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Famille | France | Histoire | Homoparentalité | Homophobie | International | Livres | Medias | Politique | Sociologie | Zemmour | 04.08.2014 - 02 h 23 | 7 COMMENTAIRES
Pourquoi les droits des minorités (dont les LGBT) ont-ils fait naître une polémique autour des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois ?

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Lancée dans un premier temps par Libération, une vive polémique est née cette semaine au sujet des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Elle a très vite pris de l’ampleur en étant relayée par de multiples médias comme Actualitté, la Nouvelle République, Toute la culture, la République des Livres (le blog littéraire de Pierre Assouline) ou BiblioObs (le site littéraire du Nouvel Observateur). Pour en comprendre les enjeux, revenons sur cette querelle, qui n’est pas celle des Anciens et des Modernes, mais qui amène à se poser de vraies questions sur la conception, l’organisation et les conditions de la vie intellectuelle en France et en Europe.

1) Les Rendez-vous de l’Histoire : le calme avant la tempête.

Du rififi à Blois ?

Blois, écrin paisible des RVH 2014

Les Rendez-vous de l’Histoire de Blois, qui auront lieu cette année du 09 au 12 octobre 2014, sont une véritable institution dans le champ culturel français. Depuis 17 ans, ils constituent chaque année un événement incontournable pour les passionnés d’histoire, en donnant lieu à des débats et conférences destinés aussi bien aux chercheurs, enseignants et étudiants qu’au grand public désireux d’approfondir ses connaissances dans le domaine historique.

Fin juillet 2014, on apprend cependant, par les réseaux sociaux puis par une tribune parue dans Libération, que la belle harmonie consensuelle dans laquelle s’inscrivent habituellement ces rendez-vous a volé en éclats pour cette édition. Tout était pourtant bien parti : après avoir traité des sujets comme « Les utopies » (2000), « L’Argent » (2006), « Les Européens » (2008) ou « L’Orient » (2011), l’édition 2014 est consacrée au thème « Les rebelles ». La personnalité choisie pour présider cette édition est d’une envergure scientifique incontestable : il s’agit de Michelle Perrot, militante féministe et historienne unanimement reconnue. Aucune fausse note n’était donc a priori à craindre.

2) « J’ai accepté par erreur ton invitation »

Le scandale est arrivé par là où on ne l’attendait pas. Le 29 juillet, Edouard Louis, étudiant en sociologie à l’Ecole Normale Supérieure ainsi qu’à l’Université de Picardie-Jules Verne, et auteur du roman Pour en finir avec Eddy Bellegueule, publie sur twitter le message suivant :

« J’ai dû annuler ma participation aux Rendez vous de l’Histoire de Blois, voyant que l’horrible Gauchet faisait la conférence inaugurale (!?) »

Le philosophe Geoffroy de Lagasnerie publie peu après un twitt similaire :

Comme Edouard Louis, j’ai annulé ma participation aux Rendez-vous de l’Histoire pour protester contre la présence de Marcel Gauchet.

En effet, la conférence inaugurale des rendez-vous doit être tenue, le 9 octobre 2014, par l’historien et sociologue Marcel Gauchet. Pour expliquer leur décision, les deux jeunes intellectuels publient, chacun sur son site personnel, un texte commun, qui est repris dès le lendemain 30 juillet sous forme de tribune dans Libération. Ils y précisent les motivations de leur démarche, et, s’il semble nécessaire de lire ce court texte dans son intégralité, on peut néanmoins tenter de le résumer et de le commenter en quelques paragraphes de synthèse.

3) Une tribune contre Marcel Gauchet, moteur et promoteur du retour en arrière.

Manifestation féministe en 2014.

Manifestation féministe en 2014.

