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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | International | Justice | Politique | 29.08.2013 - 16 h 51 | 2 COMMENTAIRES
Delphine Lance (doctorante EHESS) présente ses recherches sur la gestation pour autrui.

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Delphine Lance réalise actuellement une thèse d’anthropologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Elle a travaillé sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité, et ses recherches portent aujourd’hui, en particulier, sur le thème de la gestation pour autrui au niveau international. Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine pour effectuer la première partie de ses recherches, elle lance à présent un appel à financement sur le site indiegogo pour pouvoir poursuivre l’étude de ce thème aux Etats-Unis. A cette occasion, elle a accepté de nous présenter un premier bilan de ses observations sur le thème de la surrogacy, et elle détaille l’objet de son projet de recherche sur ce sujet aux USA.

Numa – Delphine Lance, vous êtes doctorante à l’EHESS en anthropologie. Vous vous intéressez en particulier aux thèmes de la parenté et des nouvelles technologies de reproduction. Pouvez-vous nous parler des recherches que vous avez effectuées jusqu’ici ?

Delphine Lance

Delphine Lance

Delphine Lance – J’ai travaillé en master 2 sur la gestation pour autrui dans un cadre d’homopaternité. Durant un an, j’ai interrogé des couples et des célibataires gays qui vivent en France, et qui ont eu recours à des femmes porteuses. Dans la grande majorité des cas, il s’agissait de femmes qui vivaient aux Etats-Unis. J’ai mené cette recherche anthropologique en parallèle des travaux sociologiques de Martine Gross et Dominique Mehl, et nos études respectives ont permis d’enrichir les connaissances sur les situations de GPA dans des cas d’homopaternité.

Je ne peux pas résumer ici l’intégralité de mon mémoire, mais j’ai été très marquée par la grande diversité des situations rencontrées au cours de mes entretiens. Chaque couple ou célibataire a une manière bien particulière d’appréhender le parcours de GPA. Par ailleurs, et contrairement aux idées reçues, la GPA s’inscrit toujours dans une démarche hautement relationnelle : tous les tiers ont une place dans ce parcours. J’ai été frappée par exemple par la relation qu’entretiennent les hommes avec les « donneuses d’engendrement » (donneuses et surrogate) pour reprendre l’expression d’Irène Théry : celles-ci ont toujours une place, plus ou moins importante, dans la vie de ces familles. Suite aux débats sur le mariage pour tous, je peux d’ailleurs affirmer qu’en aucun cas, les pères ne nient l’existence des femmes qui ont pris part au processus (donneuse d’ovocytes et mère porteuse). La différence des sexes dans la reproduction n’est jamais niée. Il est également important de souligné ici que dans la majorité des cas la donneuse et la gestatrice ne sont pas les mêmes femmes, on observe alors une fragmentation dans la reproduction qui est très intéressante à analyser en tant qu’ anthropologue.

 

Numa – Suite à votre master 2, vous avez voulu approfondir vos recherches sur la Gestation pour Autrui, en adoptant cette fois un angle d’approche international. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo ehessDelphine Lance – Actuellement, je suis inscrite en thèse à l’EHESS d’anthropologie sous la direction d’Enric Porqueres i Gené et Jennifer Merchant. J’étudie la place de la femme et de son corps dans le processus de gestation pour autrui à un niveau international. Pour ce faire, je suis partie 9 mois en Ukraine. J’ai observé le fonctionnement de cinq agences de surrogacy, notamment à Lviv (Ouest de l’Ukraine) et à Kiev. J’ai interviewé le personnel de ces agences et de cliniques (gynécologues, psychologues…), mais aussi des femmes porteuses (près de 25) et des donneuses d’ovocytes. Ce terrain m’a permis de comprendre en détail le fonctionnement du processus, ainsi que la représentation de la femme en Ukraine.

J’ai aussi interrogé des parents (trois couples gays et un couple hétéro) qui ont fait appel à une femme porteuse en Ukraine. J’ai pu voir à cette occasion les difficultés rencontrées par ces différents couples, en particulier pour le retour de l’enfant en Europe. Ces expériences sont très marquantes : quand on voit à quel point ces couples se battent et souffrent, on est amené à réfléchir en profondeur à la question de la GPA.

 

Numa – Après avoir passé plusieurs mois en Ukraine, vous vous apprêtez maintenant à partir pour les USA. Quel est votre projet ?

Delphine Lance – Dans un objectif de comparaison avec l’Ukraine, j’aimerais partir aux USA pour me rendre dans des agences, et parler avec des  surrogates et des donneuses nord-américaines. Dans un premier temps, je souhaite aller sur la Côte Ouest, à San Francisco et San Diego. Si cela m’est possible financièrement, je partirai ensuite dans d’autres régions des USA. Mon but est de visiter différentes agences dans plusieurs Etats (Californie, Massachusetts, Ohio, Pennsylvanie), pour analyser les différences qu’elles présentent en termes d’organisation et de fonctionnement. Certaines sont par exemple plus tournées vers les couples gays que d’autres, ont établi des partenariats avec des cliniques, etc.

Au niveau scientifique, je travaille en particulier sur la définition de la parenté, sur l’intentionnalité et sur la place de l’Etat dans les politiques liées à la procréation, à l’exemple de la GPA. Plus je pourrais avoir de témoignages et réaliser d’observations, plus mon approche de ces différents thèmes pourra être précise.

Mon autre objectif, en parallèle, serait de réaliser un court documentaire (environ 30 mn) sur les motivations des gestatrices. Dans le débat actuel, les politiques parlent des femmes porteuses, mais on laisse en général trop peu de place à la parole à ce qu’elles disent et vivent. Il s’agirait donc de faire un reportage où la parole serait notamment laissée à ces femmes, afin de comprendre leurs motivations.

Pour que le débat repose sur des bases solides, il me semble important de laisser la parole aux différents intervenants du processus : surrogates, donneuses d’ovocytes, aux autres tiers et bien évidemment aux parents d’intention.

 

Numa – Pour pouvoir mener à bien ces objectifs, vous lancez un appel à financement sur le site indiegogo. Pouvez-vous nous en dire plus ?

logo indiegogo Delphine Lance – Je lance en effet un appel sur indiegogo, pour partir dans un premier temps durant six mois aux USA. Je vais avoir besoin de payer mon billet d’avion et mes déplacements internes pour pouvoir rencontrer les mères porteuses et les agences. La réalisation du documentaire me coûtera également environ 3000€.

Je lance donc un appel à contribution pour financer cette recherche. Dans ma conception de la recherche, il faut diffuser et partager les résultats obtenus. C’est pourquoi en contre-don, je propose aux gens qui me soutiendront de recevoir notamment une newsletter sur les résultats que j’obtiendrai. Je compte animer un blog privé pour parler de mes résultats. L’argent obtenu me permettra de consacrer du temps à ma recherche, mais aussi à sa diffusion et à la discussion avec les personnes qui auront accepté de m’aider à réaliser cette étude.

***

Pour participer au financement de ce projet de recherche : il suffit de se rendre sur la page « Recherche et documentaire sur la gestation pour autrui aux USA. Research and documentary on Assisted Reproductive Technology in the US. » du site indiegogo.

Adoption | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Histoire | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | People | Politique | PS | 26.04.2013 - 02 h 35 | 4 COMMENTAIRES
Trois anecdotes sur le vote à l’Assemblée du mardi 23 avril 2013.

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Comme d’autres sympathiques yaggeurs et yaggeuses que j’ai retrouvé(e)s pour l’occasion, j’étais présent à l’Assemblée nationale l’après-midi du 23 avril 2013. J’ai lu avec intérêt les témoignages d’Alexandra, Philippe et Olivier, et j’ai pensé qu’à mon tour, je pouvais ajouter quelques compléments aux très intéressants récits personnels qu’ils ont fait de ce moment décisif dans l’histoire des LGBT en France.

 

1) Virginie Tellenne provoque la sécurité de l’Assemblée nationale

Ce que peu de personnes savent, c’est que Virginie Tellenne (alias Frigide Barjot) a tenté de défier la sécurité de l’Assemblée nationale avant d’assister au vote. Elle n’a commis en soi aucune infraction légale, mais son attitude morale a été très fortement douteuse. En effet, elle avait dissimulé sur elle des tracts rouges et blancs où était imprimée en gros caractères l’inscription « Référendum pour tous ».

