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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Discriminations | France | Homophobie | Livres | Mariage | Medias | Monde rural | Sexualité | 24.11.2014 - 01 h 18 | 6 COMMENTAIRES
Amiens – Mais quel est donc le problème du Courrier Picard avec les homosexuels ?

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L’année 2014 a-t-elle été déclarée année de l’homophobie par le Courrier Picard ? On pourrait bien le croire, au vu de la succession d’articles, toujours orientés dans le même sens, que ce journal a consacrés à l’homosexualité. Est-ce là une façon pour ce journal de s’adapter à l’augmentation du vote Front National dans sa région ? Ou bien est-ce l’expression de convictions intimes de la part de la rédaction amiénoise ? En tous les cas, on ne peut que s’interroger sur le recours à des procédés tendancieux pour condamner directement ou indirectement les homosexuels, et à en faire des boucs-émissaires faciles pour la population. Retour chronologique sur une année où l’on semble devoir comprendre que, pour certains journalistes amiénois, l’homophobie n’est pas forcément un problème en Picardie, mais l’homosexualité en est apparemment un.

***

1) Février 2014 : Edouard Louis, la première cible.

Edouard Louis

Edouard Louis

Lorsqu’un Picard rencontre du succès, la presse locale s’en montre généralement plutôt fière : Jean-Pierre Pernaut, Cauet, Miss France, Emmanuel Macron… sont autant de gloires régionales qui n’ont pas été fortement étrillées par le Courrier Picard. Mais lorsqu’Edouard Louis a connu un succès littéraire avec son roman « Pour en finir avec Eddy Bellegueule », il s’en est alors agi fort différemment. Le Courrier Picard est le premier à publier un article incendiaire contre le jeune auteur. Dans l’édition du 2 février 2014, Fabrice Julien et Gaël Rivallain entreprennent en effet de révéler « Les deux visages d’Eddy Bellegueule  ». Pour ce faire, les deux journalistes du Courrier Picard sont allés à la rencontre de « sa famille et ceux qui l’ont côtoyé », pour comprendre « le malaise » que ce livre suscite en eux :

« À Hallencourt, la famille d’Eddy/Édouard, a cru s’étrangler à la lecture du récit […] Nous ne sommes ni racistes ni homophobes, insiste sa soeur Mélanie. Nous n’avons découvert l’homosexualité d’Eddy qu’il n’y a deux ou trois ans et franchement, dans la famille, tout le monde s’en moque. »

Et puisque la famille dit qu’il n’a jamais existé d’homophobie en son sein, on est prié de la croire : fermez le ban ! Feignant volontairement d’ignorer qu’il s’agit d’un « roman », les journalistes Fabrice Julien et Gaël Rivallain font ensuite mine de s’étonner :

« La vraie famille d’Édouard Louis n’a, à première vue, pas grand-chose à voir avec celle à la Germinal, misérable, inculte et vulgaire, décrite dans le roman. Mélanie, la grande sœur âgée de 28 ans, titulaire d’un bac pro, prend soin de son fils Ulysse, sept mois, la dernière « merveille » de la famille. Andy, en troisième au collège de Longpréles-Corps-Saints (où Eddy Bellegueule a aussi fait ses humanités), et Candice, en seconde au lycée Boucher-de-Perthes d’Abbeville, poursuivent une scolarité normale. »

On ne voit pas bien en quoi la scolarisation des enfants de la famille a à voir avec le roman d’Edouard Louis, qui raconte l’homophobie dont un jeune garçon de la campagne picarde est victime tout au long de sa jeunesse. Andy et Candice, dont on se demande bien ce qu’ils viennent faire dans cet article, n’ont strictement aucun rapport avec les événements qui sont censés s’être déroulés dans le roman, et Edouard Louis n’a jamais affirmé que lui ou ses frères et soeurs avaient été déscolarisés !

Sans se rendre compte de leurs propres contradictions, les journalistes reprochent ensuite à l’auteur de ne pas « nommer dans son livre » le village dont il est issu, et dans le même temps de ne pas faire un portrait suffisamment fidèle de ce village. Avec cette règle, on condamne tout roman autobiographique, de Vallès à Proust en passant par Céline ou Benjamin Constant. Le Nouvel Obs, sur la base du reportage du Courrier Picard, reprendra d’ailleurs une critique similaire. Edouard Louis répondra alors aux deux journaux en même temps :

« ces mensonges ne sont pas élaborés au hasard mais tendent au contraire à installer et conforter une certaine « critique » de mon livre, comme mensonger, raciste de classe, exagérateur en lui opposant les paroles, perçues forcément comme « vraies » et « sincères », du « peuple » – le fameux bon sens populaire, les « bons sauvages » – tel qu’il apparaît aux journalistes parisiens, ou même picards ou à d’autres encore ».

Le comble est atteint lorsque les deux journalistes ne remarquent même pas que l’ « ami » d’Edouard qu’ils interrogent dans leur interview s’offusque de bien des accusations, mais surtout pas de celle d’homophobie, qui est pourtant la principale :

« Oui, il a eu une enfance dure, mais à ce point là ? », s’interroge, perplexe, l’un de ses anciens amis, qui souhaite garder l’anonymat. « Ce qui me dérange, c’est qu’il associe sa classe sociale à l’alcoolisme, le chômage et le racisme, alors que ce n’est pas le cas de tout le monde, bien évidemment.

enfiniraveceddybellegueuleHeureusement, parmi les quatre articles consacrés à Edouard Louis sur une pleine double page de cette édition du 2 février, il y en a tout de même un d’une demi-page, signé Philippe Lacoche, qui est positif. Mais ce petit encart peine à convaincre le lecteur, qui peut lire sur une page et demie qu’Edouard Louis a, selon le Courrier Picard, trahi tout à la fois sa famille, ses amis, son village et sa région.

Ce qui est particulièrement étonnant, c’est que le Courrier Picard revient constamment à la charge : en mars 2014, le journaliste Fabrice Julien (encore !) se demande : « Que devient Edouard Louis ? » et écrit un nouvel article à charge. Il s’étonne faussement : « A Hallencourt, charmant village de la Somme, les proches d’Eddy/Édouard n’ont plus de nouvelles de lui ». Comme Brassens dans la Ballade des gens qui sont nés quelque part, on aurait envie de répondre à Fabrice Jullien au sujet de ce « charmant village » : « C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villages, tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits,… ils n’ont qu’un seul point faible, c’est d’être habités ! »

Et le 1er août, le Courrier Picard meuble ses vacances… en remettant le couvert au sujet d’Edouard Louis ! Son tort serait, selon le journal, d’avoir obtenu un poste d’allocataire pour enseigner à l’université d’Amiens, « alors qu’Édouard Louis n’est plus vraiment dans le besoin ». Or on sait très bien que ces postes ne sont pas attribués sur critères sociaux : ce ne sont pas des bourses ! Fabrice Julien (toujours lui…) a une phrase très élégante : « Cette intégration interroge quant aux réelles motivations de l’auteur ». Comprenez : Edouard Louis ne pense qu’à ses sous. Mais si le Courrier Picard s’inquiète tant des « étudiants fauchés » comme il les appelle, il y a une solution simple : il n’a qu’à en embaucher davantage à la sortie de leurs études.

On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une affaire « Edouard Louis ». En réalité, non : ce qui est reproché à Edouard Louis, c’est d’avoir pointé du doigt les problèmes d’homophobie, qui existent en Picardie comme ailleurs. La suite des articles publiés dans l’année sur l’homosexualité par l’édition d’Amiens du Courrier Picard le montre très clairement.

2) Avril 2014 : homosexualité et pédophilie.

Un article du Courrier Picard fait scandale fin avril 2014, trois semaines avant la journée internationale de lutte contre l’homophobie. En effet, le journal choisit de titrer comme suit l’un de ses articles : « Compiègne (60) – Le premier marié gay soupçonné de pédophilie » ! Alors que « le procureur se refuse à donner toute information complémentaire concernant les faits reprochés au Compiégnois », le journaliste sait déjà que « l’enquête risque d’être complexe à mener ». L’article donne le nom, l’âge, la photo et la nouvelle ville d’habitation du prévenu.

Le 1er mai, un second article paraît sur le même sujet, pour en rajouter encore une couche: « Le premier marié gay mis en examen ». Après avoir relaté ce fait divers, l’édition régionale se fend d’un paragraphe très orienté, qui n’a plus rien à voir avec la simple description d’un fait divers :

Cette mise en examen survient alors que la loi sur le mariage pour tous s’apprête à fêter son premier anniversaire. En début d’année dernière, les débats qui avaient précédé son vote avaient été pour le moins vifs, faisant descendre des milliers d’opposants dans les rues. Opposants qui, pour certains, continuent à se mobiliser contre le « mariage pour tous ».

Sur Facebook et Twitter, de nombreuses voix s’élèvent contre l’amalgame réalisé par le journal entre homosexualité et pédophilie, et contre les liens établis abusivement entre ce fait divers et les débats sur le mariage pour tous : « @Courrier_picard Vous n’avez pas honte d’associer homosexualité et pédophilie?? #Journalismeencarton » . Sur le site « Le Plus » du Nouvel Observateur, Giuseppe di Bella s’indigne également:

La mauvaise foi du « Courrier picard » est consternante. Contrairement à ce qu’il ose prétendre, l’article ne fait pas que donner l’information « sans discrimination ni amalgame. »

Cette façon de traiter l’information n’a pas sa place dans un quotidien sérieux. Elle ne fait qu’accentuer l’homophobie. C’est un procédé indigne qui est souvent utilisé par l’hebdomadaire d’extrême droite « Minute »

3) Mai 2014 : SOS homophobie dans le collimateur du Courrier Picard à Amiens

rapports homophobie« Cette façon de traiter l’information » n’est pas abandonnée pour autant. Le 17 mai 2014 a eu lieu la journée mondiale de lutte contre l’homophobie. L’édition amiénoise du Courrier Picard aurait pu en profiter pour aborder la question de l’homophobie dans le département de la Somme ou dans la ville d’Amiens. Pas du tout : même si elle rappelle (encore heureux…) que « chaque acte de haine mérite un SOS et un Non sans nuance de la part des pouvoirs publics », l’édition d’Amiens en profite pour tacler l’association SOS homophobie, et pour appeler à la tolérance… envers la Manif pour Tous !

Qu’on en juge : David Guévart lui-même, rédacteur en chef, fustige « la violence qui a accompagné le vote de la loi Taubira dans les camps de ceux qui y étaient favorables, comme dans le camp des opposants » ! Il faut être journaliste au Courrier Picard pour avoir entendu parler d’actes de « violence » de la part des défenseurs du mariage pour tous, et pour oser comparer ces actes imaginaires aux mouvements d’extrême-droite et intégristes qui se sont exprimés « dans le camp des opposants ». Et même si l’on parle simplement de propos violents, ce qui ne semble pas le cas ici, on aura de toute façon bien du mal à renvoyer dos à dos défenseurs et opposants au mariage pour tous, comme si « la violence » avait été une arme équitablement partagée entre les deux camps !

Mais il y a pire : pour le rédacteur en chef du Courrier Picard, s’il y a de l’homophobie en France, c’est en grande partie de la faute des homos eux-mêmes. Le texte est accablant :

SOS homophobie ne doit pas se tromper de colère en pointant du doigt globalement la Manif pour tous. Ou alors il faut dire clairement que les manifestants devaient se taire, qu’ils n’avaient pas voix au chapitre. Un peu difficile pour des démocrates. S’il est vrai que les débats ont libéré la parole homophobe, la responsabilité est forcément partagée, dans un contexte fait de provocations, d’affrontements et de slogans caricaturaux de part et d’autre.

