4297 Gestation pour Autrui | E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Discriminations | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | Medias | Politique | UMP | 11.10.2014 - 02 h 27 | 3 COMMENTAIRES
Lettre ouverte à Monsieur Xavier Bertrand, député-maire de Saint-Quentin (Aisne).

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Monsieur le député-maire Xavier Bertrand,

Vous avez affirmé récemment, lors de votre passage au Grand Journal de Canal +, que vous aviez participé à « chacune » des « manifs pour Tous » organisées depuis la création de ce mouvement en novembre 2012. Cela représente au minimum sept jours complets passés à arpenter les rues de Paris, de Montparnasse à l’Arc de Triomphe, en passant par les Invalides, le Trocadéro, l’arche de la Défense, le Quai d’Orsay ou la porte Dauphine. Durant ces dizaines de kilomètres de marche cumulés au beau milieu de vos dimanches après-midi, il semble que vous ayez mieux appris à découvrir la géographie de Paris que les habitants de Saint-Quentin, votre ville et votre circonscription.

Xavier Bertrand

Xavier Bertrand

Il faut sans doute croire que vous avez bien du temps à perdre chaque dimanche. Certes, vous pouvez naturellement occuper votre temps libre aux activités sportives et récréatives de votre choix – si tant est qu’un député-maire d’une ville de 70 000 habitants dispose d’une journée de temps libre par semaine, ce qui resterait encore à prouver. Mais pour mettre à profit vos jours de repos désœuvrés, vous pourriez par exemple vous promener davantage dans les rues de Saint-Quentin, parler avec les gens, et découvrir ainsi une réalité qui vous est apparemment largement ignorée. Vos engagements répétés « en tant que citoyen » aux côtés de la Manif pour Tous, non seulement nuisent aux homosexuels de votre circonscription et d’ailleurs, mais ne semblent de surcroît pas profiter aux habitants de Saint-Quentin.

Faut-il vous rappeler que vous êtes à la fois l’un des acteurs principaux et le représentant d’un territoire en grave difficulté économique et sociale ? Ignorez-vous que l’Insee, à partir de 27 facteurs liés à la qualité de vie dans les régions, classe Saint-Quentin et l’ensemble de votre circonscription parmi les territoires de France « en situation peu favorable », ce qui signifie qu’il s’agit hélas de l’une des zones les plus défavorisées et les moins attractives du pays ?

Vous prétendez que la participation aux Manifs pour Tous vous permet de discuter avec « les Picards ». Mais pour connaître la réalité de votre ville, Monsieur le député-maire, il n’est pas nécessaire de monter à Paris pour vous entretenir avec quelques homophobes venus de Compiègne, Senlis et Longueau. En effet, l’urgence, à Saint-Quentin, tout aussi bien dans votre ville que dans votre circonscription, c’est de régler du mieux possible les graves problèmes structurels, économiques et sociaux, qui s’accumulent inexorablement. Ce n’est pas dans la Manif pour Tous, entre deux invectives contre les LGBT et trois levers de drapeaux « bleus, blancs, roses » que vous connaîtrez la réalité de votre ville.

Les habitants de Saint-Quentin n’attendent pas de leur maire qu’il aille se pavaner dans des défilés inutiles où il pourra côtoyer l’Action française et Marion Maréchal-Le Pen. Ils attendent de lui qu’il les aide à vivre mieux dans leur ville. Or, Saint-Quentin, au quotidien, ce sont :

des jeunes adultes qui font tout pour quitter la ville, parce qu’ils préfèrent malheureusement étudier ailleurs, et parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi à la sortie de leurs études,

de nombreux commerces qui ferment, parfois même très peu de temps… après leur ouverture,

un patrimoine historique, industriel, architectural et urbain laissé à l’abandon,

une population désabusée, attristée, désespérée de se sentir abandonnée par la classe politique locale et nationale – et en particulier par son député-maire,

– un Front national qui obtient plus de 20% des voix aux élections municipales,

de nombreux travailleurs pendulaires qui trouvent des emplois dans des villes plus attractives (Paris, Amiens, Lille, Reims), et qui ne restent à Saint-Quentin que par défaut, avant d’aller ailleurs s’ils le peuvent.

une vie culturelle déclinante, où des spectacles sont fréquemment annulés faute de spectateurs.

l’un des taux de chômage les plus élevés de toute la France, qui est passé de 11% à 16% entre 2008 et 2013.

Pour parachever le tableau, le département de l’Aisne, dont Saint-Quentin est la ville principale, fait partie des 10 derniers en France lorsque l’on évalue la qualité de vie des départements. Et vous, pendant ce temps-là, vous trouvez le temps d’aller gambader avec Ludovine de la Rochère pour abroger une loi qui ne le sera jamais, et lutter contre les familles homoparentales ? C’est donc là votre priorité de maire et de député ?

Saint-Quentin

Saint-Quentin

M. Bertrand, lorsque la presse locale a voulu interroger des homosexuels sur le mariage pour tous en 2012-2013, elle a eu toutes les peines du monde à rencontrer des Saint-Quentinois prêts à témoigner, car ils avaient peur d’être alors stigmatisés dans leur propre ville. Est-ce bien cela que vous souhaitez pour les habitants de votre ville ? Et pensez-vous que votre soutien à la Manif pour Tous rassure les homosexuels de votre circonscription quant à la réaction de leurs élites et de leurs concitoyens face à l’homosexualité ? Si les droits des homosexuels ne vous intéressent pas, et que de simples raisons morales ne suffisent pas à vous empêcher de les combattre, modérez au moins vos propos par respect pour les citoyens de votre ville…

Le bulletin météo qui a suivi votre intervention a heureusement permis de conclure la séquence sur une petite note d’humour. Et de l’humour, il en faut sans doute, aux Saint-Quentinois, pour supporter leur quotidien tout en voyant le peu de temps que vous leur accordez, au profit d’autres causes qui vous monopolisent à leurs dépens.

Vous pourriez penser que les dernières élections municipales vous ont apporté un plébiscite de la part de la population, qui vous aurait accordé un blanc-seing en 2014. Vous auriez bien tort de croire cela : vous n’avez remporté les dernières élections législatives qu’à 196 voix près (sur 34 000 inscrits), et vous auriez d’illustres prédécesseurs dans la liste des gens persuadés d’avoir un mandat de député à vie quels que soient leurs actes, tels Jean-Marc Nesme, Eric Raoult, ou Brigitte Barèges – qui n’ont pas été du tout récompensés par leur électorat pour leur opposition viscérale aux droits LGBT.

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Au cours de cette interview, vous reprochez même au Front National de ne pas être assez à droite sur la question du mariage pour tous, et d’avoir été trop « en retrait » sur ce point : vous n’effectuez donc même plus de rapprochement avec le Front National (qui ne vous aime guère), vous cherchez carrément à le dépasser par sa droite ! Dans le même temps, à l’instar de Marine Le Pen, vous promettez une très hypothétique abrogation de la loi sur le mariage pour tous, dont vous savez très bien qu’elle n’aura jamais lieu, pour des raisons juridiques et politiques. Les liens historiques de Saint-Quentin avec l’Espagne devraient vous amener à regarder au-delà des Pyrénées : la droite espagnole a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non ! Plus près de votre circonscription : la droite britannique a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non, c’est même elle qui l’a instauré ! Alors ne cherchez pas à berner vos électeurs potentiels en lançant une promesse dont tout observateur sérieux sait qu’elle ne tient pas la route. Dans le grand public et dans votre parti, il y a encore des gens qui croient en vos paroles : cela devrait vous conférer une certaine responsabilité et un peu plus de décence dans vos propos.

Ironie due au hasard, ou mauvais calcul politique : ces propos interviennent alors même que ce week-end, Saint-Quentin accueille justement… le salon du mariage et du Pacs ! A cette occasion, on apprend que sur 338 mariages réalisés dans votre ville depuis janvier 2013, 13 ont concerné des couples de même sexe. Croyez-vous que ces couples puissent se promener aisément main dans la main lorsqu’ils sont à Saint-Quentin, comme le font les autres couples hétérosexuels ? De plus, aucun de ces couples de même sexe n’a eu droit à votre présence lors de son mariage, alors que vous avez célébré vous-même des mariages de couples hétérosexuels, et vos propos sur le mariage pour tous signifient que vous auriez voulu pouvoir refuser à ces 13 couples de même sexe le droit de se marier. Ces sept jours passés dans les « manifs pour tous » n’ont-ils donc comme seul but que de nuire au bonheur de quelques couples saint-quentinois ? Est-ce là l’aboutissement de vos « convictions » et de votre engagement personnel, alors qu’il y a tant de difficultés auxquelles les Saint-Quentinois aimeraient que vous apportiez des solutions concrètes ?

Je vous prie, Monsieur le député-maire, de bien vouloir agréer l’expression de mon plus profond respect – sentiment dont je dois bien reconnaître avec quelque regret, au vu des « convictions » que vous affichez à l’heure actuelle, que vous ne l’éprouvez en aucune manière envers les LGBT qui ont lutté et luttent encore pour leurs droits légitimes.

Numa.

***

P.S. : Vous trouverez ci-dessous, pour rappel, le verbatim de vos échanges avec les présentateurs du Grand Journal sur Canal + ce 06 octobre 2014.

Antoine de Caunes – Xavier Bertrand, vous étiez présent, vous l’avez dit tout à l’heure, à la Manif pour Tous, hier. Pourtant, vous vous êtes tenu loin des ténors de la droite. Pourquoi cette discrétion ?

Xavier Bertrand – J’ai défilé dans chacune des manifestations, mais jamais derrière les banderoles. Pourquoi ? Parce que, en tant que politique, je m’exprime à l’Assemblée, ou par exemple sur votre plateau. Vous m’invitez parce que je suis parlementaire, et parce que je suis candidat à la primaire. Mais si j’ai défilé, c’est avant tout en tant que citoyen, et puis il y a aussi une autre chose. Vous voyez : vous êtes derrière la banderole, là. Belles images, très bien. Mais vous parlez avec qui ? Avec les autres élus que vous avez mille occasions de voir. Alors que, au milieu, notamment avec les gens de Picardie, c’est plus intéressant et c’est mieux qu’un sondage, et ça permet de voir la réalité de cette manifestation.

Antoine de Caunes – Symboliquement, ça n’a pas le même poids si vous êtes derrière la banderole, et si vous êtes perdu dans la foule.

Xavier Bertrand – Perdu ? Vous savez, c’était pas discret. Non seulement ça se sait, c’était sur les réseaux sociaux, et j’assume totalement ma présence, mais je le fais aussi en tant que citoyen, parce que ça touche complètement mes convictions. […]

Jean-Michel Apathie – Cette manifestation a une réalité : elle réunit, c’est assez rare, les dirigeants de l’UMP et les dirigeants du Front National : c’est normal selon vous, c’est le jeu de la démocratie ou c’est embêtant ?

Xavier Bertrand – Le Front National, sur ces questions-là, a été très en retrait. Marine Le Pen, sur cette question, notamment au début, a été très en retrait. En ce qui nous concerne, et en ce qui concerne un certain nombre de personnalités, elles ont toujours été constantes dans l’opposition au mariage pour tous.

Natacha Polony – Est-ce que vous n’avez pas déjà perdu le combat idéologique ? […]

Xavier Bertrand – Perdre cette bataille idéologique, c’est si on renonçait à revenir en arrière, si on renonçait à abroger la loi Taubira. Ca voudrait donc dire que le progrès est synonyme de la gauche, et que parce que la gauche l’a fait, c’est synonyme de progrès, et qu’il nous est interdit de revenir dessus. Mais dans ces conditions-là, parce que la gauche l’a voté, si nous revenons au pouvoir en 2017, on ne pourra rien faire. On a déjà connu cette forme de défaite idéologique sur les 35 heures, il n’est pas question de dire qu’on ne pourra pas rien faire, parce que dans ces cas-là, il faut pas s’étonner que les Français ne votent plus. […] Il n’est pas question de démarier les couples homosexuels, il n’est pas question non plus de désadopter des enfants, mais il faut savoir qu’au 19ème siècle par exemple, en France, il y a eu le divorce, le divorce a été aboli, il a été rétabli, je crois, près de 70 ans après, on n’a pas obligé non plus les couples à se remarier. Donc les choses sont tout à fait possibles juridiquement. Je suis pour que l’on accorde la possibilité de s’unir pour les couples homosexuels, mais à partir du moment où vous avez l’égalité complète, il faut voir que l’engrenage de la loi Taubira amènera forcément – ce sera une question de mois ou d’années – à la GPA et à la PMA. Ceux qui disent le contraire, soit ne sont pas au courant, soit mentent sciemment. Parce que la cour de cassation donnera cette interprétation, et aussi la cour européenne de droits de l’homme.

Jean-Michel Apathie – Vous dites que vous êtes pour que les couples homosexuels puissent s’unir. Sous quelle forme, si ce n’est pas le mariage ?

Xavier Bertrand – Vous avez l’union civile, célébrée en mairie, parce que je trouve normal que la république donne aussi sa reconnaissance à cette union. A partir du moment où vous avez l’union, cela me va ; mais si vous avez la filiation, je ne suis plus d’accord. Alors je sais bien qu’on me dit ça, en disant : « Vous avez pas compris, on peut pas dire ça, il faut faire attention : ce sont mes convictions. Et même s’il y avait seulement 20% de Français qui étaient favorables à ça, ça n’est pas le problème, parce que ce sont mes convictions. […] Il faut aller au-delà du Pacs. Le Pacs est incomplet. Et d’ailleurs, nous aurions dû le faire évoluer, le Pacs, comme on l’avait promis à l’époque. D’ailleurs, c’est une grande leçon : quand vous ne menez pas les réformes selon vos valeurs, il ne faut pas s’étonner que vos adversaires les conduisent selon leurs valeurs. Ca aussi, c’est quelque chose qui est à méditer : faut jamais avoir peur d’engager les réformes, parce qu’autrement… Vous avez un sujet, c’est que vous avez une société française qui à mon sens a été déstabilisée, et comme je crois que les réformes à mener dans les années à venir seront très importantes ; en matière économique il faudra aller très loin ; sur le modèle social, si on veut garder l’essence du modèle social, il faudra le rénover ; pour rétablir l’ordre il faudra des réformes qui iront très loin ; mais sur les questions de société, que ce soit sur la question de la fin de vie, que ce soit sur la question de la famille, il faut une vraie stabilité.

Natacha Polony – Et vous n’allez pas rouvrir des fractures ? Vous allez pas refracturer encore plus ?

Xavier Bertrand – Je ne le crois pas, parce que l’aspiration profonde de nombreux homosexuels qui voulaient s’unir, c’était l’union, c’était le mariage, pas la filiation.

