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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Discriminations | France | Homophobie | Livres | Mariage | Medias | Monde rural | Sexualité | 24.11.2014 - 01 h 18 | 6 COMMENTAIRES
Amiens – Mais quel est donc le problème du Courrier Picard avec les homosexuels ?

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L’année 2014 a-t-elle été déclarée année de l’homophobie par le Courrier Picard ? On pourrait bien le croire, au vu de la succession d’articles, toujours orientés dans le même sens, que ce journal a consacrés à l’homosexualité. Est-ce là une façon pour ce journal de s’adapter à l’augmentation du vote Front National dans sa région ? Ou bien est-ce l’expression de convictions intimes de la part de la rédaction amiénoise ? En tous les cas, on ne peut que s’interroger sur le recours à des procédés tendancieux pour condamner directement ou indirectement les homosexuels, et à en faire des boucs-émissaires faciles pour la population. Retour chronologique sur une année où l’on semble devoir comprendre que, pour certains journalistes amiénois, l’homophobie n’est pas forcément un problème en Picardie, mais l’homosexualité en est apparemment un.

***

1) Février 2014 : Edouard Louis, la première cible.

Edouard Louis

Edouard Louis

Lorsqu’un Picard rencontre du succès, la presse locale s’en montre généralement plutôt fière : Jean-Pierre Pernaut, Cauet, Miss France, Emmanuel Macron… sont autant de gloires régionales qui n’ont pas été fortement étrillées par le Courrier Picard. Mais lorsqu’Edouard Louis a connu un succès littéraire avec son roman « Pour en finir avec Eddy Bellegueule », il s’en est alors agi fort différemment. Le Courrier Picard est le premier à publier un article incendiaire contre le jeune auteur. Dans l’édition du 2 février 2014, Fabrice Julien et Gaël Rivallain entreprennent en effet de révéler « Les deux visages d’Eddy Bellegueule  ». Pour ce faire, les deux journalistes du Courrier Picard sont allés à la rencontre de « sa famille et ceux qui l’ont côtoyé », pour comprendre « le malaise » que ce livre suscite en eux :

« À Hallencourt, la famille d’Eddy/Édouard, a cru s’étrangler à la lecture du récit […] Nous ne sommes ni racistes ni homophobes, insiste sa soeur Mélanie. Nous n’avons découvert l’homosexualité d’Eddy qu’il n’y a deux ou trois ans et franchement, dans la famille, tout le monde s’en moque. »

Et puisque la famille dit qu’il n’a jamais existé d’homophobie en son sein, on est prié de la croire : fermez le ban ! Feignant volontairement d’ignorer qu’il s’agit d’un « roman », les journalistes Fabrice Julien et Gaël Rivallain font ensuite mine de s’étonner :

« La vraie famille d’Édouard Louis n’a, à première vue, pas grand-chose à voir avec celle à la Germinal, misérable, inculte et vulgaire, décrite dans le roman. Mélanie, la grande sœur âgée de 28 ans, titulaire d’un bac pro, prend soin de son fils Ulysse, sept mois, la dernière « merveille » de la famille. Andy, en troisième au collège de Longpréles-Corps-Saints (où Eddy Bellegueule a aussi fait ses humanités), et Candice, en seconde au lycée Boucher-de-Perthes d’Abbeville, poursuivent une scolarité normale. »

On ne voit pas bien en quoi la scolarisation des enfants de la famille a à voir avec le roman d’Edouard Louis, qui raconte l’homophobie dont un jeune garçon de la campagne picarde est victime tout au long de sa jeunesse. Andy et Candice, dont on se demande bien ce qu’ils viennent faire dans cet article, n’ont strictement aucun rapport avec les événements qui sont censés s’être déroulés dans le roman, et Edouard Louis n’a jamais affirmé que lui ou ses frères et soeurs avaient été déscolarisés !

Sans se rendre compte de leurs propres contradictions, les journalistes reprochent ensuite à l’auteur de ne pas « nommer dans son livre » le village dont il est issu, et dans le même temps de ne pas faire un portrait suffisamment fidèle de ce village. Avec cette règle, on condamne tout roman autobiographique, de Vallès à Proust en passant par Céline ou Benjamin Constant. Le Nouvel Obs, sur la base du reportage du Courrier Picard, reprendra d’ailleurs une critique similaire. Edouard Louis répondra alors aux deux journaux en même temps :

« ces mensonges ne sont pas élaborés au hasard mais tendent au contraire à installer et conforter une certaine « critique » de mon livre, comme mensonger, raciste de classe, exagérateur en lui opposant les paroles, perçues forcément comme « vraies » et « sincères », du « peuple » – le fameux bon sens populaire, les « bons sauvages » – tel qu’il apparaît aux journalistes parisiens, ou même picards ou à d’autres encore ».

Le comble est atteint lorsque les deux journalistes ne remarquent même pas que l’ « ami » d’Edouard qu’ils interrogent dans leur interview s’offusque de bien des accusations, mais surtout pas de celle d’homophobie, qui est pourtant la principale :

« Oui, il a eu une enfance dure, mais à ce point là ? », s’interroge, perplexe, l’un de ses anciens amis, qui souhaite garder l’anonymat. « Ce qui me dérange, c’est qu’il associe sa classe sociale à l’alcoolisme, le chômage et le racisme, alors que ce n’est pas le cas de tout le monde, bien évidemment.

enfiniraveceddybellegueuleHeureusement, parmi les quatre articles consacrés à Edouard Louis sur une pleine double page de cette édition du 2 février, il y en a tout de même un d’une demi-page, signé Philippe Lacoche, qui est positif. Mais ce petit encart peine à convaincre le lecteur, qui peut lire sur une page et demie qu’Edouard Louis a, selon le Courrier Picard, trahi tout à la fois sa famille, ses amis, son village et sa région.

Ce qui est particulièrement étonnant, c’est que le Courrier Picard revient constamment à la charge : en mars 2014, le journaliste Fabrice Julien (encore !) se demande : « Que devient Edouard Louis ? » et écrit un nouvel article à charge. Il s’étonne faussement : « A Hallencourt, charmant village de la Somme, les proches d’Eddy/Édouard n’ont plus de nouvelles de lui ». Comme Brassens dans la Ballade des gens qui sont nés quelque part, on aurait envie de répondre à Fabrice Jullien au sujet de ce « charmant village » : « C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villages, tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits,… ils n’ont qu’un seul point faible, c’est d’être habités ! »

Et le 1er août, le Courrier Picard meuble ses vacances… en remettant le couvert au sujet d’Edouard Louis ! Son tort serait, selon le journal, d’avoir obtenu un poste d’allocataire pour enseigner à l’université d’Amiens, « alors qu’Édouard Louis n’est plus vraiment dans le besoin ». Or on sait très bien que ces postes ne sont pas attribués sur critères sociaux : ce ne sont pas des bourses ! Fabrice Julien (toujours lui…) a une phrase très élégante : « Cette intégration interroge quant aux réelles motivations de l’auteur ». Comprenez : Edouard Louis ne pense qu’à ses sous. Mais si le Courrier Picard s’inquiète tant des « étudiants fauchés » comme il les appelle, il y a une solution simple : il n’a qu’à en embaucher davantage à la sortie de leurs études.

On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une affaire « Edouard Louis ». En réalité, non : ce qui est reproché à Edouard Louis, c’est d’avoir pointé du doigt les problèmes d’homophobie, qui existent en Picardie comme ailleurs. La suite des articles publiés dans l’année sur l’homosexualité par l’édition d’Amiens du Courrier Picard le montre très clairement.

2) Avril 2014 : homosexualité et pédophilie.

Un article du Courrier Picard fait scandale fin avril 2014, trois semaines avant la journée internationale de lutte contre l’homophobie. En effet, le journal choisit de titrer comme suit l’un de ses articles : « Compiègne (60) – Le premier marié gay soupçonné de pédophilie » ! Alors que « le procureur se refuse à donner toute information complémentaire concernant les faits reprochés au Compiégnois », le journaliste sait déjà que « l’enquête risque d’être complexe à mener ». L’article donne le nom, l’âge, la photo et la nouvelle ville d’habitation du prévenu.

Le 1er mai, un second article paraît sur le même sujet, pour en rajouter encore une couche: « Le premier marié gay mis en examen ». Après avoir relaté ce fait divers, l’édition régionale se fend d’un paragraphe très orienté, qui n’a plus rien à voir avec la simple description d’un fait divers :

Cette mise en examen survient alors que la loi sur le mariage pour tous s’apprête à fêter son premier anniversaire. En début d’année dernière, les débats qui avaient précédé son vote avaient été pour le moins vifs, faisant descendre des milliers d’opposants dans les rues. Opposants qui, pour certains, continuent à se mobiliser contre le « mariage pour tous ».

Sur Facebook et Twitter, de nombreuses voix s’élèvent contre l’amalgame réalisé par le journal entre homosexualité et pédophilie, et contre les liens établis abusivement entre ce fait divers et les débats sur le mariage pour tous : « @Courrier_picard Vous n’avez pas honte d’associer homosexualité et pédophilie?? #Journalismeencarton » . Sur le site « Le Plus » du Nouvel Observateur, Giuseppe di Bella s’indigne également:

La mauvaise foi du « Courrier picard » est consternante. Contrairement à ce qu’il ose prétendre, l’article ne fait pas que donner l’information « sans discrimination ni amalgame. »

Cette façon de traiter l’information n’a pas sa place dans un quotidien sérieux. Elle ne fait qu’accentuer l’homophobie. C’est un procédé indigne qui est souvent utilisé par l’hebdomadaire d’extrême droite « Minute »

3) Mai 2014 : SOS homophobie dans le collimateur du Courrier Picard à Amiens

rapports homophobie« Cette façon de traiter l’information » n’est pas abandonnée pour autant. Le 17 mai 2014 a eu lieu la journée mondiale de lutte contre l’homophobie. L’édition amiénoise du Courrier Picard aurait pu en profiter pour aborder la question de l’homophobie dans le département de la Somme ou dans la ville d’Amiens. Pas du tout : même si elle rappelle (encore heureux…) que « chaque acte de haine mérite un SOS et un Non sans nuance de la part des pouvoirs publics », l’édition d’Amiens en profite pour tacler l’association SOS homophobie, et pour appeler à la tolérance… envers la Manif pour Tous !

Qu’on en juge : David Guévart lui-même, rédacteur en chef, fustige « la violence qui a accompagné le vote de la loi Taubira dans les camps de ceux qui y étaient favorables, comme dans le camp des opposants » ! Il faut être journaliste au Courrier Picard pour avoir entendu parler d’actes de « violence » de la part des défenseurs du mariage pour tous, et pour oser comparer ces actes imaginaires aux mouvements d’extrême-droite et intégristes qui se sont exprimés « dans le camp des opposants ». Et même si l’on parle simplement de propos violents, ce qui ne semble pas le cas ici, on aura de toute façon bien du mal à renvoyer dos à dos défenseurs et opposants au mariage pour tous, comme si « la violence » avait été une arme équitablement partagée entre les deux camps !

Mais il y a pire : pour le rédacteur en chef du Courrier Picard, s’il y a de l’homophobie en France, c’est en grande partie de la faute des homos eux-mêmes. Le texte est accablant :

SOS homophobie ne doit pas se tromper de colère en pointant du doigt globalement la Manif pour tous. Ou alors il faut dire clairement que les manifestants devaient se taire, qu’ils n’avaient pas voix au chapitre. Un peu difficile pour des démocrates. S’il est vrai que les débats ont libéré la parole homophobe, la responsabilité est forcément partagée, dans un contexte fait de provocations, d’affrontements et de slogans caricaturaux de part et d’autre.