Selon les deux auteurs de cette tribune, Marcel Gauchet est un penseur résolument réactionnaire, qui a constamment vilipendé les grands mouvements d’émancipation sociale et sociétale qui ont animé la France durant les dernières décennies (dont, entre autres, la lutte pour l’égalité des droits entre couples hétérosexuels et couples de même sexe). Que Marcel Gauchet réalise précisément la conférence inaugurale de ces Rendez-vous consacrés cette année à la rébellion, est donc tout à la fois un non-sens, une insulte et une humiliation pour ceux qui ont vraiment été « rebelles » dans leur époque, qu’ils soient connus ou anonymes : féministes, militants LGBT, acteurs des grands événements sociaux… En effet, Marcel Gauchet n’a eu de cesse de lutter contre leurs actions et leurs valeurs, que ce soit en son nom propre ou par le biais d’ « idéologues réactionnaires » dont il a contribué à diffuser et légitimer la pensée. De fait, il n’est besoin que de consulter le numéro le plus récent de la revue qu’il dirige, ou de se pencher sur l’historique de cette revue, pour découvrir que ces accusations, si elles sont certes graves et vigoureuses, n’en sont pas moins justifiées par les faits.

Car Marcel Gauchet n’a pas peur de réaliser par exemple un dossier à charge, dirigé exclusivement et directement contre « les enfants du mariage homosexuel », où l’on peut lire, sans la moindre nuance ni contradiction, que l’homosexualité est un choix de vie personnel, qu’elle est totalement contre-nature, qu’elle peut mettre fin à la survie de l’espèce humaine et des sociétés, que les droits LGBT nous mèneront au totalitarisme, et que les enfants des familles homoparentales sont tous comparables aux enfants maltraités ou aux filles mariées de force par leur père.

Mai 68

Mai 68 : l’Odéon est occupé par des manifestants

Clairement associé depuis longtemps à la « révolution conservatrice », selon l’expression de Didier Eribon, Marcel Gauchet s’est opposé à la « pensée 68 », et en particulier à tout ce qui, de près ou de loin, pouvait remettre en cause l’autorité établie des institutions toutes-puissantes du début des années 60 : la famille nucléaire hétérosexuelle, le mandarinat universitaire, l’hégémonisme phallocratique de la domination masculine, l’infaillibilité des dogmes religieux, l’autoritarisme du politique incontestable… Fustigeant tour à tour l’anti-racisme, le féminisme, la « génération 68 », etc., Gauchet et la plupart de ses amis invités à contribuer à sa revue ont développé et défendu les thèses qui font aujourd’hui le bonheur d’Eric Zemmour, inspirent parfois Alain Soral, font le lit du Front National, sont étalées régulièrement dans Causeur et Minute ou diffusées sur Radio Courtoisie. Ils ont donné à ces opinions le sceau d’une certaine légitimité médiatique et universitaire, en voulant faire passer pour des adversaires acharnés du bien de l’humanité les « rebelles » qui ont combattu, eux, sous quelque forme que ce soit, pour leurs droits, pour le droit des autres et/ou pour l’amélioration de la société.

Face à cet état de faits, Edouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie concluent leur tribune en appelant l’historienne Michelle Perrot « à démissionner de son poste de présidente de cette 17ème édition » des Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Soutenus et rejoints dans leur décision par le sociologue et écrivain Didier Eribon, qui a lui aussi annulé sa participation, ils appellent également les autres intervenants de ces rencontres à ne pas se rendre aux débats auxquels ils sont invités.

4) Marcel Gauchet aux Rendez-vous de l’Histoire : l’arbre qui cache la forêt des « débats » biaisés.

Ceci étant posé, il faut cependant bien comprendre que la simple figure de Marcel Gauchet n’est pas, en réalité, l’objet principal de l’indignation des trois intellectuels qui ont annulé leur venue. Ce qui motive en arrière-plan leur riposte déterminée, c’est bien plutôt l’organisation de plus en plus fréquente de tels débats biaisés qui, « dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique » en arrivent subrepticement, par leur organisation même, à « légitimer les opinions les plus violemment conservatrices », sous couvert d’équilibre des opinions et du respect de l’esprit démocratique.