On ne sait d’où sort ce constat qui devrait « forcément » être admis par tous. En deux ans de débats absurdes et outrageants pour les familles homoparentales, pointées du doigt, on cherchera en vain les « provocations et affrontements » auxquels se seraient livrés les défenseurs du mariage pour tous, et que le Courrier Picard prétend avoir vus et dénoncer.

Enfin, il faut croire qu’on ne voit pas les mêmes choses à Amiens et à Saint-Quentin, puisqu’à la même période, dans l’édition de Saint-Quentin, on annonce simplement la création… d’une antenne de SOS homophobie à Saint-Quentin ! Il semble donc que le problème du Courrier Picard avec les homosexuels se situe en particulier à l’édition d’Amiens. La suite des articles publiés à Amiens amène également à le penser.

4) Octobre 2014 : La drague homosexuelle, ce douloureux problème.

Cette fois, c’est le journaliste Zouad Bakhti qui s’y colle. Le 30 octobre 2014, le Courrier Picard s’attaque à un problème de taille : la drague homosexuelle causerait des nuisances pour les riverains d’un square. Une pleine double page (!) est consacrée à cette actualité brûlante, et un habitant témoigne : « La nuit, on sait qu’il s’y passe beaucoup de choses » ! D’incroyables révélations sont lancées dans cet article : ainsi, « au sol, les emballages de préservatifs côtoient les cannettes de bière et autres détritus ». Il faudrait conseiller aux journalistes du Courrier Picard de se rendre plus souvent sur les lieux de drague hétéros, et aux endroits bien connus, en Picardie et ailleurs, où des prostituées féminines attendent le client mâle : croient-ils donc qu’on s’y roule dans une herbe pure et immaculée, et que seules les pâquerettes y jonchent la route ou la pelouse ? Selon que vous serez homo ou hétéro, le Courrier Picard d’Amiens portera décidément sur vous un regard bien différent…

L’article interroge quelques habitués des lieux, qui expliquent simplement les problèmes qu’ils rencontrent :

On voudrait évidemment ne pas gêner les riverains mais depuis qu’ils ont taillé les bosquets et les buissons nous sommes plus visibles. On ne gêne personne, on ne fait rien de mal, on aimerait simplement avoir un lieu à nous. […]

Ils évoquent la violence homophobe à laquelle ils sont confrontés :

Beaucoup de jeunes d’Amiens-Nord ou d’Etouvie veulent casser du pédé. Il y a trois ans, un homme a été frappé à la tête, on ne l’a retrouvé qu’au matin, complètement nu et dans un sale état. L’an dernier, c’est un autre homme qui a été frappé sauvagement. Et je ne vous parle pas des vols de portables ou de portefeuille. On a parfois l’impression d’être des proies.

Mais la mairie d’Amiens répond à cette demande par la manière forte, puisque la mesure annoncée est la suivante : « D’ici quelques semaines, un arrêté municipal sera pris pour fermer le square la nuit », ce qui n’était pas tout à fait ce qui lui était demandé ! Enfin, l’article se conclut sur les déclarations tonitruantes de l’adjoint au maire chargé du quartier : « La situation est devenue inacceptable. On veut faire en sorte que les Amiénois se réapproprient ce lieu ». Il va bien sûr de soi que des homosexuels qui draguent ne peuvent pas être « des Amiénois »…

Ce qui est significatif, c’est que le 31 octobre, c’est-à-dire le lendemain, une grave affaire d’agression homophobe commise en ville, dont l’auteur est sévèrement condamné par le tribunal d’Amiens. Que croyez-vous qu’il arrive alors ? Cette fois, le journal y consacre un article laconique, d’une dizaine de lignes, où le journaliste trouve important de faire remarquer que SOS homophobie est « montée au créneau », dans une « histoire somme toute banale au départ ».

Par contre, le prétendu malaise qu’inspirent les homosexuels et les nuisances qu’ils provoqueraient méritent quant à eux une seconde « enquête » détaillée de la part du journal ! Décidément, en 2014, le Courrier Picard a ses raisons que la raison ne connaît point.

5) Novembre 2014 : La drague homosexuelle, encore et toujours !

Le square Lermerchier avait eu droit à une double page fin octobre 2014 de la part de Zouad Bakhti. Les journalistes du Courrier Picard semblent avoir pris goût aux lieux de drague homo, puisque trois semaines plus tard, Christophe Berger se rend cette fois « au bout de la rue Desjardins, dans la zone industrielle Nord », pour y dénoncer à nouveau sur une double page « une zone de drague au masculin ». L’article est un monument de voyeurisme complaisant et de moralisme ridicule. Tout heureux de trouver un coupable, le journaliste s’empresse d’aller interroger « un jeune qui avoue venir régulièrement sur ces lieux ». Il prend en note ses déclarations, observe autour de lui, puis il affirme au lecteur : « On a vu ce qu’on voulait. […] Il faut l’avouer, nous ne sommes plus très à l’aise ».

Après un intertitre peu ambigu, « Ces pratiques ne plaisent pas à tout le monde », le journaliste livre la quintessence de sa méthode de travail. Il faut le voir pour le croire :

Une lettre anonyme a été adressée en mairie d’Amiens pour dénoncer son immobilisme par rapport à ce qui se passe dans ce bois. On y parle de prostitution masculine, trafic de drogue, dégradations… Ce courrier stipule aussi que les entreprises voisines, France Express, Géodis, Calberson, Shenker… se plaignent de cette présence. Par rapport à leur implantation, on doute que ce qui se passe dans ce bois les perturbe.

Oui oui : au Courrier Picard, à Amiens, on base ses enquêtes sur… « une lettre anonyme adressée en mairie d’Amiens » ! En Picardie comme ailleurs, on n’avait sans doute plus vu cela depuis quelques dizaines d’années !

Mieux encore : on apprend soudain, à la fin de l’article, que le lieu décrit est en réalité… « une propriété privée » ! Il faut donc en conclure que le journaliste s’est rendu volontairement sur un lieu privé pour aller observer des hommes nus et des pratiques homosexuelles dont il abhorre la vue, puis en rendre compte dans son journal ! C’est là une méthode d’investigation tout à fait nouvelle. Amiénois, méfiez-vous : si un homme toque à votre porte pendant vos ébats, il s’agit peut-être bien de Christophe Berger, chargé par ses supérieurs d’une nouvelle enquête spéciale concernant vos pratiques sexuelles, basée sur la foi d’une lettre anonyme qui vous concerne.

Mais rassurez-vous : si vous êtes hétérosexuel(le), vous avez toutes les chances d’être laissé(e) tranquille par le Courrier Picard d’Amiens. D’ici 2014, le journal trouvera bien encore quelques adresses de rencontre homosexuelle à dénoncer sur des pages entières. La mise en avant de ces lieux n’est d’ailleurs pas seulement ridicule : elle est surtout dangereuse, si l’on en croit les nombreux témoignages de violences homophobes à l’encontre des personnes qui fréquentent ces lieux.

Heureusement, cet article a été rapidement condamné par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux, et en particulier sur le compte Facebook du Courrier Picard. Florilège :

« Zone de danger désormais. Il va y avoir des expéditions punitives » ;

« Le courrier picard de pire en pire et de plus en plus homophobes. Autre sujet pas encore traité : les homosexuels dans les toilettes publiques de la gare, du cinéma, le parc saint leu, derrière le cirque… bravo continuez c’est ça la vraie actu ! » ;

« Toujours plus groland que jamais, Le weekend cest un festival. A quand un clou avec le courrier Picard pour le recycler !!!! ;

« Pour faire dans la stigmatisation, le Courrier Picard est roi. C’est bien connu ! » ;

« Abuser le courrier Picard!!!! Vous avez pas autre chose à foutre sérieux ?ce quotidien régional devrais réfléchir un peu !!!! Une honte !!!! Vous serai certainement la cause d agression désormais » ;

« Bravo au Courrier Picard et à ses journalistes qui semblent ne pas aimer les homos ça fait vraiment très professionnel ça c’est de l’actualité bravoooo chacun est assez grand pour faire ce qu’il veut de son cul n’est ce pas ?! » ;

« Du journalisme de bas étage, avec tout les stéréotypes qui vont avec ! c’est scandaleux » ;

« Eh oui Flo, le Courrier Picard devient lamentable, c’est plus comme avant ! Et dire que mon père a beaucoup donné et y a travaillé toute sa vie. »

« Et après, on fait des articles sur les violences homophobes (ah non pardon, ça ils ne le font pas) » ;

« Un article sur le lieu de drague du centre ville. Un autre sur la zone nord. C’est quoi le pb du Courrier Picard ??? »

« Cet article va sûrement faire de sacrés dégâts pour ceux qui aiment s’y rendre en tout cas »

« C’est vraiment n importe quoi courrier Picard il y a plus grave en Picardie parler un peu des sdf l hiver approche »

« Ce journal est devenu un vrai torchon ! Le courrier Picard devrait avoir honte. Laisser un peu tranquille les gays !!!!
Aller poursuivre les dealers, les braqueurs, les délinquants en tout genre …A non pour cela il faut du courage !!!!
Nous attendons autre chose d’un journal
 »

Le Courrier Picard n’a bien sûr répondu à quasiment aucune de ces remarques : cela aurait pourtant été tout à son honneur. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître avoir fait des erreurs – même s’il vaut mieux sans doute mieux s’abstenir directement de les commettre.

***

Après une année pareille, que reste-t-il à dire ? L’accumulation, en quelques mois, d’articles destinés à pointer du doigt la communauté homosexuelle ne cesse d’étonner dans un même journal. S’agit-il d’une simple maladresse, ou bien d’une  campagne, volontaire ou non, de dénigrement à l’égard des homosexuels ? Les journalistes qui ont signé ces articles se rendent-ils compte du mal qu’ils peuvent faire, par ces articles, dans une région où les LGBT sont encore trop fréquemment rejetés ? En 2014, ce bilan du traitement des LGBT dans le Courrier Picard d’Amiens n’est pas brillant. Il reste à espérer que 2015 soit peut-être enfin l’année de l’égalité réelle entre homos et hétéros, dans la vie quotidienne comme dans les médias.

Famille | France | Histoire | Livres | Politique | PS | 13.09.2014 - 10 h 12 | 16 COMMENTAIRES
Pour Valérie Trierweiler, François Hollande « n’a jamais compris la portée » du mariage pour tous.

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merci pour ce momentLe livre de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment (éd. Les Arènes), a déclenché des réactions hostiles ou enthousiastes, mais il n’a pas laissé les Français indifférents. Parmi les souvenirs, accusations et témoignages dévoilés par la journaliste au sujet de son ancien compagnon, on trouve un passage du livre consacré à l’attitude de François Hollande durant le vote de la loi sur le mariage pour tous.

Valérie Trierweiler reproche d’abord à François Hollande une certaine forme de lâcheté, voire de pusillanimité, face à cette réforme. Il aurait en effet préféré la « mettre en avant » à cette occasion, profitant même peut-être de l’occasion pour rester lui-même en retrait :

Je ne suis pas dupe non plus : dans certaines circonstances, me mettre en avant l’a arrangé. Comme lors du mariage pour tous. […] Dans ce combat, je suis allée en première ligne, avec son assentiment, et peut-être même à sa place.

Valérie Trierweiler a effectivement été présente à plusieurs moments importants lors du vote de cette loi, et elle a publiquement soutenu cette réforme, quitte à s’attirer les foudres des opposants au mariage pour tous. Elle note cependant que, si le président lui a délégué ce rôle, c’est peut-être bien avec cynisme et complaisance, afin de pouvoir ne pas trop s’engager ni s’investir lui-même.

Elle lui reconnaît malgré tout un peu de courage, pour avoir tenu bon malgré la Manif pour Tous :

François n’a pas reculé malgré les manifestations monstres.