On ne sait d’où sort ce constat qui devrait « forcément » être admis par tous. En deux ans de débats absurdes et outrageants pour les familles homoparentales, pointées du doigt, on cherchera en vain les « provocations et affrontements » auxquels se seraient livrés les défenseurs du mariage pour tous, et que le Courrier Picard prétend avoir vus et dénoncer.

Enfin, il faut croire qu’on ne voit pas les mêmes choses à Amiens et à Saint-Quentin, puisqu’à la même période, dans l’édition de Saint-Quentin, on annonce simplement la création… d’une antenne de SOS homophobie à Saint-Quentin ! Il semble donc que le problème du Courrier Picard avec les homosexuels se situe en particulier à l’édition d’Amiens. La suite des articles publiés à Amiens amène également à le penser.

4) Octobre 2014 : La drague homosexuelle, ce douloureux problème.

Cette fois, c’est le journaliste Zouad Bakhti qui s’y colle. Le 30 octobre 2014, le Courrier Picard s’attaque à un problème de taille : la drague homosexuelle causerait des nuisances pour les riverains d’un square. Une pleine double page (!) est consacrée à cette actualité brûlante, et un habitant témoigne : « La nuit, on sait qu’il s’y passe beaucoup de choses » ! D’incroyables révélations sont lancées dans cet article : ainsi, « au sol, les emballages de préservatifs côtoient les cannettes de bière et autres détritus ». Il faudrait conseiller aux journalistes du Courrier Picard de se rendre plus souvent sur les lieux de drague hétéros, et aux endroits bien connus, en Picardie et ailleurs, où des prostituées féminines attendent le client mâle : croient-ils donc qu’on s’y roule dans une herbe pure et immaculée, et que seules les pâquerettes y jonchent la route ou la pelouse ? Selon que vous serez homo ou hétéro, le Courrier Picard d’Amiens portera décidément sur vous un regard bien différent…

L’article interroge quelques habitués des lieux, qui expliquent simplement les problèmes qu’ils rencontrent :

On voudrait évidemment ne pas gêner les riverains mais depuis qu’ils ont taillé les bosquets et les buissons nous sommes plus visibles. On ne gêne personne, on ne fait rien de mal, on aimerait simplement avoir un lieu à nous. […]

Ils évoquent la violence homophobe à laquelle ils sont confrontés :

Beaucoup de jeunes d’Amiens-Nord ou d’Etouvie veulent casser du pédé. Il y a trois ans, un homme a été frappé à la tête, on ne l’a retrouvé qu’au matin, complètement nu et dans un sale état. L’an dernier, c’est un autre homme qui a été frappé sauvagement. Et je ne vous parle pas des vols de portables ou de portefeuille. On a parfois l’impression d’être des proies.

Mais la mairie d’Amiens répond à cette demande par la manière forte, puisque la mesure annoncée est la suivante : « D’ici quelques semaines, un arrêté municipal sera pris pour fermer le square la nuit », ce qui n’était pas tout à fait ce qui lui était demandé ! Enfin, l’article se conclut sur les déclarations tonitruantes de l’adjoint au maire chargé du quartier : « La situation est devenue inacceptable. On veut faire en sorte que les Amiénois se réapproprient ce lieu ». Il va bien sûr de soi que des homosexuels qui draguent ne peuvent pas être « des Amiénois »…

Ce qui est significatif, c’est que le 31 octobre, c’est-à-dire le lendemain, une grave affaire d’agression homophobe commise en ville, dont l’auteur est sévèrement condamné par le tribunal d’Amiens. Que croyez-vous qu’il arrive alors ? Cette fois, le journal y consacre un article laconique, d’une dizaine de lignes, où le journaliste trouve important de faire remarquer que SOS homophobie est « montée au créneau », dans une « histoire somme toute banale au départ ».

Par contre, le prétendu malaise qu’inspirent les homosexuels et les nuisances qu’ils provoqueraient méritent quant à eux une seconde « enquête » détaillée de la part du journal ! Décidément, en 2014, le Courrier Picard a ses raisons que la raison ne connaît point.

5) Novembre 2014 : La drague homosexuelle, encore et toujours !

Le square Lermerchier avait eu droit à une double page fin octobre 2014 de la part de Zouad Bakhti. Les journalistes du Courrier Picard semblent avoir pris goût aux lieux de drague homo, puisque trois semaines plus tard, Christophe Berger se rend cette fois « au bout de la rue Desjardins, dans la zone industrielle Nord », pour y dénoncer à nouveau sur une double page « une zone de drague au masculin ». L’article est un monument de voyeurisme complaisant et de moralisme ridicule. Tout heureux de trouver un coupable, le journaliste s’empresse d’aller interroger « un jeune qui avoue venir régulièrement sur ces lieux ». Il prend en note ses déclarations, observe autour de lui, puis il affirme au lecteur : « On a vu ce qu’on voulait. […] Il faut l’avouer, nous ne sommes plus très à l’aise ».

Après un intertitre peu ambigu, « Ces pratiques ne plaisent pas à tout le monde », le journaliste livre la quintessence de sa méthode de travail. Il faut le voir pour le croire :

Une lettre anonyme a été adressée en mairie d’Amiens pour dénoncer son immobilisme par rapport à ce qui se passe dans ce bois. On y parle de prostitution masculine, trafic de drogue, dégradations… Ce courrier stipule aussi que les entreprises voisines, France Express, Géodis, Calberson, Shenker… se plaignent de cette présence. Par rapport à leur implantation, on doute que ce qui se passe dans ce bois les perturbe.

Oui oui : au Courrier Picard, à Amiens, on base ses enquêtes sur… « une lettre anonyme adressée en mairie d’Amiens » ! En Picardie comme ailleurs, on n’avait sans doute plus vu cela depuis quelques dizaines d’années !

Mieux encore : on apprend soudain, à la fin de l’article, que le lieu décrit est en réalité… « une propriété privée » ! Il faut donc en conclure que le journaliste s’est rendu volontairement sur un lieu privé pour aller observer des hommes nus et des pratiques homosexuelles dont il abhorre la vue, puis en rendre compte dans son journal ! C’est là une méthode d’investigation tout à fait nouvelle. Amiénois, méfiez-vous : si un homme toque à votre porte pendant vos ébats, il s’agit peut-être bien de Christophe Berger, chargé par ses supérieurs d’une nouvelle enquête spéciale concernant vos pratiques sexuelles, basée sur la foi d’une lettre anonyme qui vous concerne.

Mais rassurez-vous : si vous êtes hétérosexuel(le), vous avez toutes les chances d’être laissé(e) tranquille par le Courrier Picard d’Amiens. D’ici 2014, le journal trouvera bien encore quelques adresses de rencontre homosexuelle à dénoncer sur des pages entières. La mise en avant de ces lieux n’est d’ailleurs pas seulement ridicule : elle est surtout dangereuse, si l’on en croit les nombreux témoignages de violences homophobes à l’encontre des personnes qui fréquentent ces lieux.

Heureusement, cet article a été rapidement condamné par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux, et en particulier sur le compte Facebook du Courrier Picard. Florilège :

« Zone de danger désormais. Il va y avoir des expéditions punitives » ;

« Le courrier picard de pire en pire et de plus en plus homophobes. Autre sujet pas encore traité : les homosexuels dans les toilettes publiques de la gare, du cinéma, le parc saint leu, derrière le cirque… bravo continuez c’est ça la vraie actu ! » ;

« Toujours plus groland que jamais, Le weekend cest un festival. A quand un clou avec le courrier Picard pour le recycler !!!! ;

« Pour faire dans la stigmatisation, le Courrier Picard est roi. C’est bien connu ! » ;

« Abuser le courrier Picard!!!! Vous avez pas autre chose à foutre sérieux ?ce quotidien régional devrais réfléchir un peu !!!! Une honte !!!! Vous serai certainement la cause d agression désormais » ;

« Bravo au Courrier Picard et à ses journalistes qui semblent ne pas aimer les homos ça fait vraiment très professionnel ça c’est de l’actualité bravoooo chacun est assez grand pour faire ce qu’il veut de son cul n’est ce pas ?! » ;

« Du journalisme de bas étage, avec tout les stéréotypes qui vont avec ! c’est scandaleux » ;

« Eh oui Flo, le Courrier Picard devient lamentable, c’est plus comme avant ! Et dire que mon père a beaucoup donné et y a travaillé toute sa vie. »

« Et après, on fait des articles sur les violences homophobes (ah non pardon, ça ils ne le font pas) » ;

« Un article sur le lieu de drague du centre ville. Un autre sur la zone nord. C’est quoi le pb du Courrier Picard ??? »

« Cet article va sûrement faire de sacrés dégâts pour ceux qui aiment s’y rendre en tout cas »

« C’est vraiment n importe quoi courrier Picard il y a plus grave en Picardie parler un peu des sdf l hiver approche »

« Ce journal est devenu un vrai torchon ! Le courrier Picard devrait avoir honte. Laisser un peu tranquille les gays !!!!
Aller poursuivre les dealers, les braqueurs, les délinquants en tout genre …A non pour cela il faut du courage !!!!
Nous attendons autre chose d’un journal
 »

Le Courrier Picard n’a bien sûr répondu à quasiment aucune de ces remarques : cela aurait pourtant été tout à son honneur. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître avoir fait des erreurs – même s’il vaut mieux sans doute mieux s’abstenir directement de les commettre.

***

Après une année pareille, que reste-t-il à dire ? L’accumulation, en quelques mois, d’articles destinés à pointer du doigt la communauté homosexuelle ne cesse d’étonner dans un même journal. S’agit-il d’une simple maladresse, ou bien d’une  campagne, volontaire ou non, de dénigrement à l’égard des homosexuels ? Les journalistes qui ont signé ces articles se rendent-ils compte du mal qu’ils peuvent faire, par ces articles, dans une région où les LGBT sont encore trop fréquemment rejetés ? En 2014, ce bilan du traitement des LGBT dans le Courrier Picard d’Amiens n’est pas brillant. Il reste à espérer que 2015 soit peut-être enfin l’année de l’égalité réelle entre homos et hétéros, dans la vie quotidienne comme dans les médias.

Discriminations | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | Medias | Politique | UMP | 11.10.2014 - 02 h 27 | 3 COMMENTAIRES
Lettre ouverte à Monsieur Xavier Bertrand, député-maire de Saint-Quentin (Aisne).

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Monsieur le député-maire Xavier Bertrand,

Vous avez affirmé récemment, lors de votre passage au Grand Journal de Canal +, que vous aviez participé à « chacune » des « manifs pour Tous » organisées depuis la création de ce mouvement en novembre 2012. Cela représente au minimum sept jours complets passés à arpenter les rues de Paris, de Montparnasse à l’Arc de Triomphe, en passant par les Invalides, le Trocadéro, l’arche de la Défense, le Quai d’Orsay ou la porte Dauphine. Durant ces dizaines de kilomètres de marche cumulés au beau milieu de vos dimanches après-midi, il semble que vous ayez mieux appris à découvrir la géographie de Paris que les habitants de Saint-Quentin, votre ville et votre circonscription.

Xavier Bertrand

Xavier Bertrand

Il faut sans doute croire que vous avez bien du temps à perdre chaque dimanche. Certes, vous pouvez naturellement occuper votre temps libre aux activités sportives et récréatives de votre choix – si tant est qu’un député-maire d’une ville de 70 000 habitants dispose d’une journée de temps libre par semaine, ce qui resterait encore à prouver. Mais pour mettre à profit vos jours de repos désœuvrés, vous pourriez par exemple vous promener davantage dans les rues de Saint-Quentin, parler avec les gens, et découvrir ainsi une réalité qui vous est apparemment largement ignorée. Vos engagements répétés « en tant que citoyen » aux côtés de la Manif pour Tous, non seulement nuisent aux homosexuels de votre circonscription et d’ailleurs, mais ne semblent de surcroît pas profiter aux habitants de Saint-Quentin.