Pour bien saisir les enjeux du problème, qui dépassent très largement cet événement ponctuel mais significatif, il est sans doute nécessaire de prendre quelques exemples, malheureusement bien connus de la plupart d’entre nous. Pour le bien de la démonstration, et pour aborder les choses le plus simplement possible, nous nous limiterons au strict domaine des médias audio-visuels pour illustrer le problème mis au jour par cette affaire.

Le "débatteur" Eric Zemmour.

Le « débatteur » Eric Zemmour.

Les « débats » de France 2, RTL, I-Télé et Paris Première ont légitimé les paroles violentes et haineuses de « débatteurs » patentés comme Robert Ménard et Eric Zemmour, qui étaient les « chroniqueurs » et invités réguliers d’émissions où ils pouvaient à loisir cracher sur tous les mouvements sociétaux d’émancipation (auxquels ils appellent d’ailleurs toujours régulièrement leurs partisans à s’opposer de toutes leurs forces). Dans l’ensemble des médias, on a pu entendre discourir de manière très régulière, et trop souvent sans l’ombre de la moindre contradiction, des « invitées » comme Christine Boutin ou Frigide Barjot – cette dernière ayant fait jouer tous ses contacts médiatiques et politiques pour apparaître le plus souvent possible dans les médias, et même pour être reçue à l’Elysée, sans aucune légitimité d’aucune sorte.

N’a-t-on pas vu même Alain Soral, condamné dès 2007 pour diffamation raciale et incitation à la haine raciale, deviser et pérorer tranquillement sur les plateaux de France 3 jusqu’en 2011 ? Les exemples les plus édifiants pourraient être multipliés à l’envi. Cette réflexion n’est d’ailleurs pas limitée qu’à la France : la présentatrice allemande Sandra Maischberger a par exemple elle aussi été sous le feu des critiques cette année lorsque, pour « débattre » d’un sujet en lien avec les LGBT, elle a invité des « homophobes notoires » à s’exprimer, comme la journaliste conservatrice et anti-féministe Birgit Kelle ou le lobbyiste protestant Hartmut Steeb.

A partir de là, il n’est certes pas question de s’opposer au principe du débat en général, ni de renier le principe de la liberté d’expression. Mais il faut se demander si, dans l’espoir noble (mais vain) de représenter tous les points de vue, ou dans l’ambition plus prosaïque de faire parler de soi grâce à quelques propos scandaleux, il est bon de faire prospérer, au nom du débat, les pensées les plus extrémistes, réactionnaires et délétères.

5) Le débat éthique et « les hérétiques ».

Marcel Gauchet a beau jeu de verser dans l’insulte, en affirmant que la polémique dont il est l’objet n’est due qu’à son rejet (réel, au demeurant) des travaux de Bourdieu et Foucault. Il affirme ainsi au Nouvel Observateur :

« Pour les plus fébriles des séides [de Bourdieu et Foucault], j’ai commis le péché ultime en portant une main sacrilège sur des idoles. Ils ne veulent pas débattre. Ils excommunient, ils chassent les hérétiques. »

Gare à Torquemada !

Gare à Torquemada !

Mais la question n’est pas de « vouloir débattre » : la question est de savoir quelle sont l’ambition et la légitimité du débat posé. Quelle signification et quel crédit peut-on apporter à une série de débats sur « Les rebelles », lorsque la conférence inaugurale de l’événement est attribuée à un homme qui a justement toujours prôné une opposition résolue à toute forme de « rébellion » favorisant un tant soit peu l’émancipation et l’égalité des individus dans les domaines sociaux et sociétaux ?

D’ailleurs, que « l’hérétique » se rassure : il est d’ores et déjà soutenu par un allié de poids – le bon Michel Chassier, secrétaire départemental du Front National du Loir-et-Cher. Ce dernier vient en effet de lui adresser sur son blog ses encouragements contre « cette exclusion inquisitoriale ». Il prône la « tolérance » pour cet homme qui « réfléchit sur la démocratie et l’école » et « polit ses arguments », tandis qu’Edouard Louis, présenté par le FN comme « syndicaliste gauchiste » et « militant homosexuel », ne saurait que « surfer sur des thèmes plus accrocheurs comme l’homosexualité ». Le FN volant au secours de Marcel Gauchet : voilà bien qui montre, une fois encore, que l’on a les amis qu’on mérite !

