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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Famille | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Justice | Politique | UMP | 11.09.2014 - 01 h 30 | 13 COMMENTAIRES
Florilège : Pour le bien des enfants, les opposants à la GPA sont prêts à leur faire tout le mal possible.

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La Gestation pour Autrui est en train de redevenir le cheval de bataille préféré de la droite et des conservateurs. Pour faire le point sur la manière dont cette question est traitée par ses détracteurs, voici un petit florilège des propositions et arguments anti-GPA lus et entendus durant ces dernières semaines. Déclarations malveillantes, condamnations extrêmes et suggestions farfelues se disputent la médaille d’or dans la catégorie « Pire du Pire ». Que les parents condamnés par avance lisent ce petit texte, et choisissent le supplice auquel ils auront peut-être la chance d’être soumis par l’un ou l’une de ces quatre humanistes auto-proclamés, qui rêveraient certes de faire du mal aux gens – mais toujours au nom du Bien, pour garder malgré tout une apparence de vertu.

1) Jean Léonetti : « Une peine de prison d’un an, ce n’est pas si lourd ».

Jean Leonetti

Pour le bien des enfants, mettons leurs parents en prison. C’est la proposition du député Jean Léonetti, à qui l’on doit cette phrase tout à la fois grotesque et méprisante, mais dont il est apparemment fier : « Une peine de prison d’un an, ce n’est pas si lourd ». Pour un enfant qui attend ses parents, M. Léonetti, un an, c’est lourd, et c’est long. Et pour ses parents aussi, qui ont eu pour seul tort de lui donner la vie.

Pour Jean Leonetti, « il faut punir les parents qui ont considéré une femme comme un ventre à louer et un enfant comme un objet à naître ». Comme la peine qu’il a trouvée (un an de prison) ne lui semble pas si lourde, il faudrait sans doute que les parents en question le remercient ! Mais Jean-Leonetti est un peu triste, sinon parce que les futurs emprisonnés sont ingrats envers lui, tout au moins parce qu’il se heurte à l’incompréhension de certains de ses amis. En effet, s’étonne le député : « Ils prétextent que ma proposition va trop loin » ! Jean Léonetti ferait bien de se remettre un peu en question, avant de vouloir mettre les gens en prison : il est encore temps pour lui de retrouver le chemin de la raison !

2) Sylviane Agacinski : Les parents d’un enfant né de mère porteuse « pourraient, par exemple, être déclarés tuteurs de l’enfant ».

sylviane agacinski

Sylviane Agacinski

Pour le bien des enfants, Sylviane Agacinski appelle dans Ouest-France, derrière une proposition dont la façade peut sembler généreuse, à refuser de reconnaître comme tels les parents biologiques d’un enfant, bien qu’ils se revendiquent comme tels (dans le cas d’un couple hétéro), ou bien à rejeter purement et simplement la parentalité du père biologique et de son compagnon désirant tous deux élever l’enfant (dans le cas d’un couple homo). Ainsi, la philosophe propose tout simplement de remettre au goût du jour une politique similaire à celle qu’on appliquait autrefois aux « bâtards » en Occident : les parents biologiques du bâtard, qui auraient souhaité le reconnaître, ne doivent surtout pas être officiellement instaurés par la société comme parents en tant que tels. Et la raison de tout cela, s’il-vous-plaît ? Elle est simple : c’est que Sylviane Agacinski, elle, a décidé qu’il était de bon ton qu’un parent biologique et/ou social ne soit pas reconnu comme parent de son enfant alors même qu’il le désire. Elle trouve plus juste et plus humain de déclarer qu’il en est « le tuteur ». CQFD.

Mais rappelons tout de même ce qu’est un tuteur : « La tutelle s’applique au mineur qui n’a plus (ou n’a jamais eu) aucun parent apte à exercer l’autorité parentale ». Et le tuteur ne gère que « les actes les plus courants ou les moins graves » dans la vie de l’enfant, et en plus « sous la surveillance du subrogé tuteur » ! Il n’est pas compétent pour « les décisions les plus graves (par exemple, une intervention chirurgicale) » qui, elles, « sont prises par le conseil de famille, présidé par le juge des tutelles et composé par des membres de la famille ou des personnes qui s’intéressent à l’enfant ou par le juge des tutelles ». Pour Sylviane Agacinski, le bonheur de l’enfant passe par l’humiliation des parents, et par la propre satisfaction individuelle qu’elle semble tirer personnellement de cette humiliation quotidienne.

3) Pr Henri Joyeux : « Ces enfants pourraient être adoptés par les 30 000 couples homme-femme agréés pour adopter ».

Henri Joyeux

Pour le bien des enfants, Henri Joyeux, le Professeur Henri Joyeux, n’est jamais à court d’âneries pour égayer le landernau réactionnaire à l’extrême. Sur son site, et dans un texte repris par un site catholique traditionaliste, Henri Joyeux se lance dans un brulôt anti-GPA : « Que faire des enfants nés par GPA à l’étranger ?  […] Ces enfants pourraient être adoptés par les 30 000 couples homme-femme agréés pour adopter, qui attendent sans tricher et seront prêts à donner à l’enfant tout ce dont il a besoin. On ne fonde pas une relation d’amour, a fortiori avec un enfant, sur de la tricherie. » Il est sûr qu’Henri Joyeux cherche le bien de l’enfant, puisqu’il prétend même l’arracher des bras de ses parents qui l’ont désiré et qui l’aiment, et dont au moins l’un des deux est le parent biologique de l’enfant. Renions toute humanité, nions tout lien biologique ou social revendiqué par le(s) parent(s) d’intention, et faisons semblant de défendre le lien biologique qui unit l’enfant à la donneuse anonyme d’ovocytes – le tout bien sûr dans l’intérêt de l’enfant, qui se retrouvera orphelin et adopté pour faire plaisir au professeur Joyeux !

C’est que le professeur Henri Joyeux a une vision toute particulière de la GPA, dont voici la retranscription mot pour mot : « deux hommes font de l’enfant un objet-esclave d’un désir d’adultes qui cherchent leur intérêt et exploitent un enfant.« . On comprend bien les aimables sous-entendus. Mais pour celles et ceux qui préfèrent les images, Henri Joyeux a une métaphore toute trouvée, qui fleure bon la campagne : « On crée des enfants comme on fait des veaux. La vache qui vient de mettre bas et donne son lait (à qui et pour quels résultats ?) est re-inséminée pour élargir le cheptel. Le veau ne sera pas mis sous sa mère. La GPA fait la même chose ». Et si on n’a pas compris la première fois, la seconde sera peut-être la bonne : « Au nom de l’amour et du désir d’enfant on rend une femme esclave, on achète un enfant comme on achète le petit veau. » Voilà un passage qui permet de relier deux combats en un : on rappelle que le professeur Henri Joyeux est aussi un fervent opposant à la consommation de lait de vache par les humains (si, si, c’est vrai).

Et on a bien compris que les seuls dignes d’adopter cet enfant seraient « des couples homme-femme ». Eh oui, la rengaine est à présent bien connue : complémentarité des « opposés », altérité sexuelle, harmonie de la dualité nécessaire à l’épanouissement, etc. A l’inverse : les couples de même sexe, selon Henri Joyeux, sont indignes d’élever des enfants, ça va de soi.

4) Catherine Dolto : « Autoriser la GPA, c’est probablement faire un grand pas vers la barbarie ».

