tu as compris, Jean-Louis ? Tu déclares cette loi inconstitutionnelle, tu t’opposes à toute union civile pour les gouines, ou on te séquestre avec tes vieux bouquins ! Ecoute la démocratie, merde !

Frigide Barjot, qui trépigne – Ah mais si, ah mais si, il faut l’union civile ! Moi je les aime, les homos, je les aime ! (Elle se met à pleurer) Ils doivent pas avoir le droit de se marier, mais c’est pas pour ça qu’il faut les tuer, ces parasites ! Regardez mon p’tit Xavier, comme il est décoratif… Déjà petite, j’aimais les araignées, les rats et les flaques de boue. Ca m’écoeure, mais je les aime. Oui, je suis pour l’union civile !

Christine Boutin – Si elle reparle encore une fois d’union civile, je m’en vais ! Hervé, dis quelque chose !

Frigide Barjot – Si on n’en parle pas, je m’en vais aussi !

Hervé Mariton – Ecoutez, Mesdames… L’union civile est la meilleure solution politique, et je ne voudrais pas que Christine redevienne la personne outrancière et marginale qui, en 1999, avait déjà…

Christine Boutin pousse un cri et s’évanouit. Elle tombe dans les bras de Xavier Bongibault, qui s’efforce de l’asseoir sur une chaise et tente de la ranimer.

Jean-Louis Debré – Je n’imaginais pas que ça se passerait comme ça. D’habitude, vous savez, c’est beaucoup plus calme, au Conseil Constitutionnel… On y mange quelques gâteaux préparés par les cuisiniers du conseil, on boit un vin doux ou demi-sec, et on discute des projets tout en lançant quelques bons mots…

Frigide Barjot, toujours en larmes – Ca suffit… C’est que des cons ici. De toute façon, j’en ai marre, des conseils, des comités, des commissions… : le Conseil Economique, Social et Environnemental n’a même pas lu ma pétition, le Conseil d’Etat n’a pas dit non au mariage des homos, le Comité Consultatif National d’Ethique n’est pas intervenu non plus, les commissions des lois du Parlement n’ont servi à rien. Vous savez quoi, les loosers ? Moi, je m’en vais au Maroc. Là-bas, on est comme moi : on aime la république et les homos. Allez viens, Xav’, on s’en va !

Xavier Bongibault, qui agite sa main pour faire de l’air sur le visage de Christine Boutin – Ben… Et Christine ?

Frigide Barjot – Laisse tomber la has been ! On se casse !

Hervé Mariton – Ecoutez, je pense qu’en ce moment important, un peu d’unité ne nuirait pas, et…

Frigide Barjot fait passer Xavier Bongibault devant elle, puis elle claque la porte en sortant.

Béatrice Bourges – On s’en passera, de la surexcitée et du bulot ! Ici, on est entre gens civilisés ! On est là pour la révolution, nous, pas pour amuser la galerie !

Hervé Mariton – Elle est ce qu’elle est, mais enfin elle nous est utile, et son larbin aussi. C’est vrai qu’il est bon, son café !

Jean-Louis Debré – Bon enfin moi, Hervé, tu comprends que j’ai bien voulu te rencontrer dans cette bibliothèque, et que je dirai que cette rencontre est fortuite, mais enfin je ne peux pas t’en dire plus sur notre délibération.

Hervé Mariton – Tout de même, Jean-Louis, tu pourrais te mouiller un peu sur la question. Ou m’en dire un peu plus sur vos réflexions…

Jean-Louis Debré – Eh bien… Euh… Il ne faut pas que tu perdes espoir, tu sais… D’ailleurs, il ne faut jamais perdre espoir… Mais enfin, il faut être capable de s’arrêter aussi… (Il parcourt la pièce du regard pour trouver une échappatoire.) Oh, mais Frigide Barjot a oublié sa bouteille sur la table ! Je vais la lui rapporter avant qu’elle quitte le bâtiment.

Christine Boutin, qui retrouve tout à coup sa vigueur – Non non, je m’en charge ! (Elle se lève et prend la fiole. Elle la soupèse, et fait une mine déçue.) Elle est vide, évidemment…

Jean-Louis Debré (il lui prend la bouteille des mains) –  Je la lui rapporte ! C’est peut-être du verre consigné ! (il file par la porte de droite)

Hervé Mariton – Ecoutez, puisque le calme est revenu et que l’après-midi est bientôt terminé, je vous propose que nous nous penchions ensemble sur le compte rendu de notre réunion. Voici ce que j’ai composé : « Les principaux responsables de la Manif pour tous, mouvement humaniste, constructif et républicain, se sont réunis aujourd’hui en un lieu secret, avec de très nombreuses personnes parmi leurs soutiens associatifs et politiques. Après une discussion enrichissante et respectueuse, ils ont manifesté un grand enthousiasme pour les arguments développés par l’UMP et l’UDI dans leurs recours auprès du Conseil Constitutionnel. Il est clair que les Sages ne pourront, en conscience, valider la loi sur le mariage pour tous, à moins de bafouer les principes les plus sacrés de notre démocratie ».

Béatrice Bourges – Ah, c’est bien.

Christine Boutin – C’est très bien !

Hervé Mariton – Bon, eh bien nous venons de rédiger le prochain article de Stéphane Kovacs. Le Figaro va être content.

Christine Boutin – Et pour le titre ? « Le PCD reprend la main sur la Manif pour tous » ?

Béatrice Bourges – Ah non ! Plutôt : « Le Printemps Français redonne de l’élan à la mobilisation contre le mariage des invertis » !

