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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Discriminations | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | Medias | Politique | UMP | 11.10.2014 - 02 h 27 | 3 COMMENTAIRES
Lettre ouverte à Monsieur Xavier Bertrand, député-maire de Saint-Quentin (Aisne).

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Monsieur le député-maire Xavier Bertrand,

Vous avez affirmé récemment, lors de votre passage au Grand Journal de Canal +, que vous aviez participé à « chacune » des « manifs pour Tous » organisées depuis la création de ce mouvement en novembre 2012. Cela représente au minimum sept jours complets passés à arpenter les rues de Paris, de Montparnasse à l’Arc de Triomphe, en passant par les Invalides, le Trocadéro, l’arche de la Défense, le Quai d’Orsay ou la porte Dauphine. Durant ces dizaines de kilomètres de marche cumulés au beau milieu de vos dimanches après-midi, il semble que vous ayez mieux appris à découvrir la géographie de Paris que les habitants de Saint-Quentin, votre ville et votre circonscription.

Xavier Bertrand

Xavier Bertrand

Il faut sans doute croire que vous avez bien du temps à perdre chaque dimanche. Certes, vous pouvez naturellement occuper votre temps libre aux activités sportives et récréatives de votre choix – si tant est qu’un député-maire d’une ville de 70 000 habitants dispose d’une journée de temps libre par semaine, ce qui resterait encore à prouver. Mais pour mettre à profit vos jours de repos désœuvrés, vous pourriez par exemple vous promener davantage dans les rues de Saint-Quentin, parler avec les gens, et découvrir ainsi une réalité qui vous est apparemment largement ignorée. Vos engagements répétés « en tant que citoyen » aux côtés de la Manif pour Tous, non seulement nuisent aux homosexuels de votre circonscription et d’ailleurs, mais ne semblent de surcroît pas profiter aux habitants de Saint-Quentin.

Faut-il vous rappeler que vous êtes à la fois l’un des acteurs principaux et le représentant d’un territoire en grave difficulté économique et sociale ? Ignorez-vous que l’Insee, à partir de 27 facteurs liés à la qualité de vie dans les régions, classe Saint-Quentin et l’ensemble de votre circonscription parmi les territoires de France « en situation peu favorable », ce qui signifie qu’il s’agit hélas de l’une des zones les plus défavorisées et les moins attractives du pays ?

Vous prétendez que la participation aux Manifs pour Tous vous permet de discuter avec « les Picards ». Mais pour connaître la réalité de votre ville, Monsieur le député-maire, il n’est pas nécessaire de monter à Paris pour vous entretenir avec quelques homophobes venus de Compiègne, Senlis et Longueau. En effet, l’urgence, à Saint-Quentin, tout aussi bien dans votre ville que dans votre circonscription, c’est de régler du mieux possible les graves problèmes structurels, économiques et sociaux, qui s’accumulent inexorablement. Ce n’est pas dans la Manif pour Tous, entre deux invectives contre les LGBT et trois levers de drapeaux « bleus, blancs, roses » que vous connaîtrez la réalité de votre ville.

Les habitants de Saint-Quentin n’attendent pas de leur maire qu’il aille se pavaner dans des défilés inutiles où il pourra côtoyer l’Action française et Marion Maréchal-Le Pen. Ils attendent de lui qu’il les aide à vivre mieux dans leur ville. Or, Saint-Quentin, au quotidien, ce sont :

des jeunes adultes qui font tout pour quitter la ville, parce qu’ils préfèrent malheureusement étudier ailleurs, et parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi à la sortie de leurs études,

de nombreux commerces qui ferment, parfois même très peu de temps… après leur ouverture,

un patrimoine historique, industriel, architectural et urbain laissé à l’abandon,

une population désabusée, attristée, désespérée de se sentir abandonnée par la classe politique locale et nationale – et en particulier par son député-maire,

– un Front national qui obtient plus de 20% des voix aux élections municipales,

de nombreux travailleurs pendulaires qui trouvent des emplois dans des villes plus attractives (Paris, Amiens, Lille, Reims), et qui ne restent à Saint-Quentin que par défaut, avant d’aller ailleurs s’ils le peuvent.

une vie culturelle déclinante, où des spectacles sont fréquemment annulés faute de spectateurs.

l’un des taux de chômage les plus élevés de toute la France, qui est passé de 11% à 16% entre 2008 et 2013.

Pour parachever le tableau, le département de l’Aisne, dont Saint-Quentin est la ville principale, fait partie des 10 derniers en France lorsque l’on évalue la qualité de vie des départements. Et vous, pendant ce temps-là, vous trouvez le temps d’aller gambader avec Ludovine de la Rochère pour abroger une loi qui ne le sera jamais, et lutter contre les familles homoparentales ? C’est donc là votre priorité de maire et de député ?

Saint-Quentin

Saint-Quentin

M. Bertrand, lorsque la presse locale a voulu interroger des homosexuels sur le mariage pour tous en 2012-2013, elle a eu toutes les peines du monde à rencontrer des Saint-Quentinois prêts à témoigner, car ils avaient peur d’être alors stigmatisés dans leur propre ville. Est-ce bien cela que vous souhaitez pour les habitants de votre ville ? Et pensez-vous que votre soutien à la Manif pour Tous rassure les homosexuels de votre circonscription quant à la réaction de leurs élites et de leurs concitoyens face à l’homosexualité ? Si les droits des homosexuels ne vous intéressent pas, et que de simples raisons morales ne suffisent pas à vous empêcher de les combattre, modérez au moins vos propos par respect pour les citoyens de votre ville…

Le bulletin météo qui a suivi votre intervention a heureusement permis de conclure la séquence sur une petite note d’humour. Et de l’humour, il en faut sans doute, aux Saint-Quentinois, pour supporter leur quotidien tout en voyant le peu de temps que vous leur accordez, au profit d’autres causes qui vous monopolisent à leurs dépens.

Vous pourriez penser que les dernières élections municipales vous ont apporté un plébiscite de la part de la population, qui vous aurait accordé un blanc-seing en 2014. Vous auriez bien tort de croire cela : vous n’avez remporté les dernières élections législatives qu’à 196 voix près (sur 34 000 inscrits), et vous auriez d’illustres prédécesseurs dans la liste des gens persuadés d’avoir un mandat de député à vie quels que soient leurs actes, tels Jean-Marc Nesme, Eric Raoult, ou Brigitte Barèges – qui n’ont pas été du tout récompensés par leur électorat pour leur opposition viscérale aux droits LGBT.

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Au cours de cette interview, vous reprochez même au Front National de ne pas être assez à droite sur la question du mariage pour tous, et d’avoir été trop « en retrait » sur ce point : vous n’effectuez donc même plus de rapprochement avec le Front National (qui ne vous aime guère), vous cherchez carrément à le dépasser par sa droite ! Dans le même temps, à l’instar de Marine Le Pen, vous promettez une très hypothétique abrogation de la loi sur le mariage pour tous, dont vous savez très bien qu’elle n’aura jamais lieu, pour des raisons juridiques et politiques. Les liens historiques de Saint-Quentin avec l’Espagne devraient vous amener à regarder au-delà des Pyrénées : la droite espagnole a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non ! Plus près de votre circonscription : la droite britannique a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non, c’est même elle qui l’a instauré ! Alors ne cherchez pas à berner vos électeurs potentiels en lançant une promesse dont tout observateur sérieux sait qu’elle ne tient pas la route. Dans le grand public et dans votre parti, il y a encore des gens qui croient en vos paroles : cela devrait vous conférer une certaine responsabilité et un peu plus de décence dans vos propos.

Ironie due au hasard, ou mauvais calcul politique : ces propos interviennent alors même que ce week-end, Saint-Quentin accueille justement… le salon du mariage et du Pacs ! A cette occasion, on apprend que sur 338 mariages réalisés dans votre ville depuis janvier 2013, 13 ont concerné des couples de même sexe. Croyez-vous que ces couples puissent se promener aisément main dans la main lorsqu’ils sont à Saint-Quentin, comme le font les autres couples hétérosexuels ? De plus, aucun de ces couples de même sexe n’a eu droit à votre présence lors de son mariage, alors que vous avez célébré vous-même des mariages de couples hétérosexuels, et vos propos sur le mariage pour tous signifient que vous auriez voulu pouvoir refuser à ces 13 couples de même sexe le droit de se marier. Ces sept jours passés dans les « manifs pour tous » n’ont-ils donc comme seul but que de nuire au bonheur de quelques couples saint-quentinois ? Est-ce là l’aboutissement de vos « convictions » et de votre engagement personnel, alors qu’il y a tant de difficultés auxquelles les Saint-Quentinois aimeraient que vous apportiez des solutions concrètes ?

Je vous prie, Monsieur le député-maire, de bien vouloir agréer l’expression de mon plus profond respect – sentiment dont je dois bien reconnaître avec quelque regret, au vu des « convictions » que vous affichez à l’heure actuelle, que vous ne l’éprouvez en aucune manière envers les LGBT qui ont lutté et luttent encore pour leurs droits légitimes.

Numa.

***

P.S. : Vous trouverez ci-dessous, pour rappel, le verbatim de vos échanges avec les présentateurs du Grand Journal sur Canal + ce 06 octobre 2014.

Antoine de Caunes – Xavier Bertrand, vous étiez présent, vous l’avez dit tout à l’heure, à la Manif pour Tous, hier. Pourtant, vous vous êtes tenu loin des ténors de la droite. Pourquoi cette discrétion ?

Xavier Bertrand – J’ai défilé dans chacune des manifestations, mais jamais derrière les banderoles. Pourquoi ? Parce que, en tant que politique, je m’exprime à l’Assemblée, ou par exemple sur votre plateau. Vous m’invitez parce que je suis parlementaire, et parce que je suis candidat à la primaire. Mais si j’ai défilé, c’est avant tout en tant que citoyen, et puis il y a aussi une autre chose. Vous voyez : vous êtes derrière la banderole, là. Belles images, très bien. Mais vous parlez avec qui ? Avec les autres élus que vous avez mille occasions de voir. Alors que, au milieu, notamment avec les gens de Picardie, c’est plus intéressant et c’est mieux qu’un sondage, et ça permet de voir la réalité de cette manifestation.

Antoine de Caunes – Symboliquement, ça n’a pas le même poids si vous êtes derrière la banderole, et si vous êtes perdu dans la foule.

Xavier Bertrand – Perdu ? Vous savez, c’était pas discret. Non seulement ça se sait, c’était sur les réseaux sociaux, et j’assume totalement ma présence, mais je le fais aussi en tant que citoyen, parce que ça touche complètement mes convictions. […]

Jean-Michel Apathie – Cette manifestation a une réalité : elle réunit, c’est assez rare, les dirigeants de l’UMP et les dirigeants du Front National : c’est normal selon vous, c’est le jeu de la démocratie ou c’est embêtant ?

Xavier Bertrand – Le Front National, sur ces questions-là, a été très en retrait. Marine Le Pen, sur cette question, notamment au début, a été très en retrait. En ce qui nous concerne, et en ce qui concerne un certain nombre de personnalités, elles ont toujours été constantes dans l’opposition au mariage pour tous.

Natacha Polony – Est-ce que vous n’avez pas déjà perdu le combat idéologique ? […]

Xavier Bertrand – Perdre cette bataille idéologique, c’est si on renonçait à revenir en arrière, si on renonçait à abroger la loi Taubira. Ca voudrait donc dire que le progrès est synonyme de la gauche, et que parce que la gauche l’a fait, c’est synonyme de progrès, et qu’il nous est interdit de revenir dessus. Mais dans ces conditions-là, parce que la gauche l’a voté, si nous revenons au pouvoir en 2017, on ne pourra rien faire. On a déjà connu cette forme de défaite idéologique sur les 35 heures, il n’est pas question de dire qu’on ne pourra pas rien faire, parce que dans ces cas-là, il faut pas s’étonner que les Français ne votent plus. […] Il n’est pas question de démarier les couples homosexuels, il n’est pas question non plus de désadopter des enfants, mais il faut savoir qu’au 19ème siècle par exemple, en France, il y a eu le divorce, le divorce a été aboli, il a été rétabli, je crois, près de 70 ans après, on n’a pas obligé non plus les couples à se remarier. Donc les choses sont tout à fait possibles juridiquement. Je suis pour que l’on accorde la possibilité de s’unir pour les couples homosexuels, mais à partir du moment où vous avez l’égalité complète, il faut voir que l’engrenage de la loi Taubira amènera forcément – ce sera une question de mois ou d’années – à la GPA et à la PMA. Ceux qui disent le contraire, soit ne sont pas au courant, soit mentent sciemment. Parce que la cour de cassation donnera cette interprétation, et aussi la cour européenne de droits de l’homme.

Jean-Michel Apathie – Vous dites que vous êtes pour que les couples homosexuels puissent s’unir. Sous quelle forme, si ce n’est pas le mariage ?

Xavier Bertrand – Vous avez l’union civile, célébrée en mairie, parce que je trouve normal que la république donne aussi sa reconnaissance à cette union. A partir du moment où vous avez l’union, cela me va ; mais si vous avez la filiation, je ne suis plus d’accord. Alors je sais bien qu’on me dit ça, en disant : « Vous avez pas compris, on peut pas dire ça, il faut faire attention : ce sont mes convictions. Et même s’il y avait seulement 20% de Français qui étaient favorables à ça, ça n’est pas le problème, parce que ce sont mes convictions. […] Il faut aller au-delà du Pacs. Le Pacs est incomplet. Et d’ailleurs, nous aurions dû le faire évoluer, le Pacs, comme on l’avait promis à l’époque. D’ailleurs, c’est une grande leçon : quand vous ne menez pas les réformes selon vos valeurs, il ne faut pas s’étonner que vos adversaires les conduisent selon leurs valeurs. Ca aussi, c’est quelque chose qui est à méditer : faut jamais avoir peur d’engager les réformes, parce qu’autrement… Vous avez un sujet, c’est que vous avez une société française qui à mon sens a été déstabilisée, et comme je crois que les réformes à mener dans les années à venir seront très importantes ; en matière économique il faudra aller très loin ; sur le modèle social, si on veut garder l’essence du modèle social, il faudra le rénover ; pour rétablir l’ordre il faudra des réformes qui iront très loin ; mais sur les questions de société, que ce soit sur la question de la fin de vie, que ce soit sur la question de la famille, il faut une vraie stabilité.