Antoine de Caunes – Une question un peu plus personnelle pour finir : vous vous rêvez toujours en candidat UMP en 2017, entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

Xavier Bertrand – J’ai toujours cette ambition-là. […] Je suis dans une voie très différente d’eux, peut-être parce que j’ai pas le même parcours qu’eux, peut-être parce que je ne suis pas dans la vie politique depuis 30 ans comme eux au niveau national, peut-être aussi parce que j’ai une façon de travailler, peut-être un peu plus loin de l’hyper-activisme médiatique, parce que c’est ce qui permet d’avoir une vraie réflexion et un vrai travail de fond. Mais c’est encore loin, c’est deux ans et demi, la primaire, et ça demandera la construction d’un vrai projet personnel.

Antoine de Caunes – Actuellement, au niveau des sondages, vous en êtes au même point que François Hollande

Jean-Michel Apathie – Oui, on voudrait pas vous saper le moral, mais regardez : on a trouvé ce petit sondage, vous le connaissez. Vous êtes à 3% auprès des sympathisants UMP, et Nicolas Sarkozy est à 62%. Vous le voyez : y a du boulot.

 

Famille | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Justice | Politique | UMP | 11.09.2014 - 01 h 30 | 13 COMMENTAIRES
Florilège : Pour le bien des enfants, les opposants à la GPA sont prêts à leur faire tout le mal possible.

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La Gestation pour Autrui est en train de redevenir le cheval de bataille préféré de la droite et des conservateurs. Pour faire le point sur la manière dont cette question est traitée par ses détracteurs, voici un petit florilège des propositions et arguments anti-GPA lus et entendus durant ces dernières semaines. Déclarations malveillantes, condamnations extrêmes et suggestions farfelues se disputent la médaille d’or dans la catégorie « Pire du Pire ». Que les parents condamnés par avance lisent ce petit texte, et choisissent le supplice auquel ils auront peut-être la chance d’être soumis par l’un ou l’une de ces quatre humanistes auto-proclamés, qui rêveraient certes de faire du mal aux gens – mais toujours au nom du Bien, pour garder malgré tout une apparence de vertu.

1) Jean Léonetti : « Une peine de prison d’un an, ce n’est pas si lourd ».

Jean Leonetti

Pour le bien des enfants, mettons leurs parents en prison. C’est la proposition du député Jean Léonetti, à qui l’on doit cette phrase tout à la fois grotesque et méprisante, mais dont il est apparemment fier : « Une peine de prison d’un an, ce n’est pas si lourd ». Pour un enfant qui attend ses parents, M. Léonetti, un an, c’est lourd, et c’est long. Et pour ses parents aussi, qui ont eu pour seul tort de lui donner la vie.

Pour Jean Leonetti, « il faut punir les parents qui ont considéré une femme comme un ventre à louer et un enfant comme un objet à naître ». Comme la peine qu’il a trouvée (un an de prison) ne lui semble pas si lourde, il faudrait sans doute que les parents en question le remercient ! Mais Jean-Leonetti est un peu triste, sinon parce que les futurs emprisonnés sont ingrats envers lui, tout au moins parce qu’il se heurte à l’incompréhension de certains de ses amis. En effet, s’étonne le député : « Ils prétextent que ma proposition va trop loin » ! Jean Léonetti ferait bien de se remettre un peu en question, avant de vouloir mettre les gens en prison : il est encore temps pour lui de retrouver le chemin de la raison !

2) Sylviane Agacinski : Les parents d’un enfant né de mère porteuse « pourraient, par exemple, être déclarés tuteurs de l’enfant ».

sylviane agacinski

Sylviane Agacinski

Pour le bien des enfants, Sylviane Agacinski appelle dans Ouest-France, derrière une proposition dont la façade peut sembler généreuse, à refuser de reconnaître comme tels les parents biologiques d’un enfant, bien qu’ils se revendiquent comme tels (dans le cas d’un couple hétéro), ou bien à rejeter purement et simplement la parentalité du père biologique et de son compagnon désirant tous deux élever l’enfant (dans le cas d’un couple homo). Ainsi, la philosophe propose tout simplement de remettre au goût du jour une politique similaire à celle qu’on appliquait autrefois aux « bâtards » en Occident : les parents biologiques du bâtard, qui auraient souhaité le reconnaître, ne doivent surtout pas être officiellement instaurés par la société comme parents en tant que tels. Et la raison de tout cela, s’il-vous-plaît ? Elle est simple : c’est que Sylviane Agacinski, elle, a décidé qu’il était de bon ton qu’un parent biologique et/ou social ne soit pas reconnu comme parent de son enfant alors même qu’il le désire. Elle trouve plus juste et plus humain de déclarer qu’il en est « le tuteur ». CQFD.

Mais rappelons tout de même ce qu’est un tuteur : « La tutelle s’applique au mineur qui n’a plus (ou n’a jamais eu) aucun parent apte à exercer l’autorité parentale ». Et le tuteur ne gère que « les actes les plus courants ou les moins graves » dans la vie de l’enfant, et en plus « sous la surveillance du subrogé tuteur » ! Il n’est pas compétent pour « les décisions les plus graves (par exemple, une intervention chirurgicale) » qui, elles, « sont prises par le conseil de famille, présidé par le juge des tutelles et composé par des membres de la famille ou des personnes qui s’intéressent à l’enfant ou par le juge des tutelles ». Pour Sylviane Agacinski, le bonheur de l’enfant passe par l’humiliation des parents, et par la propre satisfaction individuelle qu’elle semble tirer personnellement de cette humiliation quotidienne.

3) Pr Henri Joyeux : « Ces enfants pourraient être adoptés par les 30 000 couples homme-femme agréés pour adopter ».

Henri Joyeux

Pour le bien des enfants, Henri Joyeux, le Professeur Henri Joyeux, n’est jamais à court d’âneries pour égayer le landernau réactionnaire à l’extrême. Sur son site, et dans un texte repris par un site catholique traditionaliste, Henri Joyeux se lance dans un brulôt anti-GPA : « Que faire des enfants nés par GPA à l’étranger ?  […] Ces enfants pourraient être adoptés par les 30 000 couples homme-femme agréés pour adopter, qui attendent sans tricher et seront prêts à donner à l’enfant tout ce dont il a besoin. On ne fonde pas une relation d’amour, a fortiori avec un enfant, sur de la tricherie. » Il est sûr qu’Henri Joyeux cherche le bien de l’enfant, puisqu’il prétend même l’arracher des bras de ses parents qui l’ont désiré et qui l’aiment, et dont au moins l’un des deux est le parent biologique de l’enfant. Renions toute humanité, nions tout lien biologique ou social revendiqué par le(s) parent(s) d’intention, et faisons semblant de défendre le lien biologique qui unit l’enfant à la donneuse anonyme d’ovocytes – le tout bien sûr dans l’intérêt de l’enfant, qui se retrouvera orphelin et adopté pour faire plaisir au professeur Joyeux !

C’est que le professeur Henri Joyeux a une vision toute particulière de la GPA, dont voici la retranscription mot pour mot : « deux hommes font de l’enfant un objet-esclave d’un désir d’adultes qui cherchent leur intérêt et exploitent un enfant.« . On comprend bien les aimables sous-entendus. Mais pour celles et ceux qui préfèrent les images, Henri Joyeux a une métaphore toute trouvée, qui fleure bon la campagne : « On crée des enfants comme on fait des veaux. La vache qui vient de mettre bas et donne son lait (à qui et pour quels résultats ?) est re-inséminée pour élargir le cheptel. Le veau ne sera pas mis sous sa mère. La GPA fait la même chose ». Et si on n’a pas compris la première fois, la seconde sera peut-être la bonne : « Au nom de l’amour et du désir d’enfant on rend une femme esclave, on achète un enfant comme on achète le petit veau. » Voilà un passage qui permet de relier deux combats en un : on rappelle que le professeur Henri Joyeux est aussi un fervent opposant à la consommation de lait de vache par les humains (si, si, c’est vrai).

Et on a bien compris que les seuls dignes d’adopter cet enfant seraient « des couples homme-femme ». Eh oui, la rengaine est à présent bien connue : complémentarité des « opposés », altérité sexuelle, harmonie de la dualité nécessaire à l’épanouissement, etc. A l’inverse : les couples de même sexe, selon Henri Joyeux, sont indignes d’élever des enfants, ça va de soi.

4) Catherine Dolto : « Autoriser la GPA, c’est probablement faire un grand pas vers la barbarie ».

Catherine Dolto

Catherine Dolto

Avec Catherine Dolto, les barbares sont de retour. Enfin, selon elle, le barbare, c’est l’autre (comme toujours), et en l’occurrence : celui qui recourt à la GPA. Après les veaux du Docteur Joyeux (ça ne s’invente pas), le bestiaire de Catherine Dolto vient compléter la métaphore animale : « On a réifié les animaux et on va donner aux enfants un statut d’animal, de produit dont le destin est de rendre heureux une famille, comme un petit chien comme un petit chat » (sic). Pour le bien des enfants, elle se fait prophète en son pays : « Ce qui est à craindre, c’est qu’un enfant qui découvre qu’il est né de GPA perde le respect pour lui-même et pour les adultes à l’origine de cette transaction et que cela déclenche en lui une très grande violence » ! En tout cas, on ne peut pas dire qu’elle montre l’exemple en termes de respect envers les gens. S’il serait cruel de rappeler sa condamnation pour injures envers la pauvre Daniela Lumbroso qui n’en pouvait mais, on peut toutefois songer avec un peu d’amertume aux propos bien peu respectueux qui lui ont valu une place de choix dans la dernière livraison de la revue Le Débat.

Prison, déchéance des droits parentaux, accusations de barbarie… Sous l’Inquisition, on torturait les accusés pour les rapprocher de Dieu. Ici, on cherche les châtiments les plus exemplaires pour punir les mécréants qui oseraient outrepasser les limites établies par Agacinski, Joyeux,  Dolto, Léonetti and co. Quoi qu’il en soit, les parents d’enfants nés par GPA ont bien du souci à se faire, et leurs enfants aussi : les personnes bien intentionnées sont tout à fait décidées à s’en prendre à eux de la manière la plus dure possible… mais pour le bien des enfants, naturellement.

Mise à jour au 07 octobre 2014 : les déclarations les plus abjectes se ramassent à la pelle. On notera ainsi les articles suivants, recensés au fil des jours :

– Le député Jean-Frédéric Poisson appelle à l’exil des Français ayant eu recours à la GPA

– Une certaine Anne Vigerie, porte-parole d’elle-même et d’une association fantôme, appelle à tout ce qu’elle peut, et en particulier « à la déchéance des droits parentaux des deux parents ».

Le Corp, qui ne se lasse jamais, fait du lobbying pour que les parents soient désignés comme « dépositaires de l’autorité » ou « tuteurs », ce qui, de fait, les déchoit de leur statut de parents.

Famille | Gestation pour Autrui | International | Justice | 07.08.2014 - 04 h 35 | 22 COMMENTAIRES
Gestation pour Autrui : Comment comprendre l’affaire « Pattaramon Chanbua vs. David Farnell » ?

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En moins de 48 heures, les noms de la jeune Thaïlandaise Pattaramon Chanbua et de son bébé Gammy sont devenus célèbres dans le monde entier. Leur sort a soulevé une vague d’indignation internationale, ainsi qu’un impressionnant élan de solidarité à leur égard.

Cependant, cette affaire ne doit pas être interprétée, comme certains l’ont fait trop hâtivement, comme un argument infaillible pour condamner la gestation pour autrui. Elle montre au contraire que, pour éviter de tels drames, le processus de GPA doit être autorisé et encadré.

1) Après cinq jours de rebondissements, quels sont les faits certains ?

Tous les médias (presse écrite, radio, télévision, internet…) ont parlé de Pattaramon Chanbua en ce début d’été 2014. Même pour les vacanciers du mois d’août qui auraient choisi de ne pas les consulter, impossible malgré tout d’échapper à cette affaire : elle a été abondamment relayée sur les réseaux sociaux, et elle a fait l’objet de très nombreuses discussions. Au-delà de l’emballement médiatique et des réactions à vif, essayons de reconstituer ce qu’il s’est passé.

La naissance de cette information remonte d’abord à deux sources médiatiques principales. D’abord, le quotidien thaïlandais Thaï Rath, le journal le plus lu en Thaïlande, a fait connaître l’histoire au niveau national. Puis le journaliste Lindsay Murdoch, du groupe australien Fairfax Media, très vite suivi par l’AFP, a relayé l’information à l’échelle internationale. Ainsi, plusieurs rebondissements ont été dévoilés, au gré des articles et reportages du Thai Rath, du Sydney Morning Herald, de l’Agence France Presse, des chaînes australiennes ABC ou Channel 9, du Bunbury Mail, etc. – qui ont diffusé l’un après l’autre des interviews et témoignages exclusifs des différents protagonistes.

Sri Racha

Sri Racha

Résumons ce qui semble certain à l’heure actuelle : en décembre 2013, Pattaramon Chanbua, une Thaïlandaise de 21 ans, habitant Sri Racha et de condition très modeste, met au monde un garçon et une fille pour David et Wendy Farnell, un couple de classe moyenne vivant en Australie occidentale. Au cours de la grossesse, les médecins découvrent que Gammy, le garçon, souffre de trisomie 21. La mère porteuse ne souhaite pas avorter. A l’accouchement, il s’avère que le garçon présente également des difficultés pour respirer. Le couple repart en Australie avec la fille, mais laisse le garçon à la mère porteuse.

Le 22 juillet, une campagne de dons est lancée en Thaïlande, d’abord de manière anonyme, puis soutenue par une association caritative australienne qui vient en aide aux enfants thaïlandais depuis 2004. Selon cette campagne, relayée par les médias internationaux à partir du 1er août, Gammy souffre d’une grave malformation cardiaque. La mère porteuse thaïlandaise témoigne alors dans les médias nationaux puis internationaux : elle accuse les parents australiens d’avoir abandonné leur garçon, et elle annonce que le garçon mourra si elle n’obtient pas l’argent nécessaire pour le faire opérer. En une semaine, cette campagne récolte environ 250 000$, et les dons continuent d’affluer.

2) Victimes idéales, coupables parfaits.

Dans cette affaire, les victimes sont idéales pour le sensationnalisme médiatique : Pattaramon est une jeune fille pauvre, abandonnée et exploitée, dont le bébé, abandonné lui aussi, est doublement malade… L’âme de chevalier blanc qui sommeille en chacun d’entre nous se prend forcément d’affection pour ce duo, qui ressemble à s’y méprendre au mythe bien connu de la veuve et l’orphelin. Le ministre de l’Immigration du gouvernement de Tony Abbott va ainsi jusqu’à qualifier la jeune fille de « sainte ».

Bunbury, la ville des Farnell.

Bunbury, la ville des Farnell.

De l’autre côté, les coupables sont dignes des plus beaux mélodrames : lâches devant la maladie de l’enfant, irresponsables en tant que parents biologiques, riches arrogants qui profitent de l’inexpérience d’une jeune fille pauvre… Ces Thénardier modernes sont obligés de se terrer dans leur maison de Bunbury face à la vindicte mondiale qui s’abat sur eux, et les journalistes, une fois qu’ils ont trouvé leur adresse, font très vite le siège de leur maison.