Hervé Mariton – Je pensais plutôt à : « L’UMP défend les citoyens face à la dictature de François Hollande ». C’est bien, c’est sobre.

Par les velux toujours ouverts, on entend soudain monter un long cri.

Béatrice Bourges – Qu’est-ce que c’est que cet horrible bruit ? Un cochon qu’on égorge, pour en faire du saucisson bien français ?

Christine Boutin – Un chien qui s’est fait écraser par un socialiste haineux, adepte de la théorie du jendère ? Ou une chèvre bien blanche, dépecée par un membre franc maçon de la LGBT  ?

Ils se précipitent tous pour regarder à l’extérieur. Le cri continue par intermittence.

Hervé Mariton – C’est cette imbécile qui s’entraîne à faire des youyous avec un mégaphone avant son départ pour le Maroc. Et Bongibault lui a apporté une canette de thé glacé aromatisé à la menthe ! Bon, tâchons de sortir de tout cela par le haut : je vais en faire une brève pour Guillaume Perrault, et le Figaro pourra en tirer un dossier spécial pour sa prochaine une… « La Manif pour tous s’apprête à diffuser auprès de nos amis de tous les continents le message de la France : respectez les valeurs humaines fondamentales comme le mariage homme-femme. Ce message sera transmis dans le respect le plus total, et avec l’attention la plus digne, envers les traditions culturelles de nos amis étrangers ».

A l’extérieur, Frigide Barjot se met à chanter faux, et à tue-tête, des musiques populaires marocaines. Mariton, Boutin et Bourges ferment les fenêtres aussi vite que possible.

Christine Boutin, levant les yeux au ciel – Sainte Cécile de Rome, coupez-lui la langue !

Béatrice Bourges – La France a déjà du mal à la supporter, mais le Maroc n’en voudra jamais…

Hervé Mariton – Quand je l’écoute, je me demande si la fin du monde n’est pas finalement plus proche qu’on ne le pense… Dire qu’elle voulait conquérir les Champs et les boulevards parisiens il y a deux mois.

Christine Boutin – En tout cas, elle aura réussi à massacrer les chants et les rythmes marocains en deux minutes…

Le rideau tombe. Fin du troisième et dernier acte.

Adoption | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Histoire | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | People | Politique | PS | 26.04.2013 - 02 h 35 | 4 COMMENTAIRES
Trois anecdotes sur le vote à l’Assemblée du mardi 23 avril 2013.

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Comme d’autres sympathiques yaggeurs et yaggeuses que j’ai retrouvé(e)s pour l’occasion, j’étais présent à l’Assemblée nationale l’après-midi du 23 avril 2013. J’ai lu avec intérêt les témoignages d’Alexandra, Philippe et Olivier, et j’ai pensé qu’à mon tour, je pouvais ajouter quelques compléments aux très intéressants récits personnels qu’ils ont fait de ce moment décisif dans l’histoire des LGBT en France.

 

1) Virginie Tellenne provoque la sécurité de l’Assemblée nationale

Ce que peu de personnes savent, c’est que Virginie Tellenne (alias Frigide Barjot) a tenté de défier la sécurité de l’Assemblée nationale avant d’assister au vote. Elle n’a commis en soi aucune infraction légale, mais son attitude morale a été très fortement douteuse. En effet, elle avait dissimulé sur elle des tracts rouges et blancs où était imprimée en gros caractères l’inscription « Référendum pour tous ».

L’un des membres du personnel de l’Assemblée nationale s’est aperçu que Virginie Tellenne portait ces tracts sur elle, et a pu lui en ôter un avant qu’elle s’avance dans une autre salle. Il lui a ensuite fallu prévenir la sécurité de l’Assemblée nationale, pour que ces tracts lui soient retirés un à un, en conformité avec le règlement de l’Assemblée nationale. La volonté de Virginie Tellenne était clairement, au minimum, de narguer le personnel de l’Assemblée.

Avait-elle l’intention de montrer ces tracts durant les explications de vote auxquelles elle a ensuite assisté ? Il est difficile de le dire, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle a agi par esprit de bravade envers les agents de sécurité, et qu’elle avait pour but de leur montrer qu’ils devaient s’attendre à tout, et être sur leurs gardes face à toute menace qui pouvait venir d’elle ou de ses partisans.

Ce qui est d’ailleurs plus troublant, c’est que les tracts qu’elle portait sur elle défendaient justement l’idée d’un référendum – tout comme la banderole qui a été déroulée dans l’hémicycle par des individus violents quelques instants plus tard. Simple coïncidence ?

 

2) Virginie Tellenne n’a pas eu l’air mécontente de l’incident qui a indigné l’Assemblée nationale

Lorsque l’incident a éclaté dans les tribunes de l’Assemblée nationale, Frigide Barjot, à l’inverse de la majorité du public et des députés, n’a pas paru consternée, ni inquiète, ni même surprise par l’événement. Bien au contraire, elle n’a eu qu’un léger sourire de satisfaction qui, volontaire ou non, m’a paru le comble du cynisme.

Tout le public regardait alors les spectateurs que le service d’ordre tentait de maîtriser, et les députés étaient tournés soit vers les individus qui avaient effectué cet incident, soit vers les députés de droite qu’ils rendaient responsables de cette agression contre le travail parlementaire. Frigide Barjot a donc dû penser qu’elle n’était pas observée à ce moment-là…

 

3) L’hommage vibrant des députés et ministres à Corinne Narassiguin

Pour finir sur une note positive, j’ai été touché par l’hommage très émouvant qui a été rendu par le gouvernement et les députés à Corinne Narassiguin, ancienne députée PS des Français de l’étranger, et qui était initialement chargée du texte sur le mariage pour tous au sein du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Corinne Narassuiguin avait fait un lourd travail d’auditions, de persuasion et de négociations au sein du groupe Socialiste, Républicain et Citoyen, en partenariat avec le gouvernement, les acteurs de la vie civile et les responsables politiques de son groupe. Son élection en tant que députée ayant été invalidée par le Conseil Constitutionnel en février 2013, cette fonction avait alors été reprise par le député PS Bernard Roman, très engagé sur le thème des droits LGBT et de l’homoparentalité.