Catherine Dolto

Catherine Dolto

Avec Catherine Dolto, les barbares sont de retour. Enfin, selon elle, le barbare, c’est l’autre (comme toujours), et en l’occurrence : celui qui recourt à la GPA. Après les veaux du Docteur Joyeux (ça ne s’invente pas), le bestiaire de Catherine Dolto vient compléter la métaphore animale : « On a réifié les animaux et on va donner aux enfants un statut d’animal, de produit dont le destin est de rendre heureux une famille, comme un petit chien comme un petit chat » (sic). Pour le bien des enfants, elle se fait prophète en son pays : « Ce qui est à craindre, c’est qu’un enfant qui découvre qu’il est né de GPA perde le respect pour lui-même et pour les adultes à l’origine de cette transaction et que cela déclenche en lui une très grande violence » ! En tout cas, on ne peut pas dire qu’elle montre l’exemple en termes de respect envers les gens. S’il serait cruel de rappeler sa condamnation pour injures envers la pauvre Daniela Lumbroso qui n’en pouvait mais, on peut toutefois songer avec un peu d’amertume aux propos bien peu respectueux qui lui ont valu une place de choix dans la dernière livraison de la revue Le Débat.

Prison, déchéance des droits parentaux, accusations de barbarie… Sous l’Inquisition, on torturait les accusés pour les rapprocher de Dieu. Ici, on cherche les châtiments les plus exemplaires pour punir les mécréants qui oseraient outrepasser les limites établies par Agacinski, Joyeux,  Dolto, Léonetti and co. Quoi qu’il en soit, les parents d’enfants nés par GPA ont bien du souci à se faire, et leurs enfants aussi : les personnes bien intentionnées sont tout à fait décidées à s’en prendre à eux de la manière la plus dure possible… mais pour le bien des enfants, naturellement.

Mise à jour au 07 octobre 2014 : les déclarations les plus abjectes se ramassent à la pelle. On notera ainsi les articles suivants, recensés au fil des jours :

– Le député Jean-Frédéric Poisson appelle à l’exil des Français ayant eu recours à la GPA

– Une certaine Anne Vigerie, porte-parole d’elle-même et d’une association fantôme, appelle à tout ce qu’elle peut, et en particulier « à la déchéance des droits parentaux des deux parents ».

Le Corp, qui ne se lasse jamais, fait du lobbying pour que les parents soient désignés comme « dépositaires de l’autorité » ou « tuteurs », ce qui, de fait, les déchoit de leur statut de parents.

Famille | Gestation pour Autrui | International | Justice | 07.08.2014 - 04 h 35 | 22 COMMENTAIRES
Gestation pour Autrui : Comment comprendre l’affaire « Pattaramon Chanbua vs. David Farnell » ?

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En moins de 48 heures, les noms de la jeune Thaïlandaise Pattaramon Chanbua et de son bébé Gammy sont devenus célèbres dans le monde entier. Leur sort a soulevé une vague d’indignation internationale, ainsi qu’un impressionnant élan de solidarité à leur égard.

Cependant, cette affaire ne doit pas être interprétée, comme certains l’ont fait trop hâtivement, comme un argument infaillible pour condamner la gestation pour autrui. Elle montre au contraire que, pour éviter de tels drames, le processus de GPA doit être autorisé et encadré.

1) Après cinq jours de rebondissements, quels sont les faits certains ?

Tous les médias (presse écrite, radio, télévision, internet…) ont parlé de Pattaramon Chanbua en ce début d’été 2014. Même pour les vacanciers du mois d’août qui auraient choisi de ne pas les consulter, impossible malgré tout d’échapper à cette affaire : elle a été abondamment relayée sur les réseaux sociaux, et elle a fait l’objet de très nombreuses discussions. Au-delà de l’emballement médiatique et des réactions à vif, essayons de reconstituer ce qu’il s’est passé.

La naissance de cette information remonte d’abord à deux sources médiatiques principales. D’abord, le quotidien thaïlandais Thaï Rath, le journal le plus lu en Thaïlande, a fait connaître l’histoire au niveau national. Puis le journaliste Lindsay Murdoch, du groupe australien Fairfax Media, très vite suivi par l’AFP, a relayé l’information à l’échelle internationale. Ainsi, plusieurs rebondissements ont été dévoilés, au gré des articles et reportages du Thai Rath, du Sydney Morning Herald, de l’Agence France Presse, des chaînes australiennes ABC ou Channel 9, du Bunbury Mail, etc. – qui ont diffusé l’un après l’autre des interviews et témoignages exclusifs des différents protagonistes.

Sri Racha

Sri Racha

Résumons ce qui semble certain à l’heure actuelle : en décembre 2013, Pattaramon Chanbua, une Thaïlandaise de 21 ans, habitant Sri Racha et de condition très modeste, met au monde un garçon et une fille pour David et Wendy Farnell, un couple de classe moyenne vivant en Australie occidentale. Au cours de la grossesse, les médecins découvrent que Gammy, le garçon, souffre de trisomie 21. La mère porteuse ne souhaite pas avorter. A l’accouchement, il s’avère que le garçon présente également des difficultés pour respirer. Le couple repart en Australie avec la fille, mais laisse le garçon à la mère porteuse.

Le 22 juillet, une campagne de dons est lancée en Thaïlande, d’abord de manière anonyme, puis soutenue par une association caritative australienne qui vient en aide aux enfants thaïlandais depuis 2004. Selon cette campagne, relayée par les médias internationaux à partir du 1er août, Gammy souffre d’une grave malformation cardiaque. La mère porteuse thaïlandaise témoigne alors dans les médias nationaux puis internationaux : elle accuse les parents australiens d’avoir abandonné leur garçon, et elle annonce que le garçon mourra si elle n’obtient pas l’argent nécessaire pour le faire opérer. En une semaine, cette campagne récolte environ 250 000$, et les dons continuent d’affluer.

2) Victimes idéales, coupables parfaits.

Dans cette affaire, les victimes sont idéales pour le sensationnalisme médiatique : Pattaramon est une jeune fille pauvre, abandonnée et exploitée, dont le bébé, abandonné lui aussi, est doublement malade… L’âme de chevalier blanc qui sommeille en chacun d’entre nous se prend forcément d’affection pour ce duo, qui ressemble à s’y méprendre au mythe bien connu de la veuve et l’orphelin. Le ministre de l’Immigration du gouvernement de Tony Abbott va ainsi jusqu’à qualifier la jeune fille de « sainte ».

Bunbury, la ville des Farnell.

Bunbury, la ville des Farnell.

De l’autre côté, les coupables sont dignes des plus beaux mélodrames : lâches devant la maladie de l’enfant, irresponsables en tant que parents biologiques, riches arrogants qui profitent de l’inexpérience d’une jeune fille pauvre… Ces Thénardier modernes sont obligés de se terrer dans leur maison de Bunbury face à la vindicte mondiale qui s’abat sur eux, et les journalistes, une fois qu’ils ont trouvé leur adresse, font très vite le siège de leur maison.

Un scoop de plus accable David Farnell, lorsque les médias australiens, qui ont eu accès à son casier judiciaire, découvrent qu’il a été condamné pour pédophilie en raison d’actes commis dans les années 80 et 90. La sanction semble alors inévitable, et le jugement est sans appel pour bien des personnes : les Farnell sont des monstres, leur comportement est innommable, et la GPA doit être condamnée.

3) La parole est à la défense.

Malgré tout, de très nombreuses zones d’ombre subsistent encore, et il faudrait éviter, dans des cas complexes comme celui-là, de réfléchir « avec ses tripes » ou de raisonner trop vite sous la tyrannie de l’émotion.

Objection, votre honneur !

Objection, votre honneur !

D’abord, les versions données par la mère porteuse, le couple américain et l’agent qui les a mis en relation sont parfois contradictoires entre elles. La multiplicité des sources d’information médiatiques qui ont tenté d’éclairer cette affaire n’aident pas à la rendre plus compréhensible, bien au contraire. Pour ne donner que quelques exemples : quand la mère porteuse affirme que le couple a lâchement abandonné l’enfant, l’agent rétorque que c’est la mère porteuse qui a proposé de le garder. Quand la mère porteuse déclare que les parents ont vu leurs deux enfants et ont refusé d’emmener le garçon, le père répond qu’il n’a jamais vu Gammy et qu’on lui a interdit de l’emmener car il n’avait plus qu’un jour à vivre selon les dires des médecins. Et que l’on ne croit pas l’agent et les parents d’accord contre la mère porteuse : tandis que l’une accuse les autres de mentir, ces derniers indiquent que leur expérience avec l’agence a été « traumatisante ».