Faut-il vous rappeler que vous êtes à la fois l’un des acteurs principaux et le représentant d’un territoire en grave difficulté économique et sociale ? Ignorez-vous que l’Insee, à partir de 27 facteurs liés à la qualité de vie dans les régions, classe Saint-Quentin et l’ensemble de votre circonscription parmi les territoires de France « en situation peu favorable », ce qui signifie qu’il s’agit hélas de l’une des zones les plus défavorisées et les moins attractives du pays ?

Vous prétendez que la participation aux Manifs pour Tous vous permet de discuter avec « les Picards ». Mais pour connaître la réalité de votre ville, Monsieur le député-maire, il n’est pas nécessaire de monter à Paris pour vous entretenir avec quelques homophobes venus de Compiègne, Senlis et Longueau. En effet, l’urgence, à Saint-Quentin, tout aussi bien dans votre ville que dans votre circonscription, c’est de régler du mieux possible les graves problèmes structurels, économiques et sociaux, qui s’accumulent inexorablement. Ce n’est pas dans la Manif pour Tous, entre deux invectives contre les LGBT et trois levers de drapeaux « bleus, blancs, roses » que vous connaîtrez la réalité de votre ville.

Les habitants de Saint-Quentin n’attendent pas de leur maire qu’il aille se pavaner dans des défilés inutiles où il pourra côtoyer l’Action française et Marion Maréchal-Le Pen. Ils attendent de lui qu’il les aide à vivre mieux dans leur ville. Or, Saint-Quentin, au quotidien, ce sont :

des jeunes adultes qui font tout pour quitter la ville, parce qu’ils préfèrent malheureusement étudier ailleurs, et parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi à la sortie de leurs études,

de nombreux commerces qui ferment, parfois même très peu de temps… après leur ouverture,

un patrimoine historique, industriel, architectural et urbain laissé à l’abandon,

une population désabusée, attristée, désespérée de se sentir abandonnée par la classe politique locale et nationale – et en particulier par son député-maire,

– un Front national qui obtient plus de 20% des voix aux élections municipales,

de nombreux travailleurs pendulaires qui trouvent des emplois dans des villes plus attractives (Paris, Amiens, Lille, Reims), et qui ne restent à Saint-Quentin que par défaut, avant d’aller ailleurs s’ils le peuvent.

une vie culturelle déclinante, où des spectacles sont fréquemment annulés faute de spectateurs.

l’un des taux de chômage les plus élevés de toute la France, qui est passé de 11% à 16% entre 2008 et 2013.

Pour parachever le tableau, le département de l’Aisne, dont Saint-Quentin est la ville principale, fait partie des 10 derniers en France lorsque l’on évalue la qualité de vie des départements. Et vous, pendant ce temps-là, vous trouvez le temps d’aller gambader avec Ludovine de la Rochère pour abroger une loi qui ne le sera jamais, et lutter contre les familles homoparentales ? C’est donc là votre priorité de maire et de député ?

Saint-Quentin

Saint-Quentin

M. Bertrand, lorsque la presse locale a voulu interroger des homosexuels sur le mariage pour tous en 2012-2013, elle a eu toutes les peines du monde à rencontrer des Saint-Quentinois prêts à témoigner, car ils avaient peur d’être alors stigmatisés dans leur propre ville. Est-ce bien cela que vous souhaitez pour les habitants de votre ville ? Et pensez-vous que votre soutien à la Manif pour Tous rassure les homosexuels de votre circonscription quant à la réaction de leurs élites et de leurs concitoyens face à l’homosexualité ? Si les droits des homosexuels ne vous intéressent pas, et que de simples raisons morales ne suffisent pas à vous empêcher de les combattre, modérez au moins vos propos par respect pour les citoyens de votre ville…

Le bulletin météo qui a suivi votre intervention a heureusement permis de conclure la séquence sur une petite note d’humour. Et de l’humour, il en faut sans doute, aux Saint-Quentinois, pour supporter leur quotidien tout en voyant le peu de temps que vous leur accordez, au profit d’autres causes qui vous monopolisent à leurs dépens.

Vous pourriez penser que les dernières élections municipales vous ont apporté un plébiscite de la part de la population, qui vous aurait accordé un blanc-seing en 2014. Vous auriez bien tort de croire cela : vous n’avez remporté les dernières élections législatives qu’à 196 voix près (sur 34 000 inscrits), et vous auriez d’illustres prédécesseurs dans la liste des gens persuadés d’avoir un mandat de député à vie quels que soient leurs actes, tels Jean-Marc Nesme, Eric Raoult, ou Brigitte Barèges – qui n’ont pas été du tout récompensés par leur électorat pour leur opposition viscérale aux droits LGBT.

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Au cours de cette interview, vous reprochez même au Front National de ne pas être assez à droite sur la question du mariage pour tous, et d’avoir été trop « en retrait » sur ce point : vous n’effectuez donc même plus de rapprochement avec le Front National (qui ne vous aime guère), vous cherchez carrément à le dépasser par sa droite ! Dans le même temps, à l’instar de Marine Le Pen, vous promettez une très hypothétique abrogation de la loi sur le mariage pour tous, dont vous savez très bien qu’elle n’aura jamais lieu, pour des raisons juridiques et politiques. Les liens historiques de Saint-Quentin avec l’Espagne devraient vous amener à regarder au-delà des Pyrénées : la droite espagnole a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non ! Plus près de votre circonscription : la droite britannique a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non, c’est même elle qui l’a instauré ! Alors ne cherchez pas à berner vos électeurs potentiels en lançant une promesse dont tout observateur sérieux sait qu’elle ne tient pas la route. Dans le grand public et dans votre parti, il y a encore des gens qui croient en vos paroles : cela devrait vous conférer une certaine responsabilité et un peu plus de décence dans vos propos.

Ironie due au hasard, ou mauvais calcul politique : ces propos interviennent alors même que ce week-end, Saint-Quentin accueille justement… le salon du mariage et du Pacs ! A cette occasion, on apprend que sur 338 mariages réalisés dans votre ville depuis janvier 2013, 13 ont concerné des couples de même sexe. Croyez-vous que ces couples puissent se promener aisément main dans la main lorsqu’ils sont à Saint-Quentin, comme le font les autres couples hétérosexuels ? De plus, aucun de ces couples de même sexe n’a eu droit à votre présence lors de son mariage, alors que vous avez célébré vous-même des mariages de couples hétérosexuels, et vos propos sur le mariage pour tous signifient que vous auriez voulu pouvoir refuser à ces 13 couples de même sexe le droit de se marier. Ces sept jours passés dans les « manifs pour tous » n’ont-ils donc comme seul but que de nuire au bonheur de quelques couples saint-quentinois ? Est-ce là l’aboutissement de vos « convictions » et de votre engagement personnel, alors qu’il y a tant de difficultés auxquelles les Saint-Quentinois aimeraient que vous apportiez des solutions concrètes ?

Je vous prie, Monsieur le député-maire, de bien vouloir agréer l’expression de mon plus profond respect – sentiment dont je dois bien reconnaître avec quelque regret, au vu des « convictions » que vous affichez à l’heure actuelle, que vous ne l’éprouvez en aucune manière envers les LGBT qui ont lutté et luttent encore pour leurs droits légitimes.

Numa.

***

P.S. : Vous trouverez ci-dessous, pour rappel, le verbatim de vos échanges avec les présentateurs du Grand Journal sur Canal + ce 06 octobre 2014.

Antoine de Caunes – Xavier Bertrand, vous étiez présent, vous l’avez dit tout à l’heure, à la Manif pour Tous, hier. Pourtant, vous vous êtes tenu loin des ténors de la droite. Pourquoi cette discrétion ?

Xavier Bertrand – J’ai défilé dans chacune des manifestations, mais jamais derrière les banderoles. Pourquoi ? Parce que, en tant que politique, je m’exprime à l’Assemblée, ou par exemple sur votre plateau. Vous m’invitez parce que je suis parlementaire, et parce que je suis candidat à la primaire. Mais si j’ai défilé, c’est avant tout en tant que citoyen, et puis il y a aussi une autre chose. Vous voyez : vous êtes derrière la banderole, là. Belles images, très bien. Mais vous parlez avec qui ? Avec les autres élus que vous avez mille occasions de voir. Alors que, au milieu, notamment avec les gens de Picardie, c’est plus intéressant et c’est mieux qu’un sondage, et ça permet de voir la réalité de cette manifestation.

Antoine de Caunes – Symboliquement, ça n’a pas le même poids si vous êtes derrière la banderole, et si vous êtes perdu dans la foule.

Xavier Bertrand – Perdu ? Vous savez, c’était pas discret. Non seulement ça se sait, c’était sur les réseaux sociaux, et j’assume totalement ma présence, mais je le fais aussi en tant que citoyen, parce que ça touche complètement mes convictions. […]

Jean-Michel Apathie – Cette manifestation a une réalité : elle réunit, c’est assez rare, les dirigeants de l’UMP et les dirigeants du Front National : c’est normal selon vous, c’est le jeu de la démocratie ou c’est embêtant ?

Xavier Bertrand – Le Front National, sur ces questions-là, a été très en retrait. Marine Le Pen, sur cette question, notamment au début, a été très en retrait. En ce qui nous concerne, et en ce qui concerne un certain nombre de personnalités, elles ont toujours été constantes dans l’opposition au mariage pour tous.

Natacha Polony – Est-ce que vous n’avez pas déjà perdu le combat idéologique ? […]

Xavier Bertrand – Perdre cette bataille idéologique, c’est si on renonçait à revenir en arrière, si on renonçait à abroger la loi Taubira. Ca voudrait donc dire que le progrès est synonyme de la gauche, et que parce que la gauche l’a fait, c’est synonyme de progrès, et qu’il nous est interdit de revenir dessus. Mais dans ces conditions-là, parce que la gauche l’a voté, si nous revenons au pouvoir en 2017, on ne pourra rien faire. On a déjà connu cette forme de défaite idéologique sur les 35 heures, il n’est pas question de dire qu’on ne pourra pas rien faire, parce que dans ces cas-là, il faut pas s’étonner que les Français ne votent plus. […] Il n’est pas question de démarier les couples homosexuels, il n’est pas question non plus de désadopter des enfants, mais il faut savoir qu’au 19ème siècle par exemple, en France, il y a eu le divorce, le divorce a été aboli, il a été rétabli, je crois, près de 70 ans après, on n’a pas obligé non plus les couples à se remarier. Donc les choses sont tout à fait possibles juridiquement. Je suis pour que l’on accorde la possibilité de s’unir pour les couples homosexuels, mais à partir du moment où vous avez l’égalité complète, il faut voir que l’engrenage de la loi Taubira amènera forcément – ce sera une question de mois ou d’années – à la GPA et à la PMA. Ceux qui disent le contraire, soit ne sont pas au courant, soit mentent sciemment. Parce que la cour de cassation donnera cette interprétation, et aussi la cour européenne de droits de l’homme.

Jean-Michel Apathie – Vous dites que vous êtes pour que les couples homosexuels puissent s’unir. Sous quelle forme, si ce n’est pas le mariage ?