Mais ce n’est pas pour autant qu’elle fait l’éloge du président ! D’une part, elle lui reproche  de n’avoir jamais été intimement convaincu par cette réforme. Pour justifier cette remarque, elle revient avec amertume sur une déclaration bien connue de François Hollande, devant l’Association des Maires de France. Fin 2012, il reconnaît aux maires récalcitrants, dans une formule malheureuse, le droit à la « liberté de conscience » pour refuser de marier deux personnes du même sexe. S’il retire très vite cette déclaration, c’est apparemment sur le conseil, entre autres, de Valérie Trierweiler, et face aux réactions hostiles que ce propos a déclenchées au sein de son propre camp :

« Il a tenu cette promesse alors qu’il n’en était pas convaincu au fond de lui, évoquant même « la liberté de conscience des maires ». En découvrant cette formule, je lui ai envoyé un message dans la seconde pour l’avertir que la phrase ne passerait pas. Et effectivement, devant le tollé, il l’a retirée. »

Hollande au 95e congrès des maires de France

Hollande au 95e congrès des maires de France

Mais le second reproche est plus grave, et plus personnel. Dès le 04 septembre 2014, Les Inrocks avaient relevé cette phrase dans le livre de Valérie Trierweiler, au sujet du mariage pour tous :

« François n’a jamais compris, sinon de manière théorique, la portée de cette réforme emblématique de la gauche ».

Que le président ne soit pas convaincu, « au fond de lui », par une réforme qu’il a promise, est une chose, qui relève après tout de sa liberté personnelle. C’est certes un peu triste, mais on ne demande pas aux hommes politiques de croire intimement à toutes les réformes de société qu’ils effectuent : l’important est qu’ils les accomplissent, et qu’ils fassent ainsi progresser de toute façon la société. En politique, l’acte compte davantage que la conviction, même s’il est tout de même conseillé que les deux coïncident au maximum ! Mais que François Hollande n’ait même pas saisi l’importance de cette réforme est plus grave : c’est une erreur d’appréciation politique, voire historique.

Valérie Trierweiler apporte à cela une explication toute personnelle, qu’elle relie à se propre histoire avec le président  : si la réforme du mariage pour tous lui a somme toute semblé lointaine et étrangère, c’est « sans doute parce qu’il voit le mariage comme une porte qui se ferme ».

Pour Valérie Trierweiler, cette erreur est d’autant plus criante que le mariage pour tous est une réforme historiquement et politiquement fondamentale à trois titres : pour le quinquennat de François Hollande lui-même, pour la gauche en particulier, et pour l’histoire de France en général.

 [Cette réforme] restera peut-être la seule marque [de François Hollande] dans l’Histoire de France. […] Je ne doute pas une seconde que le mariage pour tous sera la dernière grande réforme de la gauche.

Valérie Trierweiler

Valérie Trierweiler

Par rapport à la propre histoire de leur relation, qui s’est achevée brutalement et qu’ils ont tous deux vécue très difficilement, Valérie Trierweiler tire du succès de cette réforme une remarque amère et ironique envers François Hollande : « C’est un joli pied de nez du destin » !

Enfin, Valérie Trierweiler extrapole le déroulement de cette réforme pour expliquer qu’à l’inverse, une autre réforme annoncée par François Hollande durant la campagne de 2012 ne sera pas menée à son terme. D’un ton catégorique, elle affirme :

« Je suis sûre qu’il n’ira pas jusqu’au bout de son engagement d’accorder le droit de vote aux immigrés aux élections locales, annoncé et promis maintes fois. Manque de conviction, trop d’obstacles, le cheval se cabrera. »

Sur le mariage pour tous, ce livre éclaire donc quelque peu, d’une lumière toute personnelle, les événements passés. Reste désormais à savoir si l’intuition et le pessimisme de Valérie Trierweiler s’avèreront exacts pour la politique à venir.

Famille | France | Histoire | Homoparentalité | Homophobie | International | Livres | Medias | Politique | Sociologie | Zemmour | 04.08.2014 - 02 h 23 | 7 COMMENTAIRES
Pourquoi les droits des minorités (dont les LGBT) ont-ils fait naître une polémique autour des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois ?

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Lancée dans un premier temps par Libération, une vive polémique est née cette semaine au sujet des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Elle a très vite pris de l’ampleur en étant relayée par de multiples médias comme Actualitté, la Nouvelle République, Toute la culture, la République des Livres (le blog littéraire de Pierre Assouline) ou BiblioObs (le site littéraire du Nouvel Observateur). Pour en comprendre les enjeux, revenons sur cette querelle, qui n’est pas celle des Anciens et des Modernes, mais qui amène à se poser de vraies questions sur la conception, l’organisation et les conditions de la vie intellectuelle en France et en Europe.

1) Les Rendez-vous de l’Histoire : le calme avant la tempête.

Du rififi à Blois ?

Blois, écrin paisible des RVH 2014

Les Rendez-vous de l’Histoire de Blois, qui auront lieu cette année du 09 au 12 octobre 2014, sont une véritable institution dans le champ culturel français. Depuis 17 ans, ils constituent chaque année un événement incontournable pour les passionnés d’histoire, en donnant lieu à des débats et conférences destinés aussi bien aux chercheurs, enseignants et étudiants qu’au grand public désireux d’approfondir ses connaissances dans le domaine historique.

Fin juillet 2014, on apprend cependant, par les réseaux sociaux puis par une tribune parue dans Libération, que la belle harmonie consensuelle dans laquelle s’inscrivent habituellement ces rendez-vous a volé en éclats pour cette édition. Tout était pourtant bien parti : après avoir traité des sujets comme « Les utopies » (2000), « L’Argent » (2006), « Les Européens » (2008) ou « L’Orient » (2011), l’édition 2014 est consacrée au thème « Les rebelles ». La personnalité choisie pour présider cette édition est d’une envergure scientifique incontestable : il s’agit de Michelle Perrot, militante féministe et historienne unanimement reconnue. Aucune fausse note n’était donc a priori à craindre.

2) « J’ai accepté par erreur ton invitation »

Le scandale est arrivé par là où on ne l’attendait pas. Le 29 juillet, Edouard Louis, étudiant en sociologie à l’Ecole Normale Supérieure ainsi qu’à l’Université de Picardie-Jules Verne, et auteur du roman Pour en finir avec Eddy Bellegueule, publie sur twitter le message suivant :

« J’ai dû annuler ma participation aux Rendez vous de l’Histoire de Blois, voyant que l’horrible Gauchet faisait la conférence inaugurale (!?) »

Le philosophe Geoffroy de Lagasnerie publie peu après un twitt similaire :

Comme Edouard Louis, j’ai annulé ma participation aux Rendez-vous de l’Histoire pour protester contre la présence de Marcel Gauchet.

En effet, la conférence inaugurale des rendez-vous doit être tenue, le 9 octobre 2014, par l’historien et sociologue Marcel Gauchet. Pour expliquer leur décision, les deux jeunes intellectuels publient, chacun sur son site personnel, un texte commun, qui est repris dès le lendemain 30 juillet sous forme de tribune dans Libération. Ils y précisent les motivations de leur démarche, et, s’il semble nécessaire de lire ce court texte dans son intégralité, on peut néanmoins tenter de le résumer et de le commenter en quelques paragraphes de synthèse.

3) Une tribune contre Marcel Gauchet, moteur et promoteur du retour en arrière.

Manifestation féministe en 2014.

Manifestation féministe en 2014.

Selon les deux auteurs de cette tribune, Marcel Gauchet est un penseur résolument réactionnaire, qui a constamment vilipendé les grands mouvements d’émancipation sociale et sociétale qui ont animé la France durant les dernières décennies (dont, entre autres, la lutte pour l’égalité des droits entre couples hétérosexuels et couples de même sexe). Que Marcel Gauchet réalise précisément la conférence inaugurale de ces Rendez-vous consacrés cette année à la rébellion, est donc tout à la fois un non-sens, une insulte et une humiliation pour ceux qui ont vraiment été « rebelles » dans leur époque, qu’ils soient connus ou anonymes : féministes, militants LGBT, acteurs des grands événements sociaux… En effet, Marcel Gauchet n’a eu de cesse de lutter contre leurs actions et leurs valeurs, que ce soit en son nom propre ou par le biais d’ « idéologues réactionnaires » dont il a contribué à diffuser et légitimer la pensée. De fait, il n’est besoin que de consulter le numéro le plus récent de la revue qu’il dirige, ou de se pencher sur l’historique de cette revue, pour découvrir que ces accusations, si elles sont certes graves et vigoureuses, n’en sont pas moins justifiées par les faits.

Car Marcel Gauchet n’a pas peur de réaliser par exemple un dossier à charge, dirigé exclusivement et directement contre « les enfants du mariage homosexuel », où l’on peut lire, sans la moindre nuance ni contradiction, que l’homosexualité est un choix de vie personnel, qu’elle est totalement contre-nature, qu’elle peut mettre fin à la survie de l’espèce humaine et des sociétés, que les droits LGBT nous mèneront au totalitarisme, et que les enfants des familles homoparentales sont tous comparables aux enfants maltraités ou aux filles mariées de force par leur père.

Mai 68

Mai 68 : l’Odéon est occupé par des manifestants

Clairement associé depuis longtemps à la « révolution conservatrice », selon l’expression de Didier Eribon, Marcel Gauchet s’est opposé à la « pensée 68 », et en particulier à tout ce qui, de près ou de loin, pouvait remettre en cause l’autorité établie des institutions toutes-puissantes du début des années 60 : la famille nucléaire hétérosexuelle, le mandarinat universitaire, l’hégémonisme phallocratique de la domination masculine, l’infaillibilité des dogmes religieux, l’autoritarisme du politique incontestable… Fustigeant tour à tour l’anti-racisme, le féminisme, la « génération 68 », etc., Gauchet et la plupart de ses amis invités à contribuer à sa revue ont développé et défendu les thèses qui font aujourd’hui le bonheur d’Eric Zemmour, inspirent parfois Alain Soral, font le lit du Front National, sont étalées régulièrement dans Causeur et Minute ou diffusées sur Radio Courtoisie. Ils ont donné à ces opinions le sceau d’une certaine légitimité médiatique et universitaire, en voulant faire passer pour des adversaires acharnés du bien de l’humanité les « rebelles » qui ont combattu, eux, sous quelque forme que ce soit, pour leurs droits, pour le droit des autres et/ou pour l’amélioration de la société.

Face à cet état de faits, Edouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie concluent leur tribune en appelant l’historienne Michelle Perrot « à démissionner de son poste de présidente de cette 17ème édition » des Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Soutenus et rejoints dans leur décision par le sociologue et écrivain Didier Eribon, qui a lui aussi annulé sa participation, ils appellent également les autres intervenants de ces rencontres à ne pas se rendre aux débats auxquels ils sont invités.

4) Marcel Gauchet aux Rendez-vous de l’Histoire : l’arbre qui cache la forêt des « débats » biaisés.

Ceci étant posé, il faut cependant bien comprendre que la simple figure de Marcel Gauchet n’est pas, en réalité, l’objet principal de l’indignation des trois intellectuels qui ont annulé leur venue. Ce qui motive en arrière-plan leur riposte déterminée, c’est bien plutôt l’organisation de plus en plus fréquente de tels débats biaisés qui, « dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique » en arrivent subrepticement, par leur organisation même, à « légitimer les opinions les plus violemment conservatrices », sous couvert d’équilibre des opinions et du respect de l’esprit démocratique.

Pour bien saisir les enjeux du problème, qui dépassent très largement cet événement ponctuel mais significatif, il est sans doute nécessaire de prendre quelques exemples, malheureusement bien connus de la plupart d’entre nous. Pour le bien de la démonstration, et pour aborder les choses le plus simplement possible, nous nous limiterons au strict domaine des médias audio-visuels pour illustrer le problème mis au jour par cette affaire.

Le "débatteur" Eric Zemmour.

Le « débatteur » Eric Zemmour.