Pire : les témoignages tels qu’ils sont rapportés par les médias ne sont pas non plus exempts de contradiction… dans les discours tenus par une même personne. La mère porteuse a d’abord affirmé que le couple a voulu qu’elle avorte, puis elle a accusé l’agent d’avoir voulu la faire avorter. Les époux Farnell auraient d’abord prétendu n’avoir jamais entendu parler du garçon, avant de dire qu’ils n’avaient pas pu l’emmener à cause de sa santé fragile et des autorités thaïlandaises.

Ensuite, selon l’hôpital Samitivej Sriracha, où l’enfant a été hospitalisé à sa naissance, l’enfant n’aurait pas de malformation cardiaque, et sa vie n’aurait jamais été en danger, contrairement à ce que la campagne internationale de dons a affirmé. Interrogé par le Bangkok Post, le porte-parole de l’hôpital affirme en effet que ce qui était considéré comme un gravissime trou dans le coeur est en réalité une infection pulmonaire, une pneumonie qui serait tout à fait banale à son âge, et qui est aujourd’hui quasiment guérie. L’enfant devrait donc sortir de l’hôpital d’ici quelques jours. Il dispose d’un « coeur solide et en bonne santé » !

Autre zone d’ombre : rien n’est dit sur le contrat de départ, pièce pourtant essentielle dans le cadre d’une gestation pour autrui. Si l’on recoupe les différentes déclarations, c’est l’agent elle-même, Kamonthip Musikawong, qui aurait conseillé à la jeune fille d’avorter au bout de sept mois de grossesse ! Pour se justifier, l’agent a cette phrase horrible, en reparlant du moment où elle apprend que le bébé est atteint d’autisme : « We just didn’t know, if this happened, what we are going to do » – « Nous ne savions simplement pas, si cela arrivait, ce que nous allions faire » ! Mais ce genre de cas, rare mais dramatique, aurait naturellement dû être prévu bien avant la grossesse, dans un accord écrit entre les parents d’intention et la mère porteuse !

Logo de l'agence IVF Parenting

Logo de l’agence IVF Parenting

Alors, justement, quel a donc été le rôle de l’agent Kamonthip Musikawong ? L’agence de surrogacy IVF Parenting, qu’elle a fondée début 2013, a tout simplement disparu, et son CV ne fait pas d’elle une personne particulièrement désignée pour assumer cette charge (difficile) : Kamonthip Musikawongg est diplômée… en biotechnologies agricoles ! Les différentes déclarations montrent que cet agent n’a en rien assumé son rôle : elle n’a par exemple apparemment pas du tout informé les clients sur les lois thaïlandaises ; elle n’a pas procédé à une information suffisamment claire envers les parents et la jeune fille ; elle a recruté la jeune fille dans des circonstances qui n’auraient absolument pas dû lui permettre d’être mère porteuse (jeune fille pauvre et endettée), etc. Les déclarations de Pattaramon Chanbua et des parents australiens se contredisent certes, mais elles convergent tout de même assez souvent pour accuser l’agent de mensonges, voire d’escroquerie : Pattaramon Chanbua l’accuse même de ne pas lui avoir versé tout l’argent qu’elle lui doit !

Du point de vue du traitement médiatique de cette affaire, on regrette que les différents médias aient rendu l’affaire publique avant de connaître des éléments importants dans le déroulé des faits. Les époux Farnell n’ont qu’à peine parlé, et ils n’ont pas encore livré leur version des faits (leur fils promet qu’ils s’exprimeront bientôt), et ils ont été condamnés par la vindicte mondiale avant même d’avoir pu réellement s’exprimer dans les médias. En outre, il y a tellement d’arguments opposés dans les différentes versions en présence, qu’il est difficile de pouvoir s’exprimer clairement sur cette affaire sans attendre que la police, la justice et les services sociaux d’Australie aient mené leurs propres enquêtes.

4) Les amalgames se ramassent à la pelle : Haro sur la GPA !

Malgré toutes les précautions qui devraient être d’usage en pareil cas, l’occasion est trop belle et trop tentante pour les opposants à la GPA, qui comptent bien ne pas la laisser passer.

Ludovine de la Rochère

Ludovine de la Rochère

En France, La Manif pour Tous interrompt ses vacances : elle publie dare-dare, en deux jours, deux communiqués différents et une vidéo (où la GPA devient « la Grossesse Pour Autrui » – signe d’une connaissance approfondie du sujet…).  Dans le premier communiqué, elle prend prétexte du drame australo-thaïlandais pour appeler à manifester le 05 octobre 2014 contre, pêle-mêle : « la PMA pour les couples de femmes et les célibataires, la reconnaissance progressive de la GPA (mères porteuses), l’enseignement du genre à l’école (ni ABCD, ni malette pédagogique, ni plan pseudo-égalité), le matraquage fiscal des familles, la réduction du congé parental… » Le communiqué conclut : « Trop c’est trop ! »

Dans le second, elle s’écrie, toujours en se basant sur l’affaire Pattamaron Chanbua : « La familiphobie visant à déconstruire le lien Père-Mère-Enfant et à fragiliser l’identité sexuelle Homme-Femme doit cesser ! » Elle appelle donc à faire considérer la GPA, au niveau international, comme une forme de traite des enfants, et à faire intégrer cette définition dans la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), afin qu’elle soit prohibée définitivement à l’échelle mondiale.

L’Osservatore Romano, le journal du Vatican, s’indigne en une contre la pratique des mères porteuses :

« Nous ne devrions pas nous étonner que, si des parents commandent un bébé en louant le ventre d’une mère, ils rejettent l’enfant s’il n’est pas parfait et en bonne santé. […] Si l’enfant devient un produit à acheter, il est évident que, comme pour toute acquisition, il doit être conforme aux souhaits du client. […] En réalité, il n’y pas vraiment de quoi d’indigner – si l’on accepte la logique qui transforme l’enfant en produit, tout ceci n’est qu’une conséquence évidente ».

Il fustige en outre « la culture du déchet qui s’imbrique avec l’esprit mercantile, y compris quand il s’agit de la vie et du corps humain ».

Le Figaro, qui a cet avantage de ne décevoir jamais dans ses choix éditoriaux si pertinents, s’empresse de donner la parole au militant anti-avortement Jean-Marie Le Méné, pour qui les couples ayant recours à la GPA sont forcément ce « client-roi parfaitement odieux qui bouffe ce qui lui plait ».

Bien sûr, les autres médias ne sont pas en reste, et l’on peut ainsi voir France 2 annoncer fièrement un reportage sur « le commerce des ventres en quelques clics », et Libération titre en une : « Ventres à louer, le malaise » (le titre du quotidien est cependant bien infidèle au contenu du dossier, qui est beaucoup plus nuancé et approfondi que le titre pourrait le laisser présager). Le Guardian ne s’encombre pas de réflexions inutiles : pour la chroniqueuse Suzanne Moore, la GPA est « un commerce écoeurant », et cette affaire le prouverait.

GPA delenda est ? Comme Carthage autrefois dans les discours de Caton l’Ancien, qui appelait à la destruction de la ville quel que fût le thème qu’il traitait, il semble que la GPA doive être détruite et consumée, quoi qu’il en coûte. En attendant la fin rêvée par certains de la GPA, cette triste affaire pourrait déjà avoir une première conséquence juridique internationale, selon le célèbre avocat australien Stephen Page (très investi sur les questions de gestation pour autrui) : des dizaines de bébés, portés par des Thaïlandaises pour des couples australiens, pourraient, à leur naissance,… être placés directement en orphelinat.