L’un des membres du personnel de l’Assemblée nationale s’est aperçu que Virginie Tellenne portait ces tracts sur elle, et a pu lui en ôter un avant qu’elle s’avance dans une autre salle. Il lui a ensuite fallu prévenir la sécurité de l’Assemblée nationale, pour que ces tracts lui soient retirés un à un, en conformité avec le règlement de l’Assemblée nationale. La volonté de Virginie Tellenne était clairement, au minimum, de narguer le personnel de l’Assemblée.

Avait-elle l’intention de montrer ces tracts durant les explications de vote auxquelles elle a ensuite assisté ? Il est difficile de le dire, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle a agi par esprit de bravade envers les agents de sécurité, et qu’elle avait pour but de leur montrer qu’ils devaient s’attendre à tout, et être sur leurs gardes face à toute menace qui pouvait venir d’elle ou de ses partisans.

Ce qui est d’ailleurs plus troublant, c’est que les tracts qu’elle portait sur elle défendaient justement l’idée d’un référendum – tout comme la banderole qui a été déroulée dans l’hémicycle par des individus violents quelques instants plus tard. Simple coïncidence ?

 

2) Virginie Tellenne n’a pas eu l’air mécontente de l’incident qui a indigné l’Assemblée nationale

Lorsque l’incident a éclaté dans les tribunes de l’Assemblée nationale, Frigide Barjot, à l’inverse de la majorité du public et des députés, n’a pas paru consternée, ni inquiète, ni même surprise par l’événement. Bien au contraire, elle n’a eu qu’un léger sourire de satisfaction qui, volontaire ou non, m’a paru le comble du cynisme.

Tout le public regardait alors les spectateurs que le service d’ordre tentait de maîtriser, et les députés étaient tournés soit vers les individus qui avaient effectué cet incident, soit vers les députés de droite qu’ils rendaient responsables de cette agression contre le travail parlementaire. Frigide Barjot a donc dû penser qu’elle n’était pas observée à ce moment-là…

 

3) L’hommage vibrant des députés et ministres à Corinne Narassiguin

Pour finir sur une note positive, j’ai été touché par l’hommage très émouvant qui a été rendu par le gouvernement et les députés à Corinne Narassiguin, ancienne députée PS des Français de l’étranger, et qui était initialement chargée du texte sur le mariage pour tous au sein du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Corinne Narassuiguin avait fait un lourd travail d’auditions, de persuasion et de négociations au sein du groupe Socialiste, Républicain et Citoyen, en partenariat avec le gouvernement, les acteurs de la vie civile et les responsables politiques de son groupe. Son élection en tant que députée ayant été invalidée par le Conseil Constitutionnel en février 2013, cette fonction avait alors été reprise par le député PS Bernard Roman, très engagé sur le thème des droits LGBT et de l’homoparentalité.

Debout dans les tribunes après l’intervention finale de Christiane Taubira, et visiblement très émue, Corinne Narassiguin a été ovationnée par ses collègues députés et ministres de gauche, qui se sont tournés vers elle et l’ont acclamée, afin de rappeler le rôle très important que cette jeune femme de 38 ans, très attachée à la question de l’égalité, avait tenu, aux côtés d’Erwann Binet, dans l’adoption du projet de loi par l’Assemblée nationale.

 

Le reste de l’histoire vous est connu : il vous a été conté par l’équipe de Yagg qui a été mobilisée toute la journée, et par trois yaggeurs qui ont pris le temps de faire un compte rendu complet de tout ce qu’ils ont observé ce jour-là 🙂

Fiction | France | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | People | 24.03.2013 - 04 h 10 | 8 COMMENTAIRES
La Barjot s’en va-t-aux Champs : Acte II

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La semaine dernière a été révélée l‘incroyable découverte d’un chercheur en littérature française : un vaudeville du 19e siècle est resté jusque là inconnu et inédit, alors qu’il est, selon toute apparence, signé de la main même de Georges Feydeau (les dernières analyses ont écarté la piste, un temps envisagée mais vraisemblablement erronée, d’une rédaction par le dramaturge Eugène Labiche).

A cette occasion, nous vous avons révélé l’acte I de cette pièce en trois actes. Rappelons que la pièce retrace, sur un mode comique, les tentatives infructueuses d’une demi-mondaine et de ses quelques compagnons pour prendre par la force l’avenue des Champs-Elysées. Voici donc à présent l’acte II du vaudeville « La Barjot s’en va-t-aux Champs« .

La Barjot s’en va-t-aux Champs, Pièce en trois actes

Acte IILa scène représente un petit local mal entretenu, sans fenêtre, éclairé par quelques lampes au néon. A droite, une dizaine de cartons sont entreposés les uns sur les autres. L’un d’entre eux déborde de quelques vêtements noirs, roses et blancs. A gauche, une table est couverte de papiers divers, flyers et prospectus. La décoration est sommaire : la pièce comporte simplement une plante verte, un fauteuil rouge avec un coussin bleu et un coussin blanc, ainsi qu’une étagère où sont disposés une petite horloge, quelques livres et des bibelots. Une quinzaine de chaises sont empilées en deux tas, contre le mur du fond.

La porte d’entrée grince lourdement. Entre Xavier Bongibault, qui referme derrière lui la porte à clé, avec beaucoup de difficulté car la serrure marche mal. Il s’avance dans la pièce, puis il dispose une dizaine de chaises dans la salle, face au fauteuil. Tout en s’activant, il réfléchit à voix haute :

Xavier Bongibault – C’est pas possible, j’y arriverai jamais. Tout ce travail à faire aujourd’hui… J’ai un planning encore plus chargé que du temps où je travaillais directement pour Frigide. Mais aujourd’hui, c’est le jour de ma vie : la manif de cet après-midi va être un beau succès. Allez, vite, je place la dernière ici… et c’est bon. Le programme de ce matin est chargé lui aussi : il va falloir être efficace.

Il pose la dernière chaise et s’assoit. Il jette un regard mécontent sur la pièce. Il se relève, il pose la plante sur une chaise face à lui, il met l’un de ses coussins sur une autre chaise, prend sur l’étagère l’horloge et une petite figurine en plastique pour les déposer sur deux autres chaises, puis il se rassoit.

Xavier Bongibault – Ah, là ça va mieux. Bon, nous pouvons donc commencer.

Il se redresse sur le fauteuil, lève un peu la tête, et regarde les chaises vides une à une.

Xavier Bongibault – Chers amis, je suis très heureux que vous soyez venus si nombreux aujourd’hui pour notre Assemblée générale de « Plus gays sans mariage ». Grâce à votre présence, le quorum est atteint, et nous allons pouvoir voter en toute transparence. Je tiens d’abord à vous dire que sans vous, je ne serais rien, et c’est à vous que je dois tout le bonheur de cette aventure humaine extraordinaire aux côtés de Frigide. (Il parle de plus en plus fort.) Nous représentons, tous ensemble, la liberté d’expression des homosexuels qui sont opposés à cette folie de « mariage pour tous », et nous ne nous laisserons pas bâillonner par des socialistes dictateurs. (Il se met à crier.) Oui, tous ensemble nous montrerons que les homosexuels ne doivent pas être les boucs-émissaires du gouvernement Ayrault ! Nous montrerons que les homosexuels soutiennent les droits de l’enfant, et qu’ils ne croient pas en l’utopie socialiste !

La pendule se met à sonner neuf coups sur sa chaise.

Xavier Bongibault – Merci. Je vais à présent vous lire le rapport d’activités, puis nous pourrons passer au vote, et je vous inviterai à boire un pot qui nous est offert par la paroisse de Rambouillet. (On entend frapper à la porte.) Le bon père de Rambouillet nous a fait l’honneur de nous offrir des restes de vin de messe et du gâteau d’hostie rassie : nous allons nous régaler !

On frappe de plus en plus fort. La porte est sur le point de sortir de ses gonds sous la force des coups. Il se lève à contrecoeur.

Xavier Bongibault – Oui, oui, j’arrive !

Il ouvre la porte. Entre Frigide Barjot, vêtue d’une jupe rose courte, d’une veste verte et d’un chapeau bicorne.

Frigide Barjot – Ah, quand même, on m’ouvre ! Tu as voulu m’empêcher de rentrer dans mon local ?! Tu as voulu m’interdire l’accès à cette pièce, comme le minable préfet de police qui m’a injustement privée des Champs-Elysées cet après-midi ! Tu es de leur côté, hein ? Tu es comme ce Jean-Pierre Michel que j’enverrai au gnouf le 04 avril pour crime de lèse-Barjot ! Je t’ai démasqué, imposteur ! J’aurais dû m’en douter !