Debout dans les tribunes après l’intervention finale de Christiane Taubira, et visiblement très émue, Corinne Narassiguin a été ovationnée par ses collègues députés et ministres de gauche, qui se sont tournés vers elle et l’ont acclamée, afin de rappeler le rôle très important que cette jeune femme de 38 ans, très attachée à la question de l’égalité, avait tenu, aux côtés d’Erwann Binet, dans l’adoption du projet de loi par l’Assemblée nationale.

 

Le reste de l’histoire vous est connu : il vous a été conté par l’équipe de Yagg qui a été mobilisée toute la journée, et par trois yaggeurs qui ont pris le temps de faire un compte rendu complet de tout ce qu’ils ont observé ce jour-là 🙂

Fiction | France | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | People | 24.03.2013 - 04 h 10 | 8 COMMENTAIRES
La Barjot s’en va-t-aux Champs : Acte II

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La semaine dernière a été révélée l‘incroyable découverte d’un chercheur en littérature française : un vaudeville du 19e siècle est resté jusque là inconnu et inédit, alors qu’il est, selon toute apparence, signé de la main même de Georges Feydeau (les dernières analyses ont écarté la piste, un temps envisagée mais vraisemblablement erronée, d’une rédaction par le dramaturge Eugène Labiche).

A cette occasion, nous vous avons révélé l’acte I de cette pièce en trois actes. Rappelons que la pièce retrace, sur un mode comique, les tentatives infructueuses d’une demi-mondaine et de ses quelques compagnons pour prendre par la force l’avenue des Champs-Elysées. Voici donc à présent l’acte II du vaudeville « La Barjot s’en va-t-aux Champs« .

La Barjot s’en va-t-aux Champs, Pièce en trois actes

Acte IILa scène représente un petit local mal entretenu, sans fenêtre, éclairé par quelques lampes au néon. A droite, une dizaine de cartons sont entreposés les uns sur les autres. L’un d’entre eux déborde de quelques vêtements noirs, roses et blancs. A gauche, une table est couverte de papiers divers, flyers et prospectus. La décoration est sommaire : la pièce comporte simplement une plante verte, un fauteuil rouge avec un coussin bleu et un coussin blanc, ainsi qu’une étagère où sont disposés une petite horloge, quelques livres et des bibelots. Une quinzaine de chaises sont empilées en deux tas, contre le mur du fond.

La porte d’entrée grince lourdement. Entre Xavier Bongibault, qui referme derrière lui la porte à clé, avec beaucoup de difficulté car la serrure marche mal. Il s’avance dans la pièce, puis il dispose une dizaine de chaises dans la salle, face au fauteuil. Tout en s’activant, il réfléchit à voix haute :

Xavier Bongibault – C’est pas possible, j’y arriverai jamais. Tout ce travail à faire aujourd’hui… J’ai un planning encore plus chargé que du temps où je travaillais directement pour Frigide. Mais aujourd’hui, c’est le jour de ma vie : la manif de cet après-midi va être un beau succès. Allez, vite, je place la dernière ici… et c’est bon. Le programme de ce matin est chargé lui aussi : il va falloir être efficace.

Il pose la dernière chaise et s’assoit. Il jette un regard mécontent sur la pièce. Il se relève, il pose la plante sur une chaise face à lui, il met l’un de ses coussins sur une autre chaise, prend sur l’étagère l’horloge et une petite figurine en plastique pour les déposer sur deux autres chaises, puis il se rassoit.

Xavier Bongibault – Ah, là ça va mieux. Bon, nous pouvons donc commencer.

Il se redresse sur le fauteuil, lève un peu la tête, et regarde les chaises vides une à une.

Xavier Bongibault – Chers amis, je suis très heureux que vous soyez venus si nombreux aujourd’hui pour notre Assemblée générale de « Plus gays sans mariage ». Grâce à votre présence, le quorum est atteint, et nous allons pouvoir voter en toute transparence. Je tiens d’abord à vous dire que sans vous, je ne serais rien, et c’est à vous que je dois tout le bonheur de cette aventure humaine extraordinaire aux côtés de Frigide. (Il parle de plus en plus fort.) Nous représentons, tous ensemble, la liberté d’expression des homosexuels qui sont opposés à cette folie de « mariage pour tous », et nous ne nous laisserons pas bâillonner par des socialistes dictateurs. (Il se met à crier.) Oui, tous ensemble nous montrerons que les homosexuels ne doivent pas être les boucs-émissaires du gouvernement Ayrault ! Nous montrerons que les homosexuels soutiennent les droits de l’enfant, et qu’ils ne croient pas en l’utopie socialiste !

La pendule se met à sonner neuf coups sur sa chaise.

Xavier Bongibault – Merci. Je vais à présent vous lire le rapport d’activités, puis nous pourrons passer au vote, et je vous inviterai à boire un pot qui nous est offert par la paroisse de Rambouillet. (On entend frapper à la porte.) Le bon père de Rambouillet nous a fait l’honneur de nous offrir des restes de vin de messe et du gâteau d’hostie rassie : nous allons nous régaler !