Un scoop de plus accable David Farnell, lorsque les médias australiens, qui ont eu accès à son casier judiciaire, découvrent qu’il a été condamné pour pédophilie en raison d’actes commis dans les années 80 et 90. La sanction semble alors inévitable, et le jugement est sans appel pour bien des personnes : les Farnell sont des monstres, leur comportement est innommable, et la GPA doit être condamnée.

3) La parole est à la défense.

Malgré tout, de très nombreuses zones d’ombre subsistent encore, et il faudrait éviter, dans des cas complexes comme celui-là, de réfléchir « avec ses tripes » ou de raisonner trop vite sous la tyrannie de l’émotion.

Objection, votre honneur !

Objection, votre honneur !

D’abord, les versions données par la mère porteuse, le couple américain et l’agent qui les a mis en relation sont parfois contradictoires entre elles. La multiplicité des sources d’information médiatiques qui ont tenté d’éclairer cette affaire n’aident pas à la rendre plus compréhensible, bien au contraire. Pour ne donner que quelques exemples : quand la mère porteuse affirme que le couple a lâchement abandonné l’enfant, l’agent rétorque que c’est la mère porteuse qui a proposé de le garder. Quand la mère porteuse déclare que les parents ont vu leurs deux enfants et ont refusé d’emmener le garçon, le père répond qu’il n’a jamais vu Gammy et qu’on lui a interdit de l’emmener car il n’avait plus qu’un jour à vivre selon les dires des médecins. Et que l’on ne croit pas l’agent et les parents d’accord contre la mère porteuse : tandis que l’une accuse les autres de mentir, ces derniers indiquent que leur expérience avec l’agence a été « traumatisante ».

Pire : les témoignages tels qu’ils sont rapportés par les médias ne sont pas non plus exempts de contradiction… dans les discours tenus par une même personne. La mère porteuse a d’abord affirmé que le couple a voulu qu’elle avorte, puis elle a accusé l’agent d’avoir voulu la faire avorter. Les époux Farnell auraient d’abord prétendu n’avoir jamais entendu parler du garçon, avant de dire qu’ils n’avaient pas pu l’emmener à cause de sa santé fragile et des autorités thaïlandaises.

Ensuite, selon l’hôpital Samitivej Sriracha, où l’enfant a été hospitalisé à sa naissance, l’enfant n’aurait pas de malformation cardiaque, et sa vie n’aurait jamais été en danger, contrairement à ce que la campagne internationale de dons a affirmé. Interrogé par le Bangkok Post, le porte-parole de l’hôpital affirme en effet que ce qui était considéré comme un gravissime trou dans le coeur est en réalité une infection pulmonaire, une pneumonie qui serait tout à fait banale à son âge, et qui est aujourd’hui quasiment guérie. L’enfant devrait donc sortir de l’hôpital d’ici quelques jours. Il dispose d’un « coeur solide et en bonne santé » !

Autre zone d’ombre : rien n’est dit sur le contrat de départ, pièce pourtant essentielle dans le cadre d’une gestation pour autrui. Si l’on recoupe les différentes déclarations, c’est l’agent elle-même, Kamonthip Musikawong, qui aurait conseillé à la jeune fille d’avorter au bout de sept mois de grossesse ! Pour se justifier, l’agent a cette phrase horrible, en reparlant du moment où elle apprend que le bébé est atteint d’autisme : « We just didn’t know, if this happened, what we are going to do » – « Nous ne savions simplement pas, si cela arrivait, ce que nous allions faire » ! Mais ce genre de cas, rare mais dramatique, aurait naturellement dû être prévu bien avant la grossesse, dans un accord écrit entre les parents d’intention et la mère porteuse !

Logo de l'agence IVF Parenting

Logo de l’agence IVF Parenting

Alors, justement, quel a donc été le rôle de l’agent Kamonthip Musikawong ? L’agence de surrogacy IVF Parenting, qu’elle a fondée début 2013, a tout simplement disparu, et son CV ne fait pas d’elle une personne particulièrement désignée pour assumer cette charge (difficile) : Kamonthip Musikawongg est diplômée… en biotechnologies agricoles ! Les différentes déclarations montrent que cet agent n’a en rien assumé son rôle : elle n’a par exemple apparemment pas du tout informé les clients sur les lois thaïlandaises ; elle n’a pas procédé à une information suffisamment claire envers les parents et la jeune fille ; elle a recruté la jeune fille dans des circonstances qui n’auraient absolument pas dû lui permettre d’être mère porteuse (jeune fille pauvre et endettée), etc. Les déclarations de Pattaramon Chanbua et des parents australiens se contredisent certes, mais elles convergent tout de même assez souvent pour accuser l’agent de mensonges, voire d’escroquerie : Pattaramon Chanbua l’accuse même de ne pas lui avoir versé tout l’argent qu’elle lui doit !

Du point de vue du traitement médiatique de cette affaire, on regrette que les différents médias aient rendu l’affaire publique avant de connaître des éléments importants dans le déroulé des faits. Les époux Farnell n’ont qu’à peine parlé, et ils n’ont pas encore livré leur version des faits (leur fils promet qu’ils s’exprimeront bientôt), et ils ont été condamnés par la vindicte mondiale avant même d’avoir pu réellement s’exprimer dans les médias. En outre, il y a tellement d’arguments opposés dans les différentes versions en présence, qu’il est difficile de pouvoir s’exprimer clairement sur cette affaire sans attendre que la police, la justice et les services sociaux d’Australie aient mené leurs propres enquêtes.

4) Les amalgames se ramassent à la pelle : Haro sur la GPA !

Malgré toutes les précautions qui devraient être d’usage en pareil cas, l’occasion est trop belle et trop tentante pour les opposants à la GPA, qui comptent bien ne pas la laisser passer.

Ludovine de la Rochère

Ludovine de la Rochère

En France, La Manif pour Tous interrompt ses vacances : elle publie dare-dare, en deux jours, deux communiqués différents et une vidéo (où la GPA devient « la Grossesse Pour Autrui » – signe d’une connaissance approfondie du sujet…).  Dans le premier communiqué, elle prend prétexte du drame australo-thaïlandais pour appeler à manifester le 05 octobre 2014 contre, pêle-mêle : « la PMA pour les couples de femmes et les célibataires, la reconnaissance progressive de la GPA (mères porteuses), l’enseignement du genre à l’école (ni ABCD, ni malette pédagogique, ni plan pseudo-égalité), le matraquage fiscal des familles, la réduction du congé parental… » Le communiqué conclut : « Trop c’est trop ! »

Dans le second, elle s’écrie, toujours en se basant sur l’affaire Pattamaron Chanbua : « La familiphobie visant à déconstruire le lien Père-Mère-Enfant et à fragiliser l’identité sexuelle Homme-Femme doit cesser ! » Elle appelle donc à faire considérer la GPA, au niveau international, comme une forme de traite des enfants, et à faire intégrer cette définition dans la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), afin qu’elle soit prohibée définitivement à l’échelle mondiale.

L’Osservatore Romano, le journal du Vatican, s’indigne en une contre la pratique des mères porteuses :

« Nous ne devrions pas nous étonner que, si des parents commandent un bébé en louant le ventre d’une mère, ils rejettent l’enfant s’il n’est pas parfait et en bonne santé. […] Si l’enfant devient un produit à acheter, il est évident que, comme pour toute acquisition, il doit être conforme aux souhaits du client. […] En réalité, il n’y pas vraiment de quoi d’indigner – si l’on accepte la logique qui transforme l’enfant en produit, tout ceci n’est qu’une conséquence évidente ».

Il fustige en outre « la culture du déchet qui s’imbrique avec l’esprit mercantile, y compris quand il s’agit de la vie et du corps humain ».

Le Figaro, qui a cet avantage de ne décevoir jamais dans ses choix éditoriaux si pertinents, s’empresse de donner la parole au militant anti-avortement Jean-Marie Le Méné, pour qui les couples ayant recours à la GPA sont forcément ce « client-roi parfaitement odieux qui bouffe ce qui lui plait ».

Bien sûr, les autres médias ne sont pas en reste, et l’on peut ainsi voir France 2 annoncer fièrement un reportage sur « le commerce des ventres en quelques clics », et Libération titre en une : « Ventres à louer, le malaise » (le titre du quotidien est cependant bien infidèle au contenu du dossier, qui est beaucoup plus nuancé et approfondi que le titre pourrait le laisser présager). Le Guardian ne s’encombre pas de réflexions inutiles : pour la chroniqueuse Suzanne Moore, la GPA est « un commerce écoeurant », et cette affaire le prouverait.

GPA delenda est ? Comme Carthage autrefois dans les discours de Caton l’Ancien, qui appelait à la destruction de la ville quel que fût le thème qu’il traitait, il semble que la GPA doive être détruite et consumée, quoi qu’il en coûte. En attendant la fin rêvée par certains de la GPA, cette triste affaire pourrait déjà avoir une première conséquence juridique internationale, selon le célèbre avocat australien Stephen Page (très investi sur les questions de gestation pour autrui) : des dizaines de bébés, portés par des Thaïlandaises pour des couples australiens, pourraient, à leur naissance,… être placés directement en orphelinat.

Pour ne pas verser dans ces emportements ludovinesques, dont l’auteur bat la campagne à coup d’arguments-chocs comportant inlassablement les mots « esclaves », « catalogues » et « service après-vente », essayons de conclure en analysant posément la situation juridique dans laquelle s’est inscrite la démarche des Farnell, et en étudiant ce que l’on peut vraiment tirer de cette affaire au sujet de la GPA.

5) Les « lois de l’enfantement » en Australie et en Thaïlande : petit voyage politique et juridique.

Dans le rythme effréné de l’actualité, il est en effet nécessaire de se raccrocher parfois au temps long de l’organisation politique et juridique des Etats. Pour mieux comprendre le dessous des cartes, il semble donc indispensable de faire ici un bref détour par la géographie politique et le droit.

a) L’Australie et l’Etat de West Australia : une surrogacy encadrée mais très limitée.

L'Australie

L’Australie

L’Australie, comme chacun sait, est un état fédéral. Ce Commonwealth of Australia est composé de six Etats et de trois Territoires (si l’on s’en tient à l’Australie continentale), qui ont chacun une législation propre en ce qui concerne la Gestation pour Autrui. En Australie occidentale, l’Etat où vivent les Farnell, la gestation pour autrui est tolérée, mais sous des conditions très strictes que l’on peut résumer ainsi :

  • – la gestation pour autrui doit être altruiste, et ne donner lieu à aucune rémunération de la mère porteuse ;
  • – elle doit répondre à un problème d’ordre strictement médical qui affecte la femme qui y a recours (celle-ci doit être en âge de procréer, et célibataire ou en couple hétérosexuel) ;
  • un contrat doit être établi avant la grossesse, et validé par un Conseil des Technologies Reproductives (RTC).
  • – la mère porteuse doit répondre à des critères très précis (âge, enfants,…) ;
  • – les parents et la mère porteuse doivent avoir des échanges fréquents depuis plus de deux ans ;

Quelle que soit la suite de cette affaire, il faudra déterminer très précisément pourquoi le couple incriminé n’a pas eu recours à cette solution. Est-ce un problème de coûts, puisque la GPA n’aurait de toute façon pas été remboursée ? David Farnel a-t-il eu peur d’être rattrapé par son passé ? La mère ne souffrait-elle pas d’un mal médical qui aurait été reconnu par le RTC ? Le couple n’a-t-il pas trouvé de mère porteuse en Australie ? Le choix de la Thaïlande par ce couple est l’un des noeuds du problème.

b) La Thaïlande : un pays troublé, dirigé par la junte militaire

Général Prayut Chan-O-Cha, à la tête de la junte

Général Prayut Chan-O-Cha, à la tête de la junte

La situation politique est compliquée en Thaïlande, où la junte militaire est actuellement au pouvoir. Les conditions de la gestation pour autrui ont toujours été très floues dans ce pays, partagées entre des lois permissives, des règlements plus contraignants et une situation réelle où, comme dans d’autres domaines, les faits ne sont pas toujours en adéquation avec ce qui est légalement prescrit.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est que, selon le site australien Surrogacy Australia, la junte militaire au pouvoir a justement changé les règles de la GPA en Thaïlande… le 22 juillet. Pour ceux qui ont bien suivi jusqu’ici, le 22 juillet est justement la date à laquelle des anonymes ont lancé la campagne de dons qui a ensuite rendu Pattaramon Chanbua célèbre.

Ces règles ont été durcies, ce qui a amené le site Surrogacy Australia, cinq jours plus tard, à émettre des consignes de grande prudence à l’intention des couples australiens qui effectuent (ou envisagent d’effectuer) une surrogacy en Thaïlande.

La Thaïlande n’a pas d’arsenal législatif pour réprimer la GPA comme en France. Mais des règlements du Conseil Médical de Thaïlande imposent les conditions suivantes :

  • – La mère porteuse doit être parente avec le couple de parents d’intention ;
  • – La GPA doit être altruiste et la mère porteuse ne doit pas être rémunérée ;
  • – Les parents d’intention sont un couple hétérosexuel marié dont la femme souffre d’un problème médical avéré ;
  • L’enfant ne peut quitter la Thaïlande qu’avec l’accord des autorités (disposition ajoutée par la junte)

Les étrangers seront donc désormais interdits de GPA, puisque les trois premières conditions, qui existaient déjà, devront être strictement appliquées par les cliniques et agences – sous peine d’être poursuivies pour trafic d’être humains.

En outre, l’avortement est interdit en Thaïlande, sauf dans deux cas : la grossesse met en danger la vie de la mère, ou bien la grossesse résulte d’un viol.

On voit ici que la connaissance des lois et règles en vigueur permet d’éclairer cette affaire sous un nouveau jour : si l’avortement est interdit en Thaïlande, comment et pourquoi l’agent a-t-il pu conseiller à la jeune fille d’avorter ? Le couple de parents d’intention était-il au courant de cette loi, ainsi que de la profonde piété bouddhiste de Pattaramon ? D’autre part, les règles thaïlandaises sur la GPA étant très strictes, alors que la GPA est autorisée dans l’Etat des Farnell, comment expliquer que le couple ait choisi d’y avoir recours ?