Pour ne pas verser dans ces emportements ludovinesques, dont l’auteur bat la campagne à coup d’arguments-chocs comportant inlassablement les mots « esclaves », « catalogues » et « service après-vente », essayons de conclure en analysant posément la situation juridique dans laquelle s’est inscrite la démarche des Farnell, et en étudiant ce que l’on peut vraiment tirer de cette affaire au sujet de la GPA.

5) Les « lois de l’enfantement » en Australie et en Thaïlande : petit voyage politique et juridique.

Dans le rythme effréné de l’actualité, il est en effet nécessaire de se raccrocher parfois au temps long de l’organisation politique et juridique des Etats. Pour mieux comprendre le dessous des cartes, il semble donc indispensable de faire ici un bref détour par la géographie politique et le droit.

a) L’Australie et l’Etat de West Australia : une surrogacy encadrée mais très limitée.

L'Australie

L’Australie

L’Australie, comme chacun sait, est un état fédéral. Ce Commonwealth of Australia est composé de six Etats et de trois Territoires (si l’on s’en tient à l’Australie continentale), qui ont chacun une législation propre en ce qui concerne la Gestation pour Autrui. En Australie occidentale, l’Etat où vivent les Farnell, la gestation pour autrui est tolérée, mais sous des conditions très strictes que l’on peut résumer ainsi :

  • – la gestation pour autrui doit être altruiste, et ne donner lieu à aucune rémunération de la mère porteuse ;
  • – elle doit répondre à un problème d’ordre strictement médical qui affecte la femme qui y a recours (celle-ci doit être en âge de procréer, et célibataire ou en couple hétérosexuel) ;
  • un contrat doit être établi avant la grossesse, et validé par un Conseil des Technologies Reproductives (RTC).
  • – la mère porteuse doit répondre à des critères très précis (âge, enfants,…) ;
  • – les parents et la mère porteuse doivent avoir des échanges fréquents depuis plus de deux ans ;

Quelle que soit la suite de cette affaire, il faudra déterminer très précisément pourquoi le couple incriminé n’a pas eu recours à cette solution. Est-ce un problème de coûts, puisque la GPA n’aurait de toute façon pas été remboursée ? David Farnel a-t-il eu peur d’être rattrapé par son passé ? La mère ne souffrait-elle pas d’un mal médical qui aurait été reconnu par le RTC ? Le couple n’a-t-il pas trouvé de mère porteuse en Australie ? Le choix de la Thaïlande par ce couple est l’un des noeuds du problème.

b) La Thaïlande : un pays troublé, dirigé par la junte militaire

Général Prayut Chan-O-Cha, à la tête de la junte

Général Prayut Chan-O-Cha, à la tête de la junte

La situation politique est compliquée en Thaïlande, où la junte militaire est actuellement au pouvoir. Les conditions de la gestation pour autrui ont toujours été très floues dans ce pays, partagées entre des lois permissives, des règlements plus contraignants et une situation réelle où, comme dans d’autres domaines, les faits ne sont pas toujours en adéquation avec ce qui est légalement prescrit.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est que, selon le site australien Surrogacy Australia, la junte militaire au pouvoir a justement changé les règles de la GPA en Thaïlande… le 22 juillet. Pour ceux qui ont bien suivi jusqu’ici, le 22 juillet est justement la date à laquelle des anonymes ont lancé la campagne de dons qui a ensuite rendu Pattaramon Chanbua célèbre.

Ces règles ont été durcies, ce qui a amené le site Surrogacy Australia, cinq jours plus tard, à émettre des consignes de grande prudence à l’intention des couples australiens qui effectuent (ou envisagent d’effectuer) une surrogacy en Thaïlande.

La Thaïlande n’a pas d’arsenal législatif pour réprimer la GPA comme en France. Mais des règlements du Conseil Médical de Thaïlande imposent les conditions suivantes :

  • – La mère porteuse doit être parente avec le couple de parents d’intention ;
  • – La GPA doit être altruiste et la mère porteuse ne doit pas être rémunérée ;
  • – Les parents d’intention sont un couple hétérosexuel marié dont la femme souffre d’un problème médical avéré ;
  • L’enfant ne peut quitter la Thaïlande qu’avec l’accord des autorités (disposition ajoutée par la junte)

Les étrangers seront donc désormais interdits de GPA, puisque les trois premières conditions, qui existaient déjà, devront être strictement appliquées par les cliniques et agences – sous peine d’être poursuivies pour trafic d’être humains.

En outre, l’avortement est interdit en Thaïlande, sauf dans deux cas : la grossesse met en danger la vie de la mère, ou bien la grossesse résulte d’un viol.

On voit ici que la connaissance des lois et règles en vigueur permet d’éclairer cette affaire sous un nouveau jour : si l’avortement est interdit en Thaïlande, comment et pourquoi l’agent a-t-il pu conseiller à la jeune fille d’avorter ? Le couple de parents d’intention était-il au courant de cette loi, ainsi que de la profonde piété bouddhiste de Pattaramon ? D’autre part, les règles thaïlandaises sur la GPA étant très strictes, alors que la GPA est autorisée dans l’Etat des Farnell, comment expliquer que le couple ait choisi d’y avoir recours ?

6) Face aux dérives éventuelles, la prohibition n’est pas une solution

Analyser ce cas, en l’état actuel des connaissances que l’on a sur le déroulement des faits et sur la situation de ces pays, requiert de se demander s’il peut vraiment permettre de tirer des conclusions générales sur la GPA. A mon sens, il semble plutôt qu’on ne pouvait imaginer plus mauvaise base pour initier un débat sur la Gestation pour Autrui. Ce sentiment est renforcé par le contexte actuel, où des réactionnaires de tous bords tentent vaille que vaille de dénier des droits fondamentaux aux enfants nés de GPA, ou de mettre en prison les couples qui souhaiteraient y recourir dans des pays où elle est légale. En effet, cette affaire intègre en réalité au moins deux problèmes qui ne sont pas spécifiques aux naissances par GPA :

a) Si l’enfant a vraiment été abandonné par ses parents génétiques à cause de sa trisomie 21 : il faut savoir que le taux d’abandon d’enfants trisomiques à la naissance est très élevé, y compris lors des naissances qui n’ont pas lieu dans un cadre de GPA. Ce drame se rejoue également lors des adoptions : un nombre important d’enfants adoptés sont au final rejetés par leur propre famille d’accueil. Il s’agit donc d’un problème qui n’est pas en soi constitutif des naissances par GPA.

b) Les condamnations pour pédophilie du père constituent un sujet de débat réel, mais elles ne peuvent pas être reliées à la GPA. Un pédophile peut-il élever des enfants près de 20 ans après avoir été condamné ? A-t-il purgé sa peine et expié son crime, ou bien doit-il être empêché à vie de pouvoir élever des enfants ? Ce sont des questions morales, juridiques et sociales qui peuvent être traitées par les parlementaires ou les juristes, et au cas par cas par les médecins ou les services sociaux. Mais ces questions et leurs réponses ne concernent pas spécifiquement les naissances qui ont lieu par GPA : elles sont communes à tous les types de naissance. On notera d’ailleurs que le fils de David Farnell est intervenu pour prendre la défense de son père : « Il a un coeur d’or. Il a fait des erreurs, et nous l’avons accepté. Il a payé pour ça ». Quoi qu’il en soit, une décision sera prise par les juges et les services sociaux, et elle devra être acceptée : mais ce fait n’a à rien de spécifique avec la GPA, qui puisse légitimer son autorisation ou son interdiction.

S’il faut vraiment tirer des conclusions de cette affaire, je pense qu’elles sont de trois ordres.