Xavier Bertrand – Vous avez l’union civile, célébrée en mairie, parce que je trouve normal que la république donne aussi sa reconnaissance à cette union. A partir du moment où vous avez l’union, cela me va ; mais si vous avez la filiation, je ne suis plus d’accord. Alors je sais bien qu’on me dit ça, en disant : « Vous avez pas compris, on peut pas dire ça, il faut faire attention : ce sont mes convictions. Et même s’il y avait seulement 20% de Français qui étaient favorables à ça, ça n’est pas le problème, parce que ce sont mes convictions. […] Il faut aller au-delà du Pacs. Le Pacs est incomplet. Et d’ailleurs, nous aurions dû le faire évoluer, le Pacs, comme on l’avait promis à l’époque. D’ailleurs, c’est une grande leçon : quand vous ne menez pas les réformes selon vos valeurs, il ne faut pas s’étonner que vos adversaires les conduisent selon leurs valeurs. Ca aussi, c’est quelque chose qui est à méditer : faut jamais avoir peur d’engager les réformes, parce qu’autrement… Vous avez un sujet, c’est que vous avez une société française qui à mon sens a été déstabilisée, et comme je crois que les réformes à mener dans les années à venir seront très importantes ; en matière économique il faudra aller très loin ; sur le modèle social, si on veut garder l’essence du modèle social, il faudra le rénover ; pour rétablir l’ordre il faudra des réformes qui iront très loin ; mais sur les questions de société, que ce soit sur la question de la fin de vie, que ce soit sur la question de la famille, il faut une vraie stabilité.

Natacha Polony – Et vous n’allez pas rouvrir des fractures ? Vous allez pas refracturer encore plus ?

Xavier Bertrand – Je ne le crois pas, parce que l’aspiration profonde de nombreux homosexuels qui voulaient s’unir, c’était l’union, c’était le mariage, pas la filiation.

Antoine de Caunes – Une question un peu plus personnelle pour finir : vous vous rêvez toujours en candidat UMP en 2017, entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

Xavier Bertrand – J’ai toujours cette ambition-là. […] Je suis dans une voie très différente d’eux, peut-être parce que j’ai pas le même parcours qu’eux, peut-être parce que je ne suis pas dans la vie politique depuis 30 ans comme eux au niveau national, peut-être aussi parce que j’ai une façon de travailler, peut-être un peu plus loin de l’hyper-activisme médiatique, parce que c’est ce qui permet d’avoir une vraie réflexion et un vrai travail de fond. Mais c’est encore loin, c’est deux ans et demi, la primaire, et ça demandera la construction d’un vrai projet personnel.

Antoine de Caunes – Actuellement, au niveau des sondages, vous en êtes au même point que François Hollande

Jean-Michel Apathie – Oui, on voudrait pas vous saper le moral, mais regardez : on a trouvé ce petit sondage, vous le connaissez. Vous êtes à 3% auprès des sympathisants UMP, et Nicolas Sarkozy est à 62%. Vous le voyez : y a du boulot.

 

Associations | Discriminations | Education | Famille | Homoparentalité | Homophobie | International | Mariage | Medias | Politique | 10.08.2014 - 21 h 11 | 0 COMMENTAIRES
« L’Egalité des Droits dépase les frontières » : LGBT d’Europe, unissons-nous !

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Ce billet a pour but de présenter une petite vidéo réalisée en Ukraine par 40 jeunes militants LGBT de toute l’Europe, qui a déjà été vue plus de mille fois en deux jours. Ce clip a une valeur symbolique importante : il nous rappelle que les droits LGBT sont une problématique européenne et internationale, et que l’Europe toute entière doit s’engager davantage pour les défendre.

1) Le contexte européen : « A vos marques, Prêts… Egalité ! »

youth_in_action_logoL’Union européenne a mis en place un vaste programme d’éducation intitulé « European Youth in Action » (Jeunesse Européenne en action). Ce programme est à destination des jeunes de 13 à 30 ans, et a pour ambition de favoriser la mobilité internationale des jeunes Européens, ainsi que leur sens de la citoyenneté, de la solidarité et de la tolérance.

C’est dans ce cadre qu’a lieu le projet « Ready Steady Equal » (« A vos marques, prêts,.. Egalité »), destiné à lutter contre les discriminations liées au genre et à l’orientation sexuelle. Au sein de ce projet, un stage a eu lieu, du 26 jullet au 03 août 2014, à Lviv, grande ville d’Ukraine, située à l’Ouest du pays. Il a permis à 40 jeunes militants des droits LGBT, issus de l’Union européenne et de pays du continent européen, de se rencontrer et de dialoguer entre eux sur les droits LGBT en Europe.

Le choix de l’Ukraine comme pays de rencontre est significatif, alors que les droits des LGBT sont toujours très largement ignorés voire combattus dans ce pays en proie à de vifs affrontements à la fois en interne et avec la Russie.

2) Le clip réalisé : « L’égalité des droits dépasse les frontières ».

A la fin de ce stage, les participants, issus de 10 pays, ont réalisé un clip, par le biais de la plate-forme Bell Media. Cette vidéo est intitulée « Equal Rights are bigger than Borders » : « L’égalité des droits dépasse les frontières ». Elle montre l’importance de la coopération entre les citoyens des différents pays européens pour faire progresser l’égalité des droits :

En voici la traduction en français :

– Je suis du Royaume-Uni, et j’aimerais envoyer un message à mes amis LGBT en Ukraine. Je veux qu’ils soient forts, et je les soutiens dans leur combat pour l’égalité.

– Nous vivons en Ukraine, et nous soutenons nos amis italiens dans leur lutte contre l’homophobie.

D’Italie, nous souhaitons que nos amis polonais puissent se sentir en sécurité lorsqu’ils s’expriment dans la rue.

– J’habite en Pologne, et j’espère que la Turquie va inclure les droits des LGBT dans sa constitution.

– Nous sommes trois militants LGBT de Turquie, et nous soutenons le droit au mariage pour nos amis allemands.

– Je viens d’Allemagne, et je souhaite que mes amis géorgiens puissent vivre sans être discriminés.

– Je suis de Géorgie, et je soutiens les droits LGBT en République Tchèque.

– Je suis de République tchèque, et je veux que mes amis d’Azerbaïdjan soient protégés des crimes de haine.

– Les Azerbaïdjanais veulent que le gouvernement britannique enseigne les questions LGBT dès l’école.

Chacun aura compris l’une des moralités de la vidéo : les citoyens européens se soutiennent les uns et les autres dans les combats respectifs qu’ils mènent au sein de leur pays pour faire avancer l’égalité des droits. Les combats individuels et nationaux doivent converger vers une amélioration globale et européenne des droits LGBT. Ces jeunes en appellent donc à la responsabilité des dirigeants et représentants de l’Union européenne, ainsi qu’à celle des gouvernements et parlementaires nationaux de tous les pays du continent européen. Mais cette vidéo est à aussi à l’adresse du grand public : c’est à chaque citoyen européen de ces différents pays que ces jeunes militants veulent s’adresser.

3) Les adversaires des droits LGBT s’organisent déjà à l’échelon européen.

Manifestation en Allemagne, aux logos de la Manif pour Tous.

Manifestation en Allemagne, aux logos de la Manif pour Tous.

Ce genre d’action, soutenue par la commission européenne, est aujourd’hui de la plus grade utilité. En effet, les opposants aux droits LGBT ont, quant à eux, déjà réalisé la Sainte Alliance anti-LGBT en Europe. Cette internationalisation de la lutte contre les droits civils des LGBT a été menée sous la houlette de Louis Montané de la Roque, qui n’est rien de moins qu’un descendant de Hugues Capet !

Voici trois exemples où l’on retrouve l’influence néfaste du mouvement « La Manif pour Tous » en Europe. Ils ne sont présentés ici que brièvement, mais ils mériteraient de faire chacun l’objet d’un article plus approfondi. En effet, ils sont chacun révélateurs des objectifs de la Manif pour Tous au niveau européen, et des problématiques LGBT qui traversent actuellement les différents pays.

a) En Allemagne

La Manif pour Tous allemande « Die Demo für Alle » a manifesté en Bade-Wurtemberg pour protester contre l’instauration de programmes scolaires visant à lutter contre l’homophobie dans les écoles primaires. Elle a malheureusement obtenu gain de cause en partie. Elle réalise à présent une pétition pour s’opposer à un projet similaire porté par le gouvernement de Basse-Saxe.

La Manif pour Tous en Italie

La Manif pour Tous en Italie

b) En Italie

La Manif pour Tous Italia s’oppose depuis plusieurs mois à l’instauration d’une loi destinée à sanctionner les propos et actes homophobes. Les manifestants affirment défendre la liberté d’expression contre les prétendus dérives totalitaires d’un imaginaire « lobby gay ». Ils sont ainsi apparus avec, entre autres, des baillons arc-en-ciel sur la bouche.

c) En Croatie

En Croatie, la Manif pour tous a inspiré le collectif « Au nom de la famille », qui a interdit par référendum l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Ce collectif a en effet fait introduire dans la constitution la définition du mariage comme union d’un homme et d’une femme. Son logo, ses méthodes et ses objectifs sont très proches de ceux de la Manif pour tous.

4) Qui défend actuellement les droits LGBT au niveau européen ?

Heureusement, l’égalité des droits est d’ores et déjà défendue, aujourd’hui même, par au moins quatre instances au niveau européen, qui sont cependant encore beaucoup trop peu connues par le grand public :

ilga europel’association ILGA-Europe, qui réunit 417 organisations-membres issues de 45 pays européens. Il s’agit de la branche européenne de l’Association Ilga, fédération internationale d’associations de lutte pour l’égalité des droits.

l’Intergroupe « Droits LGBT » au Parlement européen, qui réunissait 175 eurodéputés durant la précédente législation (2009-2014), et qui devrait être reconduit durant cette session.

nelfale réseau Rainbow Rose, qui rassemble les partisans de l’extension des droits LGBT au sein des partis socialistes, travaillistes et sociaux-démocrates, dans le cadre du Parti Socialiste Européen (PSE)

le réseau Nelfa, qui défend les droits des familles homoparentales en Europe.

Au niveau international, et donc supra-européen, on pourra également noter l’investissement d’associations comme Amnesty International ou les campagnes d’All Out.

L’intérêt de la vidéo ci-dessus est donc de nous montrer que :

– le grand public et les militants doivent comprendre que la défense de l’égalité des droits se joue aujourd’hui au niveau européen et international, et il faut s’investir dans ces organisations internationales,

l’Union européenne doit saisir à bras-le-corps les responsabilités qui lui incombent, en promouvant plus largement encore, en son sein et à l’international, la lutte pour l’égalité des droits,

les instances qui luttent d’ores et déjà au niveau européen pour l’égalité des droits doivent être davantage connues au sein du grand public. J’espère que ce billet aura permis d’y contribuer.

Famille | France | Histoire | Homoparentalité | Homophobie | International | Livres | Medias | Politique | Sociologie | Zemmour | 04.08.2014 - 02 h 23 | 7 COMMENTAIRES
Pourquoi les droits des minorités (dont les LGBT) ont-ils fait naître une polémique autour des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois ?

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Lancée dans un premier temps par Libération, une vive polémique est née cette semaine au sujet des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Elle a très vite pris de l’ampleur en étant relayée par de multiples médias comme Actualitté, la Nouvelle République, Toute la culture, la République des Livres (le blog littéraire de Pierre Assouline) ou BiblioObs (le site littéraire du Nouvel Observateur). Pour en comprendre les enjeux, revenons sur cette querelle, qui n’est pas celle des Anciens et des Modernes, mais qui amène à se poser de vraies questions sur la conception, l’organisation et les conditions de la vie intellectuelle en France et en Europe.