6) Face aux dérives éventuelles, la prohibition n’est pas une solution

Analyser ce cas, en l’état actuel des connaissances que l’on a sur le déroulement des faits et sur la situation de ces pays, requiert de se demander s’il peut vraiment permettre de tirer des conclusions générales sur la GPA. A mon sens, il semble plutôt qu’on ne pouvait imaginer plus mauvaise base pour initier un débat sur la Gestation pour Autrui. Ce sentiment est renforcé par le contexte actuel, où des réactionnaires de tous bords tentent vaille que vaille de dénier des droits fondamentaux aux enfants nés de GPA, ou de mettre en prison les couples qui souhaiteraient y recourir dans des pays où elle est légale. En effet, cette affaire intègre en réalité au moins deux problèmes qui ne sont pas spécifiques aux naissances par GPA :

a) Si l’enfant a vraiment été abandonné par ses parents génétiques à cause de sa trisomie 21 : il faut savoir que le taux d’abandon d’enfants trisomiques à la naissance est très élevé, y compris lors des naissances qui n’ont pas lieu dans un cadre de GPA. Ce drame se rejoue également lors des adoptions : un nombre important d’enfants adoptés sont au final rejetés par leur propre famille d’accueil. Il s’agit donc d’un problème qui n’est pas en soi constitutif des naissances par GPA.

b) Les condamnations pour pédophilie du père constituent un sujet de débat réel, mais elles ne peuvent pas être reliées à la GPA. Un pédophile peut-il élever des enfants près de 20 ans après avoir été condamné ? A-t-il purgé sa peine et expié son crime, ou bien doit-il être empêché à vie de pouvoir élever des enfants ? Ce sont des questions morales, juridiques et sociales qui peuvent être traitées par les parlementaires ou les juristes, et au cas par cas par les médecins ou les services sociaux. Mais ces questions et leurs réponses ne concernent pas spécifiquement les naissances qui ont lieu par GPA : elles sont communes à tous les types de naissance. On notera d’ailleurs que le fils de David Farnell est intervenu pour prendre la défense de son père : « Il a un coeur d’or. Il a fait des erreurs, et nous l’avons accepté. Il a payé pour ça ». Quoi qu’il en soit, une décision sera prise par les juges et les services sociaux, et elle devra être acceptée : mais ce fait n’a à rien de spécifique avec la GPA, qui puisse légitimer son autorisation ou son interdiction.

S’il faut vraiment tirer des conclusions de cette affaire, je pense qu’elles sont de trois ordres.

D’abord, elle montre l’importance primordiale du rôle de l’agence et du contrat dans un processus de gestation pour autrui. Pour Delphine Lance, doctorante à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et qui réalise actuellement sa thèse sur la Gestation pour Autrui  :

« Il y a clairement eu une énorme défaillance de la part de l’agence. La mère porteuse et les parents australiens ne se sont jamais rencontrés : ce n’est pas normal ! De plus, il n’y a vraisemblablement eu aucun screening psychologique – et s’il y en a eu un, on ne peut pas dire qu’il ait été utile ou efficace. La mère porteuse affirme avoir participé à cette GPA pour rembourser ses dettes : dans ces conditions, elle n’aurait jamais dû être acceptée. Sans compter que la mère porteuse est apparemment une bouddhiste très croyante, et que les parents n’ont même pas l’air d’en avoir été informés ! Dans ce cas, ce n’est absolument pas la GPA dans son ensemble qui doit être critiquée, ni même, en soi, la GPA en Thaïlande : c’est avant tout l’agence, précisément, car elle est apparemment au centre de tous les problèmes que ce couple et la mère porteuse ont rencontrés jusqu’ici ».

Delphine Lance insiste sur l’intérêt d’avoir un contrat clair :

« Dans Paroles de femmes porteuses, mon documentaire sur la GPA en Ukraine et aux USA que je présenterai à partir du mois de septembre 2014, une surrogate américaine témoigne avec ce paradoxe : « Le contrat n’est pas important… jusqu’à ce qu’il soit très important » ! C’est très vrai, et ce cas thaïlandais le prouve bien. »

Ensuite, cette affaire rappelle que des cas tragiques sont possibles (le cas de l’Américaine Crystal Kelley le montre également). Certes, mais parallèlement, des milliers de GPA se déroulent correctement à travers le monde. Selon un proverbe : « quand un arbre tombe, on l’entend ; mais quand la forêt pousse, il n’y a pas de bruit ».  Il faut d’après moi garder un état d’esprit serein pour réfléchir calmement sur ce cas, et se libérer des oeillères de l’indignation. La sociologue Dominique Mehl a retoqué les arguments de Ludovine de la Rochère dans un débat sur Europe 1 ; la chaîne TMC est revenue cette semaine sur la vie de deux enfants nés par GPA qui mènent une vie heureuse dans leur famille homoparentale ; et les associations militantes comme l’APGL, l’ADFH, Clara ou Maïa comptent, dans les familles qui y adhèrent, des dizaines d’enfants nés par GPA, et qui vivent avec leurs parents comme tous les autres enfants.

Irène Théry

Irène Théry

Enfin, la France ne peut pas faire l’économie d’une véritable réflexion sur la gestation pour autrui, contrairement à ce que voudrait faire croire une classe politique largement hypocrite, lorsqu’elle affirme que la question a été résolue avant même d’avoir été posée. Dans une interview donnée à ce sujet dans L’Express, la sociologue Irène Théry affirme que ce cas « ne nous apprend rien sur les nombreux cas de GPA éthiques, qui existent aussi et que certains pays – comme aux Etats-Unis- encadrent très bien ». Elle propose « sur le modèle de la Convention de la Haye sur l’adoption, la création d’un instrument international de lutte contre l’asservissement des femmes dans les cas de gestations pour autrui contraires aux droits fondamentaux de la personne ».  On peut d’ailleurs écouter ici le débat sr la GPA l’opposant au psychanalyste Jean-Pierre Winter, dont Yagg a réalisé le compte rendu.

De même, le docteur Israël Nisand voit dans cette affaire la preuve que la GPA doit être encadrée, car l’absence de règles et l’interdiction favorisent le recours à des mères porteuses étrangères, y compris dans des conditions déplorables comme celles qui ont prévalu dans le cas de Pattaramon Chanbua. C’est effectivement la voie de la sagesse qui amène, comme l’ont déjà demandé d’autres personnalités comme Martine Gross, Caroline Mécary ou Anne-Marie Leroyer, à réclamer un encadrement strict, clair et réaliste de la GPA, en s’inspirant de ce que proposent depuis des années des états américains, des provinces canadiennes… ou des pays européens.

Une chose est sûre : l’affaire est à suivre… et elle pourrait bien avoir, très vite, des répercussions sur les législations du monde entier, dont la flagrante disparité actuelle montre toute la complexité de l’encadrement juridique de la gestation pour autrui.

Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Livres | Mariage | Politique | Sociologie | 02.08.2014 - 00 h 14 | 10 COMMENTAIRES
Quand la revue « Le Débat » (Gallimard) se déchaîne sur le « problème » des couples et parents homosexuels

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Dans son numéro 180 de mai-août 2014, la revue Le Débat (rédaction : Marcel Gauchet) a réalisé un dossier intitulé « Les enfants du mariage homosexuel ». Ce dossier thématique est présenté ainsi (p. 122) :

« La filiation [dans les couples de même sexe] continue de troubler et de diviser profondément l’opinion. Face à ce foyer d’incertitudes, la bonne démarche ne saurait consister à décréter qu’il n’y a pas de problème, mais à mettre les données du problème sur la table, afin de les soumettre à un examen dépassionné et libre de préjugés. C’est ce à quoi s’efforcent les textes réunis ici ».

Une fois qu’on a lu le dossier en question, on éclate de rire (mais pas trop fort pour les femmes) en repensant au prétendu « examen libre de préjugés » qui nous a été promis. En guise d’analyse impartiale, la revue Le Débat nous offre en réalité un dossier complètement à charge contre les LGBT, faisant d’eux les prochains fossoyeurs de la civilisation, de la vertu et du bien des enfants – rengaine bien connue qu’entonnent à leur tour,  dans une belle harmonie chorale, les auteurs de ces articles.

1) Des « débatteurs » tous d’accord dès le départ.

le débatIl faut dire tout d’abord que les rédacteurs des articles n’ont sans doute pas été choisis au hasard. Ils ont en commun de faire partie du peloton de tête dans le Tour de France des réactionnaires. Parmi les six auteurs qui ont réalisé ce dossier, voici le quinté des réacs de salon cossu qui discourent sans vergogne sur les familles des autres (qui ne leur ont rien demandé) :

– le bon docteur Maurice Berger, qui accuse par ailleurs le « lobby homoparental » d’ « intoxication » et d’ « intimidation » ;

– la pédiatre Catherine Dolto, « fille de » (Françoise Dolto) et « soeur de » (Carlos), dont le principal fait de gloire est d’avoir insulté Daniela Lumbroso, et qui est devenue entretemps l’une des références du député UMP Hervé Mariton pour s’opposer au mariage pour tous ;

– la sociologue de l’art Nathalie Heinich, qui considère sans rire que le mariage pour tous s’oppose à l’équité, tout en mettant fin au principe méritocratique, et que le mariage n’a pas à « compenser les conséquences problématiques que peuvent avoir pour des individus leur refus de recourir à des arrangements avec l’autre sexe » ;

– le professeur Jean-Claude Quentel, qui affirme, lui aussi sans rire (mais comment font-ils ?), que « les phénomènes d’homosexualité » découlent directement… de la paranoïa ;

– et, last but not least, l’essayiste auto-proclamé Paul Thibaud, qui accuse tous les parents homosexuels de commettre un indigne « abus de pouvoir » envers leurs enfants.

Quelle équipe ! On se demande bien sur quel critère les « débatteurs » de la revue Le Débat ont été choisis par Marcel Gauchet et ses conseillers : peut-être s’agissait-il de déterminer qui serait le plus homophobe des rédacteurs ? Qui aurait la médaille d’or de l’argument le plus absurde ? Qui serait le champion de la pointe assassine pour défendre les enfants contre les hordes de mariés homosexuels qui leur voudraient du mal ? En tout cas, une chose est sûre : ce n’est pas la pluralité des points de vue qui a été le principal critère pour réaliser le casting des contributeurs. Dans Le Débat, on peut bien écrire n’importe quoi (et on ne s’en prive pas), mais on n’y invite pas n’importe qui !

2) Délires et absurdités : faux débat « dépassionné » mais vraie arnaque intellectuelle

Penchons-nous à présent sur le contenu des articles : que lit-on dans la revue Le Débat, lorsqu’elle publie un dossier sur « les enfants du mariage homosexuel » qu’elle promet « dépassionné et libre de préjugés » ? Ces quelques morceaux choisis vous permettront d’apprécier la qualité et l’objectivité des contributions compilées avec soin par la revue Le Débat. Par souci de concision, nous ne citerons que quelques courts extraits de chaque article : ce dossier « dépassionné » mériterait cependant de faire l’objet d’un long article pour que ses arguments soient précisément démontés un par un.

a) Nathalie Heinich (CNRS) : la lutte contre « la perversion » et la logique des « choix de vie ». 

Un livre de N. Heinich, au titre prémonitoire.

Un livre de N. Heinich, au titre prémonitoire.

Nathalie Heinich a la mémoire longue et la rancune tenace : elle regrette dans son article pour Le Débat qu’à la place du Pacs (auquel elle était déjà opposée) et du mariage, on ne se soit pas contenté pour les couples homosexuels « d’une extension du droit des concubins ». Elle a aussi l’art de noyer le poisson : pour justifier son opposition au mariage pour tous, elle cite pêle-mêle l’abolition des notes à école, le droit à la retraite anticipée pour les pères de trois enfants, la convention collective pour le cinéma français (p. 124), mais aussi les militants anti-racistes, les « supporters de sportifs handicapés », le féminisme, « l’inégale aptitude à courir le cent mètres » et même « l’inégale longueur des chaussures » (p. 127-128). Prévert lui-même n’aurait sans doute pas osé un tel inventaire ! Mais Nathalie Heinich, elle, elle ose.

En six pages, Nathalie Heinich affirme à l’envi que le mariage pour tous est « une perversion de l’idéal républicain », « très exactement, un dispositif pervers », « une multiple perversion ». Et, comme si ce n’était pas suffisant, elle ajoute, pour fustiger à nouveau « de tels dispositifs pervers » : « La perversité va souvent de pair avec le déni ». Etonnante, cette propension à parler de « perversion » en martelant le mot, dans un article sur les LGBT.

La sociologue prétend également que les militants des droits LGBT ont « invoqué, comme cela a été fait », un « droit à l’enfant »… alors que cette expression, en réalité, provient justement des opposants aux droits civils pour les LGBT ! Mais le morceau de bravoure de Nathalie Heinich est sans doute celui-ci, qu’il faut lire in extenso pour l’apprécier :

« Dans le cas [des homosexuels], l’incapacité [à procréer] ne relève pas d’une donnée physiologique mais d’un choix de vie, en l’occurrence le choix de refuser le commerce sexuel avec l’autre sexe, même dans un but purement procréatif. »

Eh oui : pour Nathalie Heinich, l’homosexualité est un choix. Elle admet pourtant trois pages plus loin que « désirs ou pulsions ne relèvent pas d’un choix », mais, comme elle n’est pas à une contradiction près, elle fustige tout aussitôt « le déni des conséquences du choix d’identité sexuelle sur l’accès à la procréation ». Aux LGBT qui ne cachent pas leur homosexualité, elle préfère en outre « les nombreux homosexuels qui choisissent de ne pas s’afficher comme tels dans toutes les dimensions de leur existence ».

Faut-il en rajouter ? En tout cas, Nathalie Heinich, elle, en rajoute. Selon elle, les LGBT qui souhaitent avoir des droits équivalents à ceux des hétérosexuels ont :

« Un mode de fonctionnement psychique qui ne connaît d’autre modalité de transaction avec le réel que le fantasme infantile de toute-puissance opposé à une autorité forcément maléfique, et forcément coupable ».

« Perversion », « fantasme infantile », « fonctionnement psychique » perturbé, « choix de vie », rejet d’un « droit à l’enfant » prétendument « invoqué »… : Nathalie Heinich remplit allègrement une ligne complète sur le bingo des arguments stupides contre les droits LGBT. Mais Le Débat a sélectionné les meilleurs joueurs, et elle aura fort à faire contre ses partenaires qui participent à la même revue…

b) Jean-Claude Quentel, Jean-Yves Dartiguenave (Université de Rennes II) : les justiciers de la Nature contre l’homosexualité.

On ne sait que choisir dans l’article des professeurs Jean-Claude Quentel et Jean-Yves Dartiguenave, tant ce qui y est écrit heurte le sens commun. Il faut avouer cependant que les deux professeurs y vont crescendo dans leur argumentation, et n’abattent pas tout de suite les cartes maîtresses qu’ils possèdent en matière d’aberration intellectuelle. Le début de l’article peut sembler honnête, voire modéré, et on imagine le directeur de rédaction du Débat être saisi d’effroi lorsqu’il a lu les quelques lignes semblant déroger à la ligne éditoriale qu’il a choisie, à savoir démolir le mariage pour tous et prouver que les droits LGBT sont une erreur pour le bien de la civilisation. Durant quatre pages (pp. 130-133), on pense comprendre en effet que les familles homoparentales pourraient élever des enfants correctement ! Diantre !