On frappe de plus en plus fort. La porte est sur le point de sortir de ses gonds sous la force des coups. Il se lève à contrecoeur.

Xavier Bongibault – Oui, oui, j’arrive !

Il ouvre la porte. Entre Frigide Barjot, vêtue d’une jupe rose courte, d’une veste verte et d’un chapeau bicorne.

Frigide Barjot – Ah, quand même, on m’ouvre ! Tu as voulu m’empêcher de rentrer dans mon local ?! Tu as voulu m’interdire l’accès à cette pièce, comme le minable préfet de police qui m’a injustement privée des Champs-Elysées cet après-midi ! Tu es de leur côté, hein ? Tu es comme ce Jean-Pierre Michel que j’enverrai au gnouf le 04 avril pour crime de lèse-Barjot ! Je t’ai démasqué, imposteur ! J’aurais dû m’en douter !

Xavier Bongibault – Mais Frigide, pas du tout… J’étais en pleine AG de « Plus gay sans mariage », et on était dans des débats épineux, là. Je te rappelle qu’il faut que j’aie fini dans une heure, pour avoir le temps de me préparer les cheveux avant la manif de cet après-midi, et qu’après l’AG de « Plus gay sans mariage », j’ai encore celle de « Homovox » à faire tout seul, et puis celles de « Tous pour le mariage », « Jeunes pour la famille », « En marche pour l’enfance », « Juristes pour l’enfance », « Médecins et pédiatres pour l’enfance »…

Frigide Barjot – « Médecins et pédiatres pour l’enfance » ? Je t’ai refilé celle-là aussi ? Je ne me souvenais même plus d’avoir créé ce truc. Faudrait quand même que je les note au fur et à mesure… A propos de cheveux, tu as vu mon beau bicorne ? C’est mon accessoire fétiche pour remonter l’avenue de la Grande Armée tout à l’heure. Nous sommes le peuple ! Nous sommes la Grande Armée ! Vous êtes mes grognards !

Xavier Bongibault, enthousiaste – Oui, nous sommes le peuple ! Nous sommes la Grande Armée ! Et tu es notre grognasse !

Frigide Barjot – Oui, euh… Et attends, j’ai plein d’idées pour cet après-midi. La reine du marketing, on voit bien que c’est moi. J’ai des trucs super rassembleurs comme faire sauter tous les manifestants sur le pied droit, les mains sur la tête, les yeux fermés, sur une musique de David Guetta, et en huant de toutes leurs forces contre Hollande, Peillon et Taubira.

Xavier Bongibault – Peillon ? Il a participé à la loi sur le mariage pour tous ?!

Frigide Barjot – Avec le nom qu’il a, je peux te dire que crier « Peillon » en plein Neuilly, ça va déclencher des émeutes. Ils vont tous croire qu’on en veut à leur porte-monnaie, et là…

On entend soudain la musique du Chant du Départ s’élever dans la pièce : « La Victoire en chantant / Nous ouvre la barrière / La liberté guide nos pas !… »

Frigide Barjot – Ah, tiens, mon portable qui sonne. Eh bien, rends-toi utile pour une fois : décroche !

Xavier Bongibault – Manifpourtous allo oui bonjour ici Xavier je vous écoute bonjour que puis-je pour vous ? Ah, Jean-François, c’est toi ! Je suis bien heureux de t’entendre ! Comment ? Les députés et sympathisants UMP vont venir au local pour nous acheter des polos ? Mais c’est une super nouvelle ! Ils doivent arriver quand ? Ce serait bien que je le sache pour m’organiser, parce que j’ai des choses importantes à faire avant la manif : j’ai 10 AG de prévues, et j’ai acheté un carton complet de bouteilles d’eau oxygénée pour être prêt capillairement.

On frappe à la porte. On entend une voix féminine crier : « Bon, vous ouvrez, les mous du genou ! Y en a qui attendent ! »

Xavier Bongibault – Ah, Jean-François, je te laisse, je crois qu’ils sont arrivés.

Le temps qu’il raccroche, les coups redoublent d’intensité. La porte éclate en un bruit sec. Entrent Nadine Morano et David Douillet, suivis d’une dizaine de députés UMP et de sympathisants qui se serrent tous les uns contre les autres au fur et à mesure qu’ils rentrent dans la pièce. Nadine Morano commence à fouiller dans les cartons et à déballer les polos.

David Douillet, la poignée de la porte à la main – Dites donc, c’est pas grand ici. Heureusement qu’on a fait un peu d’espace en retirant la porte avec Nadine.

Frigide Barjot, avec un grand sourire – Ah, chers amis, que je suis contente de vous voir ! Elle les embrasse un à un, tout en murmurant pour elle-même : « Ils ont intérêt à me la rembourser, ma porte, le grand zouave et la surexcitée… » Pendant ce temps, les députés observent, trient et essaient les polos. Ils posent leurs questions tour à tour à Xavier Bongibault et à Frigide Barjot :

Rachida Dati – Ils sont intéressants, vos polos, mais vous n’auriez pas les mêmes en Dior ? Ou au moins en Chanel ?

Hervé Mariton – Ils sont formidables ! J’en prendrai un bleu, un violet, un orange, un rouge, un noir, un blanc, un vert…! Et est-ce que vous auriez les mêmes en gilets ?

Jean-Pierre Raffarin -Vous n’en avez pas en anglais ? J’ai une idée de slogan pour vous : Yes, to win, the no to the marriage needs the yes to the Barjotte ! C’est porteur, je vous assure !

Peu à peu, tout le monde se met à parler en même temps, si bien qu’au fur et à mesure des interventions des personnalités de droite, chacun s’exprime dans un brouhaha de plus en plus confus.

