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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Discriminations | France | Homophobie | Livres | Mariage | Medias | Monde rural | Sexualité | 24.11.2014 - 01 h 18 | 6 COMMENTAIRES
Amiens – Mais quel est donc le problème du Courrier Picard avec les homosexuels ?

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L’année 2014 a-t-elle été déclarée année de l’homophobie par le Courrier Picard ? On pourrait bien le croire, au vu de la succession d’articles, toujours orientés dans le même sens, que ce journal a consacrés à l’homosexualité. Est-ce là une façon pour ce journal de s’adapter à l’augmentation du vote Front National dans sa région ? Ou bien est-ce l’expression de convictions intimes de la part de la rédaction amiénoise ? En tous les cas, on ne peut que s’interroger sur le recours à des procédés tendancieux pour condamner directement ou indirectement les homosexuels, et à en faire des boucs-émissaires faciles pour la population. Retour chronologique sur une année où l’on semble devoir comprendre que, pour certains journalistes amiénois, l’homophobie n’est pas forcément un problème en Picardie, mais l’homosexualité en est apparemment un.

***

1) Février 2014 : Edouard Louis, la première cible.

Edouard Louis

Edouard Louis

Lorsqu’un Picard rencontre du succès, la presse locale s’en montre généralement plutôt fière : Jean-Pierre Pernaut, Cauet, Miss France, Emmanuel Macron… sont autant de gloires régionales qui n’ont pas été fortement étrillées par le Courrier Picard. Mais lorsqu’Edouard Louis a connu un succès littéraire avec son roman « Pour en finir avec Eddy Bellegueule », il s’en est alors agi fort différemment. Le Courrier Picard est le premier à publier un article incendiaire contre le jeune auteur. Dans l’édition du 2 février 2014, Fabrice Julien et Gaël Rivallain entreprennent en effet de révéler « Les deux visages d’Eddy Bellegueule  ». Pour ce faire, les deux journalistes du Courrier Picard sont allés à la rencontre de « sa famille et ceux qui l’ont côtoyé », pour comprendre « le malaise » que ce livre suscite en eux :

« À Hallencourt, la famille d’Eddy/Édouard, a cru s’étrangler à la lecture du récit […] Nous ne sommes ni racistes ni homophobes, insiste sa soeur Mélanie. Nous n’avons découvert l’homosexualité d’Eddy qu’il n’y a deux ou trois ans et franchement, dans la famille, tout le monde s’en moque. »

Et puisque la famille dit qu’il n’a jamais existé d’homophobie en son sein, on est prié de la croire : fermez le ban ! Feignant volontairement d’ignorer qu’il s’agit d’un « roman », les journalistes Fabrice Julien et Gaël Rivallain font ensuite mine de s’étonner :

« La vraie famille d’Édouard Louis n’a, à première vue, pas grand-chose à voir avec celle à la Germinal, misérable, inculte et vulgaire, décrite dans le roman. Mélanie, la grande sœur âgée de 28 ans, titulaire d’un bac pro, prend soin de son fils Ulysse, sept mois, la dernière « merveille » de la famille. Andy, en troisième au collège de Longpréles-Corps-Saints (où Eddy Bellegueule a aussi fait ses humanités), et Candice, en seconde au lycée Boucher-de-Perthes d’Abbeville, poursuivent une scolarité normale. »

On ne voit pas bien en quoi la scolarisation des enfants de la famille a à voir avec le roman d’Edouard Louis, qui raconte l’homophobie dont un jeune garçon de la campagne picarde est victime tout au long de sa jeunesse. Andy et Candice, dont on se demande bien ce qu’ils viennent faire dans cet article, n’ont strictement aucun rapport avec les événements qui sont censés s’être déroulés dans le roman, et Edouard Louis n’a jamais affirmé que lui ou ses frères et soeurs avaient été déscolarisés !

Sans se rendre compte de leurs propres contradictions, les journalistes reprochent ensuite à l’auteur de ne pas « nommer dans son livre » le village dont il est issu, et dans le même temps de ne pas faire un portrait suffisamment fidèle de ce village. Avec cette règle, on condamne tout roman autobiographique, de Vallès à Proust en passant par Céline ou Benjamin Constant. Le Nouvel Obs, sur la base du reportage du Courrier Picard, reprendra d’ailleurs une critique similaire. Edouard Louis répondra alors aux deux journaux en même temps :

« ces mensonges ne sont pas élaborés au hasard mais tendent au contraire à installer et conforter une certaine « critique » de mon livre, comme mensonger, raciste de classe, exagérateur en lui opposant les paroles, perçues forcément comme « vraies » et « sincères », du « peuple » – le fameux bon sens populaire, les « bons sauvages » – tel qu’il apparaît aux journalistes parisiens, ou même picards ou à d’autres encore ».