Natacha Polony – Et vous n’allez pas rouvrir des fractures ? Vous allez pas refracturer encore plus ?

Xavier Bertrand – Je ne le crois pas, parce que l’aspiration profonde de nombreux homosexuels qui voulaient s’unir, c’était l’union, c’était le mariage, pas la filiation.

Antoine de Caunes – Une question un peu plus personnelle pour finir : vous vous rêvez toujours en candidat UMP en 2017, entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

Xavier Bertrand – J’ai toujours cette ambition-là. […] Je suis dans une voie très différente d’eux, peut-être parce que j’ai pas le même parcours qu’eux, peut-être parce que je ne suis pas dans la vie politique depuis 30 ans comme eux au niveau national, peut-être aussi parce que j’ai une façon de travailler, peut-être un peu plus loin de l’hyper-activisme médiatique, parce que c’est ce qui permet d’avoir une vraie réflexion et un vrai travail de fond. Mais c’est encore loin, c’est deux ans et demi, la primaire, et ça demandera la construction d’un vrai projet personnel.

Antoine de Caunes – Actuellement, au niveau des sondages, vous en êtes au même point que François Hollande

Jean-Michel Apathie – Oui, on voudrait pas vous saper le moral, mais regardez : on a trouvé ce petit sondage, vous le connaissez. Vous êtes à 3% auprès des sympathisants UMP, et Nicolas Sarkozy est à 62%. Vous le voyez : y a du boulot.

 

Famille | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Justice | Politique | UMP | 11.09.2014 - 01 h 30 | 13 COMMENTAIRES
Florilège : Pour le bien des enfants, les opposants à la GPA sont prêts à leur faire tout le mal possible.

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La Gestation pour Autrui est en train de redevenir le cheval de bataille préféré de la droite et des conservateurs. Pour faire le point sur la manière dont cette question est traitée par ses détracteurs, voici un petit florilège des propositions et arguments anti-GPA lus et entendus durant ces dernières semaines. Déclarations malveillantes, condamnations extrêmes et suggestions farfelues se disputent la médaille d’or dans la catégorie « Pire du Pire ». Que les parents condamnés par avance lisent ce petit texte, et choisissent le supplice auquel ils auront peut-être la chance d’être soumis par l’un ou l’une de ces quatre humanistes auto-proclamés, qui rêveraient certes de faire du mal aux gens – mais toujours au nom du Bien, pour garder malgré tout une apparence de vertu.

1) Jean Léonetti : « Une peine de prison d’un an, ce n’est pas si lourd ».

Jean Leonetti

Pour le bien des enfants, mettons leurs parents en prison. C’est la proposition du député Jean Léonetti, à qui l’on doit cette phrase tout à la fois grotesque et méprisante, mais dont il est apparemment fier : « Une peine de prison d’un an, ce n’est pas si lourd ». Pour un enfant qui attend ses parents, M. Léonetti, un an, c’est lourd, et c’est long. Et pour ses parents aussi, qui ont eu pour seul tort de lui donner la vie.

Pour Jean Leonetti, « il faut punir les parents qui ont considéré une femme comme un ventre à louer et un enfant comme un objet à naître ». Comme la peine qu’il a trouvée (un an de prison) ne lui semble pas si lourde, il faudrait sans doute que les parents en question le remercient ! Mais Jean-Leonetti est un peu triste, sinon parce que les futurs emprisonnés sont ingrats envers lui, tout au moins parce qu’il se heurte à l’incompréhension de certains de ses amis. En effet, s’étonne le député : « Ils prétextent que ma proposition va trop loin » ! Jean Léonetti ferait bien de se remettre un peu en question, avant de vouloir mettre les gens en prison : il est encore temps pour lui de retrouver le chemin de la raison !

2) Sylviane Agacinski : Les parents d’un enfant né de mère porteuse « pourraient, par exemple, être déclarés tuteurs de l’enfant ».

sylviane agacinski

Sylviane Agacinski

Pour le bien des enfants, Sylviane Agacinski appelle dans Ouest-France, derrière une proposition dont la façade peut sembler généreuse, à refuser de reconnaître comme tels les parents biologiques d’un enfant, bien qu’ils se revendiquent comme tels (dans le cas d’un couple hétéro), ou bien à rejeter purement et simplement la parentalité du père biologique et de son compagnon désirant tous deux élever l’enfant (dans le cas d’un couple homo). Ainsi, la philosophe propose tout simplement de remettre au goût du jour une politique similaire à celle qu’on appliquait autrefois aux « bâtards » en Occident : les parents biologiques du bâtard, qui auraient souhaité le reconnaître, ne doivent surtout pas être officiellement instaurés par la société comme parents en tant que tels. Et la raison de tout cela, s’il-vous-plaît ? Elle est simple : c’est que Sylviane Agacinski, elle, a décidé qu’il était de bon ton qu’un parent biologique et/ou social ne soit pas reconnu comme parent de son enfant alors même qu’il le désire. Elle trouve plus juste et plus humain de déclarer qu’il en est « le tuteur ». CQFD.

Mais rappelons tout de même ce qu’est un tuteur : « La tutelle s’applique au mineur qui n’a plus (ou n’a jamais eu) aucun parent apte à exercer l’autorité parentale ». Et le tuteur ne gère que « les actes les plus courants ou les moins graves » dans la vie de l’enfant, et en plus « sous la surveillance du subrogé tuteur » ! Il n’est pas compétent pour « les décisions les plus graves (par exemple, une intervention chirurgicale) » qui, elles, « sont prises par le conseil de famille, présidé par le juge des tutelles et composé par des membres de la famille ou des personnes qui s’intéressent à l’enfant ou par le juge des tutelles ». Pour Sylviane Agacinski, le bonheur de l’enfant passe par l’humiliation des parents, et par la propre satisfaction individuelle qu’elle semble tirer personnellement de cette humiliation quotidienne.

3) Pr Henri Joyeux : « Ces enfants pourraient être adoptés par les 30 000 couples homme-femme agréés pour adopter ».

Henri Joyeux

Pour le bien des enfants, Henri Joyeux, le Professeur Henri Joyeux, n’est jamais à court d’âneries pour égayer le landernau réactionnaire à l’extrême. Sur son site, et dans un texte repris par un site catholique traditionaliste, Henri Joyeux se lance dans un brulôt anti-GPA : « Que faire des enfants nés par GPA à l’étranger ?  […] Ces enfants pourraient être adoptés par les 30 000 couples homme-femme agréés pour adopter, qui attendent sans tricher et seront prêts à donner à l’enfant tout ce dont il a besoin. On ne fonde pas une relation d’amour, a fortiori avec un enfant, sur de la tricherie. » Il est sûr qu’Henri Joyeux cherche le bien de l’enfant, puisqu’il prétend même l’arracher des bras de ses parents qui l’ont désiré et qui l’aiment, et dont au moins l’un des deux est le parent biologique de l’enfant. Renions toute humanité, nions tout lien biologique ou social revendiqué par le(s) parent(s) d’intention, et faisons semblant de défendre le lien biologique qui unit l’enfant à la donneuse anonyme d’ovocytes – le tout bien sûr dans l’intérêt de l’enfant, qui se retrouvera orphelin et adopté pour faire plaisir au professeur Joyeux !

C’est que le professeur Henri Joyeux a une vision toute particulière de la GPA, dont voici la retranscription mot pour mot : « deux hommes font de l’enfant un objet-esclave d’un désir d’adultes qui cherchent leur intérêt et exploitent un enfant.« . On comprend bien les aimables sous-entendus. Mais pour celles et ceux qui préfèrent les images, Henri Joyeux a une métaphore toute trouvée, qui fleure bon la campagne : « On crée des enfants comme on fait des veaux. La vache qui vient de mettre bas et donne son lait (à qui et pour quels résultats ?) est re-inséminée pour élargir le cheptel. Le veau ne sera pas mis sous sa mère. La GPA fait la même chose ». Et si on n’a pas compris la première fois, la seconde sera peut-être la bonne : « Au nom de l’amour et du désir d’enfant on rend une femme esclave, on achète un enfant comme on achète le petit veau. » Voilà un passage qui permet de relier deux combats en un : on rappelle que le professeur Henri Joyeux est aussi un fervent opposant à la consommation de lait de vache par les humains (si, si, c’est vrai).

Et on a bien compris que les seuls dignes d’adopter cet enfant seraient « des couples homme-femme ». Eh oui, la rengaine est à présent bien connue : complémentarité des « opposés », altérité sexuelle, harmonie de la dualité nécessaire à l’épanouissement, etc. A l’inverse : les couples de même sexe, selon Henri Joyeux, sont indignes d’élever des enfants, ça va de soi.

4) Catherine Dolto : « Autoriser la GPA, c’est probablement faire un grand pas vers la barbarie ».

Catherine Dolto

Catherine Dolto

Avec Catherine Dolto, les barbares sont de retour. Enfin, selon elle, le barbare, c’est l’autre (comme toujours), et en l’occurrence : celui qui recourt à la GPA. Après les veaux du Docteur Joyeux (ça ne s’invente pas), le bestiaire de Catherine Dolto vient compléter la métaphore animale : « On a réifié les animaux et on va donner aux enfants un statut d’animal, de produit dont le destin est de rendre heureux une famille, comme un petit chien comme un petit chat » (sic). Pour le bien des enfants, elle se fait prophète en son pays : « Ce qui est à craindre, c’est qu’un enfant qui découvre qu’il est né de GPA perde le respect pour lui-même et pour les adultes à l’origine de cette transaction et que cela déclenche en lui une très grande violence » ! En tout cas, on ne peut pas dire qu’elle montre l’exemple en termes de respect envers les gens. S’il serait cruel de rappeler sa condamnation pour injures envers la pauvre Daniela Lumbroso qui n’en pouvait mais, on peut toutefois songer avec un peu d’amertume aux propos bien peu respectueux qui lui ont valu une place de choix dans la dernière livraison de la revue Le Débat.

Prison, déchéance des droits parentaux, accusations de barbarie… Sous l’Inquisition, on torturait les accusés pour les rapprocher de Dieu. Ici, on cherche les châtiments les plus exemplaires pour punir les mécréants qui oseraient outrepasser les limites établies par Agacinski, Joyeux,  Dolto, Léonetti and co. Quoi qu’il en soit, les parents d’enfants nés par GPA ont bien du souci à se faire, et leurs enfants aussi : les personnes bien intentionnées sont tout à fait décidées à s’en prendre à eux de la manière la plus dure possible… mais pour le bien des enfants, naturellement.

Mise à jour au 07 octobre 2014 : les déclarations les plus abjectes se ramassent à la pelle. On notera ainsi les articles suivants, recensés au fil des jours :

– Le député Jean-Frédéric Poisson appelle à l’exil des Français ayant eu recours à la GPA

– Une certaine Anne Vigerie, porte-parole d’elle-même et d’une association fantôme, appelle à tout ce qu’elle peut, et en particulier « à la déchéance des droits parentaux des deux parents ».

Le Corp, qui ne se lasse jamais, fait du lobbying pour que les parents soient désignés comme « dépositaires de l’autorité » ou « tuteurs », ce qui, de fait, les déchoit de leur statut de parents.

Associations | Discriminations | Education | Famille | Homoparentalité | Homophobie | International | Mariage | Medias | Politique | 10.08.2014 - 21 h 11 | 0 COMMENTAIRES
« L’Egalité des Droits dépase les frontières » : LGBT d’Europe, unissons-nous !

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Ce billet a pour but de présenter une petite vidéo réalisée en Ukraine par 40 jeunes militants LGBT de toute l’Europe, qui a déjà été vue plus de mille fois en deux jours. Ce clip a une valeur symbolique importante : il nous rappelle que les droits LGBT sont une problématique européenne et internationale, et que l’Europe toute entière doit s’engager davantage pour les défendre.

1) Le contexte européen : « A vos marques, Prêts… Egalité ! »

youth_in_action_logoL’Union européenne a mis en place un vaste programme d’éducation intitulé « European Youth in Action » (Jeunesse Européenne en action). Ce programme est à destination des jeunes de 13 à 30 ans, et a pour ambition de favoriser la mobilité internationale des jeunes Européens, ainsi que leur sens de la citoyenneté, de la solidarité et de la tolérance.

C’est dans ce cadre qu’a lieu le projet « Ready Steady Equal » (« A vos marques, prêts,.. Egalité »), destiné à lutter contre les discriminations liées au genre et à l’orientation sexuelle. Au sein de ce projet, un stage a eu lieu, du 26 jullet au 03 août 2014, à Lviv, grande ville d’Ukraine, située à l’Ouest du pays. Il a permis à 40 jeunes militants des droits LGBT, issus de l’Union européenne et de pays du continent européen, de se rencontrer et de dialoguer entre eux sur les droits LGBT en Europe.

Le choix de l’Ukraine comme pays de rencontre est significatif, alors que les droits des LGBT sont toujours très largement ignorés voire combattus dans ce pays en proie à de vifs affrontements à la fois en interne et avec la Russie.

2) Le clip réalisé : « L’égalité des droits dépasse les frontières ».

A la fin de ce stage, les participants, issus de 10 pays, ont réalisé un clip, par le biais de la plate-forme Bell Media. Cette vidéo est intitulée « Equal Rights are bigger than Borders » : « L’égalité des droits dépasse les frontières ». Elle montre l’importance de la coopération entre les citoyens des différents pays européens pour faire progresser l’égalité des droits :

En voici la traduction en français :

– Je suis du Royaume-Uni, et j’aimerais envoyer un message à mes amis LGBT en Ukraine. Je veux qu’ils soient forts, et je les soutiens dans leur combat pour l’égalité.

