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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
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Homoparentalité | Homophobie | International | Livres | 08.07.2011 - 22 h 24 | 2 COMMENTAIRES
A.M. Homes, Jack : « Les osselets, ça fait vraiment pédé. » (p.181)

Grâce à Yagg, j’ai pu lire le livre d’A.M. Holmes intitulé Jack, publié en 2011 chez Actes Sud Junior.

A.M. Holmes, vous la connaissez, même si son nom ne vous dit rien : elle est scénariste et productrice de The L Word, et elle a déjà écrit de nombreux romans, ainsi que ses mémoires (Le sens de la famille). En revanche, le roman Jack, qu’elle a écrit à l’âge de 19 ans et qui est paru aux USA en 1989, vous ne le connaissez pas, sauf si vous lisez régulièrement des romans en anglais : Jack vient seulement d’être publié en version française par Actes Sud Junior, dans une traduction inédite réalisée par Jade Argueyrolles (on ne rend jamais assez hommage aux traductrices et traducteurs qui ont réalisé un travail de l’ombre souvent génial mais toujours difficile).

J’ai donc hérité d’une mission ardue et délicate grâce à un jeu lancé par Yagg : lire Jack, et en faire une critique pour le site. J’avais découvert grâce à Yagg un joli livre de Muriel Douru, et je m’étais empressé de le faire découvrir à mon tour en rédigeant une critique. Pour Jack, ça a été beaucoup plus difficile, et il m’a fallu du temps pour laisser la lecture se décanter…

Que Miss Holmes me pardonne : je n’ai pas apprécié la lecture de ce livre. Et je suis pourtant généralement bon public, indulgent pour le travail de l’auteur et patient envers les livres que j’ai en main. Mais j’ai éprouvé deux sentiments au cours de la lecture de ce livre : de l’ennui et de la perplexité.

De l’ennui d’abord. Jack est un jeune garçon dont le père est homo (il vit avec Bob), et cette situation ne plaît pas à Jack. Quand vous savez cela, vous savez à peu près tout, et je serais tenté de dire que la lecture du livre relève ensuite souvent d’un certain masochisme – à moins d’aimer les propos homophobes et les relents de régurgitations émétiques. Sur les 278 pages du livre, une bonne partie est composée de phrases du genre : « Je hais les pédés, ai-je hurlé. Je rigole pas » (p.85). « J’étais en pleine dépression nerveuse parce que je me baladais avec mon père gay » (p.59). « Le bowling, c’est cent pour cent pédé » (p.71) (et quand ce n’est pas le bowling, ce sont les osselets, cf. le titre de cette critique et la page 181 du livre). « Je regardais Bob et je le détestais. Je le détestais parce qu’il portait des chaussons de pédé » (p. 101), « Vous êtes des tafioles ou des animaux ? hurlait-il » (p.118), etc. Il n’y a que quelques très, très courts passages durant lesquels un personnage se retient de condamner le père devenu homo, voire en dit quelques mots positifs. L’évolution du narrateur lui-même n’est pas claire : pour résumer, il commence par haïr son père et Bob, ensuite il ne hait plus que Bob, et à la fin il s’en fout, bien qu’il dise dans la même phrase y penser « sans cesse » (p.272).  En outre, les personnages du livre ont une caractéristique singulière : ils ont souvent envie de vomir, que ce soit au propre (pour Max et Jack, on se croirait parfois dans la Cité de la Peur…), ou au figuré (eh oui, les homos, ça fait vomir, figurez-vous). La traductrice a, me semble-t-il, épuisé tous les synonymes du terme et de l’action : avoir la nausée, être écoeuré, avoir des hauts-le-coeur, vomir, dégueuler, dégobiller,… et je regrette de ne pas en avoir fait le compte (mais ça distrait quand on s’ennuie).

De la perplexité ensuite. Le livre a, selon moi, mal vieilli. Il était sans doute intéressant à la fin des années 80, où l’on faisait mine de découvrir les prémisses de la famille homoparentale. Mais quel est son intérêt en 2011 ? Je sais bien qu’on rediffuse actuellement Starsky et Hutch, et même Chapeau melon et bottes de cuir, mais je n’ai même pas ressenti le goût de la nostalgie en lisant Jack. J’ai eu, sincèrement, l’impression de suivre un feuilleton de l’après-midi, tels qu’il y en a des milliers sur TF1 et M6, en un peu plus vulgaire (encore que…). Je cherche toujours l’intérêt de la traduction et de la publication de ce livre de 1989, s’il est destiné comme l’indique l’éditeur, à des adolescents. Je ne vois pas ce qu’ils peuvent en tirer, et ils feraient mieux, dans ce cas, de lire les mémoires d’A.M. Holmes, ou de lire quelques romans plus actuels (comme Oh boy de Marie-Aude Murail), plutôt que le tout premier roman d’A.-M. Homes écrit il y a trente ans.