6) Mais qui sont les rebelles ?

Plus sérieusement, on comprend sans doute mieux pourquoi c’est Edouard Louis qui, le premier, a été sensible à cette aberration intellectuelle et morale. Il revendique justement, lui, de s’être rebellé à la fois contre la classe sociale à laquelle le système l’avait assigné, et contre les injures et actes homophobes qu’il a endurés. C’est précisément autour du thème de « l’insoumission en héritage » qu’il a réuni plusieurs personnalités contemporaines, afin d’étudier les apports de la pensée de Pierre Bourdieu pour le monde d’aujourd’hui. C’est également le titre « Duras, l’insurrection » qu’il a choisi pour sa conférence-lecture au festival d’Avignon. Quel que soit le jugement que l’on porte par ailleurs sur le roman qui l’a fait connaître au (très) grand public, on ne peut douter du fait que « la rébellion » soit un thème qui lui tient à coeur et dont il parle avec intérêt.

Des rebelles des années 2000-2010

Des rebelles des années 2000-2010

Finalement, la meilleure contribution à cette série de « débats » sur la rébellion pourrait bien être l’acte de ces trois intellectuels, qui se sont justement « rebellés » à la fois contre un homme qui s’est toujours lui-même opposé aux rébellions, émancipatrices, mais aussi et surtout contre un système qui tend à promouvoir les pensées les plus extrêmes sous couvert de « débats » qui lui permettent de se donner bonne figure.

Lorsque, dans quinze ans, des sociologues et historiens se pencheront sur le thème de la rébellion dans les années 2010, ils parleront forcément de la rébellion pacifique qui a permis aux minorités d’accéder peu à peu à l’égalité des droits (malheureusement encore fort incomplète) ; ils parleront sans doute des tentatives de rébellion haineuses, lancées par des groupuscules réactionnaires pour s’opposer à cette égalité, mais heureusement avortées malgré leur violence ; ils parleront peut-être de l’acte de rébellion qui a été initié par Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et Didier Eribon, s’il permet de donner lieu à une réflexion plus large sur les conditions du « débat » et de la vie intellectuelle, culturelle et médiatique ; mais il y a bien peu de chances pour qu’ils fassent référence, en termes élogieux, au choix de Marcel Gauchet comme responsable de la conférence inaugurale des Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

Se passionner pour l’histoire, n’est-ce pas également s’intéresser au temps présent, et se pré-occuper de l’avenir ? Les organisateurs de cette édition des Rendez-vous de l’Histoire de Blois n’en semblent malheureusement pas du tout convaincus.

Famille | France | Homophobie | International | Musique | People | Politique | Religion | UMP | Zemmour | 11.05.2014 - 17 h 18 | 9 COMMENTAIRES
Ulcérée par la victoire de Conchita Wurst à l’Eurovision, La Manif pour Tous lance son propre concours de chansons : la Droitovision.

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La victoire de Conchita Wurst à l’Eurovision 2014 n’a pas fait que des heureux. Dès ce dimanche matin, Christine Boutin a protesté contre cette victoire, qui est, selon elle, « l’image d’une société en perte de repère niant la réalité de la nature humaine ». Samuel Lafont, militant de la Manif pour Tous, s’est insurgé contre la prestation de l’Autriche et les encouragements des fans de Conchita.

La Manif pour Tous a donc décidé de réagir en organisant à son tour un concours de la chanson, concurrent de l’Eurovision : la Droitovision. Voici en direct la retransmission de ce concours :

(Durant le générique, Eric Zemmour et Ludovine de la Rochère apparaissent à l’écran, lui dans un élégant costume bleu et noir, elle en tailleur rose. Ils parlent une fois le générique terminé.)