1) Les Rendez-vous de l’Histoire : le calme avant la tempête.

Du rififi à Blois ?

Blois, écrin paisible des RVH 2014

Les Rendez-vous de l’Histoire de Blois, qui auront lieu cette année du 09 au 12 octobre 2014, sont une véritable institution dans le champ culturel français. Depuis 17 ans, ils constituent chaque année un événement incontournable pour les passionnés d’histoire, en donnant lieu à des débats et conférences destinés aussi bien aux chercheurs, enseignants et étudiants qu’au grand public désireux d’approfondir ses connaissances dans le domaine historique.

Fin juillet 2014, on apprend cependant, par les réseaux sociaux puis par une tribune parue dans Libération, que la belle harmonie consensuelle dans laquelle s’inscrivent habituellement ces rendez-vous a volé en éclats pour cette édition. Tout était pourtant bien parti : après avoir traité des sujets comme « Les utopies » (2000), « L’Argent » (2006), « Les Européens » (2008) ou « L’Orient » (2011), l’édition 2014 est consacrée au thème « Les rebelles ». La personnalité choisie pour présider cette édition est d’une envergure scientifique incontestable : il s’agit de Michelle Perrot, militante féministe et historienne unanimement reconnue. Aucune fausse note n’était donc a priori à craindre.

2) « J’ai accepté par erreur ton invitation »

Le scandale est arrivé par là où on ne l’attendait pas. Le 29 juillet, Edouard Louis, étudiant en sociologie à l’Ecole Normale Supérieure ainsi qu’à l’Université de Picardie-Jules Verne, et auteur du roman Pour en finir avec Eddy Bellegueule, publie sur twitter le message suivant :

« J’ai dû annuler ma participation aux Rendez vous de l’Histoire de Blois, voyant que l’horrible Gauchet faisait la conférence inaugurale (!?) »

Le philosophe Geoffroy de Lagasnerie publie peu après un twitt similaire :

Comme Edouard Louis, j’ai annulé ma participation aux Rendez-vous de l’Histoire pour protester contre la présence de Marcel Gauchet.

En effet, la conférence inaugurale des rendez-vous doit être tenue, le 9 octobre 2014, par l’historien et sociologue Marcel Gauchet. Pour expliquer leur décision, les deux jeunes intellectuels publient, chacun sur son site personnel, un texte commun, qui est repris dès le lendemain 30 juillet sous forme de tribune dans Libération. Ils y précisent les motivations de leur démarche, et, s’il semble nécessaire de lire ce court texte dans son intégralité, on peut néanmoins tenter de le résumer et de le commenter en quelques paragraphes de synthèse.

3) Une tribune contre Marcel Gauchet, moteur et promoteur du retour en arrière.

Manifestation féministe en 2014.

Manifestation féministe en 2014.

Selon les deux auteurs de cette tribune, Marcel Gauchet est un penseur résolument réactionnaire, qui a constamment vilipendé les grands mouvements d’émancipation sociale et sociétale qui ont animé la France durant les dernières décennies (dont, entre autres, la lutte pour l’égalité des droits entre couples hétérosexuels et couples de même sexe). Que Marcel Gauchet réalise précisément la conférence inaugurale de ces Rendez-vous consacrés cette année à la rébellion, est donc tout à la fois un non-sens, une insulte et une humiliation pour ceux qui ont vraiment été « rebelles » dans leur époque, qu’ils soient connus ou anonymes : féministes, militants LGBT, acteurs des grands événements sociaux… En effet, Marcel Gauchet n’a eu de cesse de lutter contre leurs actions et leurs valeurs, que ce soit en son nom propre ou par le biais d’ « idéologues réactionnaires » dont il a contribué à diffuser et légitimer la pensée. De fait, il n’est besoin que de consulter le numéro le plus récent de la revue qu’il dirige, ou de se pencher sur l’historique de cette revue, pour découvrir que ces accusations, si elles sont certes graves et vigoureuses, n’en sont pas moins justifiées par les faits.

Car Marcel Gauchet n’a pas peur de réaliser par exemple un dossier à charge, dirigé exclusivement et directement contre « les enfants du mariage homosexuel », où l’on peut lire, sans la moindre nuance ni contradiction, que l’homosexualité est un choix de vie personnel, qu’elle est totalement contre-nature, qu’elle peut mettre fin à la survie de l’espèce humaine et des sociétés, que les droits LGBT nous mèneront au totalitarisme, et que les enfants des familles homoparentales sont tous comparables aux enfants maltraités ou aux filles mariées de force par leur père.

Mai 68

Mai 68 : l’Odéon est occupé par des manifestants

Clairement associé depuis longtemps à la « révolution conservatrice », selon l’expression de Didier Eribon, Marcel Gauchet s’est opposé à la « pensée 68 », et en particulier à tout ce qui, de près ou de loin, pouvait remettre en cause l’autorité établie des institutions toutes-puissantes du début des années 60 : la famille nucléaire hétérosexuelle, le mandarinat universitaire, l’hégémonisme phallocratique de la domination masculine, l’infaillibilité des dogmes religieux, l’autoritarisme du politique incontestable… Fustigeant tour à tour l’anti-racisme, le féminisme, la « génération 68 », etc., Gauchet et la plupart de ses amis invités à contribuer à sa revue ont développé et défendu les thèses qui font aujourd’hui le bonheur d’Eric Zemmour, inspirent parfois Alain Soral, font le lit du Front National, sont étalées régulièrement dans Causeur et Minute ou diffusées sur Radio Courtoisie. Ils ont donné à ces opinions le sceau d’une certaine légitimité médiatique et universitaire, en voulant faire passer pour des adversaires acharnés du bien de l’humanité les « rebelles » qui ont combattu, eux, sous quelque forme que ce soit, pour leurs droits, pour le droit des autres et/ou pour l’amélioration de la société.

Face à cet état de faits, Edouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie concluent leur tribune en appelant l’historienne Michelle Perrot « à démissionner de son poste de présidente de cette 17ème édition » des Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Soutenus et rejoints dans leur décision par le sociologue et écrivain Didier Eribon, qui a lui aussi annulé sa participation, ils appellent également les autres intervenants de ces rencontres à ne pas se rendre aux débats auxquels ils sont invités.

4) Marcel Gauchet aux Rendez-vous de l’Histoire : l’arbre qui cache la forêt des « débats » biaisés.

Ceci étant posé, il faut cependant bien comprendre que la simple figure de Marcel Gauchet n’est pas, en réalité, l’objet principal de l’indignation des trois intellectuels qui ont annulé leur venue. Ce qui motive en arrière-plan leur riposte déterminée, c’est bien plutôt l’organisation de plus en plus fréquente de tels débats biaisés qui, « dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique » en arrivent subrepticement, par leur organisation même, à « légitimer les opinions les plus violemment conservatrices », sous couvert d’équilibre des opinions et du respect de l’esprit démocratique.

Pour bien saisir les enjeux du problème, qui dépassent très largement cet événement ponctuel mais significatif, il est sans doute nécessaire de prendre quelques exemples, malheureusement bien connus de la plupart d’entre nous. Pour le bien de la démonstration, et pour aborder les choses le plus simplement possible, nous nous limiterons au strict domaine des médias audio-visuels pour illustrer le problème mis au jour par cette affaire.

Le "débatteur" Eric Zemmour.

Le « débatteur » Eric Zemmour.

Les « débats » de France 2, RTL, I-Télé et Paris Première ont légitimé les paroles violentes et haineuses de « débatteurs » patentés comme Robert Ménard et Eric Zemmour, qui étaient les « chroniqueurs » et invités réguliers d’émissions où ils pouvaient à loisir cracher sur tous les mouvements sociétaux d’émancipation (auxquels ils appellent d’ailleurs toujours régulièrement leurs partisans à s’opposer de toutes leurs forces). Dans l’ensemble des médias, on a pu entendre discourir de manière très régulière, et trop souvent sans l’ombre de la moindre contradiction, des « invitées » comme Christine Boutin ou Frigide Barjot – cette dernière ayant fait jouer tous ses contacts médiatiques et politiques pour apparaître le plus souvent possible dans les médias, et même pour être reçue à l’Elysée, sans aucune légitimité d’aucune sorte.

N’a-t-on pas vu même Alain Soral, condamné dès 2007 pour diffamation raciale et incitation à la haine raciale, deviser et pérorer tranquillement sur les plateaux de France 3 jusqu’en 2011 ? Les exemples les plus édifiants pourraient être multipliés à l’envi. Cette réflexion n’est d’ailleurs pas limitée qu’à la France : la présentatrice allemande Sandra Maischberger a par exemple elle aussi été sous le feu des critiques cette année lorsque, pour « débattre » d’un sujet en lien avec les LGBT, elle a invité des « homophobes notoires » à s’exprimer, comme la journaliste conservatrice et anti-féministe Birgit Kelle ou le lobbyiste protestant Hartmut Steeb.

A partir de là, il n’est certes pas question de s’opposer au principe du débat en général, ni de renier le principe de la liberté d’expression. Mais il faut se demander si, dans l’espoir noble (mais vain) de représenter tous les points de vue, ou dans l’ambition plus prosaïque de faire parler de soi grâce à quelques propos scandaleux, il est bon de faire prospérer, au nom du débat, les pensées les plus extrémistes, réactionnaires et délétères.

5) Le débat éthique et « les hérétiques ».

Marcel Gauchet a beau jeu de verser dans l’insulte, en affirmant que la polémique dont il est l’objet n’est due qu’à son rejet (réel, au demeurant) des travaux de Bourdieu et Foucault. Il affirme ainsi au Nouvel Observateur :

« Pour les plus fébriles des séides [de Bourdieu et Foucault], j’ai commis le péché ultime en portant une main sacrilège sur des idoles. Ils ne veulent pas débattre. Ils excommunient, ils chassent les hérétiques. »

Gare à Torquemada !

Gare à Torquemada !

Mais la question n’est pas de « vouloir débattre » : la question est de savoir quelle sont l’ambition et la légitimité du débat posé. Quelle signification et quel crédit peut-on apporter à une série de débats sur « Les rebelles », lorsque la conférence inaugurale de l’événement est attribuée à un homme qui a justement toujours prôné une opposition résolue à toute forme de « rébellion » favorisant un tant soit peu l’émancipation et l’égalité des individus dans les domaines sociaux et sociétaux ?

D’ailleurs, que « l’hérétique » se rassure : il est d’ores et déjà soutenu par un allié de poids – le bon Michel Chassier, secrétaire départemental du Front National du Loir-et-Cher. Ce dernier vient en effet de lui adresser sur son blog ses encouragements contre « cette exclusion inquisitoriale ». Il prône la « tolérance » pour cet homme qui « réfléchit sur la démocratie et l’école » et « polit ses arguments », tandis qu’Edouard Louis, présenté par le FN comme « syndicaliste gauchiste » et « militant homosexuel », ne saurait que « surfer sur des thèmes plus accrocheurs comme l’homosexualité ». Le FN volant au secours de Marcel Gauchet : voilà bien qui montre, une fois encore, que l’on a les amis qu’on mérite !

6) Mais qui sont les rebelles ?

Plus sérieusement, on comprend sans doute mieux pourquoi c’est Edouard Louis qui, le premier, a été sensible à cette aberration intellectuelle et morale. Il revendique justement, lui, de s’être rebellé à la fois contre la classe sociale à laquelle le système l’avait assigné, et contre les injures et actes homophobes qu’il a endurés. C’est précisément autour du thème de « l’insoumission en héritage » qu’il a réuni plusieurs personnalités contemporaines, afin d’étudier les apports de la pensée de Pierre Bourdieu pour le monde d’aujourd’hui. C’est également le titre « Duras, l’insurrection » qu’il a choisi pour sa conférence-lecture au festival d’Avignon. Quel que soit le jugement que l’on porte par ailleurs sur le roman qui l’a fait connaître au (très) grand public, on ne peut douter du fait que « la rébellion » soit un thème qui lui tient à coeur et dont il parle avec intérêt.