Mais le lecteur homophobe est vite rassuré par les cinq pages suivantes : on y apprend d’abord que les enfants de ces familles sont forcément victimes d’une « stigmatisation » qui a des « effets psychologiques » sur eux. Mais surtout, brusquement, et sans autre forme d’explication, l’homoparentalité est qualifiée de « préoccupation individualiste », qui exigerait de la société d’être « à la disposition de chacun de ses membres » et qui ne se ferait aucun « souci de la cohésion sociale ». Alors le crescendo commence : l’homoparentalité serait le résultat de « la complainte individualiste » et de « l’effacement de toute différence, aussi bien naturelle que sociale ». Avec le mariage pour tous, « notre société tend […] à une forme de promotion de l’identique qui aboutirait, si elle était menée à son terme, à un anéantissement du social lui-même ».

Contre les LGBT, Quentel et Dartiguenave, les Dupont et Dupond du Débat, se font alors les défenseurs tout à la fois de la Société et la Nature – qui, jusqu’à preuve du contraire, ne leur ont pourtant rien demandé. Que nous apprennent en effet ces deux penseurs invétérés ? Voici les joyaux de leur réflexion :

« L’analyse nous conduit à conclure que le contexte socio-historique réduit nécessairement les possibilités d’exercice de la parentalité par des couples de homosexuels […]. Ces couples se sont mis dans la position de ne pouvoir procréer. […] L’homosexualité porte en elle-même la contestation de la différence naturelle des sexes, plus exactement de leur complémentarité et, du coup, de la procréation. »

Quentel et Dartiguenave, insidieusement, se mettent alors à opposer l’homosexualité et la nature. Comble du cynisme, ils justifient par là-même, sans la moindre vergogne, la pénalisation de l’homosexualité. Voilà un texte qui fera sans doute fureur en Ouganda :

« Telle est la raison première pour laquelle l’homosexualité a été et est toujours condamnée dans de multiples sociétés ; il y va pour celles-ci non seulement du devenir de l’espèce, mais de celui de la société et de son organisation ».

Vous aimiez Vanneste ? Vous adorerez Quentel et Dartiguenave !

Vous aimiez Vanneste ? Vous adorerez Quentel & Dartiguenave !

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quentel et Dartiguenave, qui n’ont peur de rien, rejoignent alors, de manière tout à fait logique dans leur mode de pensée, les arguments développés en son temps par Christian Vanneste. D’ailleurs, par honnêteté intellectuelle, ils auraient pu citer le nom du député UMP, étant donné les larges emprunts qu’ils effectuent directement aux sources de son idéologie. En effet, les deux auteurs, sous le patronage tacite de C. Vanneste, reprennent l’antienne bien connue de l’homosexualité contre-nature et menant à la fin de la civilisation.

Tout LGBT ayant subi l’homophobie dans sa jeunesse a déjà entendu mille fois cet argument stupide. Il fallait malgré tout que la revue Le Débat tentât de redonner du crédit à cette théorie abjecte et délétère, en laissant s’exprimer Quentel et Dartiguenave en ces termes :

« Il n’y aurait plus d’espèce humaine si l’homosexualité était généralisée ».

Au cas où l’on n’aurait pas compris que l’homosexualité est bien « contre nature », les auteurs enfoncent le clou (pourquoi donc s’en priveraient-ils ?) :

« L’homosexualité est profondément humaine. Elle ne saurait se réduire à une affaire naturelle et se fonder sur la comparaison avec des animaux qui s’accouplent entre congénères du même sexe constitue une grossière erreur. L’homosexuel choisit comme conjoint un homme ou une femme du même sexe social que lui, et non pas un mâle ou une femelle. Ce en quoi l’homosexualité est affaire de culture. […] L’homme « pervertit » toujours sa nature et, en l’occurrence, sa sexualité naturelle […] ; l’homosexuel, quant à lui, pousse cette prise de distance par rapport à l’ordre naturel des choses jusqu’à lui substituer totalement son reclassement culturel ».

L’homosexualité décrite comme perversion suprême, comportement totalement opposé à « l’ordre naturel des choses » et affaire de choix : tout y est ! Là encore, le bingo est presque complet ! Mais les auteurs ont sans doute peur d’être mal compris, alors ils insistent, cette fois sous couvert d’un pseudo-jargon vaguement scientifisant :

« L’homoparentalité a ceci de particulier qu’elle réifie ou hypostasie le culturel, en l’occurrence le social […]. Cette « forclusion » des conditions naturelles participe d’une forme de clôture de la famille homoparentale sur son propre arbitraire social. […] En acceptant de se poser la question de l’homoparentalité, notre société tend étrangement à évacuer le registre de la nature. »

Mais est-il naturel d’écrire des âneries dans Le Débat pour déverser sa bile sur les droits des LGBT et de leurs familles ? La question n’a été ni posée ni résolue dans ces quelques pages : il faudrait que nos Dupont et Dupond se penchent sur cette nouvelle énigme.

Les auteurs concluent sur quelques phrases vagues, qui dépeignent implicitement les LGBT comme d’irresponsables égoïstes incapables de se contrôler, et qui considèreraient que « du point de vue du désir […] tout est posé comme possible », « qu’aucune limite ne doit entrer en ligne de compte dans la problématique de la recherche de satisfaction » et que « le désir d’enfant » peut « échapper à cette nécessité de se conférer des exigences ». Ils leur rappellent donc, comme s’ils avaient été attendus depuis 20 siècles pour annoncer cette grande nouvelle au monde ébahi, que, « pour des raisons proprement éthiques », « il n’est pas possible, humainement, de tout avoir ». Cela est vrai, mais il serait bon qu’ils réalisent aussi que, pour des raisons proprement éthiques, on ne peut pas non plus, humainement, raconter n’importe quoi.

c) Maurice Berger (CHU Saint-Etienne), le docteur Knock de l’homoparentalité.

knockMaurice Berger ne manque pas d’humour, puisqu’il lance en introduction : « Quels amalgames nous empêchent de réfléchir sereinement ? ». S’il veut vraiment une réponse, il n’a qu’à lire les deux articles qui précèdent le sien, ou relire sa propre production.

Pour Maurice Berger, l’homoparentalité pose « des risques » pour « le développement affectif de l’enfant ». Il accuse toutes les études réalisées à ce jour sur le sujet de comporter « des défauts méthodologiques majeurs », en prenant par exemple Martine Gross et Stéphane Nadaud (qu’il cite tous deux nommément) soit pour des imbéciles, soit pour des faussaires. Seule l’étude de Mark Regnerus, qu’il prend pour argent comptant, trouve grâce à ses yeux, alors que sa méthodologie et ses résultats sont par ailleurs extrêmement contestés.

Pour Maurice Berger, seuls les opposants à l’homoparentalité sont des êtres objectifs, honnêtes, loyaux et impartiaux. En effet, il considère que « les tenants de l’homoparentalité » utilisent tous « le bluff », « l’intimidation », « les fausses affirmations », « l’opinion personnelle » et « l’amalgame ». Pour lui, les LGBT veulent « l’indifférenciation père-mère » ; leurs revendications sont caractérisées par « l’exacerbation des désirs personnels » et « le refus de reconnaître des limites frustrantes » ; ils font des lois « des self-services destinés à satisfaire les désirs de tous ».

Les LGBT font tellement peur à Maurice Berger et à « la plupart des collègues avec qui [il] évoque la question » que, selon lui, tous ces braves gens, bien qu’opposés au mariage pour tous, « n’ont pas de lieu où s’exprimer, ou n’ont pas le courage de le faire face aux passions hostiles » (p. 142). Il faudrait que Maurice Berger et ses collègues sortent parfois de leur cabinet, et qu’ils écoutent RTL, Europe 1, RMC…, qu’ils regardent I-Télé, BFM, LCI, France 2, TF1, France 5… ou qu’ils lisent le Figaro, Valeurs actuelles, Le Point… : les opinions qu’ils disent ne pas avoir pu défendre y ont été très abondamment relayées !

Malgré son manque d’information évident, et nonobstant la terrible censure dont il se dit victime, Maurice Berger a des idées, et il tient à le faire savoir :

« Le dispositif dans lequel les enfants se portent le mieux est la famille biologique (père, mère et enfant vivant ensemble) […] Le couple hétérosexuel est ce que l’on a trouvé de mieux ».

Alors que même le Vatican ne considère plus que l’homosexualité est un choix, Maurice Berger, lui, affirme que l’homosexualité est « un choix de vie sexuelle, qui empêche ce projet de conception hétérosexuelle ». Il est absolument sûr et certain que l’homoparentalité « peut être à l’origine d’une souffrance très importante chez les enfants ».

Il faut prévenir Maurice Berger (Bonjour, Docteur !) que, si souffrance il y a, c’est plutôt celle du lecteur contraint de lire ces stupidités indignes dans une revue qui se prétend sérieuse :

« Comment une petite fille peut-elle arriver à comprendre que deux hommes qui ne veulent pas avoir de femme puissent en même temps avoir désiré une fille ? »

Avec cette phrase, on ne verse pas seulement dans l’abjection : la teneur des propos atteint la profondeur de la bêtise la plus crasse. Cette phrase montre une chose qui est cependant vraie : qu’un fait pourtant simple à saisir soit inaccessible au bon docteur Maurice Berger ne signifie pas qu’une petite fille de cinq ans soit incapable de comprendre ce même fait.

En toute sobriété, le docteur Berger conclut son article en invoquant au sujet de l’homoparentalité « le principe de précaution », comme « à propos du maïs transgénique ». La première des précautions serait sans doute d’avertir les honnêtes gens de ne pas perdre leur temps, sauf s’ils n’ont rien de mieux à faire, à lire les élucubrations du docteur Berger dans cet article.

On s’étonne d’ailleurs que le « chef de service en psychiatrie des enfants » au CHU de Saint-Etienne se permette de raconter aux lecteurs du Débat les consultations qu’il a eues avec deux enfants, et qu’il en instrumentalise ainsi le contenu aux dépens des familles qui sont venues le consulter (voir p. 144). Les familles homoparentales qui ont fait confiance au docteur Berger doivent être bien surprises de retrouver dans les colonnes du Débat la retranscription des propos que leurs enfants ont tenus dans le secret du cabinet. Il est à espérer que, sur ce point, les moeurs et pratiques du CHU de Saint-Etienne ne soient pas partagées par les centres hospitaliers qui lui sont proches, de Roanne à Givors en passant par Lyon ou Annonay.

d) Catherine Dolto (Gallimard Jeunesse) : la conquistador anti-GPA.

Catherine Dolto

Catherine Dolto

Catherine Dolto a un combat dans sa vie : lutter contre la GPA et contre ceux qu’elle appelle avec un dédain non dissimulé les « humains en mal de procréer ». Catherine Dolto n’a pas peur des contradictions, puisque, intervenant dans un dossier intitulé « Les enfants du mariage homosexuel », elle affirme qu’elle parlera de la GPA « en dehors de toute considération sur la nature des couples y ayant recours ». Elle use elle aussi d’un humour apparemment largement partagé par les contributeurs au Débat : elle dit refuser « les réponses souvent militantes, voire dogmatiques » sur la GPA… mais c’est pour mieux imposer les siennes, qui pour le coup sont très clairement militantes et dogmatiques !

Catherine Dolto commence sur d’étranges bases, puisqu’elle s’appuie étonnamment sur des définitions fausses. Ainsi, l’une de ses premières notes de bas de page indique : « Mère porteuse : la mère porte un enfant issu de la fécondation de son ovule par le sperme du père qui adoptera l’enfant ». Cette définition est peut-être la sienne, mais ce n’est pas du tout la définition commune des mères porteuses, qui, comme chacun devrait le savoir, ne portent généralement pas un enfant issu de leur propre ovule !

Si Catherine Dolto a des lacunes en matière de lexique, il semble que ça n’aille pas mieux en droit. Dans l’une des parenthèses les plus absurdes qui soient, elle affirme, dénonçant « la souffrance » de la mère porteuse et de « ses autres enfants » : « La loi en France, semble-t-il, imposerait que [la mère porteuse] ait [d’autres enfants]. » Mais Catherine Dolto n’a donc pas encore réalisé que « la loi en France » interdit strictement les mères porteuses ? Elle a pourtant eu le temps de se renseigner, puisque cette interdiction date d’il y a plus de vingt ans !

On n’oserait taxer Catherine Dolto d’ignorance, mais on peut l’accuser de mépris. Pour elle, les enfants de GPA ne peuvent avoir aucun « sentiment de leur dignité », ils sont comme « un objet ou un animal de compagnie », leur humanité est « en péril, comme celle de ceux qui l’entourent » ; ils sont comme « les animaux dans les cruels élevages industriels », et ils sont forcément victimes de « complexités névrotiques potentiellement pathogènes » (qu’en termes fort galants ces choses-là sont dites !), tout comme les mères porteuses et ses autres enfants.

L’article comporte une longue digression vague sur l’haptonomie et l’épigénétique, qui n’apportent en réalité aucun argument ni pour ni contre la GPA. Mais ce n’est pas l’avis de Catherine Dolto : pour elle, la GPA « prépare la barbarie à venir », elle empêche de « tirer le petit mammifère humain vers son humanité  » et de « canaliser la violence ». Elle est comparable aux « pratiques vétérinaires » et empêche le « respect de l’humanité » de l’enfant.

On l’aura compris : pour Catherine Dolto, ce n’est pas être humain que de recourir à la GPA, de participer à une GPA, ou de naître par GPA. Dans cette nouvelle Controverse de Valladolid, on espère que Catherine Dolto et ses partisans finiront par reconnaître, sinon une âme, tout au moins une forme de dignité humaine aux familles qu’ils conspuent abondamment, et qui vivraient tout aussi bien sans leurs admonestations grandiloquentes et dégradantes.

e) Paul Thibaud (philosophe retraité) : le cynique décomplexé.

Paul Thibaud

Paul Thibaud

Paul Thibaud est l’ancien directeur d’Esprit. Une plaisanterie courante raconte que l’on dirige « Esprit » lorsqu’on en manque. De fait, si Esprit est à l’esprit ce que Le Débat est au débat, il y a effectivement du souci à se faire.

Pour Paul Thibaud, le mariage pour tous concerne « un microcosme », et l’homoparentalité « de rares exceptions ». Il s’étonne donc que l’on ait voulu changer la loi pour si peu de monde. Pour lui, « les besoins à satisfaire n’étaient pas sociaux mais idéologiques ». Cynisme effroyable : dans une parenthèse assassine, il affirme que « les homosexuels n’étaient pas interdits de mariage » avant la loi sur le mariage pour tous. Mais il oublie de dire qu’ils étaient obligés soit de rester célibataires, soit d’épouser une personne qu’ils n’aiment pas ! L’homo refoulé, et faisant souffrir, par l’absence de sentiments réciproques, une femme qu’il n’aime pas : voilà donc l’idéal de Paul Thibaud en matière de société ?