Eric Zemmour – Bienvenue, chers téléspectateurs, au grand concours de la Droitovision ! La Droitovision est le concours international de la chanson, mais la participation et le vote y sont réservés aux purs citoyens Français, afin de préserver le concours des hordes de Tchétchènes, de Roms et de Kosovars qui sont à l’origine de la délinquance en France.

Ludovine de la Rochère – Bienvenue à toutes et tous, femmes et hommes, en direct de ce beau lieu qu’est le Sacré-Coeur. Ici, vous ne verrez pas de travelo étranger gagner le concours : tous les chanteurs et les chanteuses sont des femmes ou des hommes, des vrais, et ils ont tous été auscultés par le bon Docteur Dor, un ami personnel.

Eric Zemmour – En direct sur l’ORTF, RTL, Radio Courtoisie et BFN, la chaîne de l’extrême, nous allons maintenant écouter les grands artistes de droite qui nous font l’honneur de concourir ce soir.

Ludovine de la Rochère – Le premier concurrent est d’une droite un peu molle : il a d’ailleurs passé de justesse les sélections de demi-finale. Il s’agit du député Jean Lasalle, qui a heureusement rappelé que le « mariage pour tous » est « à mille lieues des préoccupations des Français« , et que la gauche n’aurait pas dû utiliser le mot « mariage » pour ce projet funeste.

Eric Zemmour – Jean Lasalle représente la belle contrée du Béarn, rattachée à la couronne de France par Louis XIII en 1620, à une époque où l’on avait encore le sens de la nation. Ecoutons l’interprétation de Jean Lasalle, qui est un chant traditionnel harmonieux et doux, comme le sont nos belles contrées françaises.

Ludovine de la Rochère – C’était magnifique ! On aurait dit les cantiques que je chantais plus jeune à l’Ecole du Saint Enfant Jésus pour la semaine Sainte !

Eric Zemmour – Si je n’étais pas incapable de la moindre émotion, je verserais une larme.

Ludovine de la Rochère – Mais voici déjà notre seconde candidate. Elle représente le Nord-Ouest de la France, où elle est très présente depuis quelques années.

Eric Zemmour – C’est une candidate originale, puisqu’on dit que la chanson qu’elle a choisie donne un aperçu assez complet de son programme politique.

Ludovine de la Rochère – C’est exact, Eric ! Sachez que cette chanson part favorite pour les prochains concours européens : on lui attribue déjà la majorité des suffrages français !

Eric Zemmour – Je m’en réjouis, Ludovine. Je note toutefois que cette seconde candidate rend malheureusement hommage à une chanteuse qui n’est pas des plus honorables, et dont la nationalité pseudo-italiano-égyptienne n’est pas sans évoquer ces élites cosmopolites germano-pratines dont parle Philippe Muray, et que l’absence de patrie claire rend ostensiblement agressives envers nous, les Français de souche.

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric. Voici donc la seconde candidate, pour la circonscription Nord-Ouest :

Eric Zemmour – C’est un peu court, mais c’est beau ! On en redemande ! Mais nous passons tout de suite au candidat qui, grâce au tilde dans son nom et à sa maîtrise parfaite des langues étrangères, représente nos amis espagnols.

Ludovine de la Rochère – Il a 34 ans, il est sur les listes du parti Force Vie aux élections européennes, il a participé aux Veillées des Veilleurs, il se dit homosexuel abstinent et…

Eric Zemmour, l’interrompant – Comment, c’est un pédéraste ? Soyons clairs : le lobby gay a donc pénétré la Droitovision ?

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric, enfin, non, je…, euh,… Attention, il va commencer à chanter, taisez-vous !

(Pendant le début de la chanson, Eric Zemmour quitte la salle, furieux)

Ludovine de la Rochère (seule) – Mais enfin, Eric, revenez, c’est ridicule ! Je vous dis qu’il est abstinent !

Eric Zemmour (dans les coulisses) – Je m’en fous ! C’est un pédéraste ! Je suis scandalisé par la puissance de ce lobby du jendère qui pollue tout, jusqu’à l’organisation de cette manifestation culturelle honnête et exemplaire qu’est la Droitovision !