– Nous vivons en Ukraine, et nous soutenons nos amis italiens dans leur lutte contre l’homophobie.

D’Italie, nous souhaitons que nos amis polonais puissent se sentir en sécurité lorsqu’ils s’expriment dans la rue.

– J’habite en Pologne, et j’espère que la Turquie va inclure les droits des LGBT dans sa constitution.

– Nous sommes trois militants LGBT de Turquie, et nous soutenons le droit au mariage pour nos amis allemands.

– Je viens d’Allemagne, et je souhaite que mes amis géorgiens puissent vivre sans être discriminés.

– Je suis de Géorgie, et je soutiens les droits LGBT en République Tchèque.

– Je suis de République tchèque, et je veux que mes amis d’Azerbaïdjan soient protégés des crimes de haine.

– Les Azerbaïdjanais veulent que le gouvernement britannique enseigne les questions LGBT dès l’école.

Chacun aura compris l’une des moralités de la vidéo : les citoyens européens se soutiennent les uns et les autres dans les combats respectifs qu’ils mènent au sein de leur pays pour faire avancer l’égalité des droits. Les combats individuels et nationaux doivent converger vers une amélioration globale et européenne des droits LGBT. Ces jeunes en appellent donc à la responsabilité des dirigeants et représentants de l’Union européenne, ainsi qu’à celle des gouvernements et parlementaires nationaux de tous les pays du continent européen. Mais cette vidéo est à aussi à l’adresse du grand public : c’est à chaque citoyen européen de ces différents pays que ces jeunes militants veulent s’adresser.

3) Les adversaires des droits LGBT s’organisent déjà à l’échelon européen.

Manifestation en Allemagne, aux logos de la Manif pour Tous.

Manifestation en Allemagne, aux logos de la Manif pour Tous.

Ce genre d’action, soutenue par la commission européenne, est aujourd’hui de la plus grade utilité. En effet, les opposants aux droits LGBT ont, quant à eux, déjà réalisé la Sainte Alliance anti-LGBT en Europe. Cette internationalisation de la lutte contre les droits civils des LGBT a été menée sous la houlette de Louis Montané de la Roque, qui n’est rien de moins qu’un descendant de Hugues Capet !

Voici trois exemples où l’on retrouve l’influence néfaste du mouvement « La Manif pour Tous » en Europe. Ils ne sont présentés ici que brièvement, mais ils mériteraient de faire chacun l’objet d’un article plus approfondi. En effet, ils sont chacun révélateurs des objectifs de la Manif pour Tous au niveau européen, et des problématiques LGBT qui traversent actuellement les différents pays.

a) En Allemagne

La Manif pour Tous allemande « Die Demo für Alle » a manifesté en Bade-Wurtemberg pour protester contre l’instauration de programmes scolaires visant à lutter contre l’homophobie dans les écoles primaires. Elle a malheureusement obtenu gain de cause en partie. Elle réalise à présent une pétition pour s’opposer à un projet similaire porté par le gouvernement de Basse-Saxe.

La Manif pour Tous en Italie

La Manif pour Tous en Italie

b) En Italie

La Manif pour Tous Italia s’oppose depuis plusieurs mois à l’instauration d’une loi destinée à sanctionner les propos et actes homophobes. Les manifestants affirment défendre la liberté d’expression contre les prétendus dérives totalitaires d’un imaginaire « lobby gay ». Ils sont ainsi apparus avec, entre autres, des baillons arc-en-ciel sur la bouche.

c) En Croatie

En Croatie, la Manif pour tous a inspiré le collectif « Au nom de la famille », qui a interdit par référendum l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Ce collectif a en effet fait introduire dans la constitution la définition du mariage comme union d’un homme et d’une femme. Son logo, ses méthodes et ses objectifs sont très proches de ceux de la Manif pour tous.

4) Qui défend actuellement les droits LGBT au niveau européen ?

Heureusement, l’égalité des droits est d’ores et déjà défendue, aujourd’hui même, par au moins quatre instances au niveau européen, qui sont cependant encore beaucoup trop peu connues par le grand public :

ilga europel’association ILGA-Europe, qui réunit 417 organisations-membres issues de 45 pays européens. Il s’agit de la branche européenne de l’Association Ilga, fédération internationale d’associations de lutte pour l’égalité des droits.

l’Intergroupe « Droits LGBT » au Parlement européen, qui réunissait 175 eurodéputés durant la précédente législation (2009-2014), et qui devrait être reconduit durant cette session.

nelfale réseau Rainbow Rose, qui rassemble les partisans de l’extension des droits LGBT au sein des partis socialistes, travaillistes et sociaux-démocrates, dans le cadre du Parti Socialiste Européen (PSE)

le réseau Nelfa, qui défend les droits des familles homoparentales en Europe.

Au niveau international, et donc supra-européen, on pourra également noter l’investissement d’associations comme Amnesty International ou les campagnes d’All Out.

L’intérêt de la vidéo ci-dessus est donc de nous montrer que :

– le grand public et les militants doivent comprendre que la défense de l’égalité des droits se joue aujourd’hui au niveau européen et international, et il faut s’investir dans ces organisations internationales,

l’Union européenne doit saisir à bras-le-corps les responsabilités qui lui incombent, en promouvant plus largement encore, en son sein et à l’international, la lutte pour l’égalité des droits,

les instances qui luttent d’ores et déjà au niveau européen pour l’égalité des droits doivent être davantage connues au sein du grand public. J’espère que ce billet aura permis d’y contribuer.

Famille | France | Histoire | Homoparentalité | Homophobie | International | Livres | Medias | Politique | Sociologie | Zemmour | 04.08.2014 - 02 h 23 | 7 COMMENTAIRES
Pourquoi les droits des minorités (dont les LGBT) ont-ils fait naître une polémique autour des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois ?

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Lancée dans un premier temps par Libération, une vive polémique est née cette semaine au sujet des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Elle a très vite pris de l’ampleur en étant relayée par de multiples médias comme Actualitté, la Nouvelle République, Toute la culture, la République des Livres (le blog littéraire de Pierre Assouline) ou BiblioObs (le site littéraire du Nouvel Observateur). Pour en comprendre les enjeux, revenons sur cette querelle, qui n’est pas celle des Anciens et des Modernes, mais qui amène à se poser de vraies questions sur la conception, l’organisation et les conditions de la vie intellectuelle en France et en Europe.

1) Les Rendez-vous de l’Histoire : le calme avant la tempête.

Du rififi à Blois ?

Blois, écrin paisible des RVH 2014

Les Rendez-vous de l’Histoire de Blois, qui auront lieu cette année du 09 au 12 octobre 2014, sont une véritable institution dans le champ culturel français. Depuis 17 ans, ils constituent chaque année un événement incontournable pour les passionnés d’histoire, en donnant lieu à des débats et conférences destinés aussi bien aux chercheurs, enseignants et étudiants qu’au grand public désireux d’approfondir ses connaissances dans le domaine historique.

Fin juillet 2014, on apprend cependant, par les réseaux sociaux puis par une tribune parue dans Libération, que la belle harmonie consensuelle dans laquelle s’inscrivent habituellement ces rendez-vous a volé en éclats pour cette édition. Tout était pourtant bien parti : après avoir traité des sujets comme « Les utopies » (2000), « L’Argent » (2006), « Les Européens » (2008) ou « L’Orient » (2011), l’édition 2014 est consacrée au thème « Les rebelles ». La personnalité choisie pour présider cette édition est d’une envergure scientifique incontestable : il s’agit de Michelle Perrot, militante féministe et historienne unanimement reconnue. Aucune fausse note n’était donc a priori à craindre.

2) « J’ai accepté par erreur ton invitation »

Le scandale est arrivé par là où on ne l’attendait pas. Le 29 juillet, Edouard Louis, étudiant en sociologie à l’Ecole Normale Supérieure ainsi qu’à l’Université de Picardie-Jules Verne, et auteur du roman Pour en finir avec Eddy Bellegueule, publie sur twitter le message suivant :

« J’ai dû annuler ma participation aux Rendez vous de l’Histoire de Blois, voyant que l’horrible Gauchet faisait la conférence inaugurale (!?) »

Le philosophe Geoffroy de Lagasnerie publie peu après un twitt similaire :

Comme Edouard Louis, j’ai annulé ma participation aux Rendez-vous de l’Histoire pour protester contre la présence de Marcel Gauchet.

En effet, la conférence inaugurale des rendez-vous doit être tenue, le 9 octobre 2014, par l’historien et sociologue Marcel Gauchet. Pour expliquer leur décision, les deux jeunes intellectuels publient, chacun sur son site personnel, un texte commun, qui est repris dès le lendemain 30 juillet sous forme de tribune dans Libération. Ils y précisent les motivations de leur démarche, et, s’il semble nécessaire de lire ce court texte dans son intégralité, on peut néanmoins tenter de le résumer et de le commenter en quelques paragraphes de synthèse.

3) Une tribune contre Marcel Gauchet, moteur et promoteur du retour en arrière.

Manifestation féministe en 2014.

Manifestation féministe en 2014.

Selon les deux auteurs de cette tribune, Marcel Gauchet est un penseur résolument réactionnaire, qui a constamment vilipendé les grands mouvements d’émancipation sociale et sociétale qui ont animé la France durant les dernières décennies (dont, entre autres, la lutte pour l’égalité des droits entre couples hétérosexuels et couples de même sexe). Que Marcel Gauchet réalise précisément la conférence inaugurale de ces Rendez-vous consacrés cette année à la rébellion, est donc tout à la fois un non-sens, une insulte et une humiliation pour ceux qui ont vraiment été « rebelles » dans leur époque, qu’ils soient connus ou anonymes : féministes, militants LGBT, acteurs des grands événements sociaux… En effet, Marcel Gauchet n’a eu de cesse de lutter contre leurs actions et leurs valeurs, que ce soit en son nom propre ou par le biais d’ « idéologues réactionnaires » dont il a contribué à diffuser et légitimer la pensée. De fait, il n’est besoin que de consulter le numéro le plus récent de la revue qu’il dirige, ou de se pencher sur l’historique de cette revue, pour découvrir que ces accusations, si elles sont certes graves et vigoureuses, n’en sont pas moins justifiées par les faits.

Car Marcel Gauchet n’a pas peur de réaliser par exemple un dossier à charge, dirigé exclusivement et directement contre « les enfants du mariage homosexuel », où l’on peut lire, sans la moindre nuance ni contradiction, que l’homosexualité est un choix de vie personnel, qu’elle est totalement contre-nature, qu’elle peut mettre fin à la survie de l’espèce humaine et des sociétés, que les droits LGBT nous mèneront au totalitarisme, et que les enfants des familles homoparentales sont tous comparables aux enfants maltraités ou aux filles mariées de force par leur père.

Mai 68

Mai 68 : l’Odéon est occupé par des manifestants

Clairement associé depuis longtemps à la « révolution conservatrice », selon l’expression de Didier Eribon, Marcel Gauchet s’est opposé à la « pensée 68 », et en particulier à tout ce qui, de près ou de loin, pouvait remettre en cause l’autorité établie des institutions toutes-puissantes du début des années 60 : la famille nucléaire hétérosexuelle, le mandarinat universitaire, l’hégémonisme phallocratique de la domination masculine, l’infaillibilité des dogmes religieux, l’autoritarisme du politique incontestable… Fustigeant tour à tour l’anti-racisme, le féminisme, la « génération 68 », etc., Gauchet et la plupart de ses amis invités à contribuer à sa revue ont développé et défendu les thèses qui font aujourd’hui le bonheur d’Eric Zemmour, inspirent parfois Alain Soral, font le lit du Front National, sont étalées régulièrement dans Causeur et Minute ou diffusées sur Radio Courtoisie. Ils ont donné à ces opinions le sceau d’une certaine légitimité médiatique et universitaire, en voulant faire passer pour des adversaires acharnés du bien de l’humanité les « rebelles » qui ont combattu, eux, sous quelque forme que ce soit, pour leurs droits, pour le droit des autres et/ou pour l’amélioration de la société.

Face à cet état de faits, Edouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie concluent leur tribune en appelant l’historienne Michelle Perrot « à démissionner de son poste de présidente de cette 17ème édition » des Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Soutenus et rejoints dans leur décision par le sociologue et écrivain Didier Eribon, qui a lui aussi annulé sa participation, ils appellent également les autres intervenants de ces rencontres à ne pas se rendre aux débats auxquels ils sont invités.

4) Marcel Gauchet aux Rendez-vous de l’Histoire : l’arbre qui cache la forêt des « débats » biaisés.

Ceci étant posé, il faut cependant bien comprendre que la simple figure de Marcel Gauchet n’est pas, en réalité, l’objet principal de l’indignation des trois intellectuels qui ont annulé leur venue. Ce qui motive en arrière-plan leur riposte déterminée, c’est bien plutôt l’organisation de plus en plus fréquente de tels débats biaisés qui, « dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique » en arrivent subrepticement, par leur organisation même, à « légitimer les opinions les plus violemment conservatrices », sous couvert d’équilibre des opinions et du respect de l’esprit démocratique.

Pour bien saisir les enjeux du problème, qui dépassent très largement cet événement ponctuel mais significatif, il est sans doute nécessaire de prendre quelques exemples, malheureusement bien connus de la plupart d’entre nous. Pour le bien de la démonstration, et pour aborder les choses le plus simplement possible, nous nous limiterons au strict domaine des médias audio-visuels pour illustrer le problème mis au jour par cette affaire.

Le "débatteur" Eric Zemmour.

Le « débatteur » Eric Zemmour.

Les « débats » de France 2, RTL, I-Télé et Paris Première ont légitimé les paroles violentes et haineuses de « débatteurs » patentés comme Robert Ménard et Eric Zemmour, qui étaient les « chroniqueurs » et invités réguliers d’émissions où ils pouvaient à loisir cracher sur tous les mouvements sociétaux d’émancipation (auxquels ils appellent d’ailleurs toujours régulièrement leurs partisans à s’opposer de toutes leurs forces). Dans l’ensemble des médias, on a pu entendre discourir de manière très régulière, et trop souvent sans l’ombre de la moindre contradiction, des « invitées » comme Christine Boutin ou Frigide Barjot – cette dernière ayant fait jouer tous ses contacts médiatiques et politiques pour apparaître le plus souvent possible dans les médias, et même pour être reçue à l’Elysée, sans aucune légitimité d’aucune sorte.