Marine Le Pen – Vous m’en mettrez un très très noir ! C’est pour papa !

Henri Guaino, la voix tremblotante et le geste ample – Ces polos me rappellent les deux femmes qui m’ont élevé. Car oui, j’ai été élevé par deux femmes, et…

Nadine Morano – Oh, arrête avec tes salades, Riton. Dites donc, les gars, c’est quoi ça, vous pourriez avoir un polo avec la tête de Sarko !  Le vrai opposant au mariage des homos, c’est tout de même lui. Et je suis bien placée pour le savoir : c’est lui qui m’a demandé de faire couler la loi sur le beau-parent en 2008 ! C’est le seul truc que j’ai réussi en 5 ans, alors vous pensez que je suis pas près de l’oublier !

Bruno Gollnisch – Ah, il n’y a rien en allemand ou en japonais ! Mes amis de là-bas ne vont rien comprendre si je leur rapporte des trucs roses écrits en français ! Vous voulez me faire passer pour quoi ?

Jacques Myard – Dites moi, Madame Barjot, vous a-t-on déjà dit que vous aviez une belle petite jupe, et un fort beau bicorne ? Moi-même, j’ai eu un certain succès avec les petites Anglaises il y a quelques années, et je leur faisais découvrir ma recette de poulet au champagne. Avec votre beau minois, vous pourriez passer quelques heures avec moi…

Marc Le Fur – Un papa, une maman… mais aussi une belle-mère ! Ces polos veulent la mort de la belle-mère !

Le vacarme est de plus en plus fort. On ne distingue plus les paroles des uns et des autres. La pendule sur la chaise se met à sonner dix coups.

Frigide Barjot, excédée, se met à crier – Dehors, dehors, dehors ! Foutez- moi la paix avec vos belles-mères, vos gilets rouges et vos Japonais ! Dehors, dehors !

Elle évacue les députés UMP et leurs sympathisants en les poussant vers la sortie. Xavier Bongibault empêche Georges Tron de dérober une paire de chaussures de la Manif pour tous, Christian Jacob manque de tomber en trébuchant sur les débris de la porte cassée, et Eric Woerth profite du désordre de la situation pour voler deux polos en toute discrétion.

Frigide Barjot – Ah mais c’est qu’on n’est plus tranquille chez soi, ici ! Qu’ils aillent mettre le souk chez les concurrents : ils n’ont qu’à aller chez Boutin ! J’ai un plan de conquête à peaufiner, moi. Une stratégie à élaborer. J’ai besoin de calme ! Tu sais, Xavier, j’ai compris pourquoi Napoléon avait perdu Waterloo, hein.

Xavier Bongibault, faisant semblant d’avoir compris la dernière phrase – Hm ?

Frigide Barjot – Oui. Il n’a pas fait suffisamment confiance à ses plus fidèles alliés. Je ne referai pas la même erreur une seconde fois.

Xavier Bongibault – Tu vas donc nous accorder des rôles un peu plus importants et nous donner des vraies responsabilités pour nous montrer que tu nous fais confiance ?

Frigide Barjot – Oui. Et pour commencer, tu vas aller m’acheter tout de suite du café pour m’en faire une grande tasse : ça évitera que je m’endorme et on sera à l’heure. Allez, dépêche-toi !

Il sort en courant. Frigide Barjot se met à sa table, et commence à écrire.

Frigide Barjot, réfléchissant à voix haute – Alors… Si jamais Wellington – euh, Hollande – essaie de m’attaquer par l’Ouest, je lui répondrai aussitôt avec les troupes de Grouchy – euh, Fromentin – qui remonteront vers la Grande Armée dont j’aurai le commandement. A ce moment-là, Laurence Tcheng et Tugdual Derville, à la tête des cortèges de l’Ouest et du Nord, pourront lancer une contre-offensive en direction des Champs-Elysées qui seront repris des mains de la monarchie hollandaise.

Au fur et à mesure qu’elle parle, on voit apparaître peu à peu une tête à l’entrée du local. Il s’agit d’un homme brun, d’une soixante d’années. Il entre.

Nicolas Sarkozy – Bonjour, Madame Barjotte.

Frigide Barjot – Oh, bonjour Monsieur le Président ! Je suis très honoré de vous voir ici ! Que me veut l’honneur de votre visite ? Moi, je vous préviens, je n’ai ni majordome ni cuisinière par ici, donc ils ne dénonceront pas votre venue ici à la justice ! Par contre, je vous le dis aussi, je n’ai pas autant à vous donner que Liliane. Mes millions, je les garde pour dans trois ans, quand tout le monde m’aura complètement oubliée et que je ne servirai plus qu’à faire peur aux enfants qui refusent de manger leur soupe. Mais qu’est-ce qui vous amène, pour le moment ?

Nicolas Sarkozy – Madame Barjot, vous voulez savoir ce qui m’amène ? Eh bien, je vais vous le dire, ce qui m’amène. J’ai échappé aux griffes du juge Gentil, et je viens tout juste d’arriver. J’ai réussi de justesse à échapper à Valérie Boyer et Nadine Morano – je me suis caché dans une haie quand j’ai entendu leurs cris sur la route. Non mais vous avez vu la bande de bras cassés qu’il m’a fallu gérer pendant 5 ans ? Vous imaginez le courage que j’ai eu ? Mais maintenant je suis fatigué : je voudrais me reposer de tout cela. Alors je me demandais si vous ne pourriez pas me dissimuler ici, le temps que je me refasse une santé politique. Si je gère des flux financiers qataris, comme c’est prévu actuellement, je vous paierai un petit loyer, naturellement.