Les « débats » de France 2, RTL, I-Télé et Paris Première ont légitimé les paroles violentes et haineuses de « débatteurs » patentés comme Robert Ménard et Eric Zemmour, qui étaient les « chroniqueurs » et invités réguliers d’émissions où ils pouvaient à loisir cracher sur tous les mouvements sociétaux d’émancipation (auxquels ils appellent d’ailleurs toujours régulièrement leurs partisans à s’opposer de toutes leurs forces). Dans l’ensemble des médias, on a pu entendre discourir de manière très régulière, et trop souvent sans l’ombre de la moindre contradiction, des « invitées » comme Christine Boutin ou Frigide Barjot – cette dernière ayant fait jouer tous ses contacts médiatiques et politiques pour apparaître le plus souvent possible dans les médias, et même pour être reçue à l’Elysée, sans aucune légitimité d’aucune sorte.

N’a-t-on pas vu même Alain Soral, condamné dès 2007 pour diffamation raciale et incitation à la haine raciale, deviser et pérorer tranquillement sur les plateaux de France 3 jusqu’en 2011 ? Les exemples les plus édifiants pourraient être multipliés à l’envi. Cette réflexion n’est d’ailleurs pas limitée qu’à la France : la présentatrice allemande Sandra Maischberger a par exemple elle aussi été sous le feu des critiques cette année lorsque, pour « débattre » d’un sujet en lien avec les LGBT, elle a invité des « homophobes notoires » à s’exprimer, comme la journaliste conservatrice et anti-féministe Birgit Kelle ou le lobbyiste protestant Hartmut Steeb.

A partir de là, il n’est certes pas question de s’opposer au principe du débat en général, ni de renier le principe de la liberté d’expression. Mais il faut se demander si, dans l’espoir noble (mais vain) de représenter tous les points de vue, ou dans l’ambition plus prosaïque de faire parler de soi grâce à quelques propos scandaleux, il est bon de faire prospérer, au nom du débat, les pensées les plus extrémistes, réactionnaires et délétères.

5) Le débat éthique et « les hérétiques ».

Marcel Gauchet a beau jeu de verser dans l’insulte, en affirmant que la polémique dont il est l’objet n’est due qu’à son rejet (réel, au demeurant) des travaux de Bourdieu et Foucault. Il affirme ainsi au Nouvel Observateur :

« Pour les plus fébriles des séides [de Bourdieu et Foucault], j’ai commis le péché ultime en portant une main sacrilège sur des idoles. Ils ne veulent pas débattre. Ils excommunient, ils chassent les hérétiques. »

Gare à Torquemada !

Gare à Torquemada !

Mais la question n’est pas de « vouloir débattre » : la question est de savoir quelle sont l’ambition et la légitimité du débat posé. Quelle signification et quel crédit peut-on apporter à une série de débats sur « Les rebelles », lorsque la conférence inaugurale de l’événement est attribuée à un homme qui a justement toujours prôné une opposition résolue à toute forme de « rébellion » favorisant un tant soit peu l’émancipation et l’égalité des individus dans les domaines sociaux et sociétaux ?

D’ailleurs, que « l’hérétique » se rassure : il est d’ores et déjà soutenu par un allié de poids – le bon Michel Chassier, secrétaire départemental du Front National du Loir-et-Cher. Ce dernier vient en effet de lui adresser sur son blog ses encouragements contre « cette exclusion inquisitoriale ». Il prône la « tolérance » pour cet homme qui « réfléchit sur la démocratie et l’école » et « polit ses arguments », tandis qu’Edouard Louis, présenté par le FN comme « syndicaliste gauchiste » et « militant homosexuel », ne saurait que « surfer sur des thèmes plus accrocheurs comme l’homosexualité ». Le FN volant au secours de Marcel Gauchet : voilà bien qui montre, une fois encore, que l’on a les amis qu’on mérite !

6) Mais qui sont les rebelles ?

Plus sérieusement, on comprend sans doute mieux pourquoi c’est Edouard Louis qui, le premier, a été sensible à cette aberration intellectuelle et morale. Il revendique justement, lui, de s’être rebellé à la fois contre la classe sociale à laquelle le système l’avait assigné, et contre les injures et actes homophobes qu’il a endurés. C’est précisément autour du thème de « l’insoumission en héritage » qu’il a réuni plusieurs personnalités contemporaines, afin d’étudier les apports de la pensée de Pierre Bourdieu pour le monde d’aujourd’hui. C’est également le titre « Duras, l’insurrection » qu’il a choisi pour sa conférence-lecture au festival d’Avignon. Quel que soit le jugement que l’on porte par ailleurs sur le roman qui l’a fait connaître au (très) grand public, on ne peut douter du fait que « la rébellion » soit un thème qui lui tient à coeur et dont il parle avec intérêt.

Des rebelles des années 2000-2010

Des rebelles des années 2000-2010

Finalement, la meilleure contribution à cette série de « débats » sur la rébellion pourrait bien être l’acte de ces trois intellectuels, qui se sont justement « rebellés » à la fois contre un homme qui s’est toujours lui-même opposé aux rébellions, émancipatrices, mais aussi et surtout contre un système qui tend à promouvoir les pensées les plus extrêmes sous couvert de « débats » qui lui permettent de se donner bonne figure.

Lorsque, dans quinze ans, des sociologues et historiens se pencheront sur le thème de la rébellion dans les années 2010, ils parleront forcément de la rébellion pacifique qui a permis aux minorités d’accéder peu à peu à l’égalité des droits (malheureusement encore fort incomplète) ; ils parleront sans doute des tentatives de rébellion haineuses, lancées par des groupuscules réactionnaires pour s’opposer à cette égalité, mais heureusement avortées malgré leur violence ; ils parleront peut-être de l’acte de rébellion qui a été initié par Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et Didier Eribon, s’il permet de donner lieu à une réflexion plus large sur les conditions du « débat » et de la vie intellectuelle, culturelle et médiatique ; mais il y a bien peu de chances pour qu’ils fassent référence, en termes élogieux, au choix de Marcel Gauchet comme responsable de la conférence inaugurale des Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

Se passionner pour l’histoire, n’est-ce pas également s’intéresser au temps présent, et se pré-occuper de l’avenir ? Les organisateurs de cette édition des Rendez-vous de l’Histoire de Blois n’en semblent malheureusement pas du tout convaincus.

Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Livres | Mariage | Politique | Sociologie | 02.08.2014 - 00 h 14 | 10 COMMENTAIRES
Quand la revue « Le Débat » (Gallimard) se déchaîne sur le « problème » des couples et parents homosexuels

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Dans son numéro 180 de mai-août 2014, la revue Le Débat (rédaction : Marcel Gauchet) a réalisé un dossier intitulé « Les enfants du mariage homosexuel ». Ce dossier thématique est présenté ainsi (p. 122) :

« La filiation [dans les couples de même sexe] continue de troubler et de diviser profondément l’opinion. Face à ce foyer d’incertitudes, la bonne démarche ne saurait consister à décréter qu’il n’y a pas de problème, mais à mettre les données du problème sur la table, afin de les soumettre à un examen dépassionné et libre de préjugés. C’est ce à quoi s’efforcent les textes réunis ici ».

Une fois qu’on a lu le dossier en question, on éclate de rire (mais pas trop fort pour les femmes) en repensant au prétendu « examen libre de préjugés » qui nous a été promis. En guise d’analyse impartiale, la revue Le Débat nous offre en réalité un dossier complètement à charge contre les LGBT, faisant d’eux les prochains fossoyeurs de la civilisation, de la vertu et du bien des enfants – rengaine bien connue qu’entonnent à leur tour,  dans une belle harmonie chorale, les auteurs de ces articles.

1) Des « débatteurs » tous d’accord dès le départ.

le débatIl faut dire tout d’abord que les rédacteurs des articles n’ont sans doute pas été choisis au hasard. Ils ont en commun de faire partie du peloton de tête dans le Tour de France des réactionnaires. Parmi les six auteurs qui ont réalisé ce dossier, voici le quinté des réacs de salon cossu qui discourent sans vergogne sur les familles des autres (qui ne leur ont rien demandé) :

– le bon docteur Maurice Berger, qui accuse par ailleurs le « lobby homoparental » d’ « intoxication » et d’ « intimidation » ;

– la pédiatre Catherine Dolto, « fille de » (Françoise Dolto) et « soeur de » (Carlos), dont le principal fait de gloire est d’avoir insulté Daniela Lumbroso, et qui est devenue entretemps l’une des références du député UMP Hervé Mariton pour s’opposer au mariage pour tous ;

– la sociologue de l’art Nathalie Heinich, qui considère sans rire que le mariage pour tous s’oppose à l’équité, tout en mettant fin au principe méritocratique, et que le mariage n’a pas à « compenser les conséquences problématiques que peuvent avoir pour des individus leur refus de recourir à des arrangements avec l’autre sexe » ;

– le professeur Jean-Claude Quentel, qui affirme, lui aussi sans rire (mais comment font-ils ?), que « les phénomènes d’homosexualité » découlent directement… de la paranoïa ;

– et, last but not least, l’essayiste auto-proclamé Paul Thibaud, qui accuse tous les parents homosexuels de commettre un indigne « abus de pouvoir » envers leurs enfants.

Quelle équipe ! On se demande bien sur quel critère les « débatteurs » de la revue Le Débat ont été choisis par Marcel Gauchet et ses conseillers : peut-être s’agissait-il de déterminer qui serait le plus homophobe des rédacteurs ? Qui aurait la médaille d’or de l’argument le plus absurde ? Qui serait le champion de la pointe assassine pour défendre les enfants contre les hordes de mariés homosexuels qui leur voudraient du mal ? En tout cas, une chose est sûre : ce n’est pas la pluralité des points de vue qui a été le principal critère pour réaliser le casting des contributeurs. Dans Le Débat, on peut bien écrire n’importe quoi (et on ne s’en prive pas), mais on n’y invite pas n’importe qui !

2) Délires et absurdités : faux débat « dépassionné » mais vraie arnaque intellectuelle

Penchons-nous à présent sur le contenu des articles : que lit-on dans la revue Le Débat, lorsqu’elle publie un dossier sur « les enfants du mariage homosexuel » qu’elle promet « dépassionné et libre de préjugés » ? Ces quelques morceaux choisis vous permettront d’apprécier la qualité et l’objectivité des contributions compilées avec soin par la revue Le Débat. Par souci de concision, nous ne citerons que quelques courts extraits de chaque article : ce dossier « dépassionné » mériterait cependant de faire l’objet d’un long article pour que ses arguments soient précisément démontés un par un.

a) Nathalie Heinich (CNRS) : la lutte contre « la perversion » et la logique des « choix de vie ». 

Un livre de N. Heinich, au titre prémonitoire.

Un livre de N. Heinich, au titre prémonitoire.

Nathalie Heinich a la mémoire longue et la rancune tenace : elle regrette dans son article pour Le Débat qu’à la place du Pacs (auquel elle était déjà opposée) et du mariage, on ne se soit pas contenté pour les couples homosexuels « d’une extension du droit des concubins ». Elle a aussi l’art de noyer le poisson : pour justifier son opposition au mariage pour tous, elle cite pêle-mêle l’abolition des notes à école, le droit à la retraite anticipée pour les pères de trois enfants, la convention collective pour le cinéma français (p. 124), mais aussi les militants anti-racistes, les « supporters de sportifs handicapés », le féminisme, « l’inégale aptitude à courir le cent mètres » et même « l’inégale longueur des chaussures » (p. 127-128). Prévert lui-même n’aurait sans doute pas osé un tel inventaire ! Mais Nathalie Heinich, elle, elle ose.

En six pages, Nathalie Heinich affirme à l’envi que le mariage pour tous est « une perversion de l’idéal républicain », « très exactement, un dispositif pervers », « une multiple perversion ». Et, comme si ce n’était pas suffisant, elle ajoute, pour fustiger à nouveau « de tels dispositifs pervers » : « La perversité va souvent de pair avec le déni ». Etonnante, cette propension à parler de « perversion » en martelant le mot, dans un article sur les LGBT.