Des rebelles des années 2000-2010

Des rebelles des années 2000-2010

Finalement, la meilleure contribution à cette série de « débats » sur la rébellion pourrait bien être l’acte de ces trois intellectuels, qui se sont justement « rebellés » à la fois contre un homme qui s’est toujours lui-même opposé aux rébellions, émancipatrices, mais aussi et surtout contre un système qui tend à promouvoir les pensées les plus extrêmes sous couvert de « débats » qui lui permettent de se donner bonne figure.

Lorsque, dans quinze ans, des sociologues et historiens se pencheront sur le thème de la rébellion dans les années 2010, ils parleront forcément de la rébellion pacifique qui a permis aux minorités d’accéder peu à peu à l’égalité des droits (malheureusement encore fort incomplète) ; ils parleront sans doute des tentatives de rébellion haineuses, lancées par des groupuscules réactionnaires pour s’opposer à cette égalité, mais heureusement avortées malgré leur violence ; ils parleront peut-être de l’acte de rébellion qui a été initié par Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et Didier Eribon, s’il permet de donner lieu à une réflexion plus large sur les conditions du « débat » et de la vie intellectuelle, culturelle et médiatique ; mais il y a bien peu de chances pour qu’ils fassent référence, en termes élogieux, au choix de Marcel Gauchet comme responsable de la conférence inaugurale des Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

Se passionner pour l’histoire, n’est-ce pas également s’intéresser au temps présent, et se pré-occuper de l’avenir ? Les organisateurs de cette édition des Rendez-vous de l’Histoire de Blois n’en semblent malheureusement pas du tout convaincus.

Famille | France | Homophobie | Mariage | Medias | People | Politique | UMP | 22.03.2013 - 02 h 49 | 36 COMMENTAIRES
Lille métropole, 21 mars 2013 : dernier meeting de Frigide Barjot en province avant sa manifestation avenue de la Grande Armée.

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manif pour tous lilleLe dernier meeting en province de Frigide Barjot et ses acolytes avant la manifestation du 24 mars 2013 a eu lieu ce jeudi 21 mars à Marcq-en-Baroeul. Cette commune, plutôt aisée et votant traditionnellement à droite, compte environ 40 000 habitants. Elle est située près de Lille, et elle est membre de la communauté urbaine « Lille Métropole« . De 20h à 23h30, les responsables de la Manif pour tous, ainsi que quelques invités, ont pu déployer leur argumentaire devant plus de mille personnes.

Voici les 10 moments marquants de cette longue soirée, composée principalement de longs discours haineux entrecoupés par de courts happenings braillards et colorés :

1) Ados, n’appelez pas la Ligne Azur… qui a été faite pour vous !

La première intervenante est une jeune femme prénommée Valérie, et présentée par Frigide Barjot comme « la responsable de la Manif pour Tous dans le Nord ». Elle est aussitôt suivie par Anne-Claude Girard, du collectif « Les adoptés ». Leurs discours servent simplement à rappeler les arguments classiques ressassés par les opposants au mariage pour tous. Mais au cours de leur prise de parole est également développée une courte mais étonnante diatribe contre la ligne Azur, destinée à aider les adolescents qui se poseraient des questions en lien avec leur orientation sexuelle. Les répondants qui gèrent cette ligne, soutenue par le ministère de l’Education depuis quatre ans, seraient coupables de faire croire aux adolescents qu’ils sont homosexuels dès qu’ils les appellent, et de « ne parler que d’homosexualité » sur leur site. Il est donc déconseillé aux adolescents de contacter cette ligne, et la salle est amenée à huer la photo de Vincent Peillon, qui est projetée sur grand écran.

On apprend également que les adolescents, et plus tard les adultes, peuvent choisir… leur orientation sexuelle ! Par ailleurs, les couples hétéros sont appelés à prendre garde : certains politiques voudraient établir des « quotas » minimum d’enfants à faire adopter par des couples de même sexe ! Anne-Claude Girard finit son discours, destiné à marteler que les enfants à adopter doivent être confiés forcément à un couple hétérosexuel, en s’exclamant, au nom des enfants adoptés : « Nous ne sommes pas de la viande ! »

2) Où l’ami Bobby regrette vivement que la Californie ne soigne plus ses homos.

Robert Oscar Lopez, dit Bobby, est un Américain « élevé par deux femmes » et il se dit « bisexuel ». Ni lui ni Frigide Barjot ne cachent vraiment qu’il vient aider Frigide Barjot à lutter contre la loi Taubira en France, car Frigide Barjot ira l’aider à son tour le 26 mars à Washington pour lutter contre l’égalité des droits aux USA. Je ressens un malaise assez important lorsque « Bobby », au milieu des arguments classiques des opposants à l’égalité des droits qui sont à nouveau répétés, défend en quelques phrases les « ex-gay-therapies » (c’est le terme qu’il emploie). Il désigne par cette expression les pratiques pseudo-scientifiques, dangereuses et traumatisantes où l’on se donne pour but de « guérir » des individus homosexuels en essayant de les rendre hétérosexuels. Il regrette vivement que la Californie ait, selon lui, interdit ces thérapies, et que les médecins soient donc obligés de dire à des adolescents qui se confient à eux que l’homosexualité est normale. Sur l’estrade, personne ne proteste ; au contraire, il est applaudi vivement, et la salle se met à son tour à l’applaudir.

Enfin, Frigide Barjot lui fait lire un poème en français sur un enfant n’ayant pas connu l’un de ses parents. Il s’oblige à l’ânonner mais il y arrive très mal et on comprend à peine le poème, puis Frigide Barjot fait semblant de pleurer d’émotion en regagnant sa place, une fois le poème fini. Plus tard, le même Bobby, attaché à la véracité des faits tout autant qu’à la lecture correcte d’un texte ou à la santé mentale des jeunes LGBT, nous apprendra qu’en Californie, on peut faire un bébé par GPA pour 8000 dollars grâce à un prêt à la consommation. Ce Californien bisexuel semble donc bien mal renseigné… aussi bien sur les LGBT que sur la Californie !

3) Un Front de Gauche bien à droite.

L’homme politique Michel Lefebvre, présenté au public comme un « élu PS » alors qu’il est en réalité maire et conseiller général du Front de Gauche, tient un discours tout à fait opposé aux valeurs de son parti. Frigide Barjot l’embrasse et le remercie de montrer que l’opposition au mariage pour tous est de gauche comme de droite – elle rappelle à cette occasion que son amie de jeunesse Laurence Tcheng a fondé le collectif « La gauche pour le mariage républicain ».

4) Le djender, l’ennemi n°1.

Le clou du spectacle est assuré par un dénommé Patrice André, que Frigide Barjot présente comme juriste. Selon lui, la revendication du mariage pour tous est « comparable à l’instauration du marxisme-léninisme » au début du siècle. Il se lance dans un délire aussi halluciné qu’hallucinant sur « la théorie du djender« , en faisant huer Judith Butler et en affirmant que « ces gens-là », qui ont créé ces théories, « distinguent cinq sexes : homos, hétéros, bis, trans – et, ajoute-t-il, j’ai oublié le cinquième ». Il mélange absolument tout (sexe, genre, orientation sexuelle…), et se réfère constamment à « ces textes » et « ces gens-là », sans jamais être plus précis sur ses sources.

Il fait grassement rire sur les transsexuels, en affirmant qu’aujourd’hui un homme peut faire officiellement admettre qu’il est une femme même si, dans les faits, il est physiquement un homme. Il ajoute que, selon la théorie du genre, il y a des hommes lesbiens, des femmes gays et des couples hétérosexuels qui sont en fait homosexuels… Le public ne comprend rien à son discours ; selon toute apparence il n’y comprend rien non plus lui-même ; et il en arrive donc à la conclusion suivante : « Si le mariage homo passe, l’Etat refusera bientôt d’aider les femmes qui veulent accoucher de leur enfant« , en leur disant qu’elles auraient dû utiliser les cliniques de PMA et de GPA que l’Etat aura mis en place en y investissant beaucoup d’argent ! Il ajoute : « Une femme qui accouche, c’est magnifique ! La relation entre un homme et une femme, c’est quelque chose de magnifique ! Et nous ne voulons pas qu’on nous l’enlève« .

5) Xavier Bongibault, ce philosophe méconnu.

Il était difficile d’être plus ridicule que Patrice André, tant ses propos caricaturaux étaient absurdes. Heureusement, l’intervenant suivant était l’insurpassable Xavier Bongibault, qui a relevé le défi avec brio. S’avérant très mauvais orateur, il s’est également senti obligé de prendre une voix très grave, sans doute pour faire plus viril. Ses envolées lyriques et philosophiques donnent lieu à de mémorables citations : « le principe d’égalité n’existe qu’entre personnes, et non entre des groupes de personnes » ; « Quelle logique plus homophobe que la PMA ? » ; « les homophobes, ce n’est pas nous, c’est eux » ; « les prostituées louent leur vagin », « nous nous sommes levés aux côtés derrière Frigide » (la phrase a été répétée deux fois : il doit donc réellement penser qu’elle a un sens), « Si vous devrez être nombreux à Paris… « , « des syndicalistes ont été amnistiés mais ils ont cassé la vitrine d’un pauvre bijoutier », « mes neuf zagressions et mon entartrage »…

Comme il l’avait déjà fait en d’autres occasions, Xavier Bongibault a en outre instrumentalisé le fort taux de suicide des jeunes homosexuels en affirmant que ces suicides sont dus aux partisans du mariage pour tous, qui sont selon lui « homophobes ». En effet, d’après lui, les partisans de l’égalité des droits calomnient les parents de ces enfants en les traitant d’homophobes s’ils s’opposent au mariage pour tous, et cela pousse les jeunes LGBT au suicide… Il va sans dire que ce raisonnement totalement absurde a été très fortement applaudi par la salle.

6) Les pédales, les jeunes et la nourriture.

La conclusion de Frigide Barjot est à la hauteur de sa personnalité et de sa pensée : Xavier Bongibault étant homosexuel, elle lui a dit devant toute la salle, qui a applaudi : « Merci Xavier, grâce à toi, nous ne perdons pas les pédales« . Son discours de fin, à rallonge, est émaillé de petites phrases savoureuses qui ne déparent pas avec la précédente : « Demain, être père se décidera au tribunal » ; « Persuadez vos enfants de venir manifester ; il nous faut des jeunes » ; « On n’a plus rien à manger, mais que voulez-vous ? Quand on s’engage, c’est à fond ».

7) Contre le droit de vote des étrangers aux élections locales

La Manif pour tous ne s’oppose pas qu’à l’égalité des droits pour les couples de même sexe : elle refuse aussi l’égalité envers les citoyens étrangers. Xavier Bongibault a ainsi dénoncé la façon de penser de partisans du mariage pour tous : « Aujourd’hui, être homophobe, c’est s’opposer au projet de loi Taubira ; comme demain, être raciste, ce sera s’opposer au droit de vote des étrangers« . On s’étonne, lorsque de tels propos sont tenus, que des communautés expressément visées par ces propos acceptent d’apporter leur concours à ce collectif, qui refuse par principe que des droits soient accordés à des minorités, quelles qu’elles soient.

8) Bons et mauvais points : louanges, huées et procès.