Frigide Barjot – Ah, Monsieur le Président ! C’est un honneur pour moi de vous accueillir en mon humble demeure ! Je suis émue ! Vous seriez en exil chez moi, comme je l’ai été à Sainte-Hélène ! Eh bien venez, Président, je vous accueille ! Et moi, j’irai à la conquête de Paris, à la tête de la Grande Armée, pour reprendre aux ennemis de la France et des Français l’Arc de Triomphe et les Champs-Elysées ! Elle se met à chanter : « J’aime l’oignon frit à l’huile, j’aime l’oignon quand il est bon, au pas camarade, au pas au pas au pas ». Elle sort tout en chantant, son papier à la main et son bicorne sur la tête.

Nicolas Sarkozy – Cette femme est encore plus folle que Claude Greff et Nadine Morno réunies. Voilà maintenant qu’elle se prend pour Napoléon. C’est complètement stupide. (Il se lève et met un coussin sur sa tête). Car tout le monde sait bien que Napoléon, c’est moi.

(Le rideau tombe. Fin du second acte).

Famille | France | Homophobie | Mariage | Medias | People | Politique | UMP | 22.03.2013 - 02 h 49 | 36 COMMENTAIRES
Lille métropole, 21 mars 2013 : dernier meeting de Frigide Barjot en province avant sa manifestation avenue de la Grande Armée.

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manif pour tous lilleLe dernier meeting en province de Frigide Barjot et ses acolytes avant la manifestation du 24 mars 2013 a eu lieu ce jeudi 21 mars à Marcq-en-Baroeul. Cette commune, plutôt aisée et votant traditionnellement à droite, compte environ 40 000 habitants. Elle est située près de Lille, et elle est membre de la communauté urbaine « Lille Métropole« . De 20h à 23h30, les responsables de la Manif pour tous, ainsi que quelques invités, ont pu déployer leur argumentaire devant plus de mille personnes.

Voici les 10 moments marquants de cette longue soirée, composée principalement de longs discours haineux entrecoupés par de courts happenings braillards et colorés :

1) Ados, n’appelez pas la Ligne Azur… qui a été faite pour vous !

La première intervenante est une jeune femme prénommée Valérie, et présentée par Frigide Barjot comme « la responsable de la Manif pour Tous dans le Nord ». Elle est aussitôt suivie par Anne-Claude Girard, du collectif « Les adoptés ». Leurs discours servent simplement à rappeler les arguments classiques ressassés par les opposants au mariage pour tous. Mais au cours de leur prise de parole est également développée une courte mais étonnante diatribe contre la ligne Azur, destinée à aider les adolescents qui se poseraient des questions en lien avec leur orientation sexuelle. Les répondants qui gèrent cette ligne, soutenue par le ministère de l’Education depuis quatre ans, seraient coupables de faire croire aux adolescents qu’ils sont homosexuels dès qu’ils les appellent, et de « ne parler que d’homosexualité » sur leur site. Il est donc déconseillé aux adolescents de contacter cette ligne, et la salle est amenée à huer la photo de Vincent Peillon, qui est projetée sur grand écran.

On apprend également que les adolescents, et plus tard les adultes, peuvent choisir… leur orientation sexuelle ! Par ailleurs, les couples hétéros sont appelés à prendre garde : certains politiques voudraient établir des « quotas » minimum d’enfants à faire adopter par des couples de même sexe ! Anne-Claude Girard finit son discours, destiné à marteler que les enfants à adopter doivent être confiés forcément à un couple hétérosexuel, en s’exclamant, au nom des enfants adoptés : « Nous ne sommes pas de la viande ! »

2) Où l’ami Bobby regrette vivement que la Californie ne soigne plus ses homos.

Robert Oscar Lopez, dit Bobby, est un Américain « élevé par deux femmes » et il se dit « bisexuel ». Ni lui ni Frigide Barjot ne cachent vraiment qu’il vient aider Frigide Barjot à lutter contre la loi Taubira en France, car Frigide Barjot ira l’aider à son tour le 26 mars à Washington pour lutter contre l’égalité des droits aux USA. Je ressens un malaise assez important lorsque « Bobby », au milieu des arguments classiques des opposants à l’égalité des droits qui sont à nouveau répétés, défend en quelques phrases les « ex-gay-therapies » (c’est le terme qu’il emploie). Il désigne par cette expression les pratiques pseudo-scientifiques, dangereuses et traumatisantes où l’on se donne pour but de « guérir » des individus homosexuels en essayant de les rendre hétérosexuels. Il regrette vivement que la Californie ait, selon lui, interdit ces thérapies, et que les médecins soient donc obligés de dire à des adolescents qui se confient à eux que l’homosexualité est normale. Sur l’estrade, personne ne proteste ; au contraire, il est applaudi vivement, et la salle se met à son tour à l’applaudir.

Enfin, Frigide Barjot lui fait lire un poème en français sur un enfant n’ayant pas connu l’un de ses parents. Il s’oblige à l’ânonner mais il y arrive très mal et on comprend à peine le poème, puis Frigide Barjot fait semblant de pleurer d’émotion en regagnant sa place, une fois le poème fini. Plus tard, le même Bobby, attaché à la véracité des faits tout autant qu’à la lecture correcte d’un texte ou à la santé mentale des jeunes LGBT, nous apprendra qu’en Californie, on peut faire un bébé par GPA pour 8000 dollars grâce à un prêt à la consommation. Ce Californien bisexuel semble donc bien mal renseigné… aussi bien sur les LGBT que sur la Californie !

3) Un Front de Gauche bien à droite.