Xavier Bongibault – Mais Frigide, pas du tout… J’étais en pleine AG de « Plus gay sans mariage », et on était dans des débats épineux, là. Je te rappelle qu’il faut que j’aie fini dans une heure, pour avoir le temps de me préparer les cheveux avant la manif de cet après-midi, et qu’après l’AG de « Plus gay sans mariage », j’ai encore celle de « Homovox » à faire tout seul, et puis celles de « Tous pour le mariage », « Jeunes pour la famille », « En marche pour l’enfance », « Juristes pour l’enfance », « Médecins et pédiatres pour l’enfance »…

Frigide Barjot – « Médecins et pédiatres pour l’enfance » ? Je t’ai refilé celle-là aussi ? Je ne me souvenais même plus d’avoir créé ce truc. Faudrait quand même que je les note au fur et à mesure… A propos de cheveux, tu as vu mon beau bicorne ? C’est mon accessoire fétiche pour remonter l’avenue de la Grande Armée tout à l’heure. Nous sommes le peuple ! Nous sommes la Grande Armée ! Vous êtes mes grognards !

Xavier Bongibault, enthousiaste – Oui, nous sommes le peuple ! Nous sommes la Grande Armée ! Et tu es notre grognasse !

Frigide Barjot – Oui, euh… Et attends, j’ai plein d’idées pour cet après-midi. La reine du marketing, on voit bien que c’est moi. J’ai des trucs super rassembleurs comme faire sauter tous les manifestants sur le pied droit, les mains sur la tête, les yeux fermés, sur une musique de David Guetta, et en huant de toutes leurs forces contre Hollande, Peillon et Taubira.

Xavier Bongibault – Peillon ? Il a participé à la loi sur le mariage pour tous ?!

Frigide Barjot – Avec le nom qu’il a, je peux te dire que crier « Peillon » en plein Neuilly, ça va déclencher des émeutes. Ils vont tous croire qu’on en veut à leur porte-monnaie, et là…

On entend soudain la musique du Chant du Départ s’élever dans la pièce : « La Victoire en chantant / Nous ouvre la barrière / La liberté guide nos pas !… »

Frigide Barjot – Ah, tiens, mon portable qui sonne. Eh bien, rends-toi utile pour une fois : décroche !

Xavier Bongibault – Manifpourtous allo oui bonjour ici Xavier je vous écoute bonjour que puis-je pour vous ? Ah, Jean-François, c’est toi ! Je suis bien heureux de t’entendre ! Comment ? Les députés et sympathisants UMP vont venir au local pour nous acheter des polos ? Mais c’est une super nouvelle ! Ils doivent arriver quand ? Ce serait bien que je le sache pour m’organiser, parce que j’ai des choses importantes à faire avant la manif : j’ai 10 AG de prévues, et j’ai acheté un carton complet de bouteilles d’eau oxygénée pour être prêt capillairement.

On frappe à la porte. On entend une voix féminine crier : « Bon, vous ouvrez, les mous du genou ! Y en a qui attendent ! »

Xavier Bongibault – Ah, Jean-François, je te laisse, je crois qu’ils sont arrivés.

Le temps qu’il raccroche, les coups redoublent d’intensité. La porte éclate en un bruit sec. Entrent Nadine Morano et David Douillet, suivis d’une dizaine de députés UMP et de sympathisants qui se serrent tous les uns contre les autres au fur et à mesure qu’ils rentrent dans la pièce. Nadine Morano commence à fouiller dans les cartons et à déballer les polos.

David Douillet, la poignée de la porte à la main – Dites donc, c’est pas grand ici. Heureusement qu’on a fait un peu d’espace en retirant la porte avec Nadine.

Frigide Barjot, avec un grand sourire – Ah, chers amis, que je suis contente de vous voir ! Elle les embrasse un à un, tout en murmurant pour elle-même : « Ils ont intérêt à me la rembourser, ma porte, le grand zouave et la surexcitée… » Pendant ce temps, les députés observent, trient et essaient les polos. Ils posent leurs questions tour à tour à Xavier Bongibault et à Frigide Barjot :

Rachida Dati – Ils sont intéressants, vos polos, mais vous n’auriez pas les mêmes en Dior ? Ou au moins en Chanel ?

Hervé Mariton – Ils sont formidables ! J’en prendrai un bleu, un violet, un orange, un rouge, un noir, un blanc, un vert…! Et est-ce que vous auriez les mêmes en gilets ?

Jean-Pierre Raffarin -Vous n’en avez pas en anglais ? J’ai une idée de slogan pour vous : Yes, to win, the no to the marriage needs the yes to the Barjotte ! C’est porteur, je vous assure !

Peu à peu, tout le monde se met à parler en même temps, si bien qu’au fur et à mesure des interventions des personnalités de droite, chacun s’exprime dans un brouhaha de plus en plus confus.

Marine Le Pen – Vous m’en mettrez un très très noir ! C’est pour papa !

Henri Guaino, la voix tremblotante et le geste ample – Ces polos me rappellent les deux femmes qui m’ont élevé. Car oui, j’ai été élevé par deux femmes, et…

Nadine Morano – Oh, arrête avec tes salades, Riton. Dites donc, les gars, c’est quoi ça, vous pourriez avoir un polo avec la tête de Sarko !  Le vrai opposant au mariage des homos, c’est tout de même lui. Et je suis bien placée pour le savoir : c’est lui qui m’a demandé de faire couler la loi sur le beau-parent en 2008 ! C’est le seul truc que j’ai réussi en 5 ans, alors vous pensez que je suis pas près de l’oublier !

Bruno Gollnisch – Ah, il n’y a rien en allemand ou en japonais ! Mes amis de là-bas ne vont rien comprendre si je leur rapporte des trucs roses écrits en français ! Vous voulez me faire passer pour quoi ?

Jacques Myard – Dites moi, Madame Barjot, vous a-t-on déjà dit que vous aviez une belle petite jupe, et un fort beau bicorne ? Moi-même, j’ai eu un certain succès avec les petites Anglaises il y a quelques années, et je leur faisais découvrir ma recette de poulet au champagne. Avec votre beau minois, vous pourriez passer quelques heures avec moi…

Marc Le Fur – Un papa, une maman… mais aussi une belle-mère ! Ces polos veulent la mort de la belle-mère !

Le vacarme est de plus en plus fort. On ne distingue plus les paroles des uns et des autres. La pendule sur la chaise se met à sonner dix coups.

Frigide Barjot, excédée, se met à crier – Dehors, dehors, dehors ! Foutez- moi la paix avec vos belles-mères, vos gilets rouges et vos Japonais ! Dehors, dehors !

Elle évacue les députés UMP et leurs sympathisants en les poussant vers la sortie. Xavier Bongibault empêche Georges Tron de dérober une paire de chaussures de la Manif pour tous, Christian Jacob manque de tomber en trébuchant sur les débris de la porte cassée, et Eric Woerth profite du désordre de la situation pour voler deux polos en toute discrétion.

Frigide Barjot – Ah mais c’est qu’on n’est plus tranquille chez soi, ici ! Qu’ils aillent mettre le souk chez les concurrents : ils n’ont qu’à aller chez Boutin ! J’ai un plan de conquête à peaufiner, moi. Une stratégie à élaborer. J’ai besoin de calme ! Tu sais, Xavier, j’ai compris pourquoi Napoléon avait perdu Waterloo, hein.

Xavier Bongibault, faisant semblant d’avoir compris la dernière phrase – Hm ?

Frigide Barjot – Oui. Il n’a pas fait suffisamment confiance à ses plus fidèles alliés. Je ne referai pas la même erreur une seconde fois.

Xavier Bongibault – Tu vas donc nous accorder des rôles un peu plus importants et nous donner des vraies responsabilités pour nous montrer que tu nous fais confiance ?

Frigide Barjot – Oui. Et pour commencer, tu vas aller m’acheter tout de suite du café pour m’en faire une grande tasse : ça évitera que je m’endorme et on sera à l’heure. Allez, dépêche-toi !

Il sort en courant. Frigide Barjot se met à sa table, et commence à écrire.

Frigide Barjot, réfléchissant à voix haute – Alors… Si jamais Wellington – euh, Hollande – essaie de m’attaquer par l’Ouest, je lui répondrai aussitôt avec les troupes de Grouchy – euh, Fromentin – qui remonteront vers la Grande Armée dont j’aurai le commandement. A ce moment-là, Laurence Tcheng et Tugdual Derville, à la tête des cortèges de l’Ouest et du Nord, pourront lancer une contre-offensive en direction des Champs-Elysées qui seront repris des mains de la monarchie hollandaise.