Le comble est atteint lorsque les deux journalistes ne remarquent même pas que l’ « ami » d’Edouard qu’ils interrogent dans leur interview s’offusque de bien des accusations, mais surtout pas de celle d’homophobie, qui est pourtant la principale :

« Oui, il a eu une enfance dure, mais à ce point là ? », s’interroge, perplexe, l’un de ses anciens amis, qui souhaite garder l’anonymat. « Ce qui me dérange, c’est qu’il associe sa classe sociale à l’alcoolisme, le chômage et le racisme, alors que ce n’est pas le cas de tout le monde, bien évidemment.

enfiniraveceddybellegueuleHeureusement, parmi les quatre articles consacrés à Edouard Louis sur une pleine double page de cette édition du 2 février, il y en a tout de même un d’une demi-page, signé Philippe Lacoche, qui est positif. Mais ce petit encart peine à convaincre le lecteur, qui peut lire sur une page et demie qu’Edouard Louis a, selon le Courrier Picard, trahi tout à la fois sa famille, ses amis, son village et sa région.

Ce qui est particulièrement étonnant, c’est que le Courrier Picard revient constamment à la charge : en mars 2014, le journaliste Fabrice Julien (encore !) se demande : « Que devient Edouard Louis ? » et écrit un nouvel article à charge. Il s’étonne faussement : « A Hallencourt, charmant village de la Somme, les proches d’Eddy/Édouard n’ont plus de nouvelles de lui ». Comme Brassens dans la Ballade des gens qui sont nés quelque part, on aurait envie de répondre à Fabrice Jullien au sujet de ce « charmant village » : « C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villages, tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits,… ils n’ont qu’un seul point faible, c’est d’être habités ! »

Et le 1er août, le Courrier Picard meuble ses vacances… en remettant le couvert au sujet d’Edouard Louis ! Son tort serait, selon le journal, d’avoir obtenu un poste d’allocataire pour enseigner à l’université d’Amiens, « alors qu’Édouard Louis n’est plus vraiment dans le besoin ». Or on sait très bien que ces postes ne sont pas attribués sur critères sociaux : ce ne sont pas des bourses ! Fabrice Julien (toujours lui…) a une phrase très élégante : « Cette intégration interroge quant aux réelles motivations de l’auteur ». Comprenez : Edouard Louis ne pense qu’à ses sous. Mais si le Courrier Picard s’inquiète tant des « étudiants fauchés » comme il les appelle, il y a une solution simple : il n’a qu’à en embaucher davantage à la sortie de leurs études.

On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une affaire « Edouard Louis ». En réalité, non : ce qui est reproché à Edouard Louis, c’est d’avoir pointé du doigt les problèmes d’homophobie, qui existent en Picardie comme ailleurs. La suite des articles publiés dans l’année sur l’homosexualité par l’édition d’Amiens du Courrier Picard le montre très clairement.

2) Avril 2014 : homosexualité et pédophilie.

Un article du Courrier Picard fait scandale fin avril 2014, trois semaines avant la journée internationale de lutte contre l’homophobie. En effet, le journal choisit de titrer comme suit l’un de ses articles : « Compiègne (60) – Le premier marié gay soupçonné de pédophilie » ! Alors que « le procureur se refuse à donner toute information complémentaire concernant les faits reprochés au Compiégnois », le journaliste sait déjà que « l’enquête risque d’être complexe à mener ». L’article donne le nom, l’âge, la photo et la nouvelle ville d’habitation du prévenu.

Le 1er mai, un second article paraît sur le même sujet, pour en rajouter encore une couche: « Le premier marié gay mis en examen ». Après avoir relaté ce fait divers, l’édition régionale se fend d’un paragraphe très orienté, qui n’a plus rien à voir avec la simple description d’un fait divers :

Cette mise en examen survient alors que la loi sur le mariage pour tous s’apprête à fêter son premier anniversaire. En début d’année dernière, les débats qui avaient précédé son vote avaient été pour le moins vifs, faisant descendre des milliers d’opposants dans les rues. Opposants qui, pour certains, continuent à se mobiliser contre le « mariage pour tous ».

Sur Facebook et Twitter, de nombreuses voix s’élèvent contre l’amalgame réalisé par le journal entre homosexualité et pédophilie, et contre les liens établis abusivement entre ce fait divers et les débats sur le mariage pour tous : « @Courrier_picard Vous n’avez pas honte d’associer homosexualité et pédophilie?? #Journalismeencarton » . Sur le site « Le Plus » du Nouvel Observateur, Giuseppe di Bella s’indigne également:

La mauvaise foi du « Courrier picard » est consternante. Contrairement à ce qu’il ose prétendre, l’article ne fait pas que donner l’information « sans discrimination ni amalgame. »

Cette façon de traiter l’information n’a pas sa place dans un quotidien sérieux. Elle ne fait qu’accentuer l’homophobie. C’est un procédé indigne qui est souvent utilisé par l’hebdomadaire d’extrême droite « Minute »

3) Mai 2014 : SOS homophobie dans le collimateur du Courrier Picard à Amiens

rapports homophobie« Cette