N’a-t-on pas vu même Alain Soral, condamné dès 2007 pour diffamation raciale et incitation à la haine raciale, deviser et pérorer tranquillement sur les plateaux de France 3 jusqu’en 2011 ? Les exemples les plus édifiants pourraient être multipliés à l’envi. Cette réflexion n’est d’ailleurs pas limitée qu’à la France : la présentatrice allemande Sandra Maischberger a par exemple elle aussi été sous le feu des critiques cette année lorsque, pour « débattre » d’un sujet en lien avec les LGBT, elle a invité des « homophobes notoires » à s’exprimer, comme la journaliste conservatrice et anti-féministe Birgit Kelle ou le lobbyiste protestant Hartmut Steeb.

A partir de là, il n’est certes pas question de s’opposer au principe du débat en général, ni de renier le principe de la liberté d’expression. Mais il faut se demander si, dans l’espoir noble (mais vain) de représenter tous les points de vue, ou dans l’ambition plus prosaïque de faire parler de soi grâce à quelques propos scandaleux, il est bon de faire prospérer, au nom du débat, les pensées les plus extrémistes, réactionnaires et délétères.

5) Le débat éthique et « les hérétiques ».

Marcel Gauchet a beau jeu de verser dans l’insulte, en affirmant que la polémique dont il est l’objet n’est due qu’à son rejet (réel, au demeurant) des travaux de Bourdieu et Foucault. Il affirme ainsi au Nouvel Observateur :

« Pour les plus fébriles des séides [de Bourdieu et Foucault], j’ai commis le péché ultime en portant une main sacrilège sur des idoles. Ils ne veulent pas débattre. Ils excommunient, ils chassent les hérétiques. »

Gare à Torquemada !

Gare à Torquemada !

Mais la question n’est pas de « vouloir débattre » : la question est de savoir quelle sont l’ambition et la légitimité du débat posé. Quelle signification et quel crédit peut-on apporter à une série de débats sur « Les rebelles », lorsque la conférence inaugurale de l’événement est attribuée à un homme qui a justement toujours prôné une opposition résolue à toute forme de « rébellion » favorisant un tant soit peu l’émancipation et l’égalité des individus dans les domaines sociaux et sociétaux ?

D’ailleurs, que « l’hérétique » se rassure : il est d’ores et déjà soutenu par un allié de poids – le bon Michel Chassier, secrétaire départemental du Front National du Loir-et-Cher. Ce dernier vient en effet de lui adresser sur son blog ses encouragements contre « cette exclusion inquisitoriale ». Il prône la « tolérance » pour cet homme qui « réfléchit sur la démocratie et l’école » et « polit ses arguments », tandis qu’Edouard Louis, présenté par le FN comme « syndicaliste gauchiste » et « militant homosexuel », ne saurait que « surfer sur des thèmes plus accrocheurs comme l’homosexualité ». Le FN volant au secours de Marcel Gauchet : voilà bien qui montre, une fois encore, que l’on a les amis qu’on mérite !

6) Mais qui sont les rebelles ?

Plus sérieusement, on comprend sans doute mieux pourquoi c’est Edouard Louis qui, le premier, a été sensible à cette aberration intellectuelle et morale. Il revendique justement, lui, de s’être rebellé à la fois contre la classe sociale à laquelle le système l’avait assigné, et contre les injures et actes homophobes qu’il a endurés. C’est précisément autour du thème de « l’insoumission en héritage » qu’il a réuni plusieurs personnalités contemporaines, afin d’étudier les apports de la pensée de Pierre Bourdieu pour le monde d’aujourd’hui. C’est également le titre « Duras, l’insurrection » qu’il a choisi pour sa conférence-lecture au festival d’Avignon. Quel que soit le jugement que l’on porte par ailleurs sur le roman qui l’a fait connaître au (très) grand public, on ne peut douter du fait que « la rébellion » soit un thème qui lui tient à coeur et dont il parle avec intérêt.

Des rebelles des années 2000-2010

Des rebelles des années 2000-2010

Finalement, la meilleure contribution à cette série de « débats » sur la rébellion pourrait bien être l’acte de ces trois intellectuels, qui se sont justement « rebellés » à la fois contre un homme qui s’est toujours lui-même opposé aux rébellions, émancipatrices, mais aussi et surtout contre un système qui tend à promouvoir les pensées les plus extrêmes sous couvert de « débats » qui lui permettent de se donner bonne figure.

Lorsque, dans quinze ans, des sociologues et historiens se pencheront sur le thème de la rébellion dans les années 2010, ils parleront forcément de la rébellion pacifique qui a permis aux minorités d’accéder peu à peu à l’égalité des droits (malheureusement encore fort incomplète) ; ils parleront sans doute des tentatives de rébellion haineuses, lancées par des groupuscules réactionnaires pour s’opposer à cette égalité, mais heureusement avortées malgré leur violence ; ils parleront peut-être de l’acte de rébellion qui a été initié par Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et Didier Eribon, s’il permet de donner lieu à une réflexion plus large sur les conditions du « débat » et de la vie intellectuelle, culturelle et médiatique ; mais il y a bien peu de chances pour qu’ils fassent référence, en termes élogieux, au choix de Marcel Gauchet comme responsable de la conférence inaugurale des Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

Se passionner pour l’histoire, n’est-ce pas également s’intéresser au temps présent, et se pré-occuper de l’avenir ? Les organisateurs de cette édition des Rendez-vous de l’Histoire de Blois n’en semblent malheureusement pas du tout convaincus.

Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Livres | Mariage | Politique | Sociologie | 02.08.2014 - 00 h 14 | 10 COMMENTAIRES
Quand la revue « Le Débat » (Gallimard) se déchaîne sur le « problème » des couples et parents homosexuels

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Dans son numéro 180 de mai-août 2014, la revue Le Débat (rédaction : Marcel Gauchet) a réalisé un dossier intitulé « Les enfants du mariage homosexuel ». Ce dossier thématique est présenté ainsi (p. 122) :

« La filiation [dans les couples de même sexe] continue de troubler et de diviser profondément l’opinion. Face à ce foyer d’incertitudes, la bonne démarche ne saurait consister à décréter qu’il n’y a pas de problème, mais à mettre les données du problème sur la table, afin de les soumettre à un examen dépassionné et libre de préjugés. C’est ce à quoi s’efforcent les textes réunis ici ».

Une fois qu’on a lu le dossier en question, on éclate de rire (mais pas trop fort pour les femmes) en repensant au prétendu « examen libre de préjugés » qui nous a été promis. En guise d’analyse impartiale, la revue Le Débat nous offre en réalité un dossier complètement à charge contre les LGBT, faisant d’eux les prochains fossoyeurs de la civilisation, de la vertu et du bien des enfants – rengaine bien connue qu’entonnent à leur tour,  dans une belle harmonie chorale, les auteurs de ces articles.

1) Des « débatteurs » tous d’accord dès le départ.

le débatIl faut dire tout d’abord que les rédacteurs des articles n’ont sans doute pas été choisis au hasard. Ils ont en commun de faire partie du peloton de tête dans le Tour de France des réactionnaires. Parmi les six auteurs qui ont réalisé ce dossier, voici le quinté des réacs de salon cossu qui discourent sans vergogne sur les familles des autres (qui ne leur ont rien demandé) :

– le bon docteur Maurice Berger, qui accuse par ailleurs le « lobby homoparental » d’ « intoxication » et d’ « intimidation » ;

– la pédiatre Catherine Dolto, « fille de » (Françoise Dolto) et « soeur de » (Carlos), dont le principal fait de gloire est d’avoir insulté Daniela Lumbroso, et qui est devenue entretemps l’une des références du député UMP Hervé Mariton pour s’opposer au mariage pour tous ;

– la sociologue de l’art Nathalie Heinich, qui considère sans rire que le mariage pour tous s’oppose à l’équité, tout en mettant fin au principe méritocratique, et que le mariage n’a pas à « compenser les conséquences problématiques que peuvent avoir pour des individus leur refus de recourir à des arrangements avec l’autre sexe » ;

– le professeur Jean-Claude Quentel, qui affirme, lui aussi sans rire (mais comment font-ils ?), que « les phénomènes d’homosexualité » découlent directement… de la paranoïa ;

– et, last but not least, l’essayiste auto-proclamé Paul Thibaud, qui accuse tous les parents homosexuels de commettre un indigne « abus de pouvoir » envers leurs enfants.

Quelle équipe ! On se demande bien sur quel critère les « débatteurs » de la revue Le Débat ont été choisis par Marcel Gauchet et ses conseillers : peut-être s’agissait-il de déterminer qui serait le plus homophobe des rédacteurs ? Qui aurait la médaille d’or de l’argument le plus absurde ? Qui serait le champion de la pointe assassine pour défendre les enfants contre les hordes de mariés homosexuels qui leur voudraient du mal ? En tout cas, une chose est sûre : ce n’est pas la pluralité des points de vue qui a été le principal critère pour réaliser le casting des contributeurs. Dans Le Débat, on peut bien écrire n’importe quoi (et on ne s’en prive pas), mais on n’y invite pas n’importe qui !

2) Délires et absurdités : faux débat « dépassionné » mais vraie arnaque intellectuelle

Penchons-nous à présent sur le contenu des articles : que lit-on dans la revue Le Débat, lorsqu’elle publie un dossier sur « les enfants du mariage homosexuel » qu’elle promet « dépassionné et libre de préjugés » ? Ces quelques morceaux choisis vous permettront d’apprécier la qualité et l’objectivité des contributions compilées avec soin par la revue Le Débat. Par souci de concision, nous ne citerons que quelques courts extraits de chaque article : ce dossier « dépassionné » mériterait cependant de faire l’objet d’un long article pour que ses arguments soient précisément démontés un par un.

a) Nathalie Heinich (CNRS) : la lutte contre « la perversion » et la logique des « choix de vie ». 

Un livre de N. Heinich, au titre prémonitoire.

Un livre de N. Heinich, au titre prémonitoire.

Nathalie Heinich a la mémoire longue et la rancune tenace : elle regrette dans son article pour Le Débat qu’à la place du Pacs (auquel elle était déjà opposée) et du mariage, on ne se soit pas contenté pour les couples homosexuels « d’une extension du droit des concubins ». Elle a aussi l’art de noyer le poisson : pour justifier son opposition au mariage pour tous, elle cite pêle-mêle l’abolition des notes à école, le droit à la retraite anticipée pour les pères de trois enfants, la convention collective pour le cinéma français (p. 124), mais aussi les militants anti-racistes, les « supporters de sportifs handicapés », le féminisme, « l’inégale aptitude à courir le cent mètres » et même « l’inégale longueur des chaussures » (p. 127-128). Prévert lui-même n’aurait sans doute pas osé un tel inventaire ! Mais Nathalie Heinich, elle, elle ose.

En six pages, Nathalie Heinich affirme à l’envi que le mariage pour tous est « une perversion de l’idéal républicain », « très exactement, un dispositif pervers », « une multiple perversion ». Et, comme si ce n’était pas suffisant, elle ajoute, pour fustiger à nouveau « de tels dispositifs pervers » : « La perversité va souvent de pair avec le déni ». Etonnante, cette propension à parler de « perversion » en martelant le mot, dans un article sur les LGBT.

La sociologue prétend également que les militants des droits LGBT ont « invoqué, comme cela a été fait », un « droit à l’enfant »… alors que cette expression, en réalité, provient justement des opposants aux droits civils pour les LGBT ! Mais le morceau de bravoure de Nathalie Heinich est sans doute celui-ci, qu’il faut lire in extenso pour l’apprécier :

« Dans le cas [des homosexuels], l’incapacité [à procréer] ne relève pas d’une donnée physiologique mais d’un choix de vie, en l’occurrence le choix de refuser le commerce sexuel avec l’autre sexe, même dans un but purement procréatif. »

Eh oui : pour Nathalie Heinich, l’homosexualité est un choix. Elle admet pourtant trois pages plus loin que « désirs ou pulsions ne relèvent pas d’un choix », mais, comme elle n’est pas à une contradiction près, elle fustige tout aussitôt « le déni des conséquences du choix d’identité sexuelle sur l’accès à la procréation ». Aux LGBT qui ne cachent pas leur homosexualité, elle préfère en outre « les nombreux homosexuels qui choisissent de ne pas s’afficher comme tels dans toutes les dimensions de leur existence ».

Faut-il en rajouter ? En tout cas, Nathalie Heinich, elle, en rajoute. Selon elle, les LGBT qui souhaitent avoir des droits équivalents à ceux des hétérosexuels ont :

« Un mode de fonctionnement psychique qui ne connaît d’autre modalité de transaction avec le réel que le fantasme infantile de toute-puissance opposé à une autorité forcément maléfique, et forcément coupable ».

« Perversion », « fantasme infantile », « fonctionnement psychique » perturbé, « choix de vie », rejet d’un « droit à l’enfant » prétendument « invoqué »… : Nathalie Heinich remplit allègrement une ligne complète sur le bingo des arguments stupides contre les droits LGBT. Mais Le Débat a sélectionné les meilleurs joueurs, et elle aura fort à faire contre ses partenaires qui participent à la même revue…

b) Jean-Claude Quentel, Jean-Yves Dartiguenave (Université de Rennes II) : les justiciers de la Nature contre l’homosexualité.