Il y a  cependant quelques points sympathiques, en particulier quand le héros se remet un peu en cause : « Je marchais et je réfléchissais à tout un tas de broutilles, comme par exemple qu’est-ce que ça veut dire être une famille » (p.115). Le jeune ado est en quête de lui-même : interrogé en cours d’histoire sur la Reconstruction (période historique qui suit la guerre de Sécession), il remarque : « j’ai déjà suffisamment de mal à reconstruire ma propre vie sans avoir à me rappeler comment ils ont réunifié une partie du pays » (p.250). Paradoxalement, il est lui-même victime d’homophobie, puisqu’il se fait abondamment traiter de « petite fiotte » à cause de son père, ce qui ne l’empêchera pas, roman américain oblige, de briller au lycée lors d’un très important match de basket au cours duquel il sera malheureusement blessé – ce qui lui vaudra comme il se doit l’admiration des buddies et pom-pom-girls.

D’un point de vue littéraire, il y a quelques points de qualité : une petite anecdote au sujet d’une tâche que le héros et sa famille n’ont de cesse de vouloir faire disparaître, et qui finira par s’en aller quand tout ira mieux, des échos et des contrastes intéressants entre les personnages (Max et Jack par exemple), entre les situations (le repas au McDo et la fête chez Bob), entre le début et la fin du livre (le héros est guidé par son père au début, il est seul à la fin), etc.

Enfin, la famille hétérosexuelle en prend aussi pour son grade : le voisin que l’on prenait pour un homme idéal (« le chef scout, le fan de base-ball, le cent pour cent hétéro », p.197) bat sa femme régulièrement. Et si le héros pense que « l’âge d’or de la famille est derrière nous » (p.276), ce n’est pas à cause de son père, mais à cause de la famille hétérosexuelle voisine. « La famille que j’avais crue parfaite, mieux que la mienne, s’effondrait soudain, emportant dans sa chute mon meilleur ami » (p. 197).

Pour moi, c’est un très bon livre de civilisation, pour se documenter sur l’actualité et la mentalité du peuple américain au début des années Reagan (on y parle discrètement du SIDA pp. 56-57, on se gave au fast food à plusieurs reprises, on y montre le lycée américain p.226, etc.). Mais l’accumulation de remarques homophobes (y compris de la part du personnage principal), le choix du point de vue,  l’ambiguïté des pensées du personnage jusqu’à la fin du livre, et surtout la déconnexion complète entre ce livre et notre époque font que je ne recommanderais pas ce roman à ma nièce ou à mon neveu lorsqu’ils seront ados, ni même à mon fils ou à ma fille – si le législateur français veut bien, un jour, m’accorder le droit d’élever un enfant avec mon compagnon.

Ce que je regrette le plus, c’est sans doute le choix de la collection qui a été effectué par l’éditeur : ce n’est pas, à mon avis, un livre susceptible d’intéresser ou d’aider les ados d’aujourd’hui. Il a sans doute été intéressant pour des ados américains, à la fin des années 80, mais je ne vois pas ce qu’il peut apporter à des adolescentes et des adolescents de 2011, sinon un flot de remarques homophobes et une plongée dans les coutumes des adolescents aux USA en 1980 (bouffe, basket, beaufitude). Que Jack construise son identité en 1981, c’est très bien ; que le livre ait eu du succès lors de sa publication en 1989, j’en suis fort aise ; mais que ce roman aide des adolescents ou qu’il leur plaise en 2011, je me permets d’en douter.

Homoparentalité | Livres | Sociologie | 15.05.2011 - 22 h 43 | 1 COMMENTAIRES
Homoparentalités : « Ces enfants ne vont pas plus mal que les autres. »

Suzanne Heenen-Wolff, psychanalyste, psychologue et professeur de psychologie clinique à l’UCL, publie en mai 2011 un petit livre intitulé Homoparentalités aux éditions Fabert.

En voici la présentation rédigée par l’éditeur :

« Ce livre a pour but de tirer au clair certaines questions sur l’homosexualité et l’homoparentalité. Le terme « homoparentalité » désigne l’exercice de la fonction parentale par un couple formé de personnes de même sexe. Les questions suivantes se posent dans le cadre de ces nouvelles constellations familiales: Qu’est-ce qui constitue l’homosexualité ? Comment comprendre que des homosexuels ont le désir d’avoir des enfants? Comment font-ils pour en avoir ? Que sait-on de la vie des enfants grandissant avec des parents homosexuels ? Comment se construisent-ils ? Qu’en est-il de la différence des sexes pour eux? Sont-ils à même de devenir homosexuel à leur tour ? Depuis une trentaine d’années, des recherches cliniques dans ce contexte ont été menées un peu partout dans le monde et permettent des premières réponses à ces questions. »

Une interview de l’auteure ici montre une réflexion pleine de bon sens et d’intelligence : « on sait que ces enfants sont aussi intelligents que les autres, n’ont pas plus de difficultés dans leur vie affective et ne sont pas plus souvent homosexuels que la moyenne. On peut comparer avec d’autres enfants, c’est fiable. Mais cela ne dit rien sur leur bien-être, car d’autres facteurs peuvent intervenir, comme la stigmatisation. Mais celle-ci tend à disparaître car aujourd’hui, ce sont les familles traditionnelles qui sont minoritaires. » L’auteur ajoute : »si l’enfant grandit avec deux hommes ou deux femmes, dans un cadre sécurisant, il ne va pas moins bien que les autres ».