Au fur et à mesure qu’elle parle, on voit apparaître peu à peu une tête à l’entrée du local. Il s’agit d’un homme brun, d’une soixante d’années. Il entre.

Nicolas Sarkozy – Bonjour, Madame Barjotte.

Frigide Barjot – Oh, bonjour Monsieur le Président ! Je suis très honoré de vous voir ici ! Que me veut l’honneur de votre visite ? Moi, je vous préviens, je n’ai ni majordome ni cuisinière par ici, donc ils ne dénonceront pas votre venue ici à la justice ! Par contre, je vous le dis aussi, je n’ai pas autant à vous donner que Liliane. Mes millions, je les garde pour dans trois ans, quand tout le monde m’aura complètement oubliée et que je ne servirai plus qu’à faire peur aux enfants qui refusent de manger leur soupe. Mais qu’est-ce qui vous amène, pour le moment ?

Nicolas Sarkozy – Madame Barjot, vous voulez savoir ce qui m’amène ? Eh bien, je vais vous le dire, ce qui m’amène. J’ai échappé aux griffes du juge Gentil, et je viens tout juste d’arriver. J’ai réussi de justesse à échapper à Valérie Boyer et Nadine Morano – je me suis caché dans une haie quand j’ai entendu leurs cris sur la route. Non mais vous avez vu la bande de bras cassés qu’il m’a fallu gérer pendant 5 ans ? Vous imaginez le courage que j’ai eu ? Mais maintenant je suis fatigué : je voudrais me reposer de tout cela. Alors je me demandais si vous ne pourriez pas me dissimuler ici, le temps que je me refasse une santé politique. Si je gère des flux financiers qataris, comme c’est prévu actuellement, je vous paierai un petit loyer, naturellement.

Frigide Barjot – Ah, Monsieur le Président ! C’est un honneur pour moi de vous accueillir en mon humble demeure ! Je suis émue ! Vous seriez en exil chez moi, comme je l’ai été à Sainte-Hélène ! Eh bien venez, Président, je vous accueille ! Et moi, j’irai à la conquête de Paris, à la tête de la Grande Armée, pour reprendre aux ennemis de la France et des Français l’Arc de Triomphe et les Champs-Elysées ! Elle se met à chanter : « J’aime l’oignon frit à l’huile, j’aime l’oignon quand il est bon, au pas camarade, au pas au pas au pas ». Elle sort tout en chantant, son papier à la main et son bicorne sur la tête.

Nicolas Sarkozy – Cette femme est encore plus folle que Claude Greff et Nadine Morno réunies. Voilà maintenant qu’elle se prend pour Napoléon. C’est complètement stupide. (Il se lève et met un coussin sur sa tête). Car tout le monde sait bien que Napoléon, c’est moi.

(Le rideau tombe. Fin du second acte).

Famille | France | Homophobie | Mariage | Medias | People | Politique | UMP | 22.03.2013 - 02 h 49 | 36 COMMENTAIRES
Lille métropole, 21 mars 2013 : dernier meeting de Frigide Barjot en province avant sa manifestation avenue de la Grande Armée.

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manif pour tous lilleLe dernier meeting en province de Frigide Barjot et ses acolytes avant la manifestation du 24 mars 2013 a eu lieu ce jeudi 21 mars à Marcq-en-Baroeul. Cette commune, plutôt aisée et votant traditionnellement à droite, compte environ 40 000 habitants. Elle est située près de Lille, et elle est membre de la communauté urbaine « Lille Métropole« . De 20h à 23h30, les responsables de la Manif pour tous, ainsi que quelques invités, ont pu déployer leur argumentaire devant plus de mille personnes.

Voici les 10 moments marquants de cette longue soirée, composée principalement de longs discours haineux entrecoupés par de courts happenings braillards et colorés :

1) Ados, n’appelez pas la Ligne Azur… qui a été faite pour vous !

La première intervenante est une jeune femme prénommée Valérie, et présentée par Frigide Barjot comme « la responsable de la Manif pour Tous dans le Nord ». Elle est aussitôt suivie par Anne-Claude Girard, du collectif « Les adoptés ». Leurs discours servent simplement à rappeler les arguments classiques ressassés par les opposants au mariage pour tous. Mais au cours de leur prise de parole est également développée une courte mais étonnante diatribe contre la ligne Azur, destinée à aider les adolescents qui se poseraient des questions en lien avec leur orientation sexuelle. Les répondants qui gèrent cette ligne, soutenue par le ministère de l’Education depuis quatre ans, seraient coupables de faire croire aux adolescents qu’ils sont homosexuels dès qu’ils les appellent, et de « ne parler que d’homosexualité » sur leur site. Il est donc déconseillé aux adolescents de contacter cette ligne, et la salle est amenée à huer la photo de Vincent Peillon, qui est projetée sur grand écran.

On apprend également que les adolescents, et plus tard les adultes, peuvent choisir… leur orientation sexuelle ! Par ailleurs, les couples hétéros sont appelés à prendre garde : certains politiques voudraient établir des « quotas » minimum d’enfants à faire adopter par des couples de même sexe ! Anne-Claude Girard finit son discours, destiné à marteler que les enfants à adopter doivent être confiés forcément à un couple hétérosexuel, en s’exclamant, au nom des enfants adoptés : « Nous ne sommes pas de la viande ! »

2) Où l’ami Bobby regrette vivement que la Californie ne soigne plus ses homos.

Robert Oscar Lopez, dit Bobby, est un Américain « élevé par deux femmes » et il se dit « bisexuel ». Ni lui ni Frigide Barjot ne cachent vraiment qu’il vient aider Frigide Barjot à lutter contre la loi Taubira en France, car Frigide Barjot ira l’aider à son tour le 26 mars à Washington pour lutter contre l’égalité des droits aux USA. Je ressens un malaise assez important lorsque « Bobby », au milieu des arguments classiques des opposants à l’égalité des droits qui sont à nouveau répétés, défend en quelques phrases les « ex-gay-therapies » (c’est le terme qu’il emploie). Il désigne par cette expression les pratiques pseudo-scientifiques, dangereuses et traumatisantes où l’on se donne pour but de « guérir » des individus homosexuels en essayant de les rendre hétérosexuels. Il regrette vivement que la Californie ait, selon lui, interdit ces thérapies, et que les médecins soient donc obligés de dire à des adolescents qui se confient à eux que l’homosexualité est normale. Sur l’estrade, personne ne proteste ; au contraire, il est applaudi vivement, et la salle se met à son tour à l’applaudir.

Enfin, Frigide Barjot lui fait lire un poème en français sur un enfant n’ayant pas connu l’un de ses parents. Il s’oblige à l’ânonner mais il y arrive très mal et on comprend à peine le poème, puis Frigide Barjot fait semblant de pleurer d’émotion en regagnant sa place, une fois le poème fini. Plus tard, le même Bobby, attaché à la véracité des faits tout autant qu’à la lecture correcte d’un texte ou à la santé mentale des jeunes LGBT, nous apprendra qu’en Californie, on peut faire un bébé par GPA pour 8000 dollars grâce à un prêt à la consommation. Ce Californien bisexuel semble donc bien mal renseigné… aussi bien sur les LGBT que sur la Californie !

3) Un Front de Gauche bien à droite.

L’homme politique Michel Lefebvre, présenté au public comme un « élu PS » alors qu’il est en réalité maire et conseiller général du Front de Gauche, tient un discours tout à fait opposé aux valeurs de son parti. Frigide Barjot l’embrasse et le remercie de montrer que l’opposition au mariage pour tous est de gauche comme de droite – elle rappelle à cette occasion que son amie de jeunesse Laurence Tcheng a fondé le collectif « La gauche pour le mariage républicain ».

4) Le djender, l’ennemi n°1.

Le clou du spectacle est assuré par un dénommé Patrice André, que Frigide Barjot présente comme juriste. Selon lui, la revendication du mariage pour tous est « comparable à l’instauration du marxisme-léninisme » au début du siècle. Il se lance dans un délire aussi halluciné qu’hallucinant sur « la théorie du djender« , en faisant huer Judith Butler et en affirmant que « ces gens-là », qui ont créé ces théories, « distinguent cinq sexes : homos, hétéros, bis, trans – et, ajoute-t-il, j’ai oublié le cinquième ». Il mélange absolument tout (sexe, genre, orientation sexuelle…), et se réfère constamment à « ces textes » et « ces gens-là », sans jamais être plus précis sur ses sources.