Les huées et critiques ont été nombreuses au cours de la soirée. Le public et la tribune se sont déchaînés contre Hollande, Taubira et Bertinotti, mais aussi contre Peillonles sénateurs UMP qui ont voté la loi en commission, la sénatrice Fabienne Keller, et beaucoup d’autres, comme Patrick de Carolis, qui n’est pas un bon catholique selon Frigide Barjot car il a lancé… Plus Belle la Vie, apparemment beaucoup trop gay friendly ! Parmi les cibles favorites, on trouve aussi l’avocate « Caroline Méry » (sic), Didier Eribon, et Pierre Bergé, « le grand argentier ».

A l’inverse, quelques personnalités ont été louées, comme par exemple Frédéric Taddéi, « un ami libre » de Frigide Barjot, à qui il a offert de l’espace pour s’exprimer. Des applaudissements très nourris ont également salué Jean-Christophe Fromentin, présent sur l’estrade, ainsi que l’ensemble de l’Entente parlementaire.

Impossible cependant d’oublier ici Jean-Pierre Michel : « mon ami Jean-Pierre Michel », comme l’appelle, cette fois ironiquement, Frigide Barjot, qui n’a pas apprécié la lettre du sénateur. Elle annonce que Jean-Pierre Michel sera « déferré devant les tribunaux début avril 2013, lors des discussions au Sénat sur le texte de loi ». Elle compte en effet l’attaquer en justice pour « diffamation publique« .

9) « Tous sur les Champs Elysées »

Même s’il a été rappelé à l’oral que les Champs-Elysées sont interdits à la manifestation contre le mariage pour tous, la plupart des autocollants distribués et affiches placardées appellent à se rassembler sur les Champs-Elysées le 24 mars…

10) Poing à la ligne.

Peu avant la fin du meeting, Xavier Bongibault monte sur scène et chuchote à l’oreille de Frigide Barjot durant quelques minutes. Frigide Barjot prend une mine terrifiée, et ils se tournent alors vers nous. Xavier Bongibault déclare :  » Nous venons d’apprendre que l‘un de nos acteurs a été tabassé à coups de poing américain et il est hospitalisé à l’hôpital Saint-Joseph à Paris ». Frigide Barjot fait semblant de verser une larme et manifeste une vive et soudaine émotion, avant de penser à autre chose au bout d’une minute.

 

La conclusion de tout cela ? J’ai l’impression personnelle d’avoir assisté à une réunion aux démarches et aux inspirations fascistoïdes : répétition de mensonges plus gros les uns que les autres, mise en accusation d’une minorité, agitation des peurs et des angoisses… A l’entrée, les personnes chargées de l’accueil distribuaient d’ailleurs… des drapeaux bleu-blanc-rouge, comme s’il était naturel que les bons Français s’opposent forcément au mariage pour tous. « Le peuple de France » a été maintes fois évoqué par les intervenants : en réalité, ils devront bien comprendre que les LGBT font eux aussi partie du « peuple de France », et que ce peuple est désormais prêt à accepter l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe.

Famille | France | Homophobie | Internet | Mariage | Medias | 17.03.2013 - 10 h 46 | 9 COMMENTAIRES
Le site de la radio France Culture diffuse de la publicité… pour la manifestation anti-mariage pour tous !

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France Culture a choisi de consacrer ce mois-ci plusieurs de ses émissions au Printemps des Poètes. En ce dimanche 17 mars, je me rends donc sur le site de la radio, que j’écoute souvent, pour consulter la liste des émissions de ce mois-ci qui abordent ce sujet.

En parcourant la liste des yeux, je ne peux échapper à l’inévitable bandeau publicitaire qui s’affiche dans la partie droite de mon écran, juste en-dessous du lien qui permet d’accéder à l’écoute d’une émission de la station. Sauf que le bandeau publicitaire qui apparaît n’est pas du tout anodin : il s’agit d’une publicité… pour la manifestation anti-mariage pour tous !

culture manif

(Site de France Culture : copie d’écran du 17 mars 2013)

Quand on clique sur le lien diffusé par le site, on tombe en effet directement sur une page intitulée « Soutenir la manif pour tous », et qui permet de faire un don en ligne à ce collectif :

culture manif 2

Cette publicité est révoltante pour tous les citoyens (66% des Français) qui soutiennent l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. S’agit-il d’un choix délibéré de France Culture, qui fait alors volontairement de la publicité pour ce mouvement osant comparer explicitement le gouvernement Hollande aux pires dictatures des 50 dernières années ? S’il s’agit à l’inverse d’un acte involontaire, France Culture n’a-t-elle pas les moyens de filtrer correctement les publicités qu’elle impose aux internautes venus parcourir son site ?

En tous les cas, il est honteux qu’une station de radio publique, qui fait partie de Radio France, diffuse sur son site des publicités pour un mouvement qui s’oppose, avec une virulence absolument disproportionnée, aux réformes sociétales engagées par l’Etat pour établir l’égalité entre les couples de même sexe et les couples hétérosexuels ! Il n’est pas concevable que France Culture, qui veut être une radio de qualité, fasse de la réclame pour un mouvement qui appelle à des actes illégaux, et en particulier à occuper des lieux de Paris pour forcer le gouvernement démocratiquement élu à retirer une loi déjà votée en première lecture à l’Assemblée nationale.

En tant qu’auditeur de la radio, je suis surpris par cette publicité, qui ne correspond pas à l’image jusque là plutôt positive que j’avais de la station. En tant que LGBT, je suis blessé par le choix de France Culture de faire de la publicité pour ce mouvement qui appelle à la violence et au rejet des couples de même sexe. En tant que citoyen, je suis choqué par le soutien d’une radio publique à un mouvement qui appelle au refus des règles démocratiques et à la lutte contre l’égalité des droits.

Pour toutes ces raisons, je demande donc à France Culture de supprimer cette publicité, et de présenter ses excuses pour cette incroyable maladresse.

Famille | France | Homophobie | Livres | Mariage | Medias | People | Politique | UMP | 12.03.2013 - 10 h 23 | 29 COMMENTAIRES
Malgré le retrait officiel de son livre, Frigide Barjot continue à le vendre selon le Parisien

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Photo prise à Compiègne (60) par le Parisien.

Selon Le Parisien, Frigide Barjot continue à vendre son livre « Touche pas à mon sexe » (éd. Mordicus). Suite à une faute juridique d’importance, sa maison d’édition avait pourtant pris l’engagement solennel de retirer cet ouvrage des ventes. Si cette affirmation est vraie, cela signifie donc que l’engagement pris depuis la fin du mois de janvier par Frigide Barjot et sa maison d’édition n’a pas été respecté.

Lundi 11 mars, les principaux responsables de la manif contre le mariage pour tous, parmi lesquels Frigide Barjot, Xavier Bongibault, Laurence Tcheng et Philippe Brillault étaient réunis à Compiègne. Ils y animaient une réunion publique destinée à mobiliser la population contre le mariage pour tous. Entre 600 et 1000 personnes étaient présentes, accueillies par le sénateur-maire de la ville Philippe Marini.

A cette occasion, l’édition de l’Oise du Parisien, dont des journalistes étaient présents sur les lieux, a envoyé un tweet assez étonnant, en direct de la réunion, photo à l’appui :

#Manifpourtous à Compiègne. Les livres de Frigide Barjot se vendent comme des petits painspic.twitter.com/VBV1c2QN9Q

En effet, des dizaines d’exemplaires du livre étaient disponibles ce soir-là pour les militants qui désiraient s’en procurer. Or, cela est totalement contraire aux engagements des éditions Mordicus, qui avaient déclaré, 15 jours après la parution du livre, qu’elles retiraient cet ouvrage des ventes. Cette décision était obligatoire, puisque le titre choisi pour l’ouvrage de F. Barjot avait déjà été déposé bien auparavant par d’autres éditions : en l’occurrence, il avait été choisi pour le livre rédigé par le chirurgien Gérard Zwang, consacré au sexe féminin et paru en 2012.

Pour éviter des poursuites, l’éditeur et Frigide Barjot avaient donc accepté de cesser toute vente directe de la part de l’éditeur, de le retirer des circuits de diffusion classiques (librairies, vente en ligne), mais aussi d’en arrêter toute commercialisation par quelque biais que ce soit. On ne peut donc que s’étonner de la phrase « Les livres de Frigide Barjot se vendent comme des petits pains », alors que le livre en question est officiellement retiré des ventes, et ne devrait plus être mis à disposition !

I semblerait donc, à en croire le Parisien, que Frigide Barjot et son éditeur pensent pouvoir contourner l’engagement au retrait du livre, en profitant de ces réunions publiques pour vendre le livre malgré tout. Si les informations du Parisien sont vraies, aucun des quatre responsables présents ce soir-là ne pouvait ignorer ce procédé, et il est très étonnant qu’un homme politique comme le sénateur-maire Philippe Marini cautionne de telles ventes sauvages, non seulement en sa présence, mais qui plus est dans un lieu public dont il a, en tant que maire, la responsabilité pleine et entière.

Discriminations | France | Homoparentalité | Homophobie | Internet | Mariage | Medias | 30.11.2012 - 00 h 12 | 23 COMMENTAIRES
Lutte anti-droits LGBT : la journaliste Emmanuelle Duverger assimile les LGBT… aux forces nationales-socialistes d’Adolf Hitler !

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Emmanuelle Duverger se présente comme essayiste et journaliste. Dans les milieux médiatiques et politiques, elle est surtout connue pour être l’épouse de Robert Ménard, avec qui elle a rédigé l’essai polémique « Vive le Pen ! » (éditions Mordicus). Or, elle vient de s’illustrer par une initiative d’un goût plutôt douteux. Sur le site Boulevard Voltaire, où son mari Ménard s’exprime souvent, elle a réagi à la dispute qui a opposé l’animateur Benoît Duquesne au sénateur-maire du 19eme arrondissement de Paris Roger Madec. Et l’illustration qu’elle a choisie pour son article laisse plutôt pantois…

Rappelons que Benoît Duquesne a interviewé Frigide Barjot, opposante médiatique aux droits LGBT, dans les locaux de la mairie du 19eme, alors que Roger Madec ne lui avait pas donné l’autorisation d’utiliser les locaux de sa mairie pour accueillir cette personne précise. Le maire a donc décidé d’empêcher l’interview en coupant l’électricité, et donc la lumière, à l’équipe de tournage de Benoît Duquesne. Cela donne l’occasion à Emmanuelle Duverger de s’emporter, dans un article publié le soir même, contre la « Censure à la mode socialiste« .

Le texte de l’article est plutôt banal : l’essayiste se contente simplement d’égratigner Roger Madec, qualifié d' »apparatchik socialiste », de défendre Frigide Barjot qu’elle cite abondamment, et de s’en prendre à François Hollande, ironiquement désigné comme « grand démocrate ». Mais c’est l’illustration choisie qui attirera l’attention des internautes : vous pouvez la découvrir ci-dessus, en couleurs et en noir et blanc. Est-il bien raisonnable, Mme Duverger, d’apposer un badge aux couleurs du drapeau arc-en-ciel sur une photo d’Adolf Hitler (ici incarné par Chaplin) ?