Brandissant la menace de la montée du FN, dont il rend entre autres les homos responsables, il prétend également que « les minorités à prétention morale » comme les LGBT « repoussent vers l’abstention ou l’extrémisme » « les citoyens ordinaires ». Il reproche au mariage pour tous de « camoufler la spécificité des couples homosexuels » et reprend cette fois le cliché du prosélytisme homosexuel : « les situations sur lesquelles il faudrait aligner le droit et qui n’existent guère, on travaille (en promouvant la PMA et la GPA) à les répandre en changeant le droit ».

Mais où est donc passé le bon vieux temps, où l’on disait clairement que l’homosexualité est moralement inférieure à l’hétérosexualité ? « Ce qui a changé, déplore en effet Paul Thibaud, ce ne sont pas les pratiques, mais le parti pris de les déclarer toutes d’égale valeur ». Il regrette ce « changement des valeurs qui ont pignon sur rue ». Pour Paul Thibaud, il faudrait instaurer le placard pour tous : ce serait tellement mieux ! Il fait de Christiane Taubira l’incarnation « d’un individualisme dogmatique d’origine révolutionnaire » – rien que ça ! Voilà un homme qui sait incarner la modération et la sobriété.

Mais comment a-t-on défendu le mariage pour tous selon Paul Thibaud ? C’est simple :

« Il est remarquable que l’on ait vu converger, pour bloquer le débat civique, deux idéologies opposées, celle qui veut dissoudre le social dans le droit des individus et celle qui veut l’écraser sous une homogénéité décrétée, l’une et l’autre faisant fond sur un démocratisme abstrait, donc intolérant. La laïcité n’y trouve pas son compte ».

Le mariage pour tous serait intolérant, anti-laïc, opposé au social… N’en jetez plus ! Mais Paul Thibaud, lui, en jette encore : pour lui, l’institution de la famille « n’existe qu’en fonction de la nature » (encore elle !). Pour lui, l’homoparentalité, c’est « un fouillis d’arrangements », qui ne serait que « la parenté d’un seul », c’est « l’effacement du souci du futur », la fin du « devoir de préparer l’avenir »… Avec l’homoparentalité, il est fini, « le temps des grandes espérances, publiques et privées » ! Finie aussi, « la protection des plus faibles et des absents » ! Il n’y a désormais plus « rien qui fasse écran à la combinaison des volontés ».

Paul Thibaud n’a pas honte de comparer les enfants de couples homosexuels aux « enfants maltraités » ou à une « fille mariée de force par son père » (page 160). Partant dans des considérations abstraites et éthérées, il dénonce un « changement général du régime de moralité », la fin « des exigences qui correspondaient aux conduites de responsabilité civique », un « monde de l’individu flottant et clos, dépourvu d’incorporation à aucune institution », « la répudiation de l’idée de devoir envers soi-même », un « individu coupé de l’extérieur, sans remords ni ambition », « une désinscription de l’individu, l’effacement du sentiment de ses devoirs propres ». Paul Thibaud est un peu perdu dans tout cela : « Cette égalité régit un monde devenu comme fantomatique, indistinct et conflictuel ».

La page 162 donne tout à coup lieu à un inattendu intermède dirigé… contre l’Islam, puisque selon Paul Thibaud, certains musulmans français seraient coupables d’ « un repli hargneux et répétitif ». Maître-ès-arts du cheveu sur la soupe, et recordman patenté du coq-à-l-âne, il reproche dans le même mouvement aux LGBT de prôner « la dévaluation du commun par l’égalitarisme individualiste » et de provoquer ainsi « une intransigeance stérile », mais aussi la montée du Front National (au cas où on aurait oublié qu’il l’a déjà dit six pages plus tôt).

Pour Paul Thibaud, l’homoparentalité, c’est « la rétrogradation de la sexualité procréative » (comprenne qui pourra !) et « la promotion du choix individuel et de l’artificialisme » (mais quelqu’un sait-il ce qu’est « l’artificialisme » ?). Décidément, ma bonne dame : tout rétrograde, puisqu’on apprend une page plus loin que l’on voit « partout la rétrogradation proclamée de la nature ». Le mariage pour tous, c’est, qu’on le sache : « le comble de la réduction de l’humanité à l’individu ».

Paul Thibaud a répété dans son article que les LGBT allaient faire monter le FN. En se relisant, il a dû avoir des remords de s’être montré si modéré, puisqu’il affirme ensuite, après avoir affirmé péremptoirement que le mariage pour tous serait une revendication prétendument individualiste :

« Pour Dumont, l’individualisme pur n’est pas stable, il suscite inévitablement son contraire à quoi il s’associe. […] L’effondrement des traditions, en 1918, sous le choc d’une démocratie importée, faisant exploser un individualisme expressionniste, a, selon Dumont, été la route du nazisme. »

Intégrer le mot « nazisme » dans un article sur le mariage pour tous : Xavier Bongibault en rêvait, Paul Thibaud l’a fait ! Et si ce n’est pas le nazisme, ce sera l’islamisme (il faut apparemment croire que les musulmans sont, avec les LGBT, l’autre face du Mal combattu par Paul Thibaud) :

« Il se pourrait néanmoins que, face à la dérive comme fatale du monde post-chrétien, à son anthropologie invraisemblable, l’homogénéité islamique apparaisse un recours, du moins dans nos banlieues. […] En somme, l’observance de la charia vous place déjà, sur terre, dans le royaume de Dieu. »

Si les LGBT ne sont pas responsables du retour du nazisme, ils seront bien coupables de l’établissement de la charia ! Par esprit de retenue sans doute, Paul Thibaud ne dit cependant rien sur la responsabilité supposée des LGBT dans le changement climatique ou la diffusion du virus Ebola.

L’article se termine sur une longue digression inutile consacrée à l’éloge de Marcel Gauchet (le directeur de rédaction qui a justement sélectionné l’article !) et à une réflexion sur Cornelius Castoriadis, qui n’en pourra mais et qui ne viendra pas s’en plaindre. Il n’est jamais inutile d’être bien vu par le directeur : Paul Thibaud pourra sans doute être récompensé pour son éloge en publiant un nouvel article lors d’un prochain numéro de la revue, où l’on débat entre gens de bonne compagnie qui se congratulent et se sélectionnent les uns les autres ! Affaire à suivre, sans doute…

3) Dans Le Débat, l’arrière-garde a de l’avenir.

Ces six illustres représentants de l’intelligentsia d’arrière-garde ont donc mis à profit leur énergie et leur savoir pour parvenir à ces réflexions de haut niveau. S’ils n’ont pas été satisfaits par les courts extraits ci-dessus, les lecteurs les plus kamikazes pourront lire ici le dossier complet de la revue (à leurs risques et périls). La revue est même disponible dans tous les kiosques jusqu’à la fin août – mais vous n’êtes pas obligé(e)s d’y courir pour vous la procurer.

Marcel Gauchet, directeur de rédaction de la revue Le Débat

Marcel Gauchet, directeur de rédaction de la revue Le Débat

Si l’on se penche sur les numéros précédents de la revue, est-il bien étonnant d’y retrouver, parmi les contributeurs aux numéros récents de cette revue, de farouches opposants au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe, comme Jean-Pierre Winter, Monette Vacquin, ou l’inénarrable Sylviane Agacinski ? En outre, Marcel Gauchet étant le directeur de rédaction de cette revue qui porte si mal son nom, on s’étonne moins, à présent, des récentes polémiques qu’a causées l’annonce de son intervention aux rendez-vous de l’histoire de Blois consacrés… aux rebelles dans l’Histoire !

On trouve une recension extrêmement enthousiaste de l’un des articles de ce dossier sur Atlantico, média clairement orienté à droite. Mais la plus grande joie des auteurs de ces articles sera sans doute de découvrir que leurs thèses sont vivement acclamées par un média lui aussi « dépassionné et libre de préjugés » : le site du Vatican !

Pour continuer sur cette lancée, où le goût pour le « n’importe quoi » s’y dispute à l’obsession acharnée contre les droits LGBT, on conseille vivement à la revue « Le Débat » de changer très vite de titre, et de s’appeler, dès le prochain numéro, la revue « Le Délire ».

Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | International | Justice | Politique | 29.08.2013 - 16 h 51 | 2 COMMENTAIRES
Delphine Lance (doctorante EHESS) présente ses recherches sur la gestation pour autrui.

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Delphine Lance réalise actuellement une thèse d’anthropologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Elle a travaillé sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité, et ses recherches portent aujourd’hui, en particulier, sur le thème de la gestation pour autrui au niveau international. Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine pour effectuer la première partie de ses recherches, elle lance à présent un appel à financement sur le site indiegogo pour pouvoir poursuivre l’étude de ce thème aux Etats-Unis. A cette occasion, elle a accepté de nous présenter un premier bilan de ses observations sur le thème de la surrogacy, et elle détaille l’objet de son projet de recherche sur ce sujet aux USA.

Numa – Delphine Lance, vous êtes doctorante à l’EHESS en anthropologie. Vous vous intéressez en particulier aux thèmes de la parenté et des nouvelles technologies de reproduction. Pouvez-vous nous parler des recherches que vous avez effectuées jusqu’ici ?

Delphine Lance

Delphine Lance

Delphine Lance – J’ai travaillé en master 2 sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité. Durant un an, j’ai interrogé des couples et des célibataires gays qui vivent en France, et qui ont eu recours à des femmes porteuses. Dans la grande majorité des cas, il s’agissait de femmes qui vivaient aux Etats-Unis. J’ai mené cette recherche anthropologique en parallèle des travaux sociologiques de Martine Gross et Dominique Mehl, et nos études respectives ont permis d’enrichir les connaissances sur les situations de GPA dans des cas d’homopaternité.

Je ne peux pas résumer ici l’intégralité de mon mémoire, mais j’ai été très marquée par la grande diversité des situations rencontrées au cours de mes entretiens. Chaque couple ou célibataire a une manière bien particulière d’appréhender le parcours de GPA. Par ailleurs, et contrairement aux idées reçues, la GPA s’inscrit toujours dans une démarche hautement relationnelle : tous les tiers ont une place dans ce parcours. J’ai été frappée par exemple par la relation qu’entretiennent les hommes avec les « donneuses d’engendrement » (donneuses et surrogate) pour reprendre l’expression d’Irène Théry : celles-ci ont toujours une place, plus ou moins importante, dans la vie de ces familles. Suite aux débats sur le mariage pour tous, je peux d’ailleurs affirmer qu’en aucun cas, les pères ne nient l’existence des femmes qui ont pris part au processus (donneuse d’ovocytes et mère porteuse). La différence des sexes dans la reproduction n’est jamais niée. Il est également important de souligné ici que dans la majorité des cas la donneuse et la gestatrice ne sont pas les mêmes femmes, on observe alors une fragmentation dans la reproduction qui est très intéressante à analyser en tant qu’ anthropologue.

 

Numa – Suite à votre master 2, vous avez voulu approfondir vos recherches sur la Gestation pour Autrui, en adoptant cette fois un angle d’approche international. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo ehessDelphine Lance – Actuellement, je suis inscrite en thèse à l’EHESS d’anthropologie sous la direction d’Enric Porqueres i Gené et Jennifer Merchant. J’étudie la place de la femme et de son corps dans le processus de gestation pour autrui à un niveau international. Pour ce faire, je suis partie 9 mois en Ukraine. J’ai observé le fonctionnement de cinq agences de surrogacy, notamment à Lviv (Ouest de l’Ukraine) et à Kiev. J’ai interviewé le personnel de ces agences et de cliniques (gynécologues, psychologues…), mais aussi des femmes porteuses (près de 25) et des donneuses d’ovocytes. Ce terrain m’a permis de comprendre en détail le fonctionnement du processus, ainsi que la représentation de la femme en Ukraine.

J’ai aussi interrogé des parents (trois couples gays et un couple hétéro) qui ont fait appel à une femme porteuse en Ukraine. J’ai pu voir à cette occasion les difficultés rencontrées par ces différents couples, en particulier pour le retour de l’enfant en Europe. Ces expériences sont très marquantes : quand on voit à quel point ces couples se battent et souffrent, on est amené à réfléchir en profondeur à la question de la GPA.

 

Numa – Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine, vous vous apprêtez maintenant à partir pour les USA. Quel est votre projet ?

Delphine Lance – Dans un objectif de comparaison avec l’Ukraine, j’aimerais partir aux USA pour me rendre dans des agences, et parler avec des  surrogates et des donneuses nord-américaines. Dans un premier temps, je souhaite aller sur la Côte Ouest, à San Francisco et San Diego. Si cela m’est possible financièrement, je partirai ensuite dans d’autres régions des USA. Mon but est de visiter différentes agences dans plusieurs Etats (Californie, Massachusetts, Ohio, Pennsylvanie), pour analyser les différences qu’elles présentent en termes d’organisation et de fonctionnement. Certaines sont par exemple plus tournées vers les couples gays que d’autres, ont établi des partenariats avec des cliniques, etc.

Au niveau scientifique, je travaille en particulier sur la définition de la parenté, sur l’intentionnalité et sur la place de l’Etat dans les politiques liées à la procréation, à l’exemple de la GPA. Plus je pourrais avoir de témoignages et réaliser d’observations, plus mon approche de ces différents thèmes pourra être précise.

Mon autre objectif, en parallèle, serait de réaliser un court documentaire (environ 30 mn) sur les motivations des gestatrices. Dans le débat actuel, les politiques parlent des femmes porteuses, mais on laisse en général trop peu de place à la parole à ce qu’elles disent et vivent. Il s’agirait donc de faire un reportage où la parole serait notamment laissée à ces femmes, afin de comprendre leurs motivations.

Pour que le débat repose sur des bases solides, il me semble important de laisser la parole aux différents intervenants du processus : surrogates, donneuses d’ovocytes, aux autres tiers et bien évidemment aux parents d’intention.

 

Numa – Pour pouvoir mener à bien ces objectifs, vous lancez un appel à financement sur le site indiegogo. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo indiegogo Delphine Lance – Je lance en effet un appel sur indiegogo, pour partir dans un premier temps durant six mois aux USA. Je vais avoir besoin de payer mon billet d’avion et mes déplacements internes pour pouvoir rencontrer les mères porteuses et les agences. La réalisation du documentaire me coûtera également environ 3000€.

Je lance donc un appel à contribution pour financer cette recherche. Dans ma conception de la recherche, il faut diffuser et partager les résultats obtenus. C’est pourquoi en contre-don, je propose aux gens qui me soutiendront de recevoir notamment une newsletter sur les résultats que j’obtiendrai. Je compte animer un blog privé pour parler de mes résultats. L’argent obtenu me permettra de consacrer du temps à ma recherche, mais aussi à sa diffusion et à la discussion avec les personnes qui auront accepté de m’aider à réaliser cette étude.

***

Pour participer au financement de ce projet de recherche : il suffit de se rendre sur la page « Recherche et documentaire sur la gestation pour autrui aux USA. Research and documentary on Assisted Reproductive Technology in the US. » du site indiegogo.