Il fait grassement rire sur les transsexuels, en affirmant qu’aujourd’hui un homme peut faire officiellement admettre qu’il est une femme même si, dans les faits, il est physiquement un homme. Il ajoute que, selon la théorie du genre, il y a des hommes lesbiens, des femmes gays et des couples hétérosexuels qui sont en fait homosexuels… Le public ne comprend rien à son discours ; selon toute apparence il n’y comprend rien non plus lui-même ; et il en arrive donc à la conclusion suivante : « Si le mariage homo passe, l’Etat refusera bientôt d’aider les femmes qui veulent accoucher de leur enfant« , en leur disant qu’elles auraient dû utiliser les cliniques de PMA et de GPA que l’Etat aura mis en place en y investissant beaucoup d’argent ! Il ajoute : « Une femme qui accouche, c’est magnifique ! La relation entre un homme et une femme, c’est quelque chose de magnifique ! Et nous ne voulons pas qu’on nous l’enlève« .

5) Xavier Bongibault, ce philosophe méconnu.

Il était difficile d’être plus ridicule que Patrice André, tant ses propos caricaturaux étaient absurdes. Heureusement, l’intervenant suivant était l’insurpassable Xavier Bongibault, qui a relevé le défi avec brio. S’avérant très mauvais orateur, il s’est également senti obligé de prendre une voix très grave, sans doute pour faire plus viril. Ses envolées lyriques et philosophiques donnent lieu à de mémorables citations : « le principe d’égalité n’existe qu’entre personnes, et non entre des groupes de personnes » ; « Quelle logique plus homophobe que la PMA ? » ; « les homophobes, ce n’est pas nous, c’est eux » ; « les prostituées louent leur vagin », « nous nous sommes levés aux côtés derrière Frigide » (la phrase a été répétée deux fois : il doit donc réellement penser qu’elle a un sens), « Si vous devrez être nombreux à Paris… « , « des syndicalistes ont été amnistiés mais ils ont cassé la vitrine d’un pauvre bijoutier », « mes neuf zagressions et mon entartrage »…

Comme il l’avait déjà fait en d’autres occasions, Xavier Bongibault a en outre instrumentalisé le fort taux de suicide des jeunes homosexuels en affirmant que ces suicides sont dus aux partisans du mariage pour tous, qui sont selon lui « homophobes ». En effet, d’après lui, les partisans de l’égalité des droits calomnient les parents de ces enfants en les traitant d’homophobes s’ils s’opposent au mariage pour tous, et cela pousse les jeunes LGBT au suicide… Il va sans dire que ce raisonnement totalement absurde a été très fortement applaudi par la salle.

6) Les pédales, les jeunes et la nourriture.

La conclusion de Frigide Barjot est à la hauteur de sa personnalité et de sa pensée : Xavier Bongibault étant homosexuel, elle lui a dit devant toute la salle, qui a applaudi : « Merci Xavier, grâce à toi, nous ne perdons pas les pédales« . Son discours de fin, à rallonge, est émaillé de petites phrases savoureuses qui ne déparent pas avec la précédente : « Demain, être père se décidera au tribunal » ; « Persuadez vos enfants de venir manifester ; il nous faut des jeunes » ; « On n’a plus rien à manger, mais que voulez-vous ? Quand on s’engage, c’est à fond ».

7) Contre le droit de vote des étrangers aux élections locales

La Manif pour tous ne s’oppose pas qu’à l’égalité des droits pour les couples de même sexe : elle refuse aussi l’égalité envers les citoyens étrangers. Xavier Bongibault a ainsi dénoncé la façon de penser de partisans du mariage pour tous : « Aujourd’hui, être homophobe, c’est s’opposer au projet de loi Taubira ; comme demain, être raciste, ce sera s’opposer au droit de vote des étrangers« . On s’étonne, lorsque de tels propos sont tenus, que des communautés expressément visées par ces propos acceptent d’apporter leur concours à ce collectif, qui refuse par principe que des droits soient accordés à des minorités, quelles qu’elles soient.

8) Bons et mauvais points : louanges, huées et procès.

Les huées et critiques ont été nombreuses au cours de la soirée. Le public et la tribune se sont déchaînés contre Hollande, Taubira et Bertinotti, mais aussi contre Peillonles sénateurs UMP qui ont voté la loi en commission, la sénatrice Fabienne Keller, et beaucoup d’autres, comme Patrick de Carolis, qui n’est pas un bon catholique selon Frigide Barjot car il a lancé… Plus Belle la Vie, apparemment beaucoup trop gay friendly ! Parmi les cibles favorites, on trouve aussi l’avocate « Caroline Méry » (sic), Didier Eribon, et Pierre Bergé, « le grand argentier ».

A l’inverse, quelques personnalités ont été louées, comme par exemple Frédéric Taddéi, « un ami libre » de Frigide Barjot, à qui il a offert de l’espace pour s’exprimer. Des applaudissements très nourris ont également salué Jean-Christophe Fromentin, présent sur l’estrade, ainsi que l’ensemble de l’Entente parlementaire.

Impossible cependant d’oublier ici Jean-Pierre Michel : « mon ami Jean-Pierre Michel », comme l’appelle, cette fois ironiquement, Frigide Barjot, qui n’a pas apprécié la lettre du sénateur. Elle annonce que Jean-Pierre Michel sera « déferré devant les tribunaux début avril 2013, lors des discussions au Sénat sur le texte de loi ». Elle compte en effet l’attaquer en justice pour « diffamation publique« .

9) « Tous sur les Champs Elysées »

Même s’il a été rappelé à l’oral que les Champs-Elysées sont interdits à la manifestation contre le mariage pour tous, la plupart des autocollants distribués et affiches placardées appellent à se rassembler sur les Champs-Elysées le 24 mars…

10) Poing à la ligne.

Peu avant la fin du meeting, Xavier Bongibault monte sur scène et chuchote à l’oreille de Frigide Barjot durant quelques minutes. Frigide Barjot prend une mine terrifiée, et ils se tournent alors vers nous. Xavier Bongibault déclare :  » Nous venons d’apprendre que l‘un de nos acteurs a été tabassé à coups de poing américain et il est hospitalisé à l’hôpital Saint-Joseph à Paris ». Frigide Barjot fait semblant de verser une larme et manifeste une vive et soudaine émotion, avant de penser à autre chose au bout d’une minute.

 

La conclusion de tout cela ? J’ai l’impression personnelle d’avoir assisté à une réunion aux démarches et aux inspirations fascistoïdes : répétition de mensonges plus gros les uns que les autres, mise en accusation d’une minorité, agitation des peurs et des angoisses… A l’entrée, les personnes chargées de l’accueil distribuaient d’ailleurs… des drapeaux bleu-blanc-rouge, comme s’il était naturel que les bons Français s’opposent forcément au mariage pour tous. « Le peuple de France » a été maintes fois évoqué par les intervenants : en réalité, ils devront bien comprendre que les LGBT font eux aussi partie du « peuple de France », et que ce peuple est désormais prêt à accepter l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe.

Famille | France | Homophobie | Internet | Mariage | Medias | 17.03.2013 - 10 h 46 | 9 COMMENTAIRES
Le site de la radio France Culture diffuse de la publicité… pour la manifestation anti-mariage pour tous !

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France Culture a choisi de consacrer ce mois-ci plusieurs de ses émissions au Printemps des Poètes. En ce dimanche 17 mars, je me rends donc sur le site de la radio, que j’écoute souvent, pour consulter la liste des émissions de ce mois-ci qui abordent ce sujet.

En parcourant la liste des yeux, je ne peux échapper à l’inévitable bandeau publicitaire qui s’affiche dans la partie droite de mon écran, juste en-dessous du lien qui permet d’accéder à l’écoute d’une émission de la station. Sauf que le bandeau publicitaire qui apparaît n’est pas du tout anodin : il s’agit d’une publicité… pour la manifestation anti-mariage pour tous !

culture manif

(Site de France Culture : copie d’écran du 17 mars 2013)

Quand on clique sur le lien diffusé par le site, on tombe en effet directement sur une page intitulée « Soutenir la manif pour tous », et qui permet de faire un don en ligne à ce collectif :

culture manif 2

Cette publicité est révoltante pour tous les citoyens (66% des Français) qui soutiennent l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. S’agit-il d’un choix délibéré de France Culture, qui fait alors volontairement de la publicité pour ce mouvement osant comparer explicitement le gouvernement Hollande aux pires dictatures des 50 dernières années ? S’il s’agit à l’inverse d’un acte involontaire, France Culture n’a-t-elle pas les moyens de filtrer correctement les publicités qu’elle impose aux internautes venus parcourir son site ?