On ne sait que choisir dans l’article des professeurs Jean-Claude Quentel et Jean-Yves Dartiguenave, tant ce qui y est écrit heurte le sens commun. Il faut avouer cependant que les deux professeurs y vont crescendo dans leur argumentation, et n’abattent pas tout de suite les cartes maîtresses qu’ils possèdent en matière d’aberration intellectuelle. Le début de l’article peut sembler honnête, voire modéré, et on imagine le directeur de rédaction du Débat être saisi d’effroi lorsqu’il a lu les quelques lignes semblant déroger à la ligne éditoriale qu’il a choisie, à savoir démolir le mariage pour tous et prouver que les droits LGBT sont une erreur pour le bien de la civilisation. Durant quatre pages (pp. 130-133), on pense comprendre en effet que les familles homoparentales pourraient élever des enfants correctement ! Diantre !

Mais le lecteur homophobe est vite rassuré par les cinq pages suivantes : on y apprend d’abord que les enfants de ces familles sont forcément victimes d’une « stigmatisation » qui a des « effets psychologiques » sur eux. Mais surtout, brusquement, et sans autre forme d’explication, l’homoparentalité est qualifiée de « préoccupation individualiste », qui exigerait de la société d’être « à la disposition de chacun de ses membres » et qui ne se ferait aucun « souci de la cohésion sociale ». Alors le crescendo commence : l’homoparentalité serait le résultat de « la complainte individualiste » et de « l’effacement de toute différence, aussi bien naturelle que sociale ». Avec le mariage pour tous, « notre société tend […] à une forme de promotion de l’identique qui aboutirait, si elle était menée à son terme, à un anéantissement du social lui-même ».

Contre les LGBT, Quentel et Dartiguenave, les Dupont et Dupond du Débat, se font alors les défenseurs tout à la fois de la Société et la Nature – qui, jusqu’à preuve du contraire, ne leur ont pourtant rien demandé. Que nous apprennent en effet ces deux penseurs invétérés ? Voici les joyaux de leur réflexion :

« L’analyse nous conduit à conclure que le contexte socio-historique réduit nécessairement les possibilités d’exercice de la parentalité par des couples de homosexuels […]. Ces couples se sont mis dans la position de ne pouvoir procréer. […] L’homosexualité porte en elle-même la contestation de la différence naturelle des sexes, plus exactement de leur complémentarité et, du coup, de la procréation. »

Quentel et Dartiguenave, insidieusement, se mettent alors à opposer l’homosexualité et la nature. Comble du cynisme, ils justifient par là-même, sans la moindre vergogne, la pénalisation de l’homosexualité. Voilà un texte qui fera sans doute fureur en Ouganda :

« Telle est la raison première pour laquelle l’homosexualité a été et est toujours condamnée dans de multiples sociétés ; il y va pour celles-ci non seulement du devenir de l’espèce, mais de celui de la société et de son organisation ».

Vous aimiez Vanneste ? Vous adorerez Quentel et Dartiguenave !

Vous aimiez Vanneste ? Vous adorerez Quentel & Dartiguenave !

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quentel et Dartiguenave, qui n’ont peur de rien, rejoignent alors, de manière tout à fait logique dans leur mode de pensée, les arguments développés en son temps par Christian Vanneste. D’ailleurs, par honnêteté intellectuelle, ils auraient pu citer le nom du député UMP, étant donné les larges emprunts qu’ils effectuent directement aux sources de son idéologie. En effet, les deux auteurs, sous le patronage tacite de C. Vanneste, reprennent l’antienne bien connue de l’homosexualité contre-nature et menant à la fin de la civilisation.

Tout LGBT ayant subi l’homophobie dans sa jeunesse a déjà entendu mille fois cet argument stupide. Il fallait malgré tout que la revue Le Débat tentât de redonner du crédit à cette théorie abjecte et délétère, en laissant s’exprimer Quentel et Dartiguenave en ces termes :

« Il n’y aurait plus d’espèce humaine si l’homosexualité était généralisée ».

Au cas où l’on n’aurait pas compris que l’homosexualité est bien « contre nature », les auteurs enfoncent le clou (pourquoi donc s’en priveraient-ils ?) :

« L’homosexualité est profondément humaine. Elle ne saurait se réduire à une affaire naturelle et se fonder sur la comparaison avec des animaux qui s’accouplent entre congénères du même sexe constitue une grossière erreur. L’homosexuel choisit comme conjoint un homme ou une femme du même sexe social que lui, et non pas un mâle ou une femelle. Ce en quoi l’homosexualité est affaire de culture. […] L’homme « pervertit » toujours sa nature et, en l’occurrence, sa sexualité naturelle […] ; l’homosexuel, quant à lui, pousse cette prise de distance par rapport à l’ordre naturel des choses jusqu’à lui substituer totalement son reclassement culturel ».

L’homosexualité décrite comme perversion suprême, comportement totalement opposé à « l’ordre naturel des choses » et affaire de choix : tout y est ! Là encore, le bingo est presque complet ! Mais les auteurs ont sans doute peur d’être mal compris, alors ils insistent, cette fois sous couvert d’un pseudo-jargon vaguement scientifisant :

« L’homoparentalité a ceci de particulier qu’elle réifie ou hypostasie le culturel, en l’occurrence le social […]. Cette « forclusion » des conditions naturelles participe d’une forme de clôture de la famille homoparentale sur son propre arbitraire social. […] En acceptant de se poser la question de l’homoparentalité, notre société tend étrangement à évacuer le registre de la nature. »

Mais est-il naturel d’écrire des âneries dans Le Débat pour déverser sa bile sur les droits des LGBT et de leurs familles ? La question n’a été ni posée ni résolue dans ces quelques pages : il faudrait que nos Dupont et Dupond se penchent sur cette nouvelle énigme.

Les auteurs concluent sur quelques phrases vagues, qui dépeignent implicitement les LGBT comme d’irresponsables égoïstes incapables de se contrôler, et qui considèreraient que « du point de vue du désir […] tout est posé comme possible », « qu’aucune limite ne doit entrer en ligne de compte dans la problématique de la recherche de satisfaction » et que « le désir d’enfant » peut « échapper à cette nécessité de se conférer des exigences ». Ils leur rappellent donc, comme s’ils avaient été attendus depuis 20 siècles pour annoncer cette grande nouvelle au monde ébahi, que, « pour des raisons proprement éthiques », « il n’est pas possible, humainement, de tout avoir ». Cela est vrai, mais il serait bon qu’ils réalisent aussi que, pour des raisons proprement éthiques, on ne peut pas non plus, humainement, raconter n’importe quoi.

c) Maurice Berger (CHU Saint-Etienne), le docteur Knock de l’homoparentalité.

knockMaurice Berger ne manque pas d’humour, puisqu’il lance en introduction : « Quels amalgames nous empêchent de réfléchir sereinement ? ». S’il veut vraiment une réponse, il n’a qu’à lire les deux articles qui précèdent le sien, ou relire sa propre production.

Pour Maurice Berger, l’homoparentalité pose « des risques » pour « le développement affectif de l’enfant ». Il accuse toutes les études réalisées à ce jour sur le sujet de comporter « des défauts méthodologiques majeurs », en prenant par exemple Martine Gross et Stéphane Nadaud (qu’il cite tous deux nommément) soit pour des imbéciles, soit pour des faussaires. Seule l’étude de Mark Regnerus, qu’il prend pour argent comptant, trouve grâce à ses yeux, alors que sa méthodologie et ses résultats sont par ailleurs extrêmement contestés.

Pour Maurice Berger, seuls les opposants à l’homoparentalité sont des êtres objectifs, honnêtes, loyaux et impartiaux. En effet, il considère que « les tenants de l’homoparentalité » utilisent tous « le bluff », « l’intimidation », « les fausses affirmations », « l’opinion personnelle » et « l’amalgame ». Pour lui, les LGBT veulent « l’indifférenciation père-mère » ; leurs revendications sont caractérisées par « l’exacerbation des désirs personnels » et « le refus de reconnaître des limites frustrantes » ; ils font des lois « des self-services destinés à satisfaire les désirs de tous ».

Les LGBT font tellement peur à Maurice Berger et à « la plupart des collègues avec qui [il] évoque la question » que, selon lui, tous ces braves gens, bien qu’opposés au mariage pour tous, « n’ont pas de lieu où s’exprimer, ou n’ont pas le courage de le faire face aux passions hostiles » (p. 142). Il faudrait que Maurice Berger et ses collègues sortent parfois de leur cabinet, et qu’ils écoutent RTL, Europe 1, RMC…, qu’ils regardent I-Télé, BFM, LCI, France 2, TF1, France 5… ou qu’ils lisent le Figaro, Valeurs actuelles, Le Point… : les opinions qu’ils disent ne pas avoir pu défendre y ont été très abondamment relayées !

Malgré son manque d’information évident, et nonobstant la terrible censure dont il se dit victime, Maurice Berger a des idées, et il tient à le faire savoir :

« Le dispositif dans lequel les enfants se portent le mieux est la famille biologique (père, mère et enfant vivant ensemble) […] Le couple hétérosexuel est ce que l’on a trouvé de mieux ».

Alors que même le Vatican ne considère plus que l’homosexualité est un choix, Maurice Berger, lui, affirme que l’homosexualité est « un choix de vie sexuelle, qui empêche ce projet de conception hétérosexuelle ». Il est absolument sûr et certain que l’homoparentalité « peut être à l’origine d’une souffrance très importante chez les enfants ».

Il faut prévenir Maurice Berger (Bonjour, Docteur !) que, si souffrance il y a, c’est plutôt celle du lecteur contraint de lire ces stupidités indignes dans une revue qui se prétend sérieuse :

« Comment une petite fille peut-elle arriver à comprendre que deux hommes qui ne veulent pas avoir de femme puissent en même temps avoir désiré une fille ? »

Avec cette phrase, on ne verse pas seulement dans l’abjection : la teneur des propos atteint la profondeur de la bêtise la plus crasse. Cette phrase montre une chose qui est cependant vraie : qu’un fait pourtant simple à saisir soit inaccessible au bon docteur Maurice Berger ne signifie pas qu’une petite fille de cinq ans soit incapable de comprendre ce même fait.

En toute sobriété, le docteur Berger conclut son article en invoquant au sujet de l’homoparentalité « le principe de précaution », comme « à propos du maïs transgénique ». La première des précautions serait sans doute d’avertir les honnêtes gens de ne pas perdre leur temps, sauf s’ils n’ont rien de mieux à faire, à lire les élucubrations du docteur Berger dans cet article.

On s’étonne d’ailleurs que le « chef de service en psychiatrie des enfants » au CHU de Saint-Etienne se permette de raconter aux lecteurs du Débat les consultations qu’il a eues avec deux enfants, et qu’il en instrumentalise ainsi le contenu aux dépens des familles qui sont venues le consulter (voir p. 144). Les familles homoparentales qui ont fait confiance au docteur Berger doivent être bien surprises de retrouver dans les colonnes du Débat la retranscription des propos que leurs enfants ont tenus dans le secret du cabinet. Il est à espérer que, sur ce point, les moeurs et pratiques du CHU de Saint-Etienne ne soient pas partagées par les centres hospitaliers qui lui sont proches, de Roanne à Givors en passant par Lyon ou Annonay.

d) Catherine Dolto (Gallimard Jeunesse) : la conquistador anti-GPA.

Catherine Dolto

Catherine Dolto

Catherine Dolto a un combat dans sa vie : lutter contre la GPA et contre ceux qu’elle appelle avec un dédain non dissimulé les « humains en mal de procréer ». Catherine Dolto n’a pas peur des contradictions, puisque, intervenant dans un dossier intitulé « Les enfants du mariage homosexuel », elle affirme qu’elle parlera de la GPA « en dehors de toute considération sur la nature des couples y ayant recours ». Elle use elle aussi d’un humour apparemment largement partagé par les contributeurs au Débat : elle dit refuser « les réponses souvent militantes, voire dogmatiques » sur la GPA… mais c’est pour mieux imposer les siennes, qui pour le coup sont très clairement militantes et dogmatiques !

Catherine Dolto commence sur d’étranges bases, puisqu’elle s’appuie étonnamment sur des définitions fausses. Ainsi, l’une de ses premières notes de bas de page indique : « Mère porteuse : la mère porte un enfant issu de la fécondation de son ovule par le sperme du père qui adoptera l’enfant ». Cette définition est peut-être la sienne, mais ce n’est pas du tout la définition commune des mères porteuses, qui, comme chacun devrait le savoir, ne portent généralement pas un enfant issu de leur propre ovule !

Si Catherine Dolto a des lacunes en matière de lexique, il semble que ça n’aille pas mieux en droit. Dans l’une des parenthèses les plus absurdes qui soient, elle affirme, dénonçant « la souffrance » de la mère porteuse et de « ses autres enfants » : « La loi en France, semble-t-il, imposerait que [la mère porteuse] ait [d’autres enfants]. » Mais Catherine Dolto n’a donc pas encore réalisé que « la loi en France » interdit strictement les mères porteuses ? Elle a pourtant eu le temps de se renseigner, puisque cette interdiction date d’il y a plus de vingt ans !

On n’oserait taxer Catherine Dolto d’ignorance, mais on peut l’accuser de mépris. Pour elle, les enfants de GPA ne peuvent avoir aucun « sentiment de leur dignité », ils sont comme « un objet ou un animal de compagnie », leur humanité est « en péril, comme celle de ceux qui l’entourent » ; ils sont comme « les animaux dans les cruels élevages industriels », et ils sont forcément victimes de « complexités névrotiques potentiellement pathogènes » (qu’en termes fort galants ces choses-là sont dites !), tout comme les mères porteuses et ses autres enfants.

L’article comporte une longue digression vague sur l’haptonomie et l’épigénétique, qui n’apportent en réalité aucun argument ni pour ni contre la GPA. Mais ce n’est pas l’avis de Catherine Dolto : pour elle, la GPA « prépare la barbarie à venir », elle empêche de « tirer le petit mammifère humain vers son humanité  » et de « canaliser la violence ». Elle est comparable aux « pratiques vétérinaires » et empêche le « respect de l’humanité » de l’enfant.