D’abord, elle montre l’importance primordiale du rôle de l’agence et du contrat dans un processus de gestation pour autrui. Pour Delphine Lance, doctorante à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et qui réalise actuellement sa thèse sur la Gestation pour Autrui  :

« Il y a clairement eu une énorme défaillance de la part de l’agence. La mère porteuse et les parents australiens ne se sont jamais rencontrés : ce n’est pas normal ! De plus, il n’y a vraisemblablement eu aucun screening psychologique – et s’il y en a eu un, on ne peut pas dire qu’il ait été utile ou efficace. La mère porteuse affirme avoir participé à cette GPA pour rembourser ses dettes : dans ces conditions, elle n’aurait jamais dû être acceptée. Sans compter que la mère porteuse est apparemment une bouddhiste très croyante, et que les parents n’ont même pas l’air d’en avoir été informés ! Dans ce cas, ce n’est absolument pas la GPA dans son ensemble qui doit être critiquée, ni même, en soi, la GPA en Thaïlande : c’est avant tout l’agence, précisément, car elle est apparemment au centre de tous les problèmes que ce couple et la mère porteuse ont rencontrés jusqu’ici ».

Delphine Lance insiste sur l’intérêt d’avoir un contrat clair :

« Dans Paroles de femmes porteuses, mon documentaire sur la GPA en Ukraine et aux USA que je présenterai à partir du mois de septembre 2014, une surrogate américaine témoigne avec ce paradoxe : « Le contrat n’est pas important… jusqu’à ce qu’il soit très important » ! C’est très vrai, et ce cas thaïlandais le prouve bien. »

Ensuite, cette affaire rappelle que des cas tragiques sont possibles (le cas de l’Américaine Crystal Kelley le montre également). Certes, mais parallèlement, des milliers de GPA se déroulent correctement à travers le monde. Selon un proverbe : « quand un arbre tombe, on l’entend ; mais quand la forêt pousse, il n’y a pas de bruit ».  Il faut d’après moi garder un état d’esprit serein pour réfléchir calmement sur ce cas, et se libérer des oeillères de l’indignation. La sociologue Dominique Mehl a retoqué les arguments de Ludovine de la Rochère dans un débat sur Europe 1 ; la chaîne TMC est revenue cette semaine sur la vie de deux enfants nés par GPA qui mènent une vie heureuse dans leur famille homoparentale ; et les associations militantes comme l’APGL, l’ADFH, Clara ou Maïa comptent, dans les familles qui y adhèrent, des dizaines d’enfants nés par GPA, et qui vivent avec leurs parents comme tous les autres enfants.

Irène Théry

Irène Théry

Enfin, la France ne peut pas faire l’économie d’une véritable réflexion sur la gestation pour autrui, contrairement à ce que voudrait faire croire une classe politique largement hypocrite, lorsqu’elle affirme que la question a été résolue avant même d’avoir été posée. Dans une interview donnée à ce sujet dans L’Express, la sociologue Irène Théry affirme que ce cas « ne nous apprend rien sur les nombreux cas de GPA éthiques, qui existent aussi et que certains pays – comme aux Etats-Unis- encadrent très bien ». Elle propose « sur le modèle de la Convention de la Haye sur l’adoption, la création d’un instrument international de lutte contre l’asservissement des femmes dans les cas de gestations pour autrui contraires aux droits fondamentaux de la personne ».  On peut d’ailleurs écouter ici le débat sr la GPA l’opposant au psychanalyste Jean-Pierre Winter, dont Yagg a réalisé le compte rendu.

De même, le docteur Israël Nisand voit dans cette affaire la preuve que la GPA doit être encadrée, car l’absence de règles et l’interdiction favorisent le recours à des mères porteuses étrangères, y compris dans des conditions déplorables comme celles qui ont prévalu dans le cas de Pattaramon Chanbua. C’est effectivement la voie de la sagesse qui amène, comme l’ont déjà demandé d’autres personnalités comme Martine Gross, Caroline Mécary ou Anne-Marie Leroyer, à réclamer un encadrement strict, clair et réaliste de la GPA, en s’inspirant de ce que proposent depuis des années des états américains, des provinces canadiennes… ou des pays européens.

Une chose est sûre : l’affaire est à suivre… et elle pourrait bien avoir, très vite, des répercussions sur les législations du monde entier, dont la flagrante disparité actuelle montre toute la complexité de l’encadrement juridique de la gestation pour autrui.

Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | International | Justice | Politique | 29.08.2013 - 16 h 51 | 2 COMMENTAIRES
Delphine Lance (doctorante EHESS) présente ses recherches sur la gestation pour autrui.

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Delphine Lance réalise actuellement une thèse d’anthropologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Elle a travaillé sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité, et ses recherches portent aujourd’hui, en particulier, sur le thème de la gestation pour autrui au niveau international. Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine pour effectuer la première partie de ses recherches, elle lance à présent un appel à financement sur le site indiegogo pour pouvoir poursuivre l’étude de ce thème aux Etats-Unis. A cette occasion, elle a accepté de nous présenter un premier bilan de ses observations sur le thème de la surrogacy, et elle détaille l’objet de son projet de recherche sur ce sujet aux USA.

Numa – Delphine Lance, vous êtes doctorante à l’EHESS en anthropologie. Vous vous intéressez en particulier aux thèmes de la parenté et des nouvelles technologies de reproduction. Pouvez-vous nous parler des recherches que vous avez effectuées jusqu’ici ?

Delphine Lance

Delphine Lance

Delphine Lance – J’ai travaillé en master 2 sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité. Durant un an, j’ai interrogé des couples et des célibataires gays qui vivent en France, et qui ont eu recours à des femmes porteuses. Dans la grande majorité des cas, il s’agissait de femmes qui vivaient aux Etats-Unis. J’ai mené cette recherche anthropologique en parallèle des travaux sociologiques de Martine Gross et Dominique Mehl, et nos études respectives ont permis d’enrichir les connaissances sur les situations de GPA dans des cas d’homopaternité.

Je ne peux pas résumer ici l’intégralité de mon mémoire, mais j’ai été très marquée par la grande diversité des situations rencontrées au cours de mes entretiens. Chaque couple ou célibataire a une manière bien particulière d’appréhender le parcours de GPA. Par ailleurs, et contrairement aux idées reçues, la GPA s’inscrit toujours dans une démarche hautement relationnelle : tous les tiers ont une place dans ce parcours. J’ai été frappée par exemple par la relation qu’entretiennent les hommes avec les « donneuses d’engendrement » (donneuses et surrogate) pour reprendre l’expression d’Irène Théry : celles-ci ont toujours une place, plus ou moins importante, dans la vie de ces familles. Suite aux débats sur le mariage pour tous, je peux d’ailleurs affirmer qu’en aucun cas, les pères ne nient l’existence des femmes qui ont pris part au processus (donneuse d’ovocytes et mère porteuse). La différence des sexes dans la reproduction n’est jamais niée. Il est également important de souligné ici que dans la majorité des cas la donneuse et la gestatrice ne sont pas les mêmes femmes, on observe alors une fragmentation dans la reproduction qui est très intéressante à analyser en tant qu’ anthropologue.

 

Numa – Suite à votre master 2, vous avez voulu approfondir vos recherches sur la Gestation pour Autrui, en adoptant cette fois un angle d’approche international. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo ehessDelphine Lance – Actuellement, je suis inscrite en thèse à l’EHESS d’anthropologie sous la direction d’Enric Porqueres i Gené et Jennifer Merchant. J’étudie la place de la femme et de son corps dans le processus de gestation pour autrui à un niveau international. Pour ce faire, je suis partie 9 mois en Ukraine. J’ai observé le fonctionnement de cinq agences de surrogacy, notamment à Lviv (Ouest de l’Ukraine) et à Kiev. J’ai interviewé le personnel de ces agences et de cliniques (gynécologues, psychologues…), mais aussi des femmes porteuses (près de 25) et des donneuses d’ovocytes. Ce terrain m’a permis de comprendre en détail le fonctionnement du processus, ainsi que la représentation de la femme en Ukraine.