En tous les cas, il est honteux qu’une station de radio publique, qui fait partie de Radio France, diffuse sur son site des publicités pour un mouvement qui s’oppose, avec une virulence absolument disproportionnée, aux réformes sociétales engagées par l’Etat pour établir l’égalité entre les couples de même sexe et les couples hétérosexuels ! Il n’est pas concevable que France Culture, qui veut être une radio de qualité, fasse de la réclame pour un mouvement qui appelle à des actes illégaux, et en particulier à occuper des lieux de Paris pour forcer le gouvernement démocratiquement élu à retirer une loi déjà votée en première lecture à l’Assemblée nationale.

En tant qu’auditeur de la radio, je suis surpris par cette publicité, qui ne correspond pas à l’image jusque là plutôt positive que j’avais de la station. En tant que LGBT, je suis blessé par le choix de France Culture de faire de la publicité pour ce mouvement qui appelle à la violence et au rejet des couples de même sexe. En tant que citoyen, je suis choqué par le soutien d’une radio publique à un mouvement qui appelle au refus des règles démocratiques et à la lutte contre l’égalité des droits.

Pour toutes ces raisons, je demande donc à France Culture de supprimer cette publicité, et de présenter ses excuses pour cette incroyable maladresse.

Fiction | France | Homophobie | Mariage | Politique | 15.03.2013 - 11 h 58 | 12 COMMENTAIRES
La Barjot s’en va-t-aux Champs : le manuscrit retrouvé

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Le vendredi, c’est lecture, détente et culture pour préparer le week-end ! Or, une découverte importante dans l’histoire du théâtre vient d’être faite cette semaine par un spécialiste de la littérature du 19eme siècle. En effet, un manuscrit daté de 1883, et signé de la main d’Eugène Labiche ou de Georges Feydeau (les analyses graphologiques sont en cours), vient d’être retrouvé, plié en quatre dans la doublure d’un fauteuil Voltaire qu’il venait d’acheter auprès d’un brocanteur.

L’intrigue en est simple : une mondaine excentrique et croyante, répondant au nom de Frigide Barjot, compte prendre d’assaut les Champs-Elysées. Pour cela, elle réunit autour d’elle un certain nombre de bourgeois maladroits, qui se laissent entraîner par son plan de conquête, et finissent par se fâcher avec la préfecture de police.

Voici le début de la pièce, retranscrit à partir du manuscrit original par notre expert littéraire.

La Barjot s’en va-t-aux Champs, Pièce en trois actes

Acte ILa scène représente le bureau spacieux d’un appartement cossu du XVe arrondissement de Paris. Assis autour d’une table, les principaux responsables de la Manif pour tous débattent avec quelques-uns de leurs invités, conseillers et mécènes. Au lever du rideau, Frigide Barjot se lève et lance des liasses de papiers en l’air, d’un air très énervé.

Frigide Barjot – Faut arrêter maintenant ! Ca fait des heures qu’on discute !

Laurence Tcheng – Mais, Frigide, on vient à peine de commencer…

Frigide Barjot – Ca fait des heures, j’te dis ! De toute façon, dès que Derville se met à parler, on a l’impression que c’est des journées qui passent. On n’est pas à l’Assemblée ici ! Derville, si tu te prends pour Mariton, t’as qu’à mettre des pulls mauves, et on n’en parle plus !

(Tugdual Derville fait mine de vouloir parler, mais Frigide Barjot reprend la parole aussi sec.)

Frigide Barjot – De toute façon, c’est tout vu ! Maintenant, assez de blabla : moi je m’en fous, je prendrai les Champs, que la Préfecture le veuille ou non ! On est en démocratie, alors c’est pas un préfet qui va m’interdire de marcher sur les Champs ! Les Champs, c’est le haut lieu de la culture et de la tradition française! ! Alors, avec ma carrière dans la chanson et le cinéma, si moi je représente pas la quintessence de l’élégance à la française, je veux bien me pendre !

Christine Boutin (tout bas) – Ouais, des promesses, toujours des promesses…

Xavier Bongibault – Non mais c’est évident que Frigide a raison.

Philippe Brillault – Ecoutez, on ne va pas recommencer avec cette histoire ! Mes administrés du Chesnay s’inquiètent : à neuf jours de la manif, il n’y a toujours pas de trajet ! Si la préfecture refuse toujours de nous laisser les Champs, il va bien falloir trouver autre chose.

Frigide Barjot – Toi, tu n’as même pas été capable de nous pondre une pétition qui tienne la route, alors fais-toi discret !

Xavier Bongibault – Là, ouais, Frigide a raison.

Claude Bébéar – Il faudrait tout de même s’assurer qu’il n’y aura pas de casse. J’ai une agence sur les Champs, moi, je n’ai pas envie qu’elle soit vandalisée. Après, il peut y avoir des accidents, ça c’est pas grave : ça incitera les gens à souscrire des contrats « Soin, dépendance et invalidité », dont (il sort un énorme dossier de feuilles de son attaché-case) j’ai ramené quelques exemplaires au cas où il vous arriverait quelque chose. On ne sait jamais : la souscription n’est pas chère, je peux même vous faire une remise de 10%, et…

Frigide Barjot – Je vous dis que je prendrai les Champs ! Que vous le vouliez ou non ! Vous êtes des lâches ! Des incapables ! Des…

Claude Bébéar – Eh oh, du calme. Avec tous les sous que je donne, j’ai quand même le droit de donner mon avis.

Tugdual Derville – Claude et Philippe ont raison, il faut arrêter avec cette histoire : les fidèles sont un peu décontenancés et ne savent pas s’ils vont venir.

André Vingt-Trois – Ca c’est vrai ! En province, les collègues sont même en train de se demander si ça vaut vraiment le coup de faire décaler les messes pour que les gens aient leur dimanche matin de libre. Dans la France rurale, il y a plein de cardinaux qui disent que ça fait faire des heures supplémentaires le samedi soir, sans compter la fatigue des trajets en bus. Il faut se décider pour un trajet, et respecter la préfecture.

Frigide Barjot – M’en fous ! On doit aller sur les Champs ! Vous êtes des pantins ! Des guignols ! Des ahuris !

Xavier Bongibault – Frigide a raison.

Basile de Koch – Du calme, chérie…

Xavier Bongibault – Tout ça à cause de ce collabo d’Hollande. Il est pire que Hitler, hein ! Vous voyez, j’avais raison !

Claude Bébéar – Finalement, on n’aurait pas dû écouter Christine. L’histoire du printemps arabe et de prendre une place de Paris pour se faire entendre, c’était une mauvaise idée.

Christine Boutin – Ca va me retomber dessus ! Elle est bonne, celle-là ! Ce n’est pas moi qui ai choisi une comique-troupière pour représenter un mouvement sérieux comme le nôtre. On vit une crise de civilisation qui va mettre fin à l’humanité et aux droits de l’homme, et on nous sort une saltimbanque écervelée pour défendre notre opinion ! Vous croyez que ça me plaît, à moi, de défiler avec des ballons saugrenus, entourée de gens qui n’ont rien compris à ce qu’on raconte et sur de la musique braillarde ?

Frigide Barjot – Ne nous divisons pas. Moi je dis que tu as eu raison, Christine. C’est pas parce que t’es has been que t’as plus de ressources. (Chrstine Boutin veut répondre, mais Frigide Barjot se met à crier) On va prendre une place ! On va faire le Printemps arabe ! On part à la conquête des Champs, comme en 44 !

Tugdual Derville – Parti comme c’est, on va surtout prendre la fuite. Ou se prendre un rateau de plus, après ton livre qui a fait un flop et la pétition qui n’a servi à rien.

(Christine Boutin rit discrètement.)

Laurence Tcheng – Bon, on leur propose quoi, comme trajet, à la préfecture, alors ? On passe par le vingtième et la banlieue ? C’est ça que vous voulez ?

Tous – Ah non, pas la banlieue !

Philippe Brillault – La ruralité, ça va bien comme ça, hein : moi, j’ai déjà le Chesnay.