L’homme politique Michel Lefebvre, présenté au public comme un « élu PS » alors qu’il est en réalité maire et conseiller général du Front de Gauche, tient un discours tout à fait opposé aux valeurs de son parti. Frigide Barjot l’embrasse et le remercie de montrer que l’opposition au mariage pour tous est de gauche comme de droite – elle rappelle à cette occasion que son amie de jeunesse Laurence Tcheng a fondé le collectif « La gauche pour le mariage républicain ».

4) Le djender, l’ennemi n°1.

Le clou du spectacle est assuré par un dénommé Patrice André, que Frigide Barjot présente comme juriste. Selon lui, la revendication du mariage pour tous est « comparable à l’instauration du marxisme-léninisme » au début du siècle. Il se lance dans un délire aussi halluciné qu’hallucinant sur « la théorie du djender« , en faisant huer Judith Butler et en affirmant que « ces gens-là », qui ont créé ces théories, « distinguent cinq sexes : homos, hétéros, bis, trans – et, ajoute-t-il, j’ai oublié le cinquième ». Il mélange absolument tout (sexe, genre, orientation sexuelle…), et se réfère constamment à « ces textes » et « ces gens-là », sans jamais être plus précis sur ses sources.

Il fait grassement rire sur les transsexuels, en affirmant qu’aujourd’hui un homme peut faire officiellement admettre qu’il est une femme même si, dans les faits, il est physiquement un homme. Il ajoute que, selon la théorie du genre, il y a des hommes lesbiens, des femmes gays et des couples hétérosexuels qui sont en fait homosexuels… Le public ne comprend rien à son discours ; selon toute apparence il n’y comprend rien non plus lui-même ; et il en arrive donc à la conclusion suivante : « Si le mariage homo passe, l’Etat refusera bientôt d’aider les femmes qui veulent accoucher de leur enfant« , en leur disant qu’elles auraient dû utiliser les cliniques de PMA et de GPA que l’Etat aura mis en place en y investissant beaucoup d’argent ! Il ajoute : « Une femme qui accouche, c’est magnifique ! La relation entre un homme et une femme, c’est quelque chose de magnifique ! Et nous ne voulons pas qu’on nous l’enlève« .

5) Xavier Bongibault, ce philosophe méconnu.

Il était difficile d’être plus ridicule que Patrice André, tant ses propos caricaturaux étaient absurdes. Heureusement, l’intervenant suivant était l’insurpassable Xavier Bongibault, qui a relevé le défi avec brio. S’avérant très mauvais orateur, il s’est également senti obligé de prendre une voix très grave, sans doute pour faire plus viril. Ses envolées lyriques et philosophiques donnent lieu à de mémorables citations : « le principe d’égalité n’existe qu’entre personnes, et non entre des groupes de personnes » ; « Quelle logique plus homophobe que la PMA ? » ; « les homophobes, ce n’est pas nous, c’est eux » ; « les prostituées louent leur vagin », « nous nous sommes levés aux côtés derrière Frigide » (la phrase a été répétée deux fois : il doit donc réellement penser qu’elle a un sens), « Si vous devrez être nombreux à Paris… « , « des syndicalistes ont été amnistiés mais ils ont cassé la vitrine d’un pauvre bijoutier », « mes neuf zagressions et mon entartrage »…

Comme il l’avait déjà fait en d’autres occasions, Xavier Bongibault a en outre instrumentalisé le fort taux de suicide des jeunes homosexuels en affirmant que ces suicides sont dus aux partisans du mariage pour tous, qui sont selon lui « homophobes ». En effet, d’après lui, les partisans de l’égalité des droits calomnient les parents de ces enfants en les traitant d’homophobes s’ils s’opposent au mariage pour tous, et cela pousse les jeunes LGBT au suicide… Il va sans dire que ce raisonnement totalement absurde a été très fortement applaudi par la salle.

6) Les pédales, les jeunes et la nourriture.

La conclusion de Frigide Barjot est à la hauteur de sa personnalité et de sa pensée : Xavier Bongibault étant homosexuel, elle lui a dit devant toute la salle, qui a applaudi : « Merci Xavier, grâce à toi, nous ne perdons pas les pédales« . Son discours de fin, à rallonge, est émaillé de petites phrases savoureuses qui ne déparent pas avec la précédente : « Demain, être père se décidera au tribunal » ; « Persuadez vos enfants de venir manifester ; il nous faut des jeunes » ; « On n’a plus rien à manger, mais que voulez-vous ? Quand on s’engage, c’est à fond ».

7) Contre le droit de vote des étrangers aux élections locales

La Manif pour tous ne s’oppose pas qu’à l’égalité des droits pour les couples de même sexe : elle refuse aussi l’égalité envers les citoyens étrangers. Xavier Bongibault a ainsi dénoncé la façon de penser de partisans du mariage pour tous : « Aujourd’hui, être homophobe, c’est s’opposer au projet de loi Taubira ; comme demain, être raciste, ce sera s’opposer au droit de vote des étrangers« . On s’étonne, lorsque de tels propos sont tenus, que des communautés expressément visées par ces propos acceptent d’apporter leur concours à ce collectif, qui refuse par principe que des droits soient accordés à des minorités, quelles qu’elles soient.

8) Bons et mauvais points : louanges, huées et procès.

Les huées et critiques ont été nombreuses au cours de la soirée. Le public et la tribune se sont déchaînés contre Hollande, Taubira et Bertinotti, mais aussi contre Peillonles sénateurs UMP qui ont voté la loi en commission, la sénatrice Fabienne Keller, et beaucoup d’autres, comme Patrick de Carolis, qui n’est pas un bon catholique selon Frigide Barjot car il a lancé… Plus Belle la Vie, apparemment beaucoup trop gay friendly ! Parmi les cibles favorites, on trouve aussi l’avocate « Caroline Méry » (sic), Didier Eribon, et Pierre Bergé, « le grand argentier ».