J’ai aussi interrogé des parents (trois couples gays et un couple hétéro) qui ont fait appel à une femme porteuse en Ukraine. J’ai pu voir à cette occasion les difficultés rencontrées par ces différents couples, en particulier pour le retour de l’enfant en Europe. Ces expériences sont très marquantes : quand on voit à quel point ces couples se battent et souffrent, on est amené à réfléchir en profondeur à la question de la GPA.

 

Numa – Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine, vous vous apprêtez maintenant à partir pour les USA. Quel est votre projet ?

Delphine Lance – Dans un objectif de comparaison avec l’Ukraine, j’aimerais partir aux USA pour me rendre dans des agences, et parler avec des  surrogates et des donneuses nord-américaines. Dans un premier temps, je souhaite aller sur la Côte Ouest, à San Francisco et San Diego. Si cela m’est possible financièrement, je partirai ensuite dans d’autres régions des USA. Mon but est de visiter différentes agences dans plusieurs Etats (Californie, Massachusetts, Ohio, Pennsylvanie), pour analyser les différences qu’elles présentent en termes d’organisation et de fonctionnement. Certaines sont par exemple plus tournées vers les couples gays que d’autres, ont établi des partenariats avec des cliniques, etc.

Au niveau scientifique, je travaille en particulier sur la définition de la parenté, sur l’intentionnalité et sur la place de l’Etat dans les politiques liées à la procréation, à l’exemple de la GPA. Plus je pourrais avoir de témoignages et réaliser d’observations, plus mon approche de ces différents thèmes pourra être précise.

Mon autre objectif, en parallèle, serait de réaliser un court documentaire (environ 30 mn) sur les motivations des gestatrices. Dans le débat actuel, les politiques parlent des femmes porteuses, mais on laisse en général trop peu de place à la parole à ce qu’elles disent et vivent. Il s’agirait donc de faire un reportage où la parole serait notamment laissée à ces femmes, afin de comprendre leurs motivations.

Pour que le débat repose sur des bases solides, il me semble important de laisser la parole aux différents intervenants du processus : surrogates, donneuses d’ovocytes, aux autres tiers et bien évidemment aux parents d’intention.

 

Numa – Pour pouvoir mener à bien ces objectifs, vous lancez un appel à financement sur le site indiegogo. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo indiegogo Delphine Lance – Je lance en effet un appel sur indiegogo, pour partir dans un premier temps durant six mois aux USA. Je vais avoir besoin de payer mon billet d’avion et mes déplacements internes pour pouvoir rencontrer les mères porteuses et les agences. La réalisation du documentaire me coûtera également environ 3000€.

Je lance donc un appel à contribution pour financer cette recherche. Dans ma conception de la recherche, il faut diffuser et partager les résultats obtenus. C’est pourquoi en contre-don, je propose aux gens qui me soutiendront de recevoir notamment une newsletter sur les résultats que j’obtiendrai. Je compte animer un blog privé pour parler de mes résultats. L’argent obtenu me permettra de consacrer du temps à ma recherche, mais aussi à sa diffusion et à la discussion avec les personnes qui auront accepté de m’aider à réaliser cette étude.

***

Pour participer au financement de ce projet de recherche : il suffit de se rendre sur la page « Recherche et documentaire sur la gestation pour autrui aux USA. Research and documentary on Assisted Reproductive Technology in the US. » du site indiegogo.

France | Homophobie | International | Islam | Justice | Medias | Musique | Non classé | People | Politique | Religion | 04.06.2012 - 01 h 17 | 25 COMMENTAIRES
Faut-il tolérer le dernier spectacle de Dieudonné au nom de l’humour et de la liberté d’expression ?

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Strasbourg, Marseille, Montpellier, Montréal, Bruxelles… : depuis quelques semaines, les différentes municipalités françaises et francophones ne savent plus comment gérer le « cas » Dieudonné. Spectacle annulé à Montréal, carrément interrompu par la police à Bruxelles, objet d’un vif procès à Montpellier, étudié de près par la préfecture à Strasbourg, jugé « pas désirable » par la mairie de Marseille… C’est un nouveau cas d’école qui se présente, en ce qui concerne la réflexion sur les limites de l’humour et de la liberté d’expression. Le dernier spectacle de Dieudonné, « Rendez-nous Jésus », sombre en effet, une fois de plus, dans le mauvais goût grotesque et l’excès écoeurant. 

Dieudonné, dans son dernier spectacle, s’en prend d’abord à la Gay Pride, puis à la communauté juive. En s’attaquant aussi bien aux homosexuels qu’aux Juifs, Dieudonné croit faire preuve d’humour, montrer un esprit rebelle et défendre les musulmans (qui ne lui ont rien demandé). En réalité, il ne fait que donner libre cours à une paranoïa hystérique, qui l’amène à dire : « Se moquer de la Gay Pride, c’est devenu blasphématoire, au même titre que la Shoah ». Mais, comme souvent, il confond la moquerie et l’injure…

Sur la Marche des Fiertés, l’humoriste auto-proclamé lance :

« C’est de la merde, la Gay Pride. […]

C’est un ramassis de poils, de vomi et de bière. »

Peu avant cette vidéo, Dieudonné s’est lancé dans une explication oiseuse selon laquelle Jésus était forcément homosexuel, la phrase « Aimez-vous les uns les autres » étant grosso modo le signe de ralliement d’une partouze homo. L’assimilation de l’ennemi religieux à l’homosexuel (et vice versa) est un procédé hélas fort courant…

Durant la vidéo ci-dessus, Dieudonné raconte sa traversée de la Gay Pride avec un petit garçon. Les propos gras à tendance homophobe s’y accumulent à la seconde. Quelques passages à la Bigard peuvent peut-être faire sourire, mais on ne comprend bien le but de ce sketch qu’en écoutant attentivement la fin de la vidéo… En effet, à la fin de cette séquence, Dieudonné en arrive à une comparaison particulièrement stupide entre la Gay Pride et les prières de rue des musulmans. Son but est clairement de faire interdire la première et de légitimer les secondes. Il remarque que la police tolère la Gay Pride, tandis qu’elle « charge » selon lui contre les musulmans qui prient dans la rue, « dans le 19e arrondissement ». Il commente : « Que tu t’encules dans le cadre d’un programme de la ville culturelle de Paris, on peut le comprendre, mais prier sans autorisation…! »

On perdrait son temps, et on ferait trop de publicité aux propos injurieux de ce has been, si on s’efforçait de lister toutes les ignominies que Dieudonné profère ensuite à l’encontre du peuple juif durant le reste son spectacle. Pour donner un exemple parlant, et suffisamment éprouvant à lui tout seul, il suffira de rappeler qu’à la fin de son spectacle, Dieudonné entonne sa chanson « Shoahnanas », dans laquelle il se moque de manière particulièrement odieuse de la déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. On peut écouter, si on a le coeur bien accroché, ce morceau monstrueux de mauvais goût et de mépris :

Je préfère ne pas commenter cet extrait (la chanson originale est plus longue !), dont je ne parviens pas encore à m’expliquer qu’il puisse être, en spectacle, applaudi et repris en coeur par le public… L’horreur et la bêtise extrême laissent sans voix.

C’est bien sûr à Desproges qu’il faut laisser le dernier mot face à tout cela, en rappelant la phrase tellement juste de celui qui était un vrai humoriste :

On peut rire de tout… mais pas avec n’importe qui.

A l’heure où de jeunes Juifs ont été agressés à Villeurbanne, où les religions doivent apprendre à rester du domaine strictement privé sans empiéter dans la sphère publique, et où des partis politiques opportunistes tentent trop souvent de jeter l’opprobre sur des communautés (musulmans, juifs, LGBT…), il est à souhaiter qu’à l’avenir, ce spectacle nocif ne soit pas autorisé par les pouvoirs publics.

Homophobie | International | Justice | 12.05.2012 - 01 h 09 | 1 COMMENTAIRES
Le calvaire de Martina : un conte bordure LGBT, par Maître Eolas.