La sociologue prétend également que les militants des droits LGBT ont « invoqué, comme cela a été fait », un « droit à l’enfant »… alors que cette expression, en réalité, provient justement des opposants aux droits civils pour les LGBT ! Mais le morceau de bravoure de Nathalie Heinich est sans doute celui-ci, qu’il faut lire in extenso pour l’apprécier :

« Dans le cas [des homosexuels], l’incapacité [à procréer] ne relève pas d’une donnée physiologique mais d’un choix de vie, en l’occurrence le choix de refuser le commerce sexuel avec l’autre sexe, même dans un but purement procréatif. »

Eh oui : pour Nathalie Heinich, l’homosexualité est un choix. Elle admet pourtant trois pages plus loin que « désirs ou pulsions ne relèvent pas d’un choix », mais, comme elle n’est pas à une contradiction près, elle fustige tout aussitôt « le déni des conséquences du choix d’identité sexuelle sur l’accès à la procréation ». Aux LGBT qui ne cachent pas leur homosexualité, elle préfère en outre « les nombreux homosexuels qui choisissent de ne pas s’afficher comme tels dans toutes les dimensions de leur existence ».

Faut-il en rajouter ? En tout cas, Nathalie Heinich, elle, en rajoute. Selon elle, les LGBT qui souhaitent avoir des droits équivalents à ceux des hétérosexuels ont :

« Un mode de fonctionnement psychique qui ne connaît d’autre modalité de transaction avec le réel que le fantasme infantile de toute-puissance opposé à une autorité forcément maléfique, et forcément coupable ».

« Perversion », « fantasme infantile », « fonctionnement psychique » perturbé, « choix de vie », rejet d’un « droit à l’enfant » prétendument « invoqué »… : Nathalie Heinich remplit allègrement une ligne complète sur le bingo des arguments stupides contre les droits LGBT. Mais Le Débat a sélectionné les meilleurs joueurs, et elle aura fort à faire contre ses partenaires qui participent à la même revue…

b) Jean-Claude Quentel, Jean-Yves Dartiguenave (Université de Rennes II) : les justiciers de la Nature contre l’homosexualité.

On ne sait que choisir dans l’article des professeurs Jean-Claude Quentel et Jean-Yves Dartiguenave, tant ce qui y est écrit heurte le sens commun. Il faut avouer cependant que les deux professeurs y vont crescendo dans leur argumentation, et n’abattent pas tout de suite les cartes maîtresses qu’ils possèdent en matière d’aberration intellectuelle. Le début de l’article peut sembler honnête, voire modéré, et on imagine le directeur de rédaction du Débat être saisi d’effroi lorsqu’il a lu les quelques lignes semblant déroger à la ligne éditoriale qu’il a choisie, à savoir démolir le mariage pour tous et prouver que les droits LGBT sont une erreur pour le bien de la civilisation. Durant quatre pages (pp. 130-133), on pense comprendre en effet que les familles homoparentales pourraient élever des enfants correctement ! Diantre !

Mais le lecteur homophobe est vite rassuré par les cinq pages suivantes : on y apprend d’abord que les enfants de ces familles sont forcément victimes d’une « stigmatisation » qui a des « effets psychologiques » sur eux. Mais surtout, brusquement, et sans autre forme d’explication, l’homoparentalité est qualifiée de « préoccupation individualiste », qui exigerait de la société d’être « à la disposition de chacun de ses membres » et qui ne se ferait aucun « souci de la cohésion sociale ». Alors le crescendo commence : l’homoparentalité serait le résultat de « la complainte individualiste » et de « l’effacement de toute différence, aussi bien naturelle que sociale ». Avec le mariage pour tous, « notre société tend […] à une forme de promotion de l’identique qui aboutirait, si elle était menée à son terme, à un anéantissement du social lui-même ».

Contre les LGBT, Quentel et Dartiguenave, les Dupont et Dupond du Débat, se font alors les défenseurs tout à la fois de la Société et la Nature – qui, jusqu’à preuve du contraire, ne leur ont pourtant rien demandé. Que nous apprennent en effet ces deux penseurs invétérés ? Voici les joyaux de leur réflexion :

« L’analyse nous conduit à conclure que le contexte socio-historique réduit nécessairement les possibilités d’exercice de la parentalité par des couples de homosexuels […]. Ces couples se sont mis dans la position de ne pouvoir procréer. […] L’homosexualité porte en elle-même la contestation de la différence naturelle des sexes, plus exactement de leur complémentarité et, du coup, de la procréation. »

Quentel et Dartiguenave, insidieusement, se mettent alors à opposer l’homosexualité et la nature. Comble du cynisme, ils justifient par là-même, sans la moindre vergogne, la pénalisation de l’homosexualité. Voilà un texte qui fera sans doute fureur en Ouganda :

« Telle est la raison première pour laquelle l’homosexualité a été et est toujours condamnée dans de multiples sociétés ; il y va pour celles-ci non seulement du devenir de l’espèce, mais de celui de la société et de son organisation ».

Vous aimiez Vanneste ? Vous adorerez Quentel et Dartiguenave !

Vous aimiez Vanneste ? Vous adorerez Quentel & Dartiguenave !

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quentel et Dartiguenave, qui n’ont peur de rien, rejoignent alors, de manière tout à fait logique dans leur mode de pensée, les arguments développés en son temps par Christian Vanneste. D’ailleurs, par honnêteté intellectuelle, ils auraient pu citer le nom du député UMP, étant donné les larges emprunts qu’ils effectuent directement aux sources de son idéologie. En effet, les deux auteurs, sous le patronage tacite de C. Vanneste, reprennent l’antienne bien connue de l’homosexualité contre-nature et menant à la fin de la civilisation.

Tout LGBT ayant subi l’homophobie dans sa jeunesse a déjà entendu mille fois cet argument stupide. Il fallait malgré tout que la revue Le Débat tentât de redonner du crédit à cette théorie abjecte et délétère, en laissant s’exprimer Quentel et Dartiguenave en ces termes :

« Il n’y aurait plus d’espèce humaine si l’homosexualité était généralisée ».

Au cas où l’on n’aurait pas compris que l’homosexualité est bien « contre nature », les auteurs enfoncent le clou (pourquoi donc s’en priveraient-ils ?) :

« L’homosexualité est profondément humaine. Elle ne saurait se réduire à une affaire naturelle et se fonder sur la comparaison avec des animaux qui s’accouplent entre congénères du même sexe constitue une grossière erreur. L’homosexuel choisit comme conjoint un homme ou une femme du même sexe social que lui, et non pas un mâle ou une femelle. Ce en quoi l’homosexualité est affaire de culture. […] L’homme « pervertit » toujours sa nature et, en l’occurrence, sa sexualité naturelle […] ; l’homosexuel, quant à lui, pousse cette prise de distance par rapport à l’ordre naturel des choses jusqu’à lui substituer totalement son reclassement culturel ».

L’homosexualité décrite comme perversion suprême, comportement totalement opposé à « l’ordre naturel des choses » et affaire de choix : tout y est ! Là encore, le bingo est presque complet ! Mais les auteurs ont sans doute peur d’être mal compris, alors ils insistent, cette fois sous couvert d’un pseudo-jargon vaguement scientifisant :

« L’homoparentalité a ceci de particulier qu’elle réifie ou hypostasie le culturel, en l’occurrence le social […]. Cette « forclusion » des conditions naturelles participe d’une forme de clôture de la famille homoparentale sur son propre arbitraire social. […] En acceptant de se poser la question de l’homoparentalité, notre société tend étrangement à évacuer le registre de la nature. »

Mais est-il naturel d’écrire des âneries dans Le Débat pour déverser sa bile sur les droits des LGBT et de leurs familles ? La question n’a été ni posée ni résolue dans ces quelques pages : il faudrait que nos Dupont et Dupond se penchent sur cette nouvelle énigme.

Les auteurs concluent sur quelques phrases vagues, qui dépeignent implicitement les LGBT comme d’irresponsables égoïstes incapables de se contrôler, et qui considèreraient que « du point de vue du désir […] tout est posé comme possible », « qu’aucune limite ne doit entrer en ligne de compte dans la problématique de la recherche de satisfaction » et que « le désir d’enfant » peut « échapper à cette nécessité de se conférer des exigences ». Ils leur rappellent donc, comme s’ils avaient été attendus depuis 20 siècles pour annoncer cette grande nouvelle au monde ébahi, que, « pour des raisons proprement éthiques », « il n’est pas possible, humainement, de tout avoir ». Cela est vrai, mais il serait bon qu’ils réalisent aussi que, pour des raisons proprement éthiques, on ne peut pas non plus, humainement, raconter n’importe quoi.

c) Maurice Berger (CHU Saint-Etienne), le docteur Knock de l’homoparentalité.

knockMaurice Berger ne manque pas d’humour, puisqu’il lance en introduction : « Quels amalgames nous empêchent de réfléchir sereinement ? ». S’il veut vraiment une réponse, il n’a qu’à lire les deux articles qui précèdent le sien, ou relire sa propre production.

Pour Maurice Berger, l’homoparentalité pose « des risques » pour « le développement affectif de l’enfant ». Il accuse toutes les études réalisées à ce jour sur le sujet de comporter « des défauts méthodologiques majeurs », en prenant par exemple Martine Gross et Stéphane Nadaud (qu’il cite tous deux nommément) soit pour des imbéciles, soit pour des faussaires. Seule l’étude de Mark Regnerus, qu’il prend pour argent comptant, trouve grâce à ses yeux, alors que sa méthodologie et ses résultats sont par ailleurs extrêmement contestés.

Pour Maurice Berger, seuls les opposants à l’homoparentalité sont des êtres objectifs, honnêtes, loyaux et impartiaux. En effet, il considère que « les tenants de l’homoparentalité » utilisent tous « le bluff », « l’intimidation », « les fausses affirmations », « l’opinion personnelle » et « l’amalgame ». Pour lui, les LGBT veulent « l’indifférenciation père-mère » ; leurs revendications sont caractérisées par « l’exacerbation des désirs personnels » et « le refus de reconnaître des limites frustrantes » ; ils font des lois « des self-services destinés à satisfaire les désirs de tous ».

Les LGBT font tellement peur à Maurice Berger et à « la plupart des collègues avec qui [il] évoque la question » que, selon lui, tous ces braves gens, bien qu’opposés au mariage pour tous, « n’ont pas de lieu où s’exprimer, ou n’ont pas le courage de le faire face aux passions hostiles » (p. 142). Il faudrait que Maurice Berger et ses collègues sortent parfois de leur cabinet, et qu’ils écoutent RTL, Europe 1, RMC…, qu’ils regardent I-Télé, BFM, LCI, France 2, TF1, France 5… ou qu’ils lisent le Figaro, Valeurs actuelles, Le Point… : les opinions qu’ils disent ne pas avoir pu défendre y ont été très abondamment relayées !

Malgré son manque d’information évident, et nonobstant la terrible censure dont il se dit victime, Maurice Berger a des idées, et il tient à le faire savoir :

« Le dispositif dans lequel les enfants se portent le mieux est la famille biologique (père, mère et enfant vivant ensemble) […] Le couple hétérosexuel est ce que l’on a trouvé de mieux ».

Alors que même le Vatican ne considère plus que l’homosexualité est un choix, Maurice Berger, lui, affirme que l’homosexualité est « un choix de vie sexuelle, qui empêche ce projet de conception hétérosexuelle ». Il est absolument sûr et certain que l’homoparentalité « peut être à l’origine d’une souffrance très importante chez les enfants ».