On l’aura compris : pour Catherine Dolto, ce n’est pas être humain que de recourir à la GPA, de participer à une GPA, ou de naître par GPA. Dans cette nouvelle Controverse de Valladolid, on espère que Catherine Dolto et ses partisans finiront par reconnaître, sinon une âme, tout au moins une forme de dignité humaine aux familles qu’ils conspuent abondamment, et qui vivraient tout aussi bien sans leurs admonestations grandiloquentes et dégradantes.

e) Paul Thibaud (philosophe retraité) : le cynique décomplexé.

Paul Thibaud

Paul Thibaud

Paul Thibaud est l’ancien directeur d’Esprit. Une plaisanterie courante raconte que l’on dirige « Esprit » lorsqu’on en manque. De fait, si Esprit est à l’esprit ce que Le Débat est au débat, il y a effectivement du souci à se faire.

Pour Paul Thibaud, le mariage pour tous concerne « un microcosme », et l’homoparentalité « de rares exceptions ». Il s’étonne donc que l’on ait voulu changer la loi pour si peu de monde. Pour lui, « les besoins à satisfaire n’étaient pas sociaux mais idéologiques ». Cynisme effroyable : dans une parenthèse assassine, il affirme que « les homosexuels n’étaient pas interdits de mariage » avant la loi sur le mariage pour tous. Mais il oublie de dire qu’ils étaient obligés soit de rester célibataires, soit d’épouser une personne qu’ils n’aiment pas ! L’homo refoulé, et faisant souffrir, par l’absence de sentiments réciproques, une femme qu’il n’aime pas : voilà donc l’idéal de Paul Thibaud en matière de société ?

Brandissant la menace de la montée du FN, dont il rend entre autres les homos responsables, il prétend également que « les minorités à prétention morale » comme les LGBT « repoussent vers l’abstention ou l’extrémisme » « les citoyens ordinaires ». Il reproche au mariage pour tous de « camoufler la spécificité des couples homosexuels » et reprend cette fois le cliché du prosélytisme homosexuel : « les situations sur lesquelles il faudrait aligner le droit et qui n’existent guère, on travaille (en promouvant la PMA et la GPA) à les répandre en changeant le droit ».

Mais où est donc passé le bon vieux temps, où l’on disait clairement que l’homosexualité est moralement inférieure à l’hétérosexualité ? « Ce qui a changé, déplore en effet Paul Thibaud, ce ne sont pas les pratiques, mais le parti pris de les déclarer toutes d’égale valeur ». Il regrette ce « changement des valeurs qui ont pignon sur rue ». Pour Paul Thibaud, il faudrait instaurer le placard pour tous : ce serait tellement mieux ! Il fait de Christiane Taubira l’incarnation « d’un individualisme dogmatique d’origine révolutionnaire » – rien que ça ! Voilà un homme qui sait incarner la modération et la sobriété.

Mais comment a-t-on défendu le mariage pour tous selon Paul Thibaud ? C’est simple :

« Il est remarquable que l’on ait vu converger, pour bloquer le débat civique, deux idéologies opposées, celle qui veut dissoudre le social dans le droit des individus et celle qui veut l’écraser sous une homogénéité décrétée, l’une et l’autre faisant fond sur un démocratisme abstrait, donc intolérant. La laïcité n’y trouve pas son compte ».

Le mariage pour tous serait intolérant, anti-laïc, opposé au social… N’en jetez plus ! Mais Paul Thibaud, lui, en jette encore : pour lui, l’institution de la famille « n’existe qu’en fonction de la nature » (encore elle !). Pour lui, l’homoparentalité, c’est « un fouillis d’arrangements », qui ne serait que « la parenté d’un seul », c’est « l’effacement du souci du futur », la fin du « devoir de préparer l’avenir »… Avec l’homoparentalité, il est fini, « le temps des grandes espérances, publiques et privées » ! Finie aussi, « la protection des plus faibles et des absents » ! Il n’y a désormais plus « rien qui fasse écran à la combinaison des volontés ».

Paul Thibaud n’a pas honte de comparer les enfants de couples homosexuels aux « enfants maltraités » ou à une « fille mariée de force par son père » (page 160). Partant dans des considérations abstraites et éthérées, il dénonce un « changement général du régime de moralité », la fin « des exigences qui correspondaient aux conduites de responsabilité civique », un « monde de l’individu flottant et clos, dépourvu d’incorporation à aucune institution », « la répudiation de l’idée de devoir envers soi-même », un « individu coupé de l’extérieur, sans remords ni ambition », « une désinscription de l’individu, l’effacement du sentiment de ses devoirs propres ». Paul Thibaud est un peu perdu dans tout cela : « Cette égalité régit un monde devenu comme fantomatique, indistinct et conflictuel ».

La page 162 donne tout à coup lieu à un inattendu intermède dirigé… contre l’Islam, puisque selon Paul Thibaud, certains musulmans français seraient coupables d’ « un repli hargneux et répétitif ». Maître-ès-arts du cheveu sur la soupe, et recordman patenté du coq-à-l-âne, il reproche dans le même mouvement aux LGBT de prôner « la dévaluation du commun par l’égalitarisme individualiste » et de provoquer ainsi « une intransigeance stérile », mais aussi la montée du Front National (au cas où on aurait oublié qu’il l’a déjà dit six pages plus tôt).

Pour Paul Thibaud, l’homoparentalité, c’est « la rétrogradation de la sexualité procréative » (comprenne qui pourra !) et « la promotion du choix individuel et de l’artificialisme » (mais quelqu’un sait-il ce qu’est « l’artificialisme » ?). Décidément, ma bonne dame : tout rétrograde, puisqu’on apprend une page plus loin que l’on voit « partout la rétrogradation proclamée de la nature ». Le mariage pour tous, c’est, qu’on le sache : « le comble de la réduction de l’humanité à l’individu ».

Paul Thibaud a répété dans son article que les LGBT allaient faire monter le FN. En se relisant, il a dû avoir des remords de s’être montré si modéré, puisqu’il affirme ensuite, après avoir affirmé péremptoirement que le mariage pour tous serait une revendication prétendument individualiste :

« Pour Dumont, l’individualisme pur n’est pas stable, il suscite inévitablement son contraire à quoi il s’associe. […] L’effondrement des traditions, en 1918, sous le choc d’une démocratie importée, faisant exploser un individualisme expressionniste, a, selon Dumont, été la route du nazisme. »

Intégrer le mot « nazisme » dans un article sur le mariage pour tous : Xavier Bongibault en rêvait, Paul Thibaud l’a fait ! Et si ce n’est pas le nazisme, ce sera l’islamisme (il faut apparemment croire que les musulmans sont, avec les LGBT, l’autre face du Mal combattu par Paul Thibaud) :

« Il se pourrait néanmoins que, face à la dérive comme fatale du monde post-chrétien, à son anthropologie invraisemblable, l’homogénéité islamique apparaisse un recours, du moins dans nos banlieues. […] En somme, l’observance de la charia vous place déjà, sur terre, dans le royaume de Dieu. »

Si les LGBT ne sont pas responsables du retour du nazisme, ils seront bien coupables de l’établissement de la charia ! Par esprit de retenue sans doute, Paul Thibaud ne dit cependant rien sur la responsabilité supposée des LGBT dans le changement climatique ou la diffusion du virus Ebola.

L’article se termine sur une longue digression inutile consacrée à l’éloge de Marcel Gauchet (le directeur de rédaction qui a justement sélectionné l’article !) et à une réflexion sur Cornelius Castoriadis, qui n’en pourra mais et qui ne viendra pas s’en plaindre. Il n’est jamais inutile d’être bien vu par le directeur : Paul Thibaud pourra sans doute être récompensé pour son éloge en publiant un nouvel article lors d’un prochain numéro de la revue, où l’on débat entre gens de bonne compagnie qui se congratulent et se sélectionnent les uns les autres ! Affaire à suivre, sans doute…

3) Dans Le Débat, l’arrière-garde a de l’avenir.

Ces six illustres représentants de l’intelligentsia d’arrière-garde ont donc mis à profit leur énergie et leur savoir pour parvenir à ces réflexions de haut niveau. S’ils n’ont pas été satisfaits par les courts extraits ci-dessus, les lecteurs les plus kamikazes pourront lire ici le dossier complet de la revue (à leurs risques et périls). La revue est même disponible dans tous les kiosques jusqu’à la fin août – mais vous n’êtes pas obligé(e)s d’y courir pour vous la procurer.

Marcel Gauchet, directeur de rédaction de la revue Le Débat

Marcel Gauchet, directeur de rédaction de la revue Le Débat

Si l’on se penche sur les numéros précédents de la revue, est-il bien étonnant d’y retrouver, parmi les contributeurs aux numéros récents de cette revue, de farouches opposants au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe, comme Jean-Pierre Winter, Monette Vacquin, ou l’inénarrable Sylviane Agacinski ? En outre, Marcel Gauchet étant le directeur de rédaction de cette revue qui porte si mal son nom, on s’étonne moins, à présent, des récentes polémiques qu’a causées l’annonce de son intervention aux rendez-vous de l’histoire de Blois consacrés… aux rebelles dans l’Histoire !

On trouve une recension extrêmement enthousiaste de l’un des articles de ce dossier sur Atlantico, média clairement orienté à droite. Mais la plus grande joie des auteurs de ces articles sera sans doute de découvrir que leurs thèses sont vivement acclamées par un média lui aussi « dépassionné et libre de préjugés » : le site du Vatican !

Pour continuer sur cette lancée, où le goût pour le « n’importe quoi » s’y dispute à l’obsession acharnée contre les droits LGBT, on conseille vivement à la revue « Le Débat » de changer très vite de titre, et de s’appeler, dès le prochain numéro, la revue « Le Délire ».

Adoption | Droit | Famille | France | Homoparentalité | Mariage | Politique | UMP | 26.10.2013 - 14 h 42 | 0 COMMENTAIRES
Jean-François Copé (UMP) : « Mon idée, c’est qu’on revienne à l’union civile, et en aucun cas d’autoriser l’adoption ».

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Nouveau revirement à l’UMP sur la question de l’égalité des droits. Jean-François Copé, secrétaire général du parti, promet dans une vidéo tournée le 24 octobre 2013, que l’UMP abolira le mariage pour les couples de même sexe et leur interdira purement et simplement toute possibilité d’adopter.

La scène a été tournée à Casablanca, lors du déplacement de Jean-François Copé au Maroc. Jean-François Copé y affirme clairement qu’il ne laissera pas la loi Taubira en l’état, et que si la droite revient au pouvoir, les LGBT seront privés des droits que le gouvernement Ayrault leur a accordés en 2013.

– Est-ce que vous allez revenir sur le mariage [pour tous] ?

Jean-François Copé : C’est ce que je viens de dire. Nous, on a un projet qui est l’union civile. Et donc, moi, mon idée, c’est qu’on revienne à l’union civile, et en aucun cas d’autoriser l’adoption

– D’accord.

Jean-François Copé  : Parce que pour moi, je vous dis le fond de ma pensée : le vrai problème, c’est la filiation. Moi qu’il y ait un couple homosexuel, c’est pas mon affaire, moi j’ai pas de jugement à porter. Par contre, pour moi, l’altérité sexuelle, c’est quelque chose de majeur pour l’éducation des enfants.

Pour appuyer son argument, au cours de l’entretien, le secrétaire général de l’UMP se lance en outre dans une justification personnelle assez déroutante. Parlant de sa propre fille, Faustine, née en janvier 2010, il affirme que sa femme et lui ne savent plus s’ils doivent lui dire qu’ils sont ou non ses parents !

Pour moi, le fond du problème, c’est la question des enfants, c’est ça pour moi. Parce que derrière ça, il y a toute la question de l’altérité sexuelle. Et, je suis désolé, on est déjà en train de partir vers un truc… On ne sait plus quoi dire aux enfants…Nous, on a une petite de deux, trois ans et demi : moi, avec ma femme, on sait plus quoi lui dire, hein… Père ou mère…

La conclusion des échanges entre Jean-François et son interlocuteur ne laisse pas de doute quant aux intentions de l’UMP…  jusqu’au prochain revirement ?

– On compte sur vous pour abolir le mariage gay, alors, ou pas ?

Jean-François Copé : Ben, dans le sens que je vous ai dit.

– On bascule en contrat d’union civile ?

Jean-François Copé : Voilà.

Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | International | Justice | Politique | 29.08.2013 - 16 h 51 | 2 COMMENTAIRES
Delphine Lance (doctorante EHESS) présente ses recherches sur la gestation pour autrui.

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Delphine Lance réalise actuellement une thèse d’anthropologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Elle a travaillé sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité, et ses recherches portent aujourd’hui, en particulier, sur le thème de la gestation pour autrui au niveau international. Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine pour effectuer la première partie de ses recherches, elle lance à présent un appel à financement sur le site indiegogo pour pouvoir poursuivre l’étude de ce thème aux Etats-Unis. A cette occasion, elle a accepté de nous présenter un premier bilan de ses observations sur le thème de la surrogacy, et elle détaille l’objet de son projet de recherche sur ce sujet aux USA.

Numa – Delphine Lance, vous êtes doctorante à l’EHESS en anthropologie. Vous vous intéressez en particulier aux thèmes de la parenté et des nouvelles technologies de reproduction. Pouvez-vous nous parler des recherches que vous avez effectuées jusqu’ici ?

Delphine Lance

Delphine Lance

Delphine Lance – J’ai travaillé en master 2 sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité. Durant un an, j’ai interrogé des couples et des célibataires gays qui vivent en France, et qui ont eu recours à des femmes porteuses. Dans la grande majorité des cas, il s’agissait de femmes qui vivaient aux Etats-Unis. J’ai mené cette recherche anthropologique en parallèle des travaux sociologiques de Martine Gross et Dominique Mehl, et nos études respectives ont permis d’enrichir les connaissances sur les situations de GPA dans des cas d’homopaternité.