A l’inverse, quelques personnalités ont été louées, comme par exemple Frédéric Taddéi, « un ami libre » de Frigide Barjot, à qui il a offert de l’espace pour s’exprimer. Des applaudissements très nourris ont également salué Jean-Christophe Fromentin, présent sur l’estrade, ainsi que l’ensemble de l’Entente parlementaire.

Impossible cependant d’oublier ici Jean-Pierre Michel : « mon ami Jean-Pierre Michel », comme l’appelle, cette fois ironiquement, Frigide Barjot, qui n’a pas apprécié la lettre du sénateur. Elle annonce que Jean-Pierre Michel sera « déferré devant les tribunaux début avril 2013, lors des discussions au Sénat sur le texte de loi ». Elle compte en effet l’attaquer en justice pour « diffamation publique« .

9) « Tous sur les Champs Elysées »

Même s’il a été rappelé à l’oral que les Champs-Elysées sont interdits à la manifestation contre le mariage pour tous, la plupart des autocollants distribués et affiches placardées appellent à se rassembler sur les Champs-Elysées le 24 mars…

10) Poing à la ligne.

Peu avant la fin du meeting, Xavier Bongibault monte sur scène et chuchote à l’oreille de Frigide Barjot durant quelques minutes. Frigide Barjot prend une mine terrifiée, et ils se tournent alors vers nous. Xavier Bongibault déclare :  » Nous venons d’apprendre que l‘un de nos acteurs a été tabassé à coups de poing américain et il est hospitalisé à l’hôpital Saint-Joseph à Paris ». Frigide Barjot fait semblant de verser une larme et manifeste une vive et soudaine émotion, avant de penser à autre chose au bout d’une minute.

 

La conclusion de tout cela ? J’ai l’impression personnelle d’avoir assisté à une réunion aux démarches et aux inspirations fascistoïdes : répétition de mensonges plus gros les uns que les autres, mise en accusation d’une minorité, agitation des peurs et des angoisses… A l’entrée, les personnes chargées de l’accueil distribuaient d’ailleurs… des drapeaux bleu-blanc-rouge, comme s’il était naturel que les bons Français s’opposent forcément au mariage pour tous. « Le peuple de France » a été maintes fois évoqué par les intervenants : en réalité, ils devront bien comprendre que les LGBT font eux aussi partie du « peuple de France », et que ce peuple est désormais prêt à accepter l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe.

Famille | France | Homophobie | Internet | Mariage | Medias | 17.03.2013 - 10 h 46 | 9 COMMENTAIRES
Le site de la radio France Culture diffuse de la publicité… pour la manifestation anti-mariage pour tous !

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France Culture a choisi de consacrer ce mois-ci plusieurs de ses émissions au Printemps des Poètes. En ce dimanche 17 mars, je me rends donc sur le site de la radio, que j’écoute souvent, pour consulter la liste des émissions de ce mois-ci qui abordent ce sujet.

En parcourant la liste des yeux, je ne peux échapper à l’inévitable bandeau publicitaire qui s’affiche dans la partie droite de mon écran, juste en-dessous du lien qui permet d’accéder à l’écoute d’une émission de la station. Sauf que le bandeau publicitaire qui apparaît n’est pas du tout anodin : il s’agit d’une publicité… pour la manifestation anti-mariage pour tous !

culture manif

(Site de France Culture : copie d’écran du 17 mars 2013)

Quand on clique sur le lien diffusé par le site, on tombe en effet directement sur une page intitulée « Soutenir la manif pour tous », et qui permet de faire un don en ligne à ce collectif :

culture manif 2

Cette publicité est révoltante pour tous les citoyens (66% des Français) qui soutiennent l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. S’agit-il d’un choix délibéré de France Culture, qui fait alors volontairement de la publicité pour ce mouvement osant comparer explicitement le gouvernement Hollande aux pires dictatures des 50 dernières années ? S’il s’agit à l’inverse d’un acte involontaire, France Culture n’a-t-elle pas les moyens de filtrer correctement les publicités qu’elle impose aux internautes venus parcourir son site ?

En tous les cas, il est honteux qu’une station de radio publique, qui fait partie de Radio France, diffuse sur son site des publicités pour un mouvement qui s’oppose, avec une virulence absolument disproportionnée, aux réformes sociétales engagées par l’Etat pour établir l’égalité entre les couples de même sexe et les couples hétérosexuels ! Il n’est pas concevable que France Culture, qui veut être une radio de qualité, fasse de la réclame pour un mouvement qui appelle à des actes illégaux, et en particulier à occuper des lieux de Paris pour forcer le gouvernement démocratiquement élu à retirer une loi déjà votée en première lecture à l’Assemblée nationale.

En tant qu’auditeur de la radio, je suis surpris par cette publicité, qui ne correspond pas à l’image jusque là plutôt positive que j’avais de la station. En tant que LGBT, je suis blessé par le choix de France Culture de faire de la publicité pour ce mouvement qui appelle à la violence et au rejet des couples de même sexe. En tant que citoyen, je suis choqué par le soutien d’une radio publique à un mouvement qui appelle au refus des règles démocratiques et à la lutte contre l’égalité des droits.

Pour toutes ces raisons, je demande donc à France Culture de supprimer cette publicité, et de présenter ses excuses pour cette incroyable maladresse.

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