Il faut prévenir Maurice Berger (Bonjour, Docteur !) que, si souffrance il y a, c’est plutôt celle du lecteur contraint de lire ces stupidités indignes dans une revue qui se prétend sérieuse :

« Comment une petite fille peut-elle arriver à comprendre que deux hommes qui ne veulent pas avoir de femme puissent en même temps avoir désiré une fille ? »

Avec cette phrase, on ne verse pas seulement dans l’abjection : la teneur des propos atteint la profondeur de la bêtise la plus crasse. Cette phrase montre une chose qui est cependant vraie : qu’un fait pourtant simple à saisir soit inaccessible au bon docteur Maurice Berger ne signifie pas qu’une petite fille de cinq ans soit incapable de comprendre ce même fait.

En toute sobriété, le docteur Berger conclut son article en invoquant au sujet de l’homoparentalité « le principe de précaution », comme « à propos du maïs transgénique ». La première des précautions serait sans doute d’avertir les honnêtes gens de ne pas perdre leur temps, sauf s’ils n’ont rien de mieux à faire, à lire les élucubrations du docteur Berger dans cet article.

On s’étonne d’ailleurs que le « chef de service en psychiatrie des enfants » au CHU de Saint-Etienne se permette de raconter aux lecteurs du Débat les consultations qu’il a eues avec deux enfants, et qu’il en instrumentalise ainsi le contenu aux dépens des familles qui sont venues le consulter (voir p. 144). Les familles homoparentales qui ont fait confiance au docteur Berger doivent être bien surprises de retrouver dans les colonnes du Débat la retranscription des propos que leurs enfants ont tenus dans le secret du cabinet. Il est à espérer que, sur ce point, les moeurs et pratiques du CHU de Saint-Etienne ne soient pas partagées par les centres hospitaliers qui lui sont proches, de Roanne à Givors en passant par Lyon ou Annonay.

d) Catherine Dolto (Gallimard Jeunesse) : la conquistador anti-GPA.

Catherine Dolto

Catherine Dolto

Catherine Dolto a un combat dans sa vie : lutter contre la GPA et contre ceux qu’elle appelle avec un dédain non dissimulé les « humains en mal de procréer ». Catherine Dolto n’a pas peur des contradictions, puisque, intervenant dans un dossier intitulé « Les enfants du mariage homosexuel », elle affirme qu’elle parlera de la GPA « en dehors de toute considération sur la nature des couples y ayant recours ». Elle use elle aussi d’un humour apparemment largement partagé par les contributeurs au Débat : elle dit refuser « les réponses souvent militantes, voire dogmatiques » sur la GPA… mais c’est pour mieux imposer les siennes, qui pour le coup sont très clairement militantes et dogmatiques !

Catherine Dolto commence sur d’étranges bases, puisqu’elle s’appuie étonnamment sur des définitions fausses. Ainsi, l’une de ses premières notes de bas de page indique : « Mère porteuse : la mère porte un enfant issu de la fécondation de son ovule par le sperme du père qui adoptera l’enfant ». Cette définition est peut-être la sienne, mais ce n’est pas du tout la définition commune des mères porteuses, qui, comme chacun devrait le savoir, ne portent généralement pas un enfant issu de leur propre ovule !

Si Catherine Dolto a des lacunes en matière de lexique, il semble que ça n’aille pas mieux en droit. Dans l’une des parenthèses les plus absurdes qui soient, elle affirme, dénonçant « la souffrance » de la mère porteuse et de « ses autres enfants » : « La loi en France, semble-t-il, imposerait que [la mère porteuse] ait [d’autres enfants]. » Mais Catherine Dolto n’a donc pas encore réalisé que « la loi en France » interdit strictement les mères porteuses ? Elle a pourtant eu le temps de se renseigner, puisque cette interdiction date d’il y a plus de vingt ans !

On n’oserait taxer Catherine Dolto d’ignorance, mais on peut l’accuser de mépris. Pour elle, les enfants de GPA ne peuvent avoir aucun « sentiment de leur dignité », ils sont comme « un objet ou un animal de compagnie », leur humanité est « en péril, comme celle de ceux qui l’entourent » ; ils sont comme « les animaux dans les cruels élevages industriels », et ils sont forcément victimes de « complexités névrotiques potentiellement pathogènes » (qu’en termes fort galants ces choses-là sont dites !), tout comme les mères porteuses et ses autres enfants.

L’article comporte une longue digression vague sur l’haptonomie et l’épigénétique, qui n’apportent en réalité aucun argument ni pour ni contre la GPA. Mais ce n’est pas l’avis de Catherine Dolto : pour elle, la GPA « prépare la barbarie à venir », elle empêche de « tirer le petit mammifère humain vers son humanité  » et de « canaliser la violence ». Elle est comparable aux « pratiques vétérinaires » et empêche le « respect de l’humanité » de l’enfant.

On l’aura compris : pour Catherine Dolto, ce n’est pas être humain que de recourir à la GPA, de participer à une GPA, ou de naître par GPA. Dans cette nouvelle Controverse de Valladolid, on espère que Catherine Dolto et ses partisans finiront par reconnaître, sinon une âme, tout au moins une forme de dignité humaine aux familles qu’ils conspuent abondamment, et qui vivraient tout aussi bien sans leurs admonestations grandiloquentes et dégradantes.

e) Paul Thibaud (philosophe retraité) : le cynique décomplexé.

Paul Thibaud

Paul Thibaud

Paul Thibaud est l’ancien directeur d’Esprit. Une plaisanterie courante raconte que l’on dirige « Esprit » lorsqu’on en manque. De fait, si Esprit est à l’esprit ce que Le Débat est au débat, il y a effectivement du souci à se faire.

Pour Paul Thibaud, le mariage pour tous concerne « un microcosme », et l’homoparentalité « de rares exceptions ». Il s’étonne donc que l’on ait voulu changer la loi pour si peu de monde. Pour lui, « les besoins à satisfaire n’étaient pas sociaux mais idéologiques ». Cynisme effroyable : dans une parenthèse assassine, il affirme que « les homosexuels n’étaient pas interdits de mariage » avant la loi sur le mariage pour tous. Mais il oublie de dire qu’ils étaient obligés soit de rester célibataires, soit d’épouser une personne qu’ils n’aiment pas ! L’homo refoulé, et faisant souffrir, par l’absence de sentiments réciproques, une femme qu’il n’aime pas : voilà donc l’idéal de Paul Thibaud en matière de société ?

Brandissant la menace de la montée du FN, dont il rend entre autres les homos responsables, il prétend également que « les minorités à prétention morale » comme les LGBT « repoussent vers l’abstention ou l’extrémisme » « les citoyens ordinaires ». Il reproche au mariage pour tous de « camoufler la spécificité des couples homosexuels » et reprend cette fois le cliché du prosélytisme homosexuel : « les situations sur lesquelles il faudrait aligner le droit et qui n’existent guère, on travaille (en promouvant la PMA et la GPA) à les répandre en changeant le droit ».

Mais où est donc passé le bon vieux temps, où l’on disait clairement que l’homosexualité est moralement inférieure à l’hétérosexualité ? « Ce qui a changé, déplore en effet Paul Thibaud, ce ne sont pas les pratiques, mais le parti pris de les déclarer toutes d’égale valeur ». Il regrette ce « changement des valeurs qui ont pignon sur rue ». Pour Paul Thibaud, il faudrait instaurer le placard pour tous : ce serait tellement mieux ! Il fait de Christiane Taubira l’incarnation « d’un individualisme dogmatique d’origine révolutionnaire » – rien que ça ! Voilà un homme qui sait incarner la modération et la sobriété.

Mais comment a-t-on défendu le mariage pour tous selon Paul Thibaud ? C’est simple :

« Il est remarquable que l’on ait vu converger, pour bloquer le débat civique, deux idéologies opposées, celle qui veut dissoudre le social dans le droit des individus et celle qui veut l’écraser sous une homogénéité décrétée, l’une et l’autre faisant fond sur un démocratisme abstrait, donc intolérant. La laïcité n’y trouve pas son compte ».

Le mariage pour tous serait intolérant, anti-laïc, opposé au social… N’en jetez plus ! Mais Paul Thibaud, lui, en jette encore : pour lui, l’institution de la famille « n’existe qu’en fonction de la nature » (encore elle !). Pour lui, l’homoparentalité, c’est « un fouillis d’arrangements », qui ne serait que « la parenté d’un seul », c’est « l’effacement du souci du futur », la fin du « devoir de préparer l’avenir »… Avec l’homoparentalité, il est fini, « le temps des grandes espérances, publiques et privées » ! Finie aussi, « la protection des plus faibles et des absents » ! Il n’y a désormais plus « rien qui fasse écran à la combinaison des volontés ».

Paul Thibaud n’a pas honte de comparer les enfants de couples homosexuels aux « enfants maltraités » ou à une « fille mariée de force par son père » (page 160). Partant dans des considérations abstraites et éthérées, il dénonce un « changement général du régime de moralité », la fin « des exigences qui correspondaient aux conduites de responsabilité civique », un « monde de l’individu flottant et clos, dépourvu d’incorporation à aucune institution », « la répudiation de l’idée de devoir envers soi-même », un « individu coupé de l’extérieur, sans remords ni ambition », « une désinscription de l’individu, l’effacement du sentiment de ses devoirs propres ». Paul Thibaud est un peu perdu dans tout cela : « Cette égalité régit un monde devenu comme fantomatique, indistinct et conflictuel ».

La page 162 donne tout à coup lieu à un inattendu intermède dirigé… contre l’Islam, puisque selon Paul Thibaud, certains musulmans français seraient coupables d’ « un repli hargneux et répétitif ». Maître-ès-arts du cheveu sur la soupe, et recordman patenté du coq-à-l-âne, il reproche dans le même mouvement aux LGBT de prôner « la dévaluation du commun par l’égalitarisme individualiste » et de provoquer ainsi « une intransigeance stérile », mais aussi la montée du Front National (au cas où on aurait oublié qu’il l’a déjà dit six pages plus tôt).

Pour Paul Thibaud, l’homoparentalité, c’est « la rétrogradation de la sexualité procréative » (comprenne qui pourra !) et « la promotion du choix individuel et de l’artificialisme » (mais quelqu’un sait-il ce qu’est « l’artificialisme » ?). Décidément, ma bonne dame : tout rétrograde, puisqu’on apprend une page plus loin que l’on voit « partout la rétrogradation proclamée de la nature ». Le mariage pour tous, c’est, qu’on le sache : « le comble de la réduction de l’humanité à l’individu ».

Paul Thibaud a répété dans son article que les LGBT allaient faire monter le FN. En se relisant, il a dû avoir des remords de s’être montré si modéré, puisqu’il affirme ensuite, après avoir affirmé péremptoirement que le mariage pour tous serait une revendication prétendument individualiste :

« Pour Dumont, l’individualisme pur n’est pas stable, il suscite inévitablement son contraire à quoi il s’associe. […] L’effondrement des traditions, en 1918, sous le choc d’une démocratie importée, faisant exploser un individualisme expressionniste, a, selon Dumont, été la route du nazisme. »

Intégrer le mot « nazisme » dans un article sur le mariage pour tous : Xavier Bongibault en rêvait, Paul Thibaud l’a fait ! Et si ce n’est pas le nazisme, ce sera l’islamisme (il faut apparemment croire que les musulmans sont, avec les LGBT, l’autre face du Mal combattu par Paul Thibaud) :

« Il se pourrait néanmoins que, face à la dérive comme fatale du monde post-chrétien, à son anthropologie invraisemblable, l’homogénéité islamique apparaisse un recours, du moins dans nos banlieues. […] En somme, l’observance de la charia vous place déjà, sur terre, dans le royaume de Dieu. »

Si les LGBT ne sont pas responsables du retour du nazisme, ils seront bien coupables de l’établissement de la charia ! Par esprit de retenue sans doute, Paul Thibaud ne dit cependant rien sur la responsabilité supposée des LGBT dans le changement climatique ou la diffusion du virus Ebola.