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Il y a quelques jours, je vous faisais part d’un joli conte allemand LGBT, qui n’est en réalité que la transcription fidèle d’une histoire bien réelle et avérée. Mais lorsqu’un fait réel peut donner lieu à un récit, présenter une morale, et nous montrer des personnages exemplaires : il a beau être vrai, ça n’en reste pas moins, pour nous, un conte comme on les aime.

Aujourd’hui, c’est d’un conte bordure qu’il s’agit. Et le narrateur qui nous l’a transmis n’est nul autre que le célèbre Maître Eolas… Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Maître Eolas est un blogueur influent et renommé. Avocat au barreau de Paris, il s’exprime souvent sur les questions de justice qui animent la société.

Mais cette fois, c’est sur twitter que le juriste a exposé son propos. Maître Eolas parle généralement des cas qu’il a eus personnellement à défendre. L’histoire qu’il a choisie est celle d’une jeune femme, dont il a changé le prénom en « Martina ». Pour ne pas révéler son identité, il a également transposé l’action en Bordurie, un pays fictif imaginé par Hergé dans l’album intitulé Le sceptre d’Ottokar.

Martina a passé une jeunesse difficile en Bordurie, où le statut de la femme est encore très précaire, surtout en pleine campagne. Martina a été régulièrement battue, par son père puis par les garçons de sa classe. Elle a travaillé dur dès son plus jeune âge, afin de payer ses études au collège puis au lycée.

Alors que son père envisage de la marier, elle part, peu après la mort de sa mère, faire des études dans la capitale, tout en travaillant comme serveuse. Mais Martina aime les femmes, et elle fréquente le bar lesbien de la ville. Son père l’apprend, il la fait ramener de force au village, il la bat durement et la séquestre dans la cave.

Martina pavient à s’enfuir grâce à l’aide de sa belle-soeur, qui risque sa vie en sauvant celle de Martina. Martina parvient à immigrer en France, par des filières clandestines. Après six mois de délibérations, l’OFPRA lui accorde alors le statut de réfugiée en raison de son homosexualité, et des risques qu’elle encourrait en rentrant dans sa famille. Ses diplômes bordures n’étant pas reconnus en France, Martina est désormais agent d’entretien dans un hôpital.

Voilà l’histoire racontée en une quarantaine de tweets par Maître Eolas. Et le juriste de conclure : « Je vous laisse réaliser la chance qu’a la France d’accueillir en son sein une femme comme Martina, qui depuis ses 9 ans mène sa vie comme elle veut, malgré les pires obstacles qu’elle a pu subir ».

En lisant, cette histoire, je suis, je l’avoue, doublement fier de faire partie des LGBT, et d’être français. Mais cette fierté, ce n’est pas la valorisation de « la France forte » ou le repli sur soi : c’est la fierté d’appartenir à un pays qui représente un certain nombre de valeurs humanistes, qui font encore rêver à l’étranger. J’espère que l’égalité des droits, promise par François Hollande, permettra à la France de s’affirmer encore davantage comme le pays des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Si vous voulez davantage de détails sur l’histoire de Martina,  vous pouvez la lire in extenso ici : elle a été storyfiée le vendredi 12 mai 2012 par le journaliste Pierre Sahuc. Bonne lecture à vous ! Et pensez fort à Martina…

Droit | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Justice | PS | 29.04.2012 - 22 h 20 | 23 COMMENTAIRES
François Hollande sur la GPA à l’étranger : contradiction tactique ou évolution raisonnable ?

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« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » disait Martine Aubry au sujet de François Hollande, en 2011, durant les primaires du Parti socialiste. J’ai longtemps pensé qu’il fallait prendre cette phrase pour ce qu’elle est : un argument de campagne un peu rude, lié au contexte des primaires, ou un simple adage populaire qui pourrait s’appliquer à François Hollande comme à n’importe qui d’autre. Bref, je n’y avais jamais particulièrement prêté attention.

Mais une inquiétude m’a saisi ce soir. Fidèle lecteur de Yagg, comme chacun ici peut s’en douter, j’ai lu avec grand intérêt le script du tchat auquel a bien voulu participer Najat Vallaud-Belkacem le 14 avril 2012. Voici ce qu’y déclarait la jeune femme, qui est porte-parole du candidat socialiste :

Se pose en effet la question de la transcription des actes de naissance des enfants nés légalement de GPA à l’étranger. Il y va en effet de l’intérêt des enfants en question, petits fantômes de la République qui n’ont pas choisi leur condition. François Hollande s’est prononcé en faveur de cette transcription.

Dois-je le préciser ? Cette phrase m’a convaincu de voter pour François Hollande dès le premier tour, alors que je comptais au départ accorder mon suffrage aux Verts, qui ont indiqué sans ambiguïté vouloir reconnaître les enfants nés légalement, à l’étranger, par GPA.

Quelle n’a donc pas été ma surprise, lorsque j’ai pu lire, dans une interview réalisée le 27 février 2012 par le magazine Têtu, un jugement pour le moins bien différent d’une prise de position « en faveur de cette transcription »… rendu par le candidat socialiste lui-même ! Qu’on en juge :

François Hollande : Je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA.

1) Seriez-vous néanmoins favorable à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger ?
François Hollande : Vous imaginez bien que si j’ouvrais cette question-là, ça pourrait être finalement une facilité donnée à la gestation pour autrui. Et seul compte le droit de l’enfant.

2) Justement, des enfants nés ainsi se retrouvent actuellement en difficulté…
François Hollande : Je sais bien, et donc ce débat devra avoir lieu, mais il ne doit en aucun cas être considéré comme une façon d’accepter la marchandisation du corps.

Les deux déclarations de François Hollande sont plutôt contradictoires : on comprend mal comment « le débat peut avoir lieu » (2) si le candidat refuse « d’ouvrir cette question-là » (1).

Ma question est donc simple : l’affirmation très claire de Najat Vallaud-Belkacem, qui est plus récente d’un mois et demi que les propos fort hésitants de François Hollande, est-elle bien la déclaration qu’il faut prendre en compte pour connaître les intentions réelles du Parti socialiste en matière de GPA réalisée légalement à l’étranger ? Faut-il voir, dans la comparaison entre les deux interviews, le signe d’une évolution raisonnable dans la réflexion personnelle du candidat socialiste au cours des derniers mois ?

Ce thème est pour moi déterminant dans la campagne. Je n’aimerais pas m’être trompé au premier tour, mais j’aimerais encore moins voter au second tour en ayant l’impression d’avoir été dupé par un homme que j’estime, François Hollande, et par une personnalité que j’admire, Najat Vallaud-Belkacem. Le changement, c’est maintenant : que le Parti socialiste justifie d’ores et déjà son slogan en faisant preuve, à l’inverse du parti actuellement au pouvoir, d’une réelle transparence et d’un vrai courage politique.

Discriminations | France | Homophobie | Justice | Politique | UMP | Vanneste | 17.02.2012 - 04 h 27 | 21 COMMENTAIRES
La lettre de Christian Vanneste aux députés UMP – et la leçon qu’il faut en tirer.

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D’après le site extrémiste Nouvelles de France, Christian Vanneste aurait fait parvenir une longue lettre aux députés UMP, suite à la menace d’exclusion qui pèse sur lui. Dans un dernier accès de délire paranoïde, il s’en prend directement à GayLib et aux Jeunes pop, et en particulier à Benjamin Lancar.

Cher(e)s Collègues,

Comme vous le savez, je suis attaché aux valeurs de la famille traditionnelle dans notre civilisation, et c’est la raison pour laquelle j’ai pris position depuis longtemps contre les revendications du lobby gay. Celui-ci, très influent au sein de notre mouvement, avec Gaylib et les cadres des jeunes pop, cherche à tout prix mon exclusion, au mépris de la liberté d’expression et des valeurs qui ont toute leur place dans un mouvement issu du gaullisme, de la démocratie chrétienne et du libéralisme.