Droit | Famille | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | International | 04.03.2013 - 00 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Suède : le Conseil National d’Ethique Médicale recommande de légaliser la GPA

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Kjell Asplund

Kjell Asplund

Dans un rapport remis en mars 2013, le SMER (Conseil National Suédois d’Ethique médicale) recommande au gouvernement et au parlement suédois de légaliser la GPA.

Kjell Asplund, professeur émérite en médecine à l’Université d’Umeå et président du SMER, a été interrogé à ce sujet par la radio publique nationale Sveriges Radio. Il a précisé que cette légalisation devait être établie « dans les cas où l’argent n’est pas la motivation de la mère porteuse, et où l’on souhaite simplement aider un être humain« .

Selon le rapport du SMER, la mère porteuse doit faire partie de la famille du couple qui souhaite élever un enfant. Le président du Smer a en effet ajouté : « Nous recommandons que la mère porteuse soit un parent proche : par exemple, ce pourrait être une soeur, une belle-soeur ou un membre de la famille proche ».

Kjell Asplund, dans un article cosigné par Lotta Eriksson et Göran Hermerén, et publié par le journal Svenska Dagbladet, a souligné que la mère porteuse doit effectuer son choix en pleine conscience et en toute indépendance : « Les femmes qui veulent être mères porteuses pour des membres de leur famille  devraient être des femmes qui ont la possibilité de décider totalement de ce qu’elles font de leur corps« . Autrement dit, ce ne pourraient en aucun cas être des femmes qui seraient dans la misère, ou qui seraient contraintes d’effectuer un acte qu’elles réprouvent.

Le débat est désormais lancé en Suède, et pourrait bien s’étendre à d’autres pays européens. Rappelons qu’en France, les intellectuels, les politiques et le grand public continuent à s’interroger eux aussi sur la légalisation de la GPA. C’est l’occasion de voir (ou revoir) le documentaire de Delphine Lanson « Naître père », qui filme de manière très émouvante le recours à la GPA par un couple d’hommes.

Droit | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Justice | PS | 29.04.2012 - 22 h 20 | 23 COMMENTAIRES
François Hollande sur la GPA à l’étranger : contradiction tactique ou évolution raisonnable ?

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« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » disait Martine Aubry au sujet de François Hollande, en 2011, durant les primaires du Parti socialiste. J’ai longtemps pensé qu’il fallait prendre cette phrase pour ce qu’elle est : un argument de campagne un peu rude, lié au contexte des primaires, ou un simple adage populaire qui pourrait s’appliquer à François Hollande comme à n’importe qui d’autre. Bref, je n’y avais jamais particulièrement prêté attention.

Mais une inquiétude m’a saisi ce soir. Fidèle lecteur de Yagg, comme chacun ici peut s’en douter, j’ai lu avec grand intérêt le script du tchat auquel a bien voulu participer Najat Vallaud-Belkacem le 14 avril 2012. Voici ce qu’y déclarait la jeune femme, qui est porte-parole du candidat socialiste :

Se pose en effet la question de la transcription des actes de naissance des enfants nés légalement de GPA à l’étranger. Il y va en effet de l’intérêt des enfants en question, petits fantômes de la République qui n’ont pas choisi leur condition. François Hollande s’est prononcé en faveur de cette transcription.

Dois-je le préciser ? Cette phrase m’a convaincu de voter pour François Hollande dès le premier tour, alors que je comptais au départ accorder mon suffrage aux Verts, qui ont indiqué sans ambiguïté vouloir reconnaître les enfants nés légalement, à l’étranger, par GPA.

Quelle n’a donc pas été ma surprise, lorsque j’ai pu lire, dans une interview réalisée le 27 février 2012 par le magazine Têtu, un jugement pour le moins bien différent d’une prise de position « en faveur de cette transcription »… rendu par le candidat socialiste lui-même ! Qu’on en juge :

François Hollande : Je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA.

1) Seriez-vous néanmoins favorable à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger ?
François Hollande : Vous imaginez bien que si j’ouvrais cette question-là, ça pourrait être finalement une facilité donnée à la gestation pour autrui. Et seul compte le droit de l’enfant.

2) Justement, des enfants nés ainsi se retrouvent actuellement en difficulté…
François Hollande : Je sais bien, et donc ce débat devra avoir lieu, mais il ne doit en aucun cas être considéré comme une façon d’accepter la marchandisation du corps.

Les deux déclarations de François Hollande sont plutôt contradictoires : on comprend mal comment « le débat peut avoir lieu » (2) si le candidat refuse « d’ouvrir cette question-là » (1).

Ma question est donc simple : l’affirmation très claire de Najat Vallaud-Belkacem, qui est plus récente d’un mois et demi que les propos fort hésitants de François Hollande, est-elle bien la déclaration qu’il faut prendre en compte pour connaître les intentions réelles du Parti socialiste en matière de GPA réalisée légalement à l’étranger ? Faut-il voir, dans la comparaison entre les deux interviews, le signe d’une évolution raisonnable dans la réflexion personnelle du candidat socialiste au cours des derniers mois ?

Ce thème est pour moi déterminant dans la campagne. Je n’aimerais pas m’être trompé au premier tour, mais j’aimerais encore moins voter au second tour en ayant l’impression d’avoir été dupé par un homme que j’estime, François Hollande, et par une personnalité que j’admire, Najat Vallaud-Belkacem. Le changement, c’est maintenant : que le Parti socialiste justifie d’ores et déjà son slogan en faisant preuve, à l’inverse du parti actuellement au pouvoir, d’une réelle transparence et d’un vrai courage politique.

Discriminations | Famille | France | Gestation pour Autrui | Medias | Politique | 07.03.2012 - 17 h 17 | 5 COMMENTAIRES
Pour Jean-Luc Mélenchon, les mères porteuses sont une invention de Marine Le Pen.

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On a beaucoup parlé de la rencontre entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sur France 2 le 23 février 2012, au cours de laquelle la présidente du Front National a refusé de débattre avec Jean-Luc Mélenchon. Mais on a trop peu remarqué les déclarations de Jean-Luc Mélenchon à cette occasion, qui avait choisi d’attaquer Marine Le Pen sur le thème de l’égalité hommes/femmes.

Pour ce faire, il lui a d’abord rappelé qu’elle s’oppose au remboursement de l’IVG :

« Madame, la première égalité, et vous le savez,  c’est de pouvoir disposer librement de soi, de son corps. Or, vous, vous êtes pour supprimer le remboursement par la sécurité sociale de l’IVG, ce qui signifie que ce droit, aujourd’hui, vous ne le combattez plus, mais vous voulez le réserver seulement à ceux qui en ont les moyens.

Marine Le Pen refusant le débat, et monologuant pendant de longues minutes, Mélenchon la relance, 2h07 après le début de l’émission :

« Laissez-moi parler, vous allez voir. […] Moi, je vous ai posé une question concrète, Madame. […] Voyez-vous, je vous ai posé une question, et vous ne me répondez pas, parce que vous êtes une double hypocrite. Vous réservez l’IVG à ceux qui peuvent payer. […] Sur la question de l’égalité hommes/femmes, je ne vous lâcherai pas. »

Même lorsque David Pujadas reprend la question et interroge Marine Le Pen sur les soi-disant « avortements de confort », elle refuse toujours de répondre. Jean-Luc Mélenchon propose donc de « parler tout seul », puisque c’est ainsi que procède Marine Le Pen.

Mais après avoir attaqué Marine Le Pen sur son idée d’instaurer un salaire parental, Jean-Luc Mélenchon se lance alors, à 2h20mn, dans une très violente diatribe contre les mères porteuses, dont il attribue l’invention… à Marine Le Pen ! En voici la retranscription exacte, mot pour mot :

« Me reste-t-il du temps, M. Pujadas, pour vous faire de nouvelles révélations sur le programme de Mme Le Pen ? […] Je vais pouvoir apprendre à ceux qui nous écoutent de nouvelles choses […] Marine Le Pen a perdu ses moyens, elle sait que le Front de Gauche est partout sur ses traces, et que partout  nous procédons au travail de désintoxication dont il y a besoin ici et là. […]

Il reste maintenant à entendre, à ceux qui nous écoutent, qu’après avoir inventé un salaire parental qui est une arnaque, refusé le remboursement de l’IVG,  Mme Le Pen est également l’inventrice d’un mot, qui est (comme elle le fait d’habitude, c’est très habile)elle appelle ça « l’adoption pré-natale », ce qui, en termes plus ordinaires, s’appelle les mères porteuses. Vous avez inventé que, si quelqu’un ne voulait pas porter un enfant, ne veut pas l’assumer, mais qu’elle veut quand même le porter, alors elle pourrait le donner à quelqu’un d’autre avant sa naissance. Eh bien, Madame, un jour vous allez nous présenter la milliardaire qui est prête à le faire dans ces conditions pour quelqu’un qui gagne le Smic, et alors on commencera à vous croire. La vérité c’est que vous avez planifié l’invention de ce qu’on appelle des mères porteuses, c’est-à-dire la transformation du corps de celles qui ne peuvent pas faire autrement en un instrument de production. Allez, je vous mets au défi de me dire que ce n’est pas le cas. Montrez-moi comment vous comptez faire. »

Mélenchon avait dit peu de temps auparavant à Marine Le Pen : « Les nuances, ce n’est pas votre fort ». Apparemment, ce n’est pas le sien non plus. Comment le représentant du Front de Gauche peut-il tenter de diaboliser les couples hétéros et homos qui ont eu recours à une mère porteuse, en essayant de faire croire, au mépris de toute vérité, que les mères porteuses sont une invention de Marine Le Pen ? Est-il nécessaire, pour combattre Marine Le Pen, d’inventer des arguments pareils, et de faire passer les mères porteuses pour une invention de l’extrême droite française ? Ce thème divise dans les rangs de tous les partis politiques, qu’ils soient de gauche ou de droite : comment Jean-Luc Mélenchon peut-il feindre d’ignorer que les mères porteuses font débat au sein de son propre parti ?

Elisabeth Badinter, Martine Gross, Israël Nisand, qui soutiennent la pratique des mères porteuses, sont-ils des membres du Front National ? Faut-il suivre les préceptes de Sylviane Agacinski et René Frydman pour être de gauche aujourd’hui ? Monsieur Mélenchon, n’humiliez pas les couples qui font recours à une mère porteuse, en les assimilant au Front National : nos couples et nos familles valent mieux que cette instrumentalisation de bas niveau à des fins électoralistes.

Adoption | Bayrou | Discriminations | Droit | Education | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | Modem | Politique | UMP | 18.02.2012 - 01 h 15 | 0 COMMENTAIRES
11 et 14 février 2012 : un regard LGBT sur les travaux du Modem.

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François Bayrou est-il pour l’égalité de tous les couples face au mariage et à l’adoption ? Sa réflexion a beaucoup évolué depuis son refus personnel du Pacs à la fin des années 90. Les positions qu’il défend en 2012 sur le mariage et l’adoption par les couples de même sexe méritent donc d’être observées de près… Petite plongée dans la campagne de François Bayrou cette semaine.

François Bayrou entouré de journalistes.

La valeur « Solidarité ».

Le 11 février 2012, François Bayrou a tenu à la Maison de la Chimie l’un des quatre grands forums de réflexion qui rythment sa campagne. Intitulé « Solidarité », il comportait trois tables rondes de 3h30. L’un de ces moments d’échange, dirigé par Dominique Verisini, était appelé « Vivre Ensemble ». Si je m’y suis rendu, au lieu d’aller au mariage symbolique de Villejuif qui avait lieu exactement au même moment, c’est parce que cette table ronde devait aborder, entre autres, la thématique de l’égalité et de la lutte contre les discriminations.

Discours d'ouverture de François Bayrou

Le discours inaugural de François Bayrou était constitué d’une charge extrêmement virulente contre Nicolas Sarkozy, qui venait de faire paraître sa fameuse interview dans le Figaro Magazine. A l’inverse du Président Sarkozy qui divise, Bayrou veut être un Président qui rassemble, et qui gouverne au nom des valeurs humanistes.

Dominque Versini et Fadila Mehal

Dominique Versini (debout, au centre de l'image)

Dominique Versini, qui dirige la table ronde « Vivre ensemble », n’est pas une inconnue. C’est une chiraquienne historique, qui a été victime de sa liberté de parole et de la réorganisation des institutions sous Nicolas Sarkozy. Ancienne cofondatrice du Samu social et Défenseur des enfants, elle a également été secrétaire d’Etat chargée de la Lutte contre la précarité et l’exclusion auprès de François Fillon. On apprendra dans l’après-midi, lors de sa participation au grand débat politique de l’APGL, que c’est elle qui a, en majeure partie, rédigé le statut du beau-parent, tel qu’il a ensuite été défendu par Nadine Morano… et refusé par l’UMP.

Fadila Mehal (à droite)

La table ronde était co-dirigée par Dominique Versini et Fadila Mehal. Dominique Versini est un soutien récent à François Bayrou. Elle a rappelé qu’elle n’était « pas encartée », mais qu’elle soutenait les valeurs humanistes du candidat Modem. A l’inverse, Fadila Mehal accompagne le Modem depuis son année de création. Elle s’est engagée de longue date dans l’action sociale et le monde associatif, et elle a eu de nombreuses responsabilités en lien avec la cohésion sociale et l’égalité des chances.

L’intervention de Frédérick Getton

La grande majorité de la table ronde était dédiée à des problématiques sociales ou économiques. Mais la gravité des problèmes abordés rendait légitime la place importante accordée aux problèmes sociaux : lutte contre la précarité, problèmes de logement, politique de la ville (et de la ruralité), place de l’enfance, prise en compte du handicap…

Catherine Tripon

Parmi la trentaine d’intervenants, deux étaient au fait des problèmes rencontrés par les LGBT. Pour l’anecdote, le public ne disposant pas de la liste des intervenants, j’ai cru pendant deux bonnes heures que le sujet des discriminations homophobes serait traité par Catherine Tripon, porte-parole de la fédération L’autre Cercle. En réalité, Catherine Tripon a posé la question de l’égalité entre hommes et femmes dans l’entreprise, puisque c’est un sujet dont elle également spécialiste.

Le thème de l’égalité des droits entre couples mixtes et non-mixtes a donc été abordé par Frédérick Getton. Militant de l’UDF puis du Modem, il est le président de « CENTR’EGAUX, l’association des centristes et démocrates LGBT ». Il a exposé avec beaucoup de conviction les objectifs de Centr’égaux : lutter contre les LGBT-phobies et obtenir l’égalité stricto sensu, en droits et en devoirs, entre couples hétéros et couples de même sexe. Il a revendiqué, pour les LGBT, le droit à la différence et à l’indifférence, ainsi que le respect de la diversité des femmes et des hommes qui composent la société. Ces demandes rejoignent pour lui « le projet humaniste de François Bayrou et du Modem ».