L’article se termine sur une longue digression inutile consacrée à l’éloge de Marcel Gauchet (le directeur de rédaction qui a justement sélectionné l’article !) et à une réflexion sur Cornelius Castoriadis, qui n’en pourra mais et qui ne viendra pas s’en plaindre. Il n’est jamais inutile d’être bien vu par le directeur : Paul Thibaud pourra sans doute être récompensé pour son éloge en publiant un nouvel article lors d’un prochain numéro de la revue, où l’on débat entre gens de bonne compagnie qui se congratulent et se sélectionnent les uns les autres ! Affaire à suivre, sans doute…

3) Dans Le Débat, l’arrière-garde a de l’avenir.

Ces six illustres représentants de l’intelligentsia d’arrière-garde ont donc mis à profit leur énergie et leur savoir pour parvenir à ces réflexions de haut niveau. S’ils n’ont pas été satisfaits par les courts extraits ci-dessus, les lecteurs les plus kamikazes pourront lire ici le dossier complet de la revue (à leurs risques et périls). La revue est même disponible dans tous les kiosques jusqu’à la fin août – mais vous n’êtes pas obligé(e)s d’y courir pour vous la procurer.

Marcel Gauchet, directeur de rédaction de la revue Le Débat

Marcel Gauchet, directeur de rédaction de la revue Le Débat

Si l’on se penche sur les numéros précédents de la revue, est-il bien étonnant d’y retrouver, parmi les contributeurs aux numéros récents de cette revue, de farouches opposants au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe, comme Jean-Pierre Winter, Monette Vacquin, ou l’inénarrable Sylviane Agacinski ? En outre, Marcel Gauchet étant le directeur de rédaction de cette revue qui porte si mal son nom, on s’étonne moins, à présent, des récentes polémiques qu’a causées l’annonce de son intervention aux rendez-vous de l’histoire de Blois consacrés… aux rebelles dans l’Histoire !

On trouve une recension extrêmement enthousiaste de l’un des articles de ce dossier sur Atlantico, média clairement orienté à droite. Mais la plus grande joie des auteurs de ces articles sera sans doute de découvrir que leurs thèses sont vivement acclamées par un média lui aussi « dépassionné et libre de préjugés » : le site du Vatican !

Pour continuer sur cette lancée, où le goût pour le « n’importe quoi » s’y dispute à l’obsession acharnée contre les droits LGBT, on conseille vivement à la revue « Le Débat » de changer très vite de titre, et de s’appeler, dès le prochain numéro, la revue « Le Délire ».

Famille | France | Homophobie | Livres | Mariage | Medias | People | Politique | UMP | 12.03.2013 - 10 h 23 | 29 COMMENTAIRES
Malgré le retrait officiel de son livre, Frigide Barjot continue à le vendre selon le Parisien

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Photo prise à Compiègne (60) par le Parisien.

Selon Le Parisien, Frigide Barjot continue à vendre son livre « Touche pas à mon sexe » (éd. Mordicus). Suite à une faute juridique d’importance, sa maison d’édition avait pourtant pris l’engagement solennel de retirer cet ouvrage des ventes. Si cette affirmation est vraie, cela signifie donc que l’engagement pris depuis la fin du mois de janvier par Frigide Barjot et sa maison d’édition n’a pas été respecté.

Lundi 11 mars, les principaux responsables de la manif contre le mariage pour tous, parmi lesquels Frigide Barjot, Xavier Bongibault, Laurence Tcheng et Philippe Brillault étaient réunis à Compiègne. Ils y animaient une réunion publique destinée à mobiliser la population contre le mariage pour tous. Entre 600 et 1000 personnes étaient présentes, accueillies par le sénateur-maire de la ville Philippe Marini.

A cette occasion, l’édition de l’Oise du Parisien, dont des journalistes étaient présents sur les lieux, a envoyé un tweet assez étonnant, en direct de la réunion, photo à l’appui :

#Manifpourtous à Compiègne. Les livres de Frigide Barjot se vendent comme des petits painspic.twitter.com/VBV1c2QN9Q

En effet, des dizaines d’exemplaires du livre étaient disponibles ce soir-là pour les militants qui désiraient s’en procurer. Or, cela est totalement contraire aux engagements des éditions Mordicus, qui avaient déclaré, 15 jours après la parution du livre, qu’elles retiraient cet ouvrage des ventes. Cette décision était obligatoire, puisque le titre choisi pour l’ouvrage de F. Barjot avait déjà été déposé bien auparavant par d’autres éditions : en l’occurrence, il avait été choisi pour le livre rédigé par le chirurgien Gérard Zwang, consacré au sexe féminin et paru en 2012.

Pour éviter des poursuites, l’éditeur et Frigide Barjot avaient donc accepté de cesser toute vente directe de la part de l’éditeur, de le retirer des circuits de diffusion classiques (librairies, vente en ligne), mais aussi d’en arrêter toute commercialisation par quelque biais que ce soit. On ne peut donc que s’étonner de la phrase « Les livres de Frigide Barjot se vendent comme des petits pains », alors que le livre en question est officiellement retiré des ventes, et ne devrait plus être mis à disposition !

I semblerait donc, à en croire le Parisien, que Frigide Barjot et son éditeur pensent pouvoir contourner l’engagement au retrait du livre, en profitant de ces réunions publiques pour vendre le livre malgré tout. Si les informations du Parisien sont vraies, aucun des quatre responsables présents ce soir-là ne pouvait ignorer ce procédé, et il est très étonnant qu’un homme politique comme le sénateur-maire Philippe Marini cautionne de telles ventes sauvages, non seulement en sa présence, mais qui plus est dans un lieu public dont il a, en tant que maire, la responsabilité pleine et entière.

Livres | Sexualité | 03.08.2012 - 01 h 09 | 1 COMMENTAIRES
Grâce au Kama garçons, vivez l’été indien.

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Grâce à yagg, j’ai pu lire Le Kama Gay, rédigé par Tony Mark et illustré par Theo Angeli. Je vous l’annonce tout de suite : je me suis régalé – et à plusieurs titres.

D’abord, une petite minute culturelle inspirée de l’avant-propos, pour vous faire languir un peu : le kâmasûtra est un recueil de textes indiens, écrits entre le IVe et le VIIe siècle (ce qui ne nous rajeunit pas). Chaque texte y est accompagné d’une gravure érotique. C’est de ce classique, qui présentait à l’origine des positions aussi bien hétéros, homos et bis, que s’inspirent Theo et Tony, en 2012, pour créer Le Kama Gay – et on n’est pas déçus.

Les quatre chapitres du livre en offrent pour tous les goûts (c’est le cas de le dire) et pour toutes les occasions : « Préliminaires et gâteries », « Positions du Kâma gay », « Kama Su Trois » et « Pour les solitaires ». J’imagine que les titres sont assez explicites pour que je n’aie pas besoin de les expliquer aux adultes avertis qui lisent ce compte rendu…

C’est un livre pratique et agréable à lire, comme le Kâmasûtra d’origine : les positions vont de la plus simple (L’Ange gardien : serrés l’un contre l’autre) aux plus compliquées (Le Lego, qui se joue à trois, et qui nécessite quelques efforts, ou bien Pinocchio, qui ne fait pas grandir que son nez…). Il y a quelques idées très créatives : aux positions classiques s’ajoutent ainsi des suggestions imaginatives. Pour les sportifs, le bobsleigh et le saut de l’ange mériteraient de figurer… parmi les disciplines olympiques !

Le texte de Tony Mark, qui a déjà publié deux romans gays aux éditions Blanche, est plein d’humour. On ne s’attend pas à rire autant quand on ouvre un livre intitulé Le Kama Gay ! Les titres données aux positions sont hilarants : essayez donc de trouver ce qui se cache derrière La Dorian Gray Attitude, Le bon Samaritain ou A la Hitchcock ! D’autre part, les consignes et conseils donnés sont sympas, variés, et chaque position comporte un petit « Bonus » tantôt pratique, tantôt humoristique.

Les illustrations de Theo Angeli sont sobres, bien faites, et elles sont parfois d’une précieuse utilité quand on est un peu perdu dans les indications données 😀 C’est peut-être mon goût pour le cinéma, mais j’aime bien les illustrations de La Grande Zorro, A la Hitchcock et Brokeback Mountain.

C’est un livre très plaisant à lire seul ou à deux, et il permet de stimuler un peu l’imagination. A chaque page, on se dit : « Ah oui, tiens, je l’ai déjà fait, ça, c’était bien » ou alors « Ah, ça doit être pas mal de tenter ça ». Pour certaines positions, on frémit en se disant qu’il va falloir encore s’assouplir un peu les cuisses : L’Etoile du Bolchoï par exemple ! Faites-le plein d’idées pour vos rencontres du mois d’août, ou pour épater votre compagnon, et n’hésitez pas à puiser dans ce livre plein de prétextes pour céder chaque soir à la tentation…

P.S. : A lire en écoutant Tu m’chavires (1995) de Marie-Paule Belle, naturellement 😀

« J’ te supplie, j’ me déplie, tu t’ déploies
Tu m’imploses, tu m’exploses, quel exploit !
Je m’applique, tu m’appliques tout le Kama-Sutra
Tu m’honores, je m’endors, tu r’mets ça ! »

EELV | Homophobie | International | Livres | Politique | 07.06.2012 - 20 h 14 | 2 COMMENTAIRES
Paris : Des élus Europe Ecologie – Les Verts boycottent la venue du maire de Moscou, « homophobe notoire ».

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Pierre Serne

Pierre Serne et Alain Almedro, élus Europe-Ecologie – Les Verts au conseil régional d’Île-de-France, boycotteront ce vendredi 08 juin 2012 la venue du maire de Moscou à Paris, en raison de ses orientations politiques (homophobie et « bétonnage » effréné).

Dans le cadre des travaux de réflexion autour du Grand Paris et du Grand Moscou, le maire de Moscou (depuis 2011), Sergueï Sobianine, est invité ce vendredi matin à « un petit déjeuner de travail » en Île-de-France. La réunion accueille naturellement plusieurs acteurs importants du Grand Paris, notamment dans les domaines de l’aménagement du territoire, des infrastructures et de la mobilité.

Or, au moins deux élus seront absents à cette réunion, et leur absence devrait être fort remarquée, puisqu’ils ont des responsabilités cruciales en ce domaine. Le premier absent volontaire sera Pierre Serne, 2e vice-président du conseil régional, en charge des transports et des mobilités, et administrateur du Stif (Syndicat des Transports d’Île-de-France). Le second, Alain Amedro est également vice-président de la région, en charge de l’aménagement du territoire, de la coopération interrégionale et des contrats ruraux.

Sergueï Sobianine

Les raisons de ce boycott politique de la part des deux élus EELV ? D’une part, le maire homophobe de Moscou, proche de Vladimir Poutine, a interdit aux LGBT de manifester lors de la Gay Pride, en 2011 et en 2012, au motif que Moscou « n’a pas besoin d’une gay pride« . On se souvient des reportages édifiants de Judith Siblerfeld au cours de la Gay Pride clandestine de mai 2011, et les autorités de la ville de Moscou sont connues pour leur politique répressive envers les homosexuels. Suite à une décision de justice, on apprend d’ailleurs aujourd’hui, jeudi 7 juin 2012, que la Gay Pride  est officiellement interdite à Moscou pour les… 100 prochaines années !