Ludovine de la Rochère – Chers amis, je vous prie de nous excuser pour ces légers désagréments, liés aux aléas du direct. Ecoutons maintenant le 4eme concurrent, qui vient tout juste d’être canonisé – j’espère que cela n’influencera pas vos votes ! Il est le candidat du Vatican : on l’écoute donc religieusement !

Eric Zemmour, maugréant – Bah, après un pédéraste, un Polonais émigré en Italie : la Droitovision sombre décidément dans la décadence. Comme le disait Bossuet dans ses Oraisons funèbres, « Depuis ce malheureux moment, tout alla visiblement en décadence, et les affaires furent sans retour ». Pensez-y, Ludovine, pensez-y !

Ludovine de la Rochère, affichant un sourire de façade et essayant de le calmer – Cher Eric, la concurrente suivante va forcément s’attirer tous vos suffrages. Elle représente le 16e arrondissement de Paris, du moins jusqu’à son prochain déménagement, dont on me dit qu’il devrait arriver bientôt. Il s’agit d’une chanteuse subtile, qui chante l’Hymne à l’Amour ressenti par toute femme pour les hommes, dans le cadre du mariage devant Dieu bien sûr.

Eric Zemmour – Je n’ai pas encore entendu la chanson, mais je vous fais confiance : j’espère que la concurrente suivante saura faire résonner ce si beau lieu du Sacré Coeur de toutes les subtilités de la langue de Molière.

Ludovine de la Rochère – Nous n’avons pas toujours été d’accord, elle et moi, mais là je pense que vous tomberez sous le charme de sa beauté simple et de son intelligence raffinée. Ecoutons-là tout de suite :

Eric Zemmour – C’est très frais, c’est intelligent… C’est tout à fait la définition du « génie français », tel qu’il a été chanté par Charles Maurras ou Maurice Barrès. On dirait des poèmes de Charles Péguy… Vous avez déjà lu Péguy, Ludovine ?

Ludovine de la Rochère, réfléchissant – Euh… Peggie Sue et les fantômes ?

Eric Zemmour, dépité – Bah, laissez tomber… Ecoutons plutôt la candidate suivante, qui nous vient du grand Est de la France. On la dit en deuxième position, actuellement, dans les suffrages des Français pour les prochains concours de la chanson.

Eric Zemmour – « Comme un garçon ! » Non mais, vous vous moquez de moi ! C’est ça, votre concours de droite vigi-gender, avec des femmes qui sont des femmes et des hommes qui sont des hommes ? Morano chantant « Comme un garçon » ? Non mais je ne sais pas ce qui me retient de me casser d’ici !

Ludovine de la Rochère – Allons, Eric, pensez à la somme qu’on vous donne, ça vous fera rester encore un peu…

(Eric Zemmour ne répond pas, et sort une calculatrice. Il pianote quelques chiffres.)

Ludovine de la Rochère – Traversons la France, qui est si belle, et rendons-nous à présent dans le Sud-Est, d’où nous vient Jean-Marie, qui y est actuellement en campagne électorale.

Eric Zemmour, rangeant sa calculatrice, et avec enthousiasme – Je ne vous cache pas que cette chanson est ma favorite !

Eric Zemmour – Avec une chanson pareille, il est bien entendu que si Jean-Marie ne gagne pas, ce sera encore une preuve du vaste complot judéo-maçonnique à la solde du grand capital, qui, en lien avec les bolchéviques apatrides elgébétés, veut répandre la théorie du jendère pour tuer nos enfants.

Ludovine de la Rochère – Tout à fait, Eric. Mais voici maintenant ma candidate préférée : femme de coeur, vaillante, intelligente, pleine d’humanité, elle représente le beau territoire de Rambouillet dont elle est conseillère générale. Nous écoutons à présent Christine Boutin et sa chorale jeune et joyeuse !

Eric Zemmour – Ah, je comprends qu’il s’agisse de votre candidate préférée, Ludovine. Vous êtes une femme de goût !