Christine Boutin – Eh bien moi, j’ai eu Rambouillet ! Alors dans l’abnégation, je suis celle qui est allée la plus loin ! D’ailleurs…

Frigide Barjot (qui fulmine) – On prend les Champs, on prend les Champs, on prend les Champs !

Xavier Bongibault – Frigide a raison.

Claude Bébéar – Bon, c’est fini, le perroquet ?

André Vingt-Trois – Je vais réunir les conseillers juridiques de l’archevêché, et nous allons voir ce qu’ils peuvent faire. Il faut aussi que je rappelle François pour lui demander un service

Frigide Barjot – Tu appelles Hollande ? Tu lui dis qu’il doit retirer la loi Taubira ! Et je veux le rencontrer immédiatement !

Xavier Bongibault – Et tu lui dis que c’est un collabo ! Un nazi ! Un Hitler !

André Vingt-Trois – Mais non, j’appelle le pape, Bergoglio.

Tous – Le Saint Père !

Christine Boutin – Oui, eh bien là c’est carrément l’aide du Saint-esprit qu’il nous faudrait…

André Vingt-Trois – Allons, la séance est levée, la messe est dite, et bonsoir chez vous !

(Le rideau tombe. Fin du premier acte.)

Famille | France | Homophobie | Livres | Mariage | Medias | People | Politique | UMP | 12.03.2013 - 10 h 23 | 29 COMMENTAIRES
Malgré le retrait officiel de son livre, Frigide Barjot continue à le vendre selon le Parisien

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Photo prise à Compiègne (60) par le Parisien.

Selon Le Parisien, Frigide Barjot continue à vendre son livre « Touche pas à mon sexe » (éd. Mordicus). Suite à une faute juridique d’importance, sa maison d’édition avait pourtant pris l’engagement solennel de retirer cet ouvrage des ventes. Si cette affirmation est vraie, cela signifie donc que l’engagement pris depuis la fin du mois de janvier par Frigide Barjot et sa maison d’édition n’a pas été respecté.

Lundi 11 mars, les principaux responsables de la manif contre le mariage pour tous, parmi lesquels Frigide Barjot, Xavier Bongibault, Laurence Tcheng et Philippe Brillault étaient réunis à Compiègne. Ils y animaient une réunion publique destinée à mobiliser la population contre le mariage pour tous. Entre 600 et 1000 personnes étaient présentes, accueillies par le sénateur-maire de la ville Philippe Marini.

A cette occasion, l’édition de l’Oise du Parisien, dont des journalistes étaient présents sur les lieux, a envoyé un tweet assez étonnant, en direct de la réunion, photo à l’appui :

#Manifpourtous à Compiègne. Les livres de Frigide Barjot se vendent comme des petits painspic.twitter.com/VBV1c2QN9Q

En effet, des dizaines d’exemplaires du livre étaient disponibles ce soir-là pour les militants qui désiraient s’en procurer. Or, cela est totalement contraire aux engagements des éditions Mordicus, qui avaient déclaré, 15 jours après la parution du livre, qu’elles retiraient cet ouvrage des ventes. Cette décision était obligatoire, puisque le titre choisi pour l’ouvrage de F. Barjot avait déjà été déposé bien auparavant par d’autres éditions : en l’occurrence, il avait été choisi pour le livre rédigé par le chirurgien Gérard Zwang, consacré au sexe féminin et paru en 2012.

Pour éviter des poursuites, l’éditeur et Frigide Barjot avaient donc accepté de cesser toute vente directe de la part de l’éditeur, de le retirer des circuits de diffusion classiques (librairies, vente en ligne), mais aussi d’en arrêter toute commercialisation par quelque biais que ce soit. On ne peut donc que s’étonner de la phrase « Les livres de Frigide Barjot se vendent comme des petits pains », alors que le livre en question est officiellement retiré des ventes, et ne devrait plus être mis à disposition !

I semblerait donc, à en croire le Parisien, que Frigide Barjot et son éditeur pensent pouvoir contourner l’engagement au retrait du livre, en profitant de ces réunions publiques pour vendre le livre malgré tout. Si les informations du Parisien sont vraies, aucun des quatre responsables présents ce soir-là ne pouvait ignorer ce procédé, et il est très étonnant qu’un homme politique comme le sénateur-maire Philippe Marini cautionne de telles ventes sauvages, non seulement en sa présence, mais qui plus est dans un lieu public dont il a, en tant que maire, la responsabilité pleine et entière.

Education | France | Homophobie | Mariage | Politique | 07.01.2013 - 19 h 23 | 0 COMMENTAIRES
Débats sur le Mariage pour tous en milieu scolaire : l’enseignant Philippe Arino peut-il outrepasser les consignes du ministre ?

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Philippe Arino est enseignant d’espagnol dans l’enseignement secondaire. Il est en disponibilité durant toute l’année scolaire 2012-2013 pour aller prêcher contre le mariage pour tous, bien qu’il se dise lui-même homosexuel. Il sert ainsi, en menant un très grand nombre de conférences à travers toute la France, le combat mené par l’Eglise catholique contre l’égalité des droits.

En plein débat sur la nécessaire neutralité de l’enseignement face aux questions de société, et alors même que Vincent Peillon a rappelé l’importance de la lutte contre l’homophobie dans les établissements scolaires, il s’avère que Philippe Arino est invité à parler dans deux lycées au début de l’année 2013. Il sera le vendredi 25 janvier 2013 au Lycée privé sous contrat Thérèse Chappuis (Paris), et le mercredi 06 février, il tiendra une conférence sur le thème du plaisir (!) au Lycée Kléber (Strasbourg).

Est-il acceptable qu’on invite dans des établissements scolaires, privés comme publics, un enseignant qui écrit sur son site : « Je sais que l’homosexualité est une blessure d’orgueil, qui donne raison à la peur » ? Est-il tolérable, alors même que Vincent Peillon a appelé les recteurs d’académie à la plus grande vigilance pour protéger les jeunes homosexuels de toute déclaration homophobe, qu’on accueille en milieu scolaire un intervenant, qui plus est enseignant lui-même, qui écrit : « Toute personne homosexuelle, je crois, connaît tacitement le contexte peu glorieux de l’émergence de son désir homosexuel. Sa genèse boueuse. » ? Peut-on inviter dans les établissements l’auteur des outrances suivantes : « les quelques militants pro-mariage-pour-tous et gay friendly […] s’engluent dans l’image, l’orgueil, la peur et le terrorisme » ?

Voici quelques citations complémentaires de Philippe Arino, pour montrer quel type de personnage s’apprête à pérorer devant les jeunes, dans le cadre scolaire. Toutes ces citations sont consultables sur son site, rubrique « Je l’ai dit » :

« L’homosexualité, c’est exactement comme l’obésité : il y en a certains qui ne l’ont absolument pas choisie et qui n’y sont pour rien ; il y en a qui à la fois l’ont subie et qui s’y installent ; d’autres qui en sont totalement responsables par leurs comportements […] ;

Il n’y a pas plus homophobes que les personnes homosexuelles (assumées ou refoulées) car le désir homosexuel est contre lui-même ;

C’est d’ailleurs un travail de démonologue que j’ai tenté de faire en traitant dans mon livre de la merde, du mal, des satanismes collectifs, des dictatures et des dictateurs, des techniques amoureuses homosexuelles et des paradoxes du libertin, des manoeuvres et du cheminement bien-pensant du diable. Nous avons à nous frotter au mal (sans agir pour autant comme lui). ;

Fier d’être « homophobe » tel qu’ils l’entendent…

Le désir homosexuel est trop faible et trop éloigné du Réel pour mériter le nom de désir

Toute personne homosexuelle rejette, de par son désir, LA Différence fondamentale à qui elle doit son existence : la différence sexuelle (et finalement, on se rend compte, en observant les modes de vie des personnes homosexuelles, que le rejet de cette différence-là s’étend bien souvent à d’autres différences humaines, moins fondatrices). Non : la plupart des personnes homosexuelles ne sont pas des amis de la différence.

Je crois que le désir homosexuel est une blessure […] La blessure est la marque du mal, le signe du péché

Tous ceux qui pratiquent les actes homosexuels sont homophobes. Que ça leur plaise ou non. C’est un constat que je fais sans arrêt. Ça ne loupe jamais. »

Enfin, faut-il rappeler que Philippe Arino prône l’abstinence complète de relations sexuelles pour toutes les personnes homosexuelles, principe qu’il résume par le slogan suivant : CONTINENCE POUR JÉSUS = VIE GAY JAMAIS DÉÇUE ?Lui-même, toujours sur son site, se vante de l’influence qu’il peut avoir sur les jeunes : « mon témoignage en tant que continent homosexuel avait un fort impact sur les jeunes ».