Je ne peux pas résumer ici l’intégralité de mon mémoire, mais j’ai été très marquée par la grande diversité des situations rencontrées au cours de mes entretiens. Chaque couple ou célibataire a une manière bien particulière d’appréhender le parcours de GPA. Par ailleurs, et contrairement aux idées reçues, la GPA s’inscrit toujours dans une démarche hautement relationnelle : tous les tiers ont une place dans ce parcours. J’ai été frappée par exemple par la relation qu’entretiennent les hommes avec les « donneuses d’engendrement » (donneuses et surrogate) pour reprendre l’expression d’Irène Théry : celles-ci ont toujours une place, plus ou moins importante, dans la vie de ces familles. Suite aux débats sur le mariage pour tous, je peux d’ailleurs affirmer qu’en aucun cas, les pères ne nient l’existence des femmes qui ont pris part au processus (donneuse d’ovocytes et mère porteuse). La différence des sexes dans la reproduction n’est jamais niée. Il est également important de souligné ici que dans la majorité des cas la donneuse et la gestatrice ne sont pas les mêmes femmes, on observe alors une fragmentation dans la reproduction qui est très intéressante à analyser en tant qu’ anthropologue.

 

Numa – Suite à votre master 2, vous avez voulu approfondir vos recherches sur la Gestation pour Autrui, en adoptant cette fois un angle d’approche international. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo ehessDelphine Lance – Actuellement, je suis inscrite en thèse à l’EHESS d’anthropologie sous la direction d’Enric Porqueres i Gené et Jennifer Merchant. J’étudie la place de la femme et de son corps dans le processus de gestation pour autrui à un niveau international. Pour ce faire, je suis partie 9 mois en Ukraine. J’ai observé le fonctionnement de cinq agences de surrogacy, notamment à Lviv (Ouest de l’Ukraine) et à Kiev. J’ai interviewé le personnel de ces agences et de cliniques (gynécologues, psychologues…), mais aussi des femmes porteuses (près de 25) et des donneuses d’ovocytes. Ce terrain m’a permis de comprendre en détail le fonctionnement du processus, ainsi que la représentation de la femme en Ukraine.

J’ai aussi interrogé des parents (trois couples gays et un couple hétéro) qui ont fait appel à une femme porteuse en Ukraine. J’ai pu voir à cette occasion les difficultés rencontrées par ces différents couples, en particulier pour le retour de l’enfant en Europe. Ces expériences sont très marquantes : quand on voit à quel point ces couples se battent et souffrent, on est amené à réfléchir en profondeur à la question de la GPA.

 

Numa – Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine, vous vous apprêtez maintenant à partir pour les USA. Quel est votre projet ?

Delphine Lance – Dans un objectif de comparaison avec l’Ukraine, j’aimerais partir aux USA pour me rendre dans des agences, et parler avec des  surrogates et des donneuses nord-américaines. Dans un premier temps, je souhaite aller sur la Côte Ouest, à San Francisco et San Diego. Si cela m’est possible financièrement, je partirai ensuite dans d’autres régions des USA. Mon but est de visiter différentes agences dans plusieurs Etats (Californie, Massachusetts, Ohio, Pennsylvanie), pour analyser les différences qu’elles présentent en termes d’organisation et de fonctionnement. Certaines sont par exemple plus tournées vers les couples gays que d’autres, ont établi des partenariats avec des cliniques, etc.

Au niveau scientifique, je travaille en particulier sur la définition de la parenté, sur l’intentionnalité et sur la place de l’Etat dans les politiques liées à la procréation, à l’exemple de la GPA. Plus je pourrais avoir de témoignages et réaliser d’observations, plus mon approche de ces différents thèmes pourra être précise.

Mon autre objectif, en parallèle, serait de réaliser un court documentaire (environ 30 mn) sur les motivations des gestatrices. Dans le débat actuel, les politiques parlent des femmes porteuses, mais on laisse en général trop peu de place à la parole à ce qu’elles disent et vivent. Il s’agirait donc de faire un reportage où la parole serait notamment laissée à ces femmes, afin de comprendre leurs motivations.

Pour que le débat repose sur des bases solides, il me semble important de laisser la parole aux différents intervenants du processus : surrogates, donneuses d’ovocytes, aux autres tiers et bien évidemment aux parents d’intention.

 

Numa – Pour pouvoir mener à bien ces objectifs, vous lancez un appel à financement sur le site indiegogo. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo indiegogo Delphine Lance – Je lance en effet un appel sur indiegogo, pour partir dans un premier temps durant six mois aux USA. Je vais avoir besoin de payer mon billet d’avion et mes déplacements internes pour pouvoir rencontrer les mères porteuses et les agences. La réalisation du documentaire me coûtera également environ 3000€.

Je lance donc un appel à contribution pour financer cette recherche. Dans ma conception de la recherche, il faut diffuser et partager les résultats obtenus. C’est pourquoi en contre-don, je propose aux gens qui me soutiendront de recevoir notamment une newsletter sur les résultats que j’obtiendrai. Je compte animer un blog privé pour parler de mes résultats. L’argent obtenu me permettra de consacrer du temps à ma recherche, mais aussi à sa diffusion et à la discussion avec les personnes qui auront accepté de m’aider à réaliser cette étude.

***

Pour participer au financement de ce projet de recherche : il suffit de se rendre sur la page « Recherche et documentaire sur la gestation pour autrui aux USA. Research and documentary on Assisted Reproductive Technology in the US. » du site indiegogo.

Adoption | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Histoire | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | People | Politique | PS | 26.04.2013 - 02 h 35 | 4 COMMENTAIRES
Trois anecdotes sur le vote à l’Assemblée du mardi 23 avril 2013.

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Comme d’autres sympathiques yaggeurs et yaggeuses que j’ai retrouvé(e)s pour l’occasion, j’étais présent à l’Assemblée nationale l’après-midi du 23 avril 2013. J’ai lu avec intérêt les témoignages d’Alexandra, Philippe et Olivier, et j’ai pensé qu’à mon tour, je pouvais ajouter quelques compléments aux très intéressants récits personnels qu’ils ont fait de ce moment décisif dans l’histoire des LGBT en France.

 

1) Virginie Tellenne provoque la sécurité de l’Assemblée nationale

Ce que peu de personnes savent, c’est que Virginie Tellenne (alias Frigide Barjot) a tenté de défier la sécurité de l’Assemblée nationale avant d’assister au vote. Elle n’a commis en soi aucune infraction légale, mais son attitude morale a été très fortement douteuse. En effet, elle avait dissimulé sur elle des tracts rouges et blancs où était imprimée en gros caractères l’inscription « Référendum pour tous ».

L’un des membres du personnel de l’Assemblée nationale s’est aperçu que Virginie Tellenne portait ces tracts sur elle, et a pu lui en ôter un avant qu’elle s’avance dans une autre salle. Il lui a ensuite fallu prévenir la sécurité de l’Assemblée nationale, pour que ces tracts lui soient retirés un à un, en conformité avec le règlement de l’Assemblée nationale. La volonté de Virginie Tellenne était clairement, au minimum, de narguer le personnel de l’Assemblée.

Avait-elle l’intention de montrer ces tracts durant les explications de vote auxquelles elle a ensuite assisté ? Il est difficile de le dire, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle a agi par esprit de bravade envers les agents de sécurité, et qu’elle avait pour but de leur montrer qu’ils devaient s’attendre à tout, et être sur leurs gardes face à toute menace qui pouvait venir d’elle ou de ses partisans.

Ce qui est d’ailleurs plus troublant, c’est que les tracts qu’elle portait sur elle défendaient justement l’idée d’un référendum – tout comme la banderole qui a été déroulée dans l’hémicycle par des individus violents quelques instants plus tard. Simple coïncidence ?

 

2) Virginie Tellenne n’a pas eu l’air mécontente de l’incident qui a indigné l’Assemblée nationale

Lorsque l’incident a éclaté dans les tribunes de l’Assemblée nationale, Frigide Barjot, à l’inverse de la majorité du public et des députés, n’a pas paru consternée, ni inquiète, ni même surprise par l’événement. Bien au contraire, elle n’a eu qu’un léger sourire de satisfaction qui, volontaire ou non, m’a paru le comble du cynisme.

Tout le public regardait alors les spectateurs que le service d’ordre tentait de maîtriser, et les députés étaient tournés soit vers les individus qui avaient effectué cet incident, soit vers les députés de droite qu’ils rendaient responsables de cette agression contre le travail parlementaire. Frigide Barjot a donc dû penser qu’elle n’était pas observée à ce moment-là…

 

3) L’hommage vibrant des députés et ministres à Corinne Narassiguin

Pour finir sur une note positive, j’ai été touché par l’hommage très émouvant qui a été rendu par le gouvernement et les députés à Corinne Narassiguin, ancienne députée PS des Français de l’étranger, et qui était initialement chargée du texte sur le mariage pour tous au sein du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Corinne Narassuiguin avait fait un lourd travail d’auditions, de persuasion et de négociations au sein du groupe Socialiste, Républicain et Citoyen, en partenariat avec le gouvernement, les acteurs de la vie civile et les responsables politiques de son groupe. Son élection en tant que députée ayant été invalidée par le Conseil Constitutionnel en février 2013, cette fonction avait alors été reprise par le député PS Bernard Roman, très engagé sur le thème des droits LGBT et de l’homoparentalité.

Debout dans les tribunes après l’intervention finale de Christiane Taubira, et visiblement très émue, Corinne Narassiguin a été ovationnée par ses collègues députés et ministres de gauche, qui se sont tournés vers elle et l’ont acclamée, afin de rappeler le rôle très important que cette jeune femme de 38 ans, très attachée à la question de l’égalité, avait tenu, aux côtés d’Erwann Binet, dans l’adoption du projet de loi par l’Assemblée nationale.

 

Le reste de l’histoire vous est connu : il vous a été conté par l’équipe de Yagg qui a été mobilisée toute la journée, et par trois yaggeurs qui ont pris le temps de faire un compte rendu complet de tout ce qu’ils ont observé ce jour-là 🙂

Fiction | France | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | People | 24.03.2013 - 04 h 10 | 8 COMMENTAIRES
La Barjot s’en va-t-aux Champs : Acte II

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La semaine dernière a été révélée l‘incroyable découverte d’un chercheur en littérature française : un vaudeville du 19e siècle est resté jusque là inconnu et inédit, alors qu’il est, selon toute apparence, signé de la main même de Georges Feydeau (les dernières analyses ont écarté la piste, un temps envisagée mais vraisemblablement erronée, d’une rédaction par le dramaturge Eugène Labiche).

A cette occasion, nous vous avons révélé l’acte I de cette pièce en trois actes. Rappelons que la pièce retrace, sur un mode comique, les tentatives infructueuses d’une demi-mondaine et de ses quelques compagnons pour prendre par la force l’avenue des Champs-Elysées. Voici donc à présent l’acte II du vaudeville « La Barjot s’en va-t-aux Champs« .

La Barjot s’en va-t-aux Champs, Pièce en trois actes

Acte IILa scène représente un petit local mal entretenu, sans fenêtre, éclairé par quelques lampes au néon. A droite, une dizaine de cartons sont entreposés les uns sur les autres. L’un d’entre eux déborde de quelques vêtements noirs, roses et blancs. A gauche, une table est couverte de papiers divers, flyers et prospectus. La décoration est sommaire : la pièce comporte simplement une plante verte, un fauteuil rouge avec un coussin bleu et un coussin blanc, ainsi qu’une étagère où sont disposés une petite horloge, quelques livres et des bibelots. Une quinzaine de chaises sont empilées en deux tas, contre le mur du fond.

La porte d’entrée grince lourdement. Entre Xavier Bongibault, qui referme derrière lui la porte à clé, avec beaucoup de difficulté car la serrure marche mal. Il s’avance dans la pièce, puis il dispose une dizaine de chaises dans la salle, face au fauteuil. Tout en s’activant, il réfléchit à voix haute :

Xavier Bongibault – C’est pas possible, j’y arriverai jamais. Tout ce travail à faire aujourd’hui… J’ai un planning encore plus chargé que du temps où je travaillais directement pour Frigide. Mais aujourd’hui, c’est le jour de ma vie : la manif de cet après-midi va être un beau succès. Allez, vite, je place la dernière ici… et c’est bon. Le programme de ce matin est chargé lui aussi : il va falloir être efficace.

Il pose la dernière chaise et s’assoit. Il jette un regard mécontent sur la pièce. Il se relève, il pose la plante sur une chaise face à lui, il met l’un de ses coussins sur une autre chaise, prend sur l’étagère l’horloge et une petite figurine en plastique pour les déposer sur deux autres chaises, puis il se rassoit.

Xavier Bongibault – Ah, là ça va mieux. Bon, nous pouvons donc commencer.

Il se redresse sur le fauteuil, lève un peu la tête, et regarde les chaises vides une à une.

Xavier Bongibault – Chers amis, je suis très heureux que vous soyez venus si nombreux aujourd’hui pour notre Assemblée générale de « Plus gays sans mariage ». Grâce à votre présence, le quorum est atteint, et nous allons pouvoir voter en toute transparence. Je tiens d’abord à vous dire que sans vous, je ne serais rien, et c’est à vous que je dois tout le bonheur de cette aventure humaine extraordinaire aux côtés de Frigide. (Il parle de plus en plus fort.) Nous représentons, tous ensemble, la liberté d’expression des homosexuels qui sont opposés à cette folie de « mariage pour tous », et nous ne nous laisserons pas bâillonner par des socialistes dictateurs. (Il se met à crier.) Oui, tous ensemble nous montrerons que les homosexuels ne doivent pas être les boucs-émissaires du gouvernement Ayrault ! Nous montrerons que les homosexuels soutiennent les droits de l’enfant, et qu’ils ne croient pas en l’utopie socialiste !

La pendule se met à sonner neuf coups sur sa chaise.

Xavier Bongibault – Merci. Je vais à présent vous lire le rapport d’activités, puis nous pourrons passer au vote, et je vous inviterai à boire un pot qui nous est offert par la paroisse de Rambouillet. (On entend frapper à la porte.) Le bon père de Rambouillet nous a fait l’honneur de nous offrir des restes de vin de messe et du gâteau d’hostie rassie : nous allons nous régaler !