Ludovine de la Rochère – Merci Eric ! Les candidats sont tous passés : c’est maintenant au jury de faire son choix, ainsi qu’à vous, cher public. Le jury est constitué d’artistes et de professionnels artistiques incontestables : Hervé Mariton, qui jugera des costumes des candidats ; Doc Gynéco, qui évaluera la qualité des textes ; Xavier Bongibault, expert international en coiffures péroxydées ; et Patrick Buisson, maître en enregistrements sonores. Mireille Mathieu, présidente du jury, donnera son avis sur la qualité du chant et la modernité de l’interprétation.

Eric Zemmour – En attendant les votes, faisons une petite pause musicale tirée d’un grand film dans l’histoire du cinéma :

Ludovine de la Rochère – C’est toujours une chanson aussi enthousiasmante. J’en suis toute émue.

Eric Zemmour – Je vous rappelle que vous êtes une femme, Ludovine. Il n’est donc pas étonnant que vous donniez constamment dans le sentimentalisme mielleux et la moraline au goût guimauve. Cela devrait d’ailleurs vous rappeler qu’au lieu de pérorer ici, vous feriez bien d’être chez vous à élever vos marmots et à passer la serpillère. Mais enfin puisque vous êtes là, rendez-vous utile :  annoncez-nous les résultats des votes du public.

Ludovine de la Rochère, sans se démonter – Eh bien, Eric, voici donc les résultats. (Elle ouvre une première enveloppe). Les 12 points du public français vont à… (Elle déplie la feuille et la lit) Eh bien euh…

Eric Zemmour – Alors, bécasse ?

Ludovine de la Rochère (d’une voie cassée, peu à peu au bord des larmes) – Eh bien, en fait… c’est écrit que… euh… hum… la soirée a été un tel bide… que personne n’a voté.

Eric Zemmour – Ah, le lobby elgébété, je le savais !

Ludovine de la Rochère – Oui, c’est la dictature socialiste qui a dû couper le téléphone et empêcher les gens de voter

Eric Zemmour – Mais il nous reste le vote du jury, Ludovine !

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric, vous avez raison. Je vais donc le lire. (Elle ouvre une seconde enveloppe). Les 12 points du jury français vont à… (Elle déplie la feuille et la lit) Eh bien euh…

Eric Zemmour – Eh bien quoi encore, gourgandine ?

Ludovine de la Rochère – Il est écrit que le jury, en proie à de vifs désaccords internes, n’a pas pu se prononcer. Mireille Mathieu et Xavier Bongibault se sont disputés pour savoir qui avait la plus belle coiffure, Doc Gynéco s’est endormi, et Patrick Buisson est parti avec les enregistrements de toutes les chansons. Quant à Hervé Mariton, il n’est même pas venu : il fait semblant de lire le livre d’Edouard Louis depuis trois mois.

Eric Zemmour – C’est une catastrophe ! C’est la Bérézina ! C’est Waterloo ! C’est Verdun ! C’est la décadence !

Ludovine de la Rochère – Chers amis de droite, nous allons être contraints de rendre l’antenne. Nous déplorons ces circonstances, et nous demandons à être reçus immédiatement par Manuel Valls, Laurence Rossignol, et toute leur bande d’anti-démocrates primaires. Avant de nous quitter, nous avons bien sûr une pensée particulière pour les candidats qui n’ont pas pu être présents ce soir avec nous : David Douillet,  d’abord, qui n’a pas trouvé le chemin de la scène ce soir et qui vient de nous appeler depuis la cathédrale de Chartres où il s’est perdu. D’autre part, Sylviane Agacinski est retenue sur l’île de Ré par une tempête inattendue, et c’est désormais son mari qui chante pour elle. Nous remercions enfin nos partenaires vestimentaires, sans qui cette soirée n’aurait pas été possible : Lonsdale, Hugo Boss et les carrés Hermès. Nous nous quittons sur cette belle chanson, inspirée de Renaud, que j’ai choisie en hommage à ma candidate-fétiche dans la compétition. A l’année prochaine pour une nouvelle édition de la Droitovision !

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