Dans ces conditions, Pierre Serne, président de la commission LGBT des Verts, délégué à l’Europe de l’Inter-LGBT et trésorier de l’ILGA-Europe, et qui avait été violemment agressé lors de la première Gay Pride de Moscou en 2006, ne pouvait pas imaginer accueillir l’édile de Moscou comme si de rien n’était…

Justifiant sa décision sur son compte twitter, Pierre Serne décrit également ainsi le maire de Moscou sur son compte Facebook :

Homophobe notoire ayant encore cette année, il y a quelques jours, fait réprimer la Gay Pride qu’il interdit dans sa ville […]. À un moment il faut savoir dire non et ne pas tout cautionner…

D’autre part, Serguei Sobianine se lance, selon Pierre Serne, dans des « projets délirants de bétonnage », bien loin des questions d’environnement, d’urbanisation responsable et de développement durable qui préoccupent les élus d’EELV. Une raison de plus pour se passer des conseils et réflexions du maire de Moscou lorsqu’il s’agira d’appliquer les projets relatifs au développement du Grand Paris.

 

Cinéma | Discriminations | Famille | Homophobie | International | Livres | Monde rural | 06.05.2012 - 01 h 36 | 0 COMMENTAIRES
Xavier Dolan adaptera au cinéma « Tom à la ferme » de Michel-Marc Bouchard

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C’est Michel-Marc Bouchard, dramaturge québécois, qui l’annonce sur son site officiel : Xavier Dolan (en photo ci-dessous) va bientôt adapter au cinéma sa pièce de théâtre Tom à la ferme, consacrée en particulier à l’homophobie en milieu rural.

Tom, un jeune publicitaire, part à la campagne pour assister aux obsèques de son amant. Il y rencontre sa belle-mère, et découvre avec surprise qu’elle ignore tout de leur histoire d’amour, et même de l’homosexualité de son fils. En effet, ses enfants lui ont toujours menti, et Francis, le beau-frère de Tom, est prêt à tout pour que la vérité ne lui soit jamais révélée…

Créée par Claude Poissant, en 2011, au Théâtre d’Aujourd’hui (Montréal), la pièce Tom à la ferme a déjà été couronnée par le prix de la dramaturgie francophone. Elle rencontre actuellement un grand succès au Teatro Santa Caterina de Mexico, puis, en novembre 2012, elle sera mise en scène par Eda Holmes au Factory Theatre (Toronto), mais aussi par Ladislas Chollat à l’Espace Michel-Simon (Noisy-le-Grand). Le scénario du film pourrait être finalisé d’ici un an.

On doit déjà deux beaux films à Xavier Dolan : J’ai tué ma mère (autour des relations d’amour et de haine qui unissent le jeune Hubert Minel à sa mère) et Les amours imaginaires (où deux amis, Francis et Marie, tombent tous deux amoureux du beau Nicolas). Son dernier film, Laurence Anyways, sortira au Québec le 18 mai 2012. Il raconte l’histoire de Laurence, prof de littérature, au cours de sa transition d’homme en femme.

Michel Marc Bouchard, quant à lui, a déjà écrit une vingtaine de pièces de théâtre, dont la dernière, Christine, la reine-garçon, doit être créée par Serge Denoncourt en novembre 2012, au Théâtre du Nouveau-Monde (Montréal). On lui doit cette belle phrase, qu’il a coutume de répéter, et qui est malheureusement toujours si vraie : « Avant d’apprendre à aimer, les homosexuels apprennent à mentir ». Ce à quoi il ajoutait, en novembre 2010 : « Nous sommes des mythomanes courageux ».

Discriminations | France | Homophobie | Livres | 05.03.2012 - 01 h 57 | 1 COMMENTAIRES
L’écrivain Denis Tillinac s’en prend violemment aux LGBT.

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Dans un article publié sur atlantico.fr, l’écrivain Denis Tillinac s’attaque avec virulence aux LGBT et aux féministes. Cet article reprend de larges extraits d’un discours tenu par Denis Tillinac devant les adhérents de l’UNI, ce syndicat étudiant de droite qui était l’un des plus fervents opposants au Pacs.

Dans une rhétorique désormais classique de la part des extrémistes opposés à toute évolution des droits LGBT, et en des termes que ne récuserait pas Christian Vanneste, Denis Tillinac accuse les LGBT d’imposer à la société « le miroir terni d’un narcissisme barbare » et de vouloir la transformer en une « utopie sinistre » où « les égos seraient à la fois souverains, déracinés, insatiables et interchangeables ».

La violence des termes employés à l’encontre de ceux qui sont différents de M. Tillinac fait rire jaune, lorsqu’on voit que cet homme acrimonieux se fait le chantre de l’altérité… Voici, pour les coeurs bien accrochés, un extrait de son texte détestable, où il dénie même aux couples de même sexe la qualité de « couples », en les appelant dédaigneusement des « paires » :

Le féminisme made in USA et le militantisme « gay » de la gauche conpirent (sic) à l’instauration d’un androgynat, selon cette logique de l’indifférencié qui récuse l’altérité des genres. Pour nous, un homme n’est pas une femme, une paire n’est pas un couple et dans une cité civilisée, l’individu n’a pas tous les droits, il doit prendre en compte son héritage et sa postérité. Nous refusons l’utopie sinistre d’une société dont les égos seraient à la fois souverains, déracinés, insatiables et interchangeables. Un monde sans altérité où le même serait réduit à ne dialoguer qu’avec soi dans le miroir terni d’un narcissisme barbare.

Mais où ces gens puisent-ils une telle haine à l’égard des LGBT ?

Associations | Gay Pride | Homophobie | International | Livres | Medias | Politique | Religion | 08.10.2011 - 08 h 42 | 0 COMMENTAIRES
19 octobre 2011 : Journée nationale de l’homosexuel marocain

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Dans un article déjà lu plus de 5000 fois en une semaine sur yabiladi.com, et repris par gaymaroc.com, Rim Battal nous rappelle que la Journée nationale de l’homosexuel marocain, organisée pour la troisième année consécutive, aura lieu le 19 octobre 2011.

Samir Bargachi, coordinateur de l’association marocaine Kif-kif pour les LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) vient en effet d’annoncer que son association organisera bien, une nouvelle fois, cette journée nationale. Elle aura lieu au soir du 19 octobre, dans le centre-ville de Sebta/Ceuta, au sein du club rock « le Sala Café ». Ceuta succède ainsi, dans la liste des villes où cette soirée aura été organisée, à Marrakech (2009) et Rabat (2010).

Samir Bargachi rappelle la symbolique de la date choisie : « Cette journée nationale est destinée à célébrer l’anniversaire de Leila Amrouche, une homosexuelle marocaine qui, sous la pression et devant le déni social, a mis fin à ses jours ». Au programme de la soirée à Ceuta figurent le discours d’ouverture de Samir Bargachi, puis un ensemble de groupes de musique marocains et une distribution du mensuel Mithly, publié par Kif-Kif.

Dans une société où l’homosexualité est encore fortement réprimée, et suite à un article erroné du journal Hespress, Samir Bargachi tient à se distancer de la Gay Pride : cette expression sert, selon lui, « à rabaisser les milliers de Marocains à tendances homosexuelles ». Cependant, si les participants à cette journée resteront calfeutrés au sein du club au lieu de se montrer au grand jour dans les rues de la ville, ce sera sans doute moins pour des raisons idéologiques que par prudence (qui restera toujours mère de la sûreté) : les relations homosexuelles sont passibles au Maroc d’une peine allant de six mois à trois ans d’emprisonnement, ainsi que d’une amende à verser pour chaque « acte licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe ». Ainsi, Kif Kif est basée à Madrid, et les quelques subventions versées au magazine Mithly viennent de l’Union Européenne, et non de l’Etat marocain.

Cette journée nationale, si modeste soit-elle, aura-t-elle le soutien des médias français, communautaires ou généralistes, et de quelques politiques français, prétendument amis de longue date du peuple marocain ? On ignore pour le moment si les grands écrivains homos marocains, Abdellah Taïa et Mohamed Leftah, participeront ou non à cette journée.

Les commentaires relevés sur internet font souvent froid dans le dos. Voici un florilège hélas non-exhaustif des commentaires parus sur le site hespress.com :
« ONE OF THE REASONS THAT ALLAH BRINGS ALL THIS TSUNAMIS AND EARTHQUAKES TO THE WORLD, BECAUSE OF THE TRANSGRESSIONS OF HOMOSEXUALITY, U HAVE SHAKEN YOU MALE MEMBER IN A PLACE WHERE IT DOESN’T BELONG HE TOO WILL SHAKE THE EARTH »,
« ON ARRETE LES ISLAMISTES POUR DONNER LA LIBERTE AUX HOMOSEXUELS C’EST UN DROLE ETAT ISLAMIQUE QU’ON A AU MAROC »,
« il ne faut pas que le gouvernement marocain se taise devant cette minorité de malfaiteurs qui veulent détruire le Maroc et salir notre religion qui est l’Islam, je suis d’accord avec le n° 12 « saoudi kool », il faut les battre et les renvoyer de notre pays, ils n’ont qu’aller vivre ailleurs aux pays de gays, d’athés, et des non croyants. qu’ils nous laissent tranquils »,
« Je suis trés consterné par cette nouvelle,car cette fois cela se passe sur le pas de notre porte,croyez moi, je crains pour mon pays, la toute petite étincelle de foi qui reste encore en nous ,ils cherchent à l’éteindre ,afin qu’on devienne des corps sans âmes ,comme en occident, ainsi nous accepterons tout au nom de la libérté,que Dieu la maudisse cette libérté et qu’Il anéantisse les adeptes de celle-ci,car moi, la mienne de libérté,se trouve dans le cadre que mon Créateur m’a préscrit,et j’ai déja du mal à la réspecté par moments,à cause de vos conneries. Je suis conscient que l’occident a beaucoup d’avance sur nous,côté téchnologique,industriel,justice sociale…etc,rien ne nous empêche de les imiter dans ces domaines là,mais pas dans la débauche,et la dégradation des moeurs.l’ouverture, ce n’est pas écarter ses fesses,mais c’est plutôt,élargir ses horizons. Je compte sur tous les marocains qui luttent pour garder l’étincelle allumée,de veiller prudemment afin d’empêcher que cela se produise chez nous »
« si nosotros somos un pais musulman pues tenemos que actuar como tal,sino el castigo de dios alcanzara a todos »
« je suis d’accore avec ceux qui dise qu’il faut les priver de la nationalité.on veut plus qu’il fassent partie de nous .LA BONNE CAUSE »
« Naturellement sont des malades »
« This cannot be done in Morocco. We’re Muslims, and Morocco is and will be a land of men, not homosexuals. We’d never ever allow such nonesense to happen on our land. These people misunderstand the freedom of expression; there’s a fine line between freedom and anarchy. If we allow such things, tomorrow everybody will imitate them. The state would open the door for all kinds of aberration. This is nothing, but tghe steps of the satan. In the West, homosexuals marry each other, women take to the street naked, lesbians live together, among others. However,, Morocco is an Islamic country, and if we allowed such things, our children would grow up with these things as if they were normal: that’s why the Europeans and Americans find homosexuality quite normal. Anyway, we’ve to combat these aberrations at any cost to protect our kids against chaos »
« Vous êtes où mnt ceux qui se manifestent pour dire rien du tout finalement, pour détruire physiquement et psychiquement notre Maroc….?? C’est maintenant qu’il faut apparaitre et SE MANIFESTER pour de vrai.
Ayez pitié de nous et de vous de même, Mon Dieu, ils sont ignorant ils ne savent pas ce qui se passent après »

Au passage, petite leçon de vocabulaire grâce à la lecture des commentaires : apparemment, l’injure équivalant à « pédé » ou « tafiole », au Maroc, c’est « fev », « fifi » ou « farfoure »…

Pour en savoir plus :

Le blog de Samir Bargachi : fr.bargachi.net
Article de Yabiladi : http://www.yabiladi.com/articles/details/7039/journee-nationale-l-homosexuel-marocain-tiendra.html
Article de Hespress en marocain : http://hespress.com/societe/38579.html
Présentation et site du magazine Mithly : http://www.mithly.net

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