C’est ainsi que Monsieur LANCAR a osé déclarer dans Têtu : « VANNESTE n’a rien à faire chez nous », moi qui suis à l’UJP depuis 1968 et n’ai jamais quitté ma famille politique.

M. LANCAR a par ailleurs dit tout le bien qu’il pensait de Pierre LAVAL. Il n’a pas été exclu.

Gaylib a critiqué les valeurs défendues et les choix opérés par le Président Nicolas SARKOZY dans son entretien au Figaro Magazine. Il a annoncé qu’il ne soutiendrait pas le Président pour les prochaines élections. J’espère que les menaces d’exclusion qui pèsent sur moi ne sont pas la contrepartie nécessaire à son ralliement.

Depuis des années, je combats un lobby qui fait du mensonge systématique son arme favorite. C’est dans cet esprit que j’ai procédé au rappel des faits. S’il y a eu une déportation des homosexuels en Allemagne (30 000 ou 40 000) et en Alsace Moselle (210), il n’y en a pas eu dans le reste de la France. Cette communication, faite sur un site catholique, avait deux mérites.

D’abord, celui de répondre à l’attente d’un public dont je suis naturellement proche, et qui doit pouvoir soutenir notre candidat. Ensuite, celui de s’en tenir strictement aux données réelles du problème. Le seul argument qui a pu m’être opposé a reposé sur une étude plus récente, qui évoque non pas 210, mais 63 déportés, dont 7 en territoire occupé. Il n’est pas sûr que ces derniers aient été déportés en raison de leur homosexualité.

Les faits que j’évoque sont donc avérés, ce ne sont pas des jugements de valeur, mais un simple rappel historique. Ils ne remettent nullement en cause la déportation, mais uniquement son extension à la France non annexée. Serge KLARSFELD confirme entièrement mes propos et trouve ridicule qu’on parle d’exclusion à propos de quelqu’un qui s’est contenté de rappeler les faits. Car le problème est là : a-t-on le droit à l’UMP de s’opposer aux revendications du lobby gay ? Oui, puisque le Président s’est lui-même prononcé. Peut-on énoncer des faits afin de dénoncer la désinformation pratiquée par le lobby ? A l’évidence, oui, car on ne peut pas condamner la vérité.

A plusieurs reprises, j’ai déjà été victime de ces procédés, qui consistent à me condamner publiquement, sans m’avoir lu ou écouté, sans même avoir pris contact avec moi.

Je considère que ma fidélité au mouvement mérite davantage de respect. L’UMP est un parti de droits et de devoirs, je ne pense pas avoir trahi notre philosophie politique.

Bien à vous,

Christian VANNESTE – Député du Nord

Cette lettre, pleine d’outrance grossière et de menaces tous azimuts, nous montre cependant que Christian Vanneste est suffisamment rusé pour savoir nuire sans s’exposer à être puni par la loi. Les associations LGBT, et les citoyens soucieux de lutter contre ce genre de personnage prêt à tout, ne doivent pas se laisser embarquer dans le petit jeu de Christian Vanneste.

En effet, c’est contre l’ensemble de l’interview donnée par Vanneste que doit porter l’indignation des LGBT et des citoyens français. Il ne s’agit pas seulement d’ergoter et de pinailler sur le nombre de déportés pour homosexualité appartenant à  telle ou telle zone géographique. Sur ce plan-là, Vanneste aura toujours beau jeu de dire que les historiens débattent, et qu’il parle de bonne foi. En revanche, comme beaucoup l’ont déjà remarqué, les propos qui entourent ces déclarations sont proprement abjects, et ne visent qu’à attiser la haine de la population contre les LGBT. C’est donc pour l’ensemble de l’interview (qui dure 20 minutes !), et non seulement pour ses propos sur la déportation, que Vanneste doit être exclu de l’UMP.

Notons qu’un autre type de lettre est en train de circuler à l’UMP : il s’agit de lettres-types à envoyer en tant que militants et sympathisants de l’UMP pour s’opposer à l’exclusion de Vanneste.

Enfin, parmi les trois commentaires que cette lettre a suscités sur le site Nouvelles de France, soulignons l’élégance et la pertinence du second commentaire :

Bravo pour la pertinence de vos propos concernant le lobby des excités du trou de balle.

Ne serait-ce pas un commentaire homophobe, et dûment réprimé par la loi ?

France | Homophobie | Justice | Medias | Politique | UMP | Vanneste | 16.02.2012 - 16 h 27 | 0 COMMENTAIRES
Le magistrat Philippe Bilger défend explicitement l’homophobie !

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(Photo : Philippe Bilger, Flickr, cc)

Les propos de Christian Vanneste sur la déportation des homosexuels ont déclenché, de toutes parts, beaucoup de colère et d’indignation. De très nombreux membres du PS, d’Europe Ecologie – Les Verts, du Front de Gauche, de l’UMP… et même le numéro 2 du Front national (!) ont critiqué ce dérapage, qui n’est que le plus récent d’une longue série.

A l’inverse, il s’est trouvé quelques personnes pour défendre Christian Vanneste, au sein des mondes politique et médiatique. La liste est pour l’instant assez brève : les avocats Serge et Arno Klarsfeld, les députés Lionnel Luca et Jacques Myard, le magazine Causeur, ainsi que le polémiste Eric Zemmour.

Mais c’est le soutien le plus récent, celui apporté par le magistrat Philippe Bilger, qui doit retenir toute notre attention. En effet, ce dernier a publié, sur son blog très fréquenté « Justice au singulier », un billet intitulé 48 heures de la vie d’un pays. Bilger fait d’abord l’éloge de Christian Vanneste, et critique les membres de l’UMP qui veulent l’exclure :

La chasse au Vanneste est relancée. L’UMP se couvre de ridicule en affirmant haut et fort qu’elle va l’exclure et lui retirer son investiture pour les futures législatives. […] Il est clair que Christian Vanneste, dans la grisaille intellectuelle et la fadeur politique de l’UMP, ne pense pas comme les autres et donc choque assez souvent. A mon sens, ce sont moins ses idées que l’être lui-même qui irrite : trop intelligent, trop provocateur, trop libre, pas assez prévisible. Sur le plan de l’homosexualité, […] il devrait s’abstenir et résister à la tentation d’être soi à tout prix. Trop dangereux dans un monde frileux.

Mais après cet hommage poignant et plein de déférence, Philippe Bilger enchaîne, comme si cela allait de soi, en se lançant dans une bien étonnante défense… de l’homophobie :

A supposer même que Christian Vanneste, individu singulier, esprit indépendant, parlementaire iconoclaste, dise du mal de l’homosexualité s’il en a envie, où serait le scandale ? 

Si je comprends bien cette phrase (et une erreur d’interprétation n’est jamais exclue…), j’en déduis que le magistrat Philippe Bilger, ancien juge d’instruction, ancien avocat général à la cour de Paris, légitime bel et bien, explicitement et par écrit… l’homophobie. Il semble que le magistrat, aujourd’hui à la retraite et consultant pour un grand cabinet parisien, soit désormais prêt à tous les excès pour exprimer l’admiration sans borne qu’il ressent pour son ami Vanneste.

Faut-il donc rappeler que « dire du mal de l’homosexualité », c’est-à-dire l’expression de propos homophobes, est puni depuis 2004 par le Code pénal ? Faut-il rappeler que « le scandale » de l’homophobie n’est pas plus une légende que la déportation des homosexuels ? L’homophobie tue, M. Bilger, et il n’est pas plus anodin de « dire du mal de l’homosexualité » que de tenir des propos racistes ou antisémites.

Il serait bon qu’un ancien avocat général se souvienne des lois qui ont été votées par la représentation nationale, et ne s’abaisse pas à légitimer l’expression de propos homophobes, quels qu’ils soient.

P.S. : L’article de Philippe Bilger est déjà repris par Marianne2, qui ne semble pas non plus voir de problème à ce qu’on tienne des propos homophobes « si on en a envie »…

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