Si Vincent Peillon tient à rester crédible en tant que ministre de l’Education, il doit demander aux recteurs d’Académie concernés de s’opposer aux interventions de Philippe Arino dans les établissements scolaires. A défaut, la parole de Philippe Arino viendra faire souffrir, en milieu scolaire, les jeunes LGBT à qui elle sera imposée par leurs propres enseignants, et elle méconnaîtra le principe de neutralité dont le ministre lui-même a rappelé l’importance à l’ensemble de la communauté éducative.

Discriminations | France | Homoparentalité | Homophobie | Internet | Mariage | Medias | 30.11.2012 - 00 h 12 | 23 COMMENTAIRES
Lutte anti-droits LGBT : la journaliste Emmanuelle Duverger assimile les LGBT… aux forces nationales-socialistes d’Adolf Hitler !

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Emmanuelle Duverger se présente comme essayiste et journaliste. Dans les milieux médiatiques et politiques, elle est surtout connue pour être l’épouse de Robert Ménard, avec qui elle a rédigé l’essai polémique « Vive le Pen ! » (éditions Mordicus). Or, elle vient de s’illustrer par une initiative d’un goût plutôt douteux. Sur le site Boulevard Voltaire, où son mari Ménard s’exprime souvent, elle a réagi à la dispute qui a opposé l’animateur Benoît Duquesne au sénateur-maire du 19eme arrondissement de Paris Roger Madec. Et l’illustration qu’elle a choisie pour son article laisse plutôt pantois…

Rappelons que Benoît Duquesne a interviewé Frigide Barjot, opposante médiatique aux droits LGBT, dans les locaux de la mairie du 19eme, alors que Roger Madec ne lui avait pas donné l’autorisation d’utiliser les locaux de sa mairie pour accueillir cette personne précise. Le maire a donc décidé d’empêcher l’interview en coupant l’électricité, et donc la lumière, à l’équipe de tournage de Benoît Duquesne. Cela donne l’occasion à Emmanuelle Duverger de s’emporter, dans un article publié le soir même, contre la « Censure à la mode socialiste« .

Le texte de l’article est plutôt banal : l’essayiste se contente simplement d’égratigner Roger Madec, qualifié d' »apparatchik socialiste », de défendre Frigide Barjot qu’elle cite abondamment, et de s’en prendre à François Hollande, ironiquement désigné comme « grand démocrate ». Mais c’est l’illustration choisie qui attirera l’attention des internautes : vous pouvez la découvrir ci-dessus, en couleurs et en noir et blanc. Est-il bien raisonnable, Mme Duverger, d’apposer un badge aux couleurs du drapeau arc-en-ciel sur une photo d’Adolf Hitler (ici incarné par Chaplin) ?

On voit bien ce dont sont capables les partisans de Frigide Barjot : assimiler les LGBT à la folie meurtrière nationale-socialiste d’Adolf Hitler. Il faut n’avoir aucun respect pour les LGBT, ni aucune considération pour les victimes de la seconde guerre mondiale ou de la barbarie nazie, pour oser la réalisation de tels outrages et injures. Indiquons en outre, au cas où l’illustration ne serait pas assez parlante par elle-même, que l’image est intitulée « boulevard-voltaire-roger-madec-fascisme-gay« …

Lorsque l’on voit jusqu’à quels excès certaines essayistes sont prêtes pour défendre leurs égéries anti-LGBT, la conclusion à tirer de ce montage s’impose d’elle-même : Merci, Monsieur Madec, d’avoir coupé le sifflet à Frigide Barjot ! Et si jamais Emmanuelle Duverger se présente un jour à la mairie du 19eme en compagnie de Frigide Barjot et Benoît Duquesne, n’hésitez pas à aller encore un peu plus loin qu’aujourd’hui : coupez l’électricité comme ce jeudi matin, mais fermez aussi les volets, bâchez les fenêtres, et condamnez les portes, pour qu’ils ne sortent plus de leur pièce avant quelques mois…

Edit du 30.11.2012 (date de l’article) : pour être très précis, l’illustration représente bien Hitler joué par Charlie Chaplin dans Le dictateur (1940). Il s’agit d’un passage célèbre, où Hynkel (le nom du personnage représentant Hitler) prononce un discours expansionniste et antisémite :

Famille | France | Homoparentalité | Homophobie | Monde rural | Politique | UMP | 23.11.2012 - 23 h 24 | 34 COMMENTAIRES
Le député-maire UMP Hervé Mariton fera-t-il de Crest (Drôme) la ville la plus homophobe de France ?

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Hervé Mariton

Hervé Mariton est un député UMP bien connu pour ses prises de position répétées contre les droits LGBT. En tant que maire de Crest, une petite ville de 8000 habitants dans la Drôme, il a fait adopter par son conseil municipal, ce jeudi 22 novembre 2012, une motion très particulière qui vise à opposer toute la ville, par l’intermédiaire de ses élus, aux droits LGBT.

Ainsi, c’est avec grande surprise que les conseillers municipaux de la ville de Crest ont découvert la convocation que M. le maire Mariton leur a adressée le 16 novembre 2012. En effet, le premier point inscrit à l’ordre du jour du conseil du 22 novembre 2012 est intitulé ainsi : « Motion contre le mariage des personnes de même sexe ».

Une note de synthèse, jointe à la convocation envoyée, développe le contenu de cette motion en quelques lignes absolument ahurissantes, qui font des droits LGBT des obstacles… au développement durable ! Voici les explications données par le député-maire Mariton :

Motion contre le mariage des personnes de même sexe

La ville de Crest a choisi de développer des actions pour la famille durable comme la préparation au mariage civil, prévue dans l’Agenda 21 pour le développement durable. Le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe paraît de nature à affaiblir les liens de filiation, à fragiliser l’institution du mariage et la famille.

Aussi, le conseil municipal est appelé à voter une motion contre ce projet.

La ville de Crest

On admirera le lien tissé dans ce texte entre les LGBT et le développement durable ! Faut-il refuser les droits LGBT au nom de l’écologie ? C’est textuellement ce qu’affirme le député-maire Mariton, et, avec lui, le conseil municipal de la ville de Crest. D’après les citoyens présents dans la salle, un très rapide vote à main levée a donné les résultats suivants : 8 votes contre, 2 abstentions et 19 votes pour .

Quelles conclusions tirer de ce vote ? D’abord, ce vote donne une image déplorable de la ville de Crest : les 8000 habitants de cette petite ville ne partagent sans doute pas le rejet caricatural qu’éprouve leur maire envers les droits LGBT. Ce vote est une mauvaise nouvelle pour les LGBT, mais c’est surtout une mauvaise nouvelle pour la ville de Crest, qui est assurément la première ville de France à se signaler par le vote d’une motion de ce genre contre le mariage et l’adoption par les couples de même sexe.

Mais il y a tout de même de bonnes nouvelles. D’une part, l’issue de ce vote montre que des conseillers municipaux de droite n’ont pas accordé leur soutien à cette motion. Il n’y a donc pas unanimité au sein du conseil sur cette question. D’autre part, lorsque la loi sera passée, et si un couple de filles ou de garçons veut se marier à Crest, il y aura au moins 8 conseillers municipaux qui accepteront d’accomplir avec honneur et dignité la tâche que le maire refusera. Enfin, il est clair que cette motion n’a aucune valeur juridique : la loi votée au niveau national s’appliquera même dans les communes dirigées par des maires du genre de M. Mariton.

En conclusion, le député-maire de Crest, s’il le souhaite, peut bien faire voter une motion sur le budget de la France en 2014, sur l’engagement des troupes françaises dans les conflits du monde, ou sur l’organisation de l’enseignement supérieur. Ce genre de motion, tout comme celle sur le mariage et l’adoption, est absolument dénuée de toute valeur. La législation nationale n’étant en aucun cas de la compétence du maire ni du conseil municipal, il serait bon que le préfet du département se penche sur le contenu exact de la motion votée, et se charge dès que possible de rappeler à Monsieur le maire quels sont ses domaines de compétence…

* Edit (25/11, 12h51) : mise à jour du résultat du vote suite aux remarques du militant du Front de Gauche Yvon Thomas Le Guillerm. Un article du Dauphiné Libéré revient sur cette séance mouvementée du conseil municipal.

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