Centr’égaux souhaite « l’égalité globale » entre les couples, par l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe. Il revendique également accession à la parentalité pour les couples de même sexe : adoption, PMA et GPA encadrée. L’instauration d’un statut du beau-parent lui semble indispensable. Pour Frédérick Getton, il permettrait de respecter le droit de l’enfant, et apporterait la sécurisation des enfants, si chère à François Fillon.

La "table ronde" et ses 30 chevaliers

Frédérick Getton rappelle que l’orientation sexuelle peut encore poser des problèmes dans le monde du travail : lors des discussions entre collègues, beaucoup d’homosexuels s’inventent une vie, ou se taisent, pour cacher l’existence de leur copain ou de leur copine. Enfin, il souhaite que l’éducation sensibilise davantage les enfants au respect de la différence (le maire de Talence, présent à la table, acquiesce vivement).

Dans le public, tout près de moi, un honorable spectateur a de plus en plus de mal à se contenir en écoutant l’intervention de Frédérick Getton. « Et les devoirs ? » marmonne-t-il d’abord à sa femme. Il reprend peu après, de plus en plus fort, et cherchant l’approbation de ses voisins : « Et les enfants, alors, ils y pensent ? Non mais vraiment ! » Evidemment, il n’applaudit pas à la fin de l’intervention, et ce qu’il a entendu l’a mis de fort mauvaise humeur…

Comptes rendus des tables rondes

La table ronde s’est terminée vers 13h30. Les thèmes abordés, très divers et intéressants, ont été largement commentés – même si la question des LGBT a été traitée très brièvement (4mn sur 3h30).

Dans la Maison de la Chimie, à la pause

Je profite de la pause-déjeuner pour retrouver l’adhérent Modem qui s’est récrié durant l’intervention de Frédérick Getton. Il pourrait être mon père – il lui ressemble beaucoup. Au cours de la discussion, ce militant UDF puis Modem m’explique qu’il s’inquiète pour les « droits de l’enfant », parmi lesquels figure, selon lui, le droit d’être élevé par un père et une mère. Il pense que « le développement psychologique d’un enfant nécessite l’altérité père/mère », et que les droits de l’enfant sont supérieurs aux droits LGBT. Il m’indique qu’il est cependant prêt à voter Modem, malgré son désaccord avec Bayrou sur cette question. Il a l’air presque déçu lorsque je mets fin à la discussion en le remerciant : il aurait apparemment voulu continuer à dialoguer avec moi. Sait-il que j’ai dû inventer un prétexte pour nouer le dialogue avec lui, que je n’ose pas lui dire que je suis homo, que j’aimerais adopter un enfant avec mon compagnon, et que ses fausses convictions m’ont touché ? Sait-il que mon père, qui pensait autrefois comme lui sur toute la ligne,  souffre désormais que mon compagnon et moi ne puissions pas adopter ou recourir à la GPA pour élever ensemble un enfant au sein de notre foyer ? Un instant, j’ai envie d’inviter ce type chez moi, de lui montrer comment on vit, de le présenter à des couples homos qui ont élevé leurs enfants…  J’ai, durant quelques instants, l’espoir qu’il comprendrait alors son erreur.

Dominique Versini

A 14h, les rapporteurs de chaque table ronde viennent rendre compte des débats. La vieillesse, la santé, l’emploi, la protection sociale… sont autant de thèmes traités lors des deux premières tables rondes, et présentés par quelques personnalités. Dominique Versini monte alors à la tribune pour rendre compte de nos débats. Elle aborde, plus en détail que lors des débats du matin, le thème des familles homoparentales « qui existent, et qui sont d’aussi bonnes familles que les autres ». A ces mots, je suis ému d’entendre cette déclaration dans un parti centriste. Mais les réactions autour de moi sont assez vives (je suis assez loin de la tribune, là où les gens commentent plus librement) , et quelques personnes, bien que discrètes, sont assez mécontentes. « Je sais, déclare Dominique Versini au sujet des familles homoparentales, que François y est sensible. Tout part de l’enfant, et du besoin qu’a sa famille d’être soutenue ».

Discours de clôture de François Bayrou

A 14h15, avec un peu de retard, François Bayrou tient son discours. Malheureusement, il n’est plus question, dans ce discours final de 1h15, des LGBT ni de leurs familles. Le candidat fera à peine une allusion, au début et à la fin du discours, à la lutte contre les discriminations. Il cite la discrimination pour orientation sexuelle, mais il s’attache surtout à celles, tout aussi réelles, dont sont victimes « les minorités visibles » et les femmes.  Le candidat déclare : « Je crois aux vertus de l’éducation, des campagnes de sensibilisation, je crois à l’engagement personnel de chacun pour que la discrimination ou les préjugés ne passent pas par lui. »

Où l’on retrouve Dominique Versini et Frédérick Getton

Une fois le discours fini, je file au débat politique de l’APGL. Je ne suis pas le seul à y aller, puisque j’entends Dominique Versini glisser à Fadila Mehal : « Bon, maintenant je vais voir les familles homoparentales. » Je suis surpris par le ton de Dominique Versini, qui a l’air quasiment enjouée de se rendre au débat. Elle ne semble pas du tout stressée d’y aller, bien au contraire : son visage contraste fort avec l’air contrit et renfermé de Jean-Marie Cavada, lorsqu’il était venu représenter le Nouveau Centre devant l’APGL en septembre 2010 !

Au débat de l’APGL, Dominique Versini présente la position du Modem sur le mariage, l’adoption et la PMA. A titre personnel, elle aimerait que le mariage soit ouvert à tous les couples. Ce n’est cependant pas la position de Bayrou, « dans l’état de sa réflexion pour le moment », ajoute Dominique Versini. Le président du Modem souhaite en effet instaurer plutôt une union civile qui donnera aux couples de même sexe les mêmes droits et les mêmes devoirs qu’aux autre couples. Au sein du Modem, beaucoup espèrent encore que François Bayrou comprendra que cette solution n’est pas viable socialement, parce qu’elle conduit au coming out forcé et favoriserait toutes les discriminations. En outre, elle est électoralement contre-productive : elle lui coûte plus d’électeurs qu’elle ne lui en apporte. De l’avis de tous, François Bayrou est un homme pragmatique qui a des convictions fortes et qui sait se remettre en question : saura-t-il se rendre compte, à temps, que la seule solution possible est l’ouverture du mariage pour tous ?

Le Modem est en outre favorable à l’ouverture de l’adoption pour les couples de même sexe, mais aussi à l’accès à la PMA pour les couples de femmes. François Bayrou est également favorable à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger. Ses positions sur l’ouverture de la GPA en France, même encadrée, mériteraient d’être clarifiées : on sent bien que le sujet est extrêmement complexe et ne figurerait pas parmi les premiers résolus au cours du quinquennat.

Dominique Versini dialogue avec les médias.

A la tribune, Dominique Versini fait bonne figure face à George-Pau Langevin, qui s’emmêle à un moment les pinceaux en parlant de « femmes pacsées célibataires » (et en persistant dans son erreur…), ou qui explique à quel point les discussions sur les thèmes LGBT peuvent être « difficiles et compliquées » entre les responsables P.S. Dominique Versini essaie en outre de tempérer les ardeurs de Clémentine Autain, dont l’intervention aura sans doute été la plus appréciée de l’après-midi, mais dont les positions supposeraient une « révolution copernicienne » dans notre façon d’envisager la famille. Point amusant : Camille Bedin (UMP) cherche à plusieurs reprises du soutien de la part de Dominique Versini, soit du regard, soit en s’adressant directement à elle, mais cette dernière le lui refuse à chaque fois.

Opposée à l’une des spectatrices sur la nécessité pour un enfant d’avoir deux parents, Dominique Versini recourt à son expérience personnelle durant sa jeunesse. L’exercice est risqué, mais la séquence est émouvante, et l’on voit bien que Dominique Versini est sincère, à la fois dans le récit de sa vie et dans ses convictions. Pour elle, un enfant doit être élevé par un couple, quel que soit le sexe des deux personnes qui l’élèvent. Cette idée fait débat au sein du public et des intervenants : quid des familles monoparentales, des couples divorcés et de la co-parentalité ? quid des sociétés où la famille n’obéit pas nécessairement au schéma occidental moderne « couple + enfant(s) » ? Cette question  pourrait sans doute faire l’objet, dans un proche avenir, de rencontres passionnantes et de débats réunissant témoins et spécialistes.

Frédérick Getton

Frédérick Getton, présent lui aussi, profite de ce débat pour faire se rencontrer Dominique Versini et Nicolas Gougain, de l’Inter-LGBT. La discussion entre ces trois personnalités semble prometteuse, et le contact se fait très facilement.

14 février : la Saint-Valentin de Bayrou avec les LGBT ?

Enfin, le 14 février 2012, François Bayrou est l’invité d’Europe 1 pour une matinale spéciale qui lui accorde quasiment 2h de temps d’antenne. Vers 8h30, il répond aux questions des Français.

C’est l’auditeur Robert, de Marseille, qui pose la question du mariage homosexuel et du « droit d’adoption » (à 6 minutes, dans la vidéo).

Bayrou – On va prendre deux minutes, parce que je suis choqué… Ma position est très simple. Je suis choqué par un certain nombre de propos…

Bruce Toussaint – Ceux de Nicolas Sarkozy dans le Figaro Magazine ?

Bayrou – Par exemple. Quand on parle de l’homoparentalité en présentant ça comme une déviance. Je voudrais qu’on songe qu’il y a, en France, des centaines de milliers d’enfants, d’adolescents, de jeunes, dont le père ou la mère est dans la situation d’avoir cette orientation sexuelle, et de l’avoir découvert quelquefois après, quelquefois avant la naissance de leur enfant. Ces enfants-là, ces jeunes-là, qui vous écoutent en ce moment, je trouve mal qu’on les présente comme destabilisant la société. L’homoparentalité, ça existe. Il y a donc une deuxième question : est-ce que l’adoption par des homosexuels existe ? Eh bien, elle existe évidemment, puisqu’en France, un célibataire peut adopter ! Alors, il y a une troisième question : est-ce qu’on peut reconnaître un lien qui existe entre l’enfant et les deux parents qui l’élèvent, lorsque les deux qui veillent sur lui ont cette vie de couple ? Moi, je pense que c’est bien de le faire. […] Ca existe dans la société française. Ce n’est pas une opinion : c’est une réalité qui touche des centaines de milliers d’enfants, de jeunes et de parents, pour qui je demande un minimum de respect et de compréhension. Parce que c’est pas facile d’élever un enfant quand on est homo. Et excusez-moi de vous le dire : ce n’est pas facile d’élever un enfant quand on est hétéro ! Il y a beaucoup beaucoup de couples qui sont dans des difficultés. J’étais hier dans l’école dont je parlais à l’instant : le directeur me disait l’an dernier:  » j’avais une classe dans laquelle, sur 25 élèves, il n’y en avait qu’un qui avait une famille classique « papa et maman » : un ! » Alors arrêtons de présenter cela comme s’il y avait chez ces enfants de la nocivité.  Ce sont nos enfants, alors il faut les élever du mieux que nous le pouvons. Et moi en tout cas, je défendrai cela ! […] Pour le mariage, je dis : égalité de droits et de devoirs, égalité de forme entre les unions, mais je pense qu’il est bien que ça s’appelle union, et pas mariage. Parce qu’il y a en France, et dans toutes les sociétés occidentales, des traditions qui viennent de très loin, et qui sont éminemment respectables, autour de l’idée que le mariage, c’est un couple d’un homme et d’une femme. Et je trouve que l’égalité de droits et la distinction du nom, c’est quelque chose qui au fond affirme le droit à la différence de tout le monde.

Sur Rue89, la toujours aussi excellente journaliste Nolwenn Le Blevennec publie un article qui analyse avec justesse les déclarations de Bayrou ce mardi 14 férvier 2012, et qui les remet en perspective par rapport à l’évolution personnelle et positive de François Bayrou. Bayrou se disait, en 2006, « coincé » sur les questions LGBT. Il déclarait avoir « mûri », et comprendre nos difficultés. Il ne reste plus qu’à espérer qu’au sein de son équipe, François Bayrou écoute à nouveau, sur cette question, les conseillers qui connaissent la question de très près, et qui ont su l’amener, année après année, à saisir les difficultés quotidiennes rencontrées par les LGBT.

François Bayrou peut-il encore changer, à court terme, son opinion sur le mariage, et l’ouvrir finalement à tous les couples si l’est élu, sans distinguer les homos et les hétéros en offrant à chacun une union différente ? A l’heure actuelle, et face à la division des juristes sur ce point, une telle évolution intelligente… ne semble ni exclue, ni impossible.

France | Gestation pour Autrui | Politique | 29.05.2011 - 18 h 07 | 1 COMMENTAIRES
GPA : le Parti Communiste Français se fourvoie

Voici ce qu’on peut lire sur le site du Parti communiste français :

Mères porteuses : une nouvelle forme d’exploitation du corps des femmes
Le Sénat a mis en place un groupe de travail qui a organisé des auditions, afin de légiférer sur la légalisation de la gestation pour autrui, autrement dit pour la légalisation des mères porteuses. Il est troublant de voir à gauche des voix qui soutiennent un tel projet. Ainsi, pendant 9 mois on pourrait utiliser le corps des femmes comme un outil de production/procréation. Tout à coup, il n’y aurait plus de lien entre la femme et l’enfant qu’elle porte. On nous parle de garde fou, de dédommagement et non de rémunération, quelle hypocrisie !

Le PCF a, comme souvent, une vision particulièrement tronquée et parcellaire des choses. Il se trouble de voir à gauche des voix favorables à la GPA, mais il ne se remet pas en cause pour autant : il se réfugie derrière ses propres préjugés – fussent-ils complètement erronés. Il est (presque) drôle de voir les prophéties délirantes de Sylviane Agacinski transformées sous la plume du PCF en termes pseudo-marxistes : alors qu’Agacinski qualifiait le ventre des femmes de « four à pain », le PCF exprime ses angoisses face à ce nouvel « outil de production/procréation ». Là où la philosophe à l’imagerie boulangère nous parlait du « corps en miettes », le PCF voit « une nouvelle forme d’exploitation ». L’on voit bien ainsi que la GPA cristallise les angoisses et les marottes des uns et des autres, qui ne voient plus dans ce sujet qu’un moyen de faire croire en leur prétendu talent de sociologue ou une nouvelle façon d’aborder leur cheval de bataille traditionnel.

Quand on se rappelle les déclarations d’Agacinski, fermement opposée au mariage et à l’adoption par les homos, ou à la position historique du PCF sur les homosexuels, on ne peut qu’être étonné par leur aveuglement face à leurs propres erreurs. Perpétuer continuellement les mêmes erreurs finit par abîmer l’image des individus et des courants politiques qui les commettent, surtout quand il leur manque le bon sens suffisant pour s’en rendre compte.

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