On frappe de plus en plus fort. La porte est sur le point de sortir de ses gonds sous la force des coups. Il se lève à contrecoeur.

Xavier Bongibault – Oui, oui, j’arrive !

Il ouvre la porte. Entre Frigide Barjot, vêtue d’une jupe rose courte, d’une veste verte et d’un chapeau bicorne.

Frigide Barjot – Ah, quand même, on m’ouvre ! Tu as voulu m’empêcher de rentrer dans mon local ?! Tu as voulu m’interdire l’accès à cette pièce, comme le minable préfet de police qui m’a injustement privée des Champs-Elysées cet après-midi ! Tu es de leur côté, hein ? Tu es comme ce Jean-Pierre Michel que j’enverrai au gnouf le 04 avril pour crime de lèse-Barjot ! Je t’ai démasqué, imposteur ! J’aurais dû m’en douter !

Xavier Bongibault – Mais Frigide, pas du tout… J’étais en pleine AG de « Plus gay sans mariage », et on était dans des débats épineux, là. Je te rappelle qu’il faut que j’aie fini dans une heure, pour avoir le temps de me préparer les cheveux avant la manif de cet après-midi, et qu’après l’AG de « Plus gay sans mariage », j’ai encore celle de « Homovox » à faire tout seul, et puis celles de « Tous pour le mariage », « Jeunes pour la famille », « En marche pour l’enfance », « Juristes pour l’enfance », « Médecins et pédiatres pour l’enfance »…

Frigide Barjot – « Médecins et pédiatres pour l’enfance » ? Je t’ai refilé celle-là aussi ? Je ne me souvenais même plus d’avoir créé ce truc. Faudrait quand même que je les note au fur et à mesure… A propos de cheveux, tu as vu mon beau bicorne ? C’est mon accessoire fétiche pour remonter l’avenue de la Grande Armée tout à l’heure. Nous sommes le peuple ! Nous sommes la Grande Armée ! Vous êtes mes grognards !

Xavier Bongibault, enthousiaste – Oui, nous sommes le peuple ! Nous sommes la Grande Armée ! Et tu es notre grognasse !

Frigide Barjot – Oui, euh… Et attends, j’ai plein d’idées pour cet après-midi. La reine du marketing, on voit bien que c’est moi. J’ai des trucs super rassembleurs comme faire sauter tous les manifestants sur le pied droit, les mains sur la tête, les yeux fermés, sur une musique de David Guetta, et en huant de toutes leurs forces contre Hollande, Peillon et Taubira.

Xavier Bongibault – Peillon ? Il a participé à la loi sur le mariage pour tous ?!

Frigide Barjot – Avec le nom qu’il a, je peux te dire que crier « Peillon » en plein Neuilly, ça va déclencher des émeutes. Ils vont tous croire qu’on en veut à leur porte-monnaie, et là…

On entend soudain la musique du Chant du Départ s’élever dans la pièce : « La Victoire en chantant / Nous ouvre la barrière / La liberté guide nos pas !… »

Frigide Barjot – Ah, tiens, mon portable qui sonne. Eh bien, rends-toi utile pour une fois : décroche !

Xavier Bongibault – Manifpourtous allo oui bonjour ici Xavier je vous écoute bonjour que puis-je pour vous ? Ah, Jean-François, c’est toi ! Je suis bien heureux de t’entendre ! Comment ? Les députés et sympathisants UMP vont venir au local pour nous acheter des polos ? Mais c’est une super nouvelle ! Ils doivent arriver quand ? Ce serait bien que je le sache pour m’organiser, parce que j’ai des choses importantes à faire avant la manif : j’ai 10 AG de prévues, et j’ai acheté un carton complet de bouteilles d’eau oxygénée pour être prêt capillairement.

On frappe à la porte. On entend une voix féminine crier : « Bon, vous ouvrez, les mous du genou ! Y en a qui attendent ! »

Xavier Bongibault – Ah, Jean-François, je te laisse, je crois qu’ils sont arrivés.

Le temps qu’il raccroche, les coups redoublent d’intensité. La porte éclate en un bruit sec. Entrent Nadine Morano et David Douillet, suivis d’une dizaine de députés UMP et de sympathisants qui se serrent tous les uns contre les autres au fur et à mesure qu’ils rentrent dans la pièce. Nadine Morano commence à fouiller dans les cartons et à déballer les polos.

David Douillet, la poignée de la porte à la main – Dites donc, c’est pas grand ici. Heureusement qu’on a fait un peu d’espace en retirant la porte avec Nadine.

Frigide Barjot, avec un grand sourire – Ah, chers amis, que je suis contente de vous voir ! Elle les embrasse un à un, tout en murmurant pour elle-même : « Ils ont intérêt à me la rembourser, ma porte, le grand zouave et la surexcitée… » Pendant ce temps, les députés observent, trient et essaient les polos. Ils posent leurs questions tour à tour à Xavier Bongibault et à Frigide Barjot :

Rachida Dati – Ils sont intéressants, vos polos, mais vous n’auriez pas les mêmes en Dior ? Ou au moins en Chanel ?

Hervé Mariton – Ils sont formidables ! J’en prendrai un bleu, un violet, un orange, un rouge, un noir, un blanc, un vert…! Et est-ce que vous auriez les mêmes en gilets ?

Jean-Pierre Raffarin -Vous n’en avez pas en anglais ? J’ai une idée de slogan pour vous : Yes, to win, the no to the marriage needs the yes to the Barjotte ! C’est porteur, je vous assure !

Peu à peu, tout le monde se met à parler en même temps, si bien qu’au fur et à mesure des interventions des personnalités de droite, chacun s’exprime dans un brouhaha de plus en plus confus.

Marine Le Pen – Vous m’en mettrez un très très noir ! C’est pour papa !

Henri Guaino, la voix tremblotante et le geste ample – Ces polos me rappellent les deux femmes qui m’ont élevé. Car oui, j’ai été élevé par deux femmes, et…

Nadine Morano – Oh, arrête avec tes salades, Riton. Dites donc, les gars, c’est quoi ça, vous pourriez avoir un polo avec la tête de Sarko !  Le vrai opposant au mariage des homos, c’est tout de même lui. Et je suis bien placée pour le savoir : c’est lui qui m’a demandé de faire couler la loi sur le beau-parent en 2008 ! C’est le seul truc que j’ai réussi en 5 ans, alors vous pensez que je suis pas près de l’oublier !

Bruno Gollnisch – Ah, il n’y a rien en allemand ou en japonais ! Mes amis de là-bas ne vont rien comprendre si je leur rapporte des trucs roses écrits en français ! Vous voulez me faire passer pour quoi ?

Jacques Myard – Dites moi, Madame Barjot, vous a-t-on déjà dit que vous aviez une belle petite jupe, et un fort beau bicorne ? Moi-même, j’ai eu un certain succès avec les petites Anglaises il y a quelques années, et je leur faisais découvrir ma recette de poulet au champagne. Avec votre beau minois, vous pourriez passer quelques heures avec moi…

Marc Le Fur – Un papa, une maman… mais aussi une belle-mère ! Ces polos veulent la mort de la belle-mère !

Le vacarme est de plus en plus fort. On ne distingue plus les paroles des uns et des autres. La pendule sur la chaise se met à sonner dix coups.

Frigide Barjot, excédée, se met à crier – Dehors, dehors, dehors ! Foutez- moi la paix avec vos belles-mères, vos gilets rouges et vos Japonais ! Dehors, dehors !

Elle évacue les députés UMP et leurs sympathisants en les poussant vers la sortie. Xavier Bongibault empêche Georges Tron de dérober une paire de chaussures de la Manif pour tous, Christian Jacob manque de tomber en trébuchant sur les débris de la porte cassée, et Eric Woerth profite du désordre de la situation pour voler deux polos en toute discrétion.

Frigide Barjot – Ah mais c’est qu’on n’est plus tranquille chez soi, ici ! Qu’ils aillent mettre le souk chez les concurrents : ils n’ont qu’à aller chez Boutin ! J’ai un plan de conquête à peaufiner, moi. Une stratégie à élaborer. J’ai besoin de calme ! Tu sais, Xavier, j’ai compris pourquoi Napoléon avait perdu Waterloo, hein.

Xavier Bongibault, faisant semblant d’avoir compris la dernière phrase – Hm ?

Frigide Barjot – Oui. Il n’a pas fait suffisamment confiance à ses plus fidèles alliés. Je ne referai pas la même erreur une seconde fois.

Xavier Bongibault – Tu vas donc nous accorder des rôles un peu plus importants et nous donner des vraies responsabilités pour nous montrer que tu nous fais confiance ?

Frigide Barjot – Oui. Et pour commencer, tu vas aller m’acheter tout de suite du café pour m’en faire une grande tasse : ça évitera que je m’endorme et on sera à l’heure. Allez, dépêche-toi !

Il sort en courant. Frigide Barjot se met à sa table, et commence à écrire.

Frigide Barjot, réfléchissant à voix haute – Alors… Si jamais Wellington – euh, Hollande – essaie de m’attaquer par l’Ouest, je lui répondrai aussitôt avec les troupes de Grouchy – euh, Fromentin – qui remonteront vers la Grande Armée dont j’aurai le commandement. A ce moment-là, Laurence Tcheng et Tugdual Derville, à la tête des cortèges de l’Ouest et du Nord, pourront lancer une contre-offensive en direction des Champs-Elysées qui seront repris des mains de la monarchie hollandaise.

Au fur et à mesure qu’elle parle, on voit apparaître peu à peu une tête à l’entrée du local. Il s’agit d’un homme brun, d’une soixante d’années. Il entre.

Nicolas Sarkozy – Bonjour, Madame Barjotte.

Frigide Barjot – Oh, bonjour Monsieur le Président ! Je suis très honoré de vous voir ici ! Que me veut l’honneur de votre visite ? Moi, je vous préviens, je n’ai ni majordome ni cuisinière par ici, donc ils ne dénonceront pas votre venue ici à la justice ! Par contre, je vous le dis aussi, je n’ai pas autant à vous donner que Liliane. Mes millions, je les garde pour dans trois ans, quand tout le monde m’aura complètement oubliée et que je ne servirai plus qu’à faire peur aux enfants qui refusent de manger leur soupe. Mais qu’est-ce qui vous amène, pour le moment ?

Nicolas Sarkozy – Madame Barjot, vous voulez savoir ce qui m’amène ? Eh bien, je vais vous le dire, ce qui m’amène. J’ai échappé aux griffes du juge Gentil, et je viens tout juste d’arriver. J’ai réussi de justesse à échapper à Valérie Boyer et Nadine Morano – je me suis caché dans une haie quand j’ai entendu leurs cris sur la route. Non mais vous avez vu la bande de bras cassés qu’il m’a fallu gérer pendant 5 ans ? Vous imaginez le courage que j’ai eu ? Mais maintenant je suis fatigué : je voudrais me reposer de tout cela. Alors je me demandais si vous ne pourriez pas me dissimuler ici, le temps que je me refasse une santé politique. Si je gère des flux financiers qataris, comme c’est prévu actuellement, je vous paierai un petit loyer, naturellement.

Frigide Barjot – Ah, Monsieur le Président ! C’est un honneur pour moi de vous accueillir en mon humble demeure ! Je suis émue ! Vous seriez en exil chez moi, comme je l’ai été à Sainte-Hélène ! Eh bien venez, Président, je vous accueille ! Et moi, j’irai à la conquête de Paris, à la tête de la Grande Armée, pour reprendre aux ennemis de la France et des Français l’Arc de Triomphe et les Champs-Elysées ! Elle se met à chanter : « J’aime l’oignon frit à l’huile, j’aime l’oignon quand il est bon, au pas camarade, au pas au pas au pas ». Elle sort tout en chantant, son papier à la main et son bicorne sur la tête.

Nicolas Sarkozy – Cette femme est encore plus folle que Claude Greff et Nadine Morno réunies. Voilà maintenant qu’elle se prend pour Napoléon. C’est complètement stupide. (Il se lève et met un coussin sur sa tête). Car tout le monde sait bien que Napoléon, c’est moi.

(Le rideau tombe. Fin du second acte).

Droit | Famille | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | International | 04.03.2013 - 00 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Suède : le Conseil National d’Ethique Médicale recommande de légaliser la GPA

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Kjell Asplund

Kjell Asplund

Dans un rapport remis en mars 2013, le SMER (Conseil National Suédois d’Ethique médicale) recommande au gouvernement et au parlement suédois de légaliser la GPA.

Kjell Asplund, professeur émérite en médecine à l’Université d’Umeå et président du SMER, a été interrogé à ce sujet par la radio publique nationale Sveriges Radio. Il a précisé que cette légalisation devait être établie « dans les cas où l’argent n’est pas la motivation de la mère porteuse, et où l’on souhaite simplement aider un être humain« .

Selon le rapport du SMER, la mère porteuse doit faire partie de la famille du couple qui souhaite élever un enfant. Le président du Smer a en effet ajouté : « Nous recommandons que la mère porteuse soit un parent proche : par exemple, ce pourrait être une soeur, une belle-soeur ou un membre de la famille proche ».

Kjell Asplund, dans un article cosigné par Lotta Eriksson et Göran Hermerén, et publié par le journal Svenska Dagbladet, a souligné que la mère porteuse doit effectuer son choix en pleine conscience et en toute indépendance : « Les femmes qui veulent être mères porteuses pour des membres de leur famille  devraient être des femmes qui ont la possibilité de décider totalement de ce qu’elles font de leur corps« . Autrement dit, ce ne pourraient en aucun cas être des femmes qui seraient dans la misère, ou qui seraient contraintes d’effectuer un acte qu’elles réprouvent.

Le débat est désormais lancé en Suède, et pourrait bien s’étendre à d’autres pays européens. Rappelons qu’en France, les intellectuels, les politiques et le grand public continuent à s’interroger eux aussi sur la légalisation de la GPA. C’est l’occasion de voir (ou revoir) le documentaire de Delphine Lanson « Naître père », qui filme de manière très émouvante le recours à la GPA par un couple d’hommes.

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