On voit bien ce dont sont capables les partisans de Frigide Barjot : assimiler les LGBT à la folie meurtrière nationale-socialiste d’Adolf Hitler. Il faut n’avoir aucun respect pour les LGBT, ni aucune considération pour les victimes de la seconde guerre mondiale ou de la barbarie nazie, pour oser la réalisation de tels outrages et injures. Indiquons en outre, au cas où l’illustration ne serait pas assez parlante par elle-même, que l’image est intitulée « boulevard-voltaire-roger-madec-fascisme-gay« …

Lorsque l’on voit jusqu’à quels excès certaines essayistes sont prêtes pour défendre leurs égéries anti-LGBT, la conclusion à tirer de ce montage s’impose d’elle-même : Merci, Monsieur Madec, d’avoir coupé le sifflet à Frigide Barjot ! Et si jamais Emmanuelle Duverger se présente un jour à la mairie du 19eme en compagnie de Frigide Barjot et Benoît Duquesne, n’hésitez pas à aller encore un peu plus loin qu’aujourd’hui : coupez l’électricité comme ce jeudi matin, mais fermez aussi les volets, bâchez les fenêtres, et condamnez les portes, pour qu’ils ne sortent plus de leur pièce avant quelques mois…

Edit du 30.11.2012 (date de l’article) : pour être très précis, l’illustration représente bien Hitler joué par Charlie Chaplin dans Le dictateur (1940). Il s’agit d’un passage célèbre, où Hynkel (le nom du personnage représentant Hitler) prononce un discours expansionniste et antisémite :

France | Histoire | Homophobie | Medias | 27.08.2012 - 22 h 59 | 9 COMMENTAIRES
L’importance de Jean-Luc Delarue pour la visibilité des LGBT dans le grand public.

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Jean-Luc Delarue est mort ce jeudi 23 août 2012. Toute la presse a parlé de son décès, des louanges (plus ou moins sincères) ont été exprimées dans tous les médias, et France 2 lui rend hommage ce mardi 28 août en 2ème partie de soirée. Quelques mots cependant, pour rappeler que Jean-Luc Delarue n’est pas si étranger qu’on pourrait le croire à l’histoire des LGBT en France.

Dans son émission-phare Ca se discute, Jean-Luc Delarue a été l’un des premiers à aborder sans tabou, en direct, sur la base de témoignages et durant près de 2h, le thème de l’homosexualité. Par sa popularité dans les années 1990 et 2000, il a fait connaître quelques vérités sur l’homosexualité auprès du grand public, et il a permis de parler de ce thème de manière dédramatisée.

Les deux extraits de Ca se discute les plus touchants selon moi, et les plus anciens, sont les témoignages de Fanny et Romain :

Les deux jeunes gens font preuve d’un vrai courage sur le plateau, et de beaucoup d’intelligence. Le reportage mené sur Romain et sa famille est très émouvant. Quant à Fanny, elle ose lever l’anonymat qu’elle s’était imposé, et finit son témoignage à visage découvert.

Une autre émission de Ca se discute a été consacrée aux homosexuel(le)s. Cette fois, il s’agissait d’invités qui avaient eu des relations hétérosexuelles avant de vivre leur homosexualité. En voici un extrait :

Enfin, rappelons que Jean-Luc Delarue était également le producteur de C’est mon choix, dont un numéro était consacré à une mère qui n’acceptait pas l’homosexualité de son fils. De nombreux invités s’y sont exprimés, dont le très émouvant Giovanni, un jeune qui avait fait récemment son coming out à ses parents (et qui, comme je l’ai découvert par hasard, défend encore aujourd’hui les LGBT dans les médias grand public) :

Sans en faire un thème récurrent, Jean-Luc Delarue et ses équipes ont fait de l’homosexualité un thème présent au coeur des foyers français – en particulier ceux qui ne savaient rien sur la question, et pensaient qu’il s’agissait d’une mode, d’une déviance ou d’une fantaisie destinée à quelques riches. Les millions de Français qui regardaient Ca se discute et C’est mon choix appréciaient le côté à la fois sérieux et divertissant des émissions, et ils y voyaient surtout des gens comme eux, confrontés aux mêmes problèmes et au même quotidien. Y voir des homosexuel(le)s, c’était se dire : « Mais alors, ce sont des gens normaux, les homosexuel(le)s ? »

La question de l’homosexualité sera reprise dans la dernière série d’émissions de Delarue, Toute une histoire, déclinée cette fois en plusieurs thèmes, comme les personnalités homosexuel(le)s (Jean-Luc Roméro, le fils d’Hugues Aufray, etc.), ou le coming out auprès de ses proches, qui, même en 2008, n’était toujours pas chose facile.

Eric Verdier

Racoleur, voyeuriste ? Ce sont les qualificatifs qui ont parfois été attribués à Jean-Luc Delarue. Ils lui correspondaient sans doute en partie. Mais est-ce être voyeur que de vivre grâce aux caméras un coming out qui se passe bien dans une famille rurale de l’Allier ? Est-ce être racoleur que de laisser une mère exprimer son rejet de l’homosexualité de son fils, puis de la confronter à des enfants et à des parents qui ont vécu le même chemin qu’elle, et qui lui apportent les meilleurs contre-arguments possibles ? On oublie trop facilement que C’est mon Choix a été l’une des premières émissions à forte audience qui ait permis à Eric Verdier (le psychologue qui a analysé les tentatives de suicides des jeunes LGBT) de s’exprimer auprès d’un très large public français.

Dans les émissions présentées et/ou produites par Jean-Luc Delarue, ces témoignages d’invités ont été précieux pour bon nombre d’homosexuel(le)s qui se sentaient isolé(e)s, et pour beaucoup de familles qui n’acceptaient pas l’homosexualité d’un de leurs membres. S’ils n’ont pas provoqué de miracles, ils les ont aidés à réfléchir, et ils ont fait d’un « douloureux problème » un sujet sociétal qui pouvait concerner le téléspectateur moyen, et intéresser Monsieur et Madame Tout-le-monde devant leur petit écran.

Famille | Homophobie | International | Internet | Medias | Politique | 23.08.2012 - 22 h 09 | 5 COMMENTAIRES
Allemagne : les propos anti-droits LGBT d’un journaliste et d’une secrétaire d’Etat font scandale dans la population

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En Allemagne, le journal le plus lu dans tout le pays s’appelle Die Bild Zeitung. C’est un quotidien populaire, détenu par le groupe Springer, l’un des plus importants groupes de presse allemands, qui publie des dizaines de périodiques en Allemagne, France, Espagne, Suisse et Russie. C’est justement dans Bild que viennent de paraître, en trois jours, des propos virulents de la secrétaire d’Etat Katherina Reiche puis un article anti-droits LGBT du journaliste Franz-Josef Wagner.

Le 21 août, c’est la secrétaire d’Etat Katherina Reiche (CDU, parti de droite au pouvoir) qui a déclenché la colère des internautes allemands. Elle a déclaré dans Bild : »Notre avenir dépend des familles, et non des unions homosexuelles. Avec la crise de l’euro, le développement démographique est la plus grande menace qui pèse sur notre prospérité ».

Katherina Reiche

Les réactions ont été si nombreuses que la politicienne a dû fermer sa page Facebook ! Une page de contestation créée aussitôt, et intitulée « Pas d’avenir avec Katherine Reiche », compte déjà 7300 partisans. Le député Jens Spahn, du même parti que Katherine Reiche, a déclaré sur Twitter : « Je ne laisserai pas diffamer ma famille et moi comme « menace de notre prospérité ». Cette fois, ma collègue dépasse les bornes. »

Le 23 août, c’est-à-dire deux jours plus tard, le Bild fait paraître une chronique intitulée « Cher Mariage homo », rédigée par le chroniqueur Franz-Josef Wagner. En voici la traduction :

Cher Mariage homo,

Le projet de loi du ministère de la Justice prévoit de vous faire l’égal du foyer « Papa-Maman-Bébé ». Mariage homo contre mariage homme/femme.

Moi, ça me rend mal à l’aise. Biologiquement, les homosexuels ne peuvent pas avoir d’enfants.

Quelle époque glorieuse pour vous. Personne ne vous fiche en prison, vous aimez votre compagnon, vous avez le droit de l’aimer. Vous êtes des compagnons allemands. Inscrits au registre de l’état civil.

Nous sommes devenus une Allemagne meilleure.

Cordialement,

Franz-Josef Wagner.

FJ Wagner

Internet se déchaîne depuis la publication de ces dix phrases : la page Facebook qui lui est consacré a reçu en quelques heures plus de 250 commentaires majoritairement négatifs, des sites LGBT ont déjà rétorqué à leur tour sous la forme de lettres ouvertes, et le journal Bild a préféré bloquer toute possibilité de commenter cet article sur son site.

Ce qui choque les lecteurs, c’est que Franz-Josef Wagner ne fait pas que s’opposer mariage pour tous, au simple prétexte que « les homosexuels ne peuvent pas avoir d’enfants » (ce qui est faux, puisqu’ils ne sont pas stériles). Non, pire encore : il fait allusion au fameux paragraphe 175, créé sous Bismarck en 1871, aggravé par les nazis en 1935, réformé en 1969 et supprimé seulement en 1994, qui sanctionnait l’homosexualité – et la rendait passible de 5 ans de prison jusqu’en 1969. La communauté LGBT comprend clairement le message de FJ Wagner de la manière suivante : « Vous avez déjà bien de la chance qu’on ne vous mette plus en prison, alors n’allez pas maintenant vous mettre à réclamer le mariage, puisqu’en plus vous êtes infertiles ». Et il est vrai qu’il est difficile de comprendre le message autrement…

Carolin Emcke

Mais il reste un peu d’espoir ! En effet, on trouvera dans les colonnes du Zeit l’un des meilleurs articles jamais rédigés en langue allemande pour défendre le mariage pour tous. Il est l’oeuvre de la journaliste Carolin Emcke. En voici un extrait :

J’en ai assez

Nous avons le droit de soigner des malades, de risquer notre vie dans l’armée et de représenter l’Allemagne aux Jeux Olympiques. Mais nous n’avons pas le droit de nous marier et d’élever des enfants. Pourquoi ?

J’en ai assez de devoir justifier pourquoi moi, et tous ceux qui aiment et désirent comme moi, nous voulons obtenir l’égalité des droits. Pourquoi devons-nous justifier que les LGBT ont droit au même respect que les hétéros, que nos couples et nos familles ont besoin de la même protection de l’Etat, et que nous avons des enfants comme les autre parents ? Pourquoi ? […]

Devons-nous vraiment encore justifier que nous ne faisons pas le malheur d’un enfant ? Devons-nous vraiment justifier que nous sommes aussi impatients et heureux, hésitants et fiers, que tous les autres parents, et que ces enfants reçoivent tout notre amour et notre soutien ?

La vérité, c’est que nous aussi nous formons des familles. Nous vivons depuis longtemps avec et dans des familles. Je suis entourée d’enfants de mes amis LGBT, qu’ils soient adoptés ou non, et mes amis s’occupent d’eux comme tous les autres parents. Quand je pense aux enfants de mes amis, ce qui me vient alors à l’esprit, c’est qu’ils ont sali les chemises élégantes de leurs pères,  je pense à la Bar-Mitwa et aux larmes de leurs mères, je pense au vieux piano, sur lequel la génération précédente jouait déjà faux, ou aux pères, qui ont fabriqué les plus beaux costumes pour le carnaval de l’école, je pense au livre de contes avec le prince, qui doit libérer la princesse,  et nos rires à tous, lorsque nous avons dû lire et relire à voix haute l’histoire de cet amour classique. Je pense à tout ce qui peut faire ce bonheur magique et difficile dans la vie avec des enfants, et je ne demande pas d’où ils viennent, comment ils ont été conçus, ni si leurs parents sont deux hommes ou deux femmes.

Ce serait bien qu’un jour, ces questions-là semblent inutiles, parce que nous ne sommes peut-être pas identiques aux couples hétérosexuels, mais nous valons autant qu’eux.

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