Interview intégrale disponible ici : http://www.moustique.be/actu-societe/16971/homoparentalite-ces-enfants-ne-vont-pas-plus-mal-que-les-autres

Education | France | Homoparentalité | Homophobie | Livres | Mariage | 29.04.2011 - 22 h 53 | 1 COMMENTAIRES
Cristelle et Crioline de Muriel Douru : un petit livre pour un grand amour

Ce vendredi 29 avril, j’ai lu l’album Cristelle et Crioline (1), dont le texte et les illustrations ont été réalisés par l’écrivaine déjà bien connue Muriel Douru (2). Ce petit livre de 32 pages, publié début 2011 par les éditions KTM, est destiné à toutes celles et tous ceux qui aiment lire, raconter et se faire raconter de beaux contes de fées. Et quand l’histoire met en scène deux petites grenouilles qui s’aiment d’amour tendre, c’est avec un plaisir et un intérêt encore plus grands que l’on plonge avec l’auteure dans « l’étang étincelant » où se cachent nos deux mignonnes héroïnes…

L’histoire est jolie, agréable et simple. Ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler toute l’intrigue ! Vous saurez simplement qu’on fête aujourd’hui, au pays des grenouilles, l’anniversaire de la Princesse Cristelle, et que de nombreux crapauds prétendants comptent bien profiter de cette occasion pour la demander en mariage. Mais pourquoi, ce jour-là, la petite Crioline s’enfuira-t-elle du château à toute allure ? Et pourquoi le Roi devra-t-il lever son sceptre afin de réclamer le silence ?

Les personnages sont attachants : Cristelle est une princesse qui rêve de parcourir le monde, Crioline est une petite taquine mais aussi une amoureuse « aux yeux d’or », Lucile la libellule est une confidente très perspicace, et le Roi Cristo est certes un crapaud, mais il est beaucoup plus intelligent qu’un bon nombre d’êtres humains !

On se transportera, au fil de la lecture, au pays des grenouilles, joliment appelé « Royaume du Nénuphar Précieux ». Ce n’est pas un monde très différent du nôtre, mais il est tout de même beaucoup plus poétique : on s’y déplace en pomme-carrosse, la prison est une fleur-cloche, et les soldats de la garde royale y sont… de sympathiques coccinelles !

Muriel Douru réussit en outre une gageure assez incroyable, puisqu’en peu de mots, le sentiment amoureux est décrit de manière tout à fait compréhensible pour des petits. La princesse et la roturière (ne voyez-là, s’il vous plaît, aucune allusion à Kate Middleton !) sont toutes deux victimes d’un éblouissant coup de foudre, qui bouleverse non seulement les sentiments de Crioline, mais aussi, dans un joli jeu esthétique, la disposition du texte lui-même, sur l’espace d’une page.

On attribuera à ce petit livre une mention spéciale pour la qualité du vocabulaire employé : le texte est très simple à comprendre, mais l’auteure ne s’interdit pas de recourir de-ci de-là à quelques mots d’un registre plus soutenu, qui donnent beaucoup de charme à la langue employée.

Enfin, l’ouvrage est de belle facture et de bonne qualité. Il est solide (c’est important pour un livre lu par des petits !) et très joli : les illustrations de Marie Douru sont assez sobres, vives et colorées mais sans surcharge inutile, et très agréables à regarder. Elles ont une part de tracé à l’apparence plutôt enfantine, mais en réalité toujours réalisé avec beaucoup de soin et de maîtrise, qui fait la réussite des bons albums pour la jeunesse.

En lisant ce livre, on pense parfois au Baiser de la Lune de Sébastien Watel. Outre le sujet commun qu’ils abordent (l’amour entre deux personnes du même sexe), une coïncidence supplémentaire rapproche le dessin d’animation et l’album : les deux œuvres se déroulent dans un milieu aquatique. Mais les deux auteurs savent chacun créer un univers qui leur est propre, grâce au dessin et aux mots. Ainsi, tandis que Sébastien Watel fait appel à une palette d’émotions qui va de l’angoisse au rire, l’univers de Muriel Douru, tout aussi varié, est, dans cet album, très doux, apaisé et rassurant.

Ainsi, n’hésitez pas, et courez vite vous procurer ce joli petit album chez votre libraire. Après l’avoir lu, vous pourrez en offrir un exemplaire à vos enfants, ainsi qu’à ceux de votre famille et de votre entourage : cette lecture les ravira sans aucun doute ! J’ai moi-même hâte de pouvoir l’offrir sous peu à ma nièce, qui a cinq ans… et peut-être un jour à l’un de mes enfants…

Numa.

(1) Muriel Douru, Cristelle et Crioline, KTM éditions, 2011, 32 p., 14 €

(2) Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore Muriel Douru, signalons les indispensables Dis… mamans (2003), Un mariage vraiment gai (2004) et Deux mamans et un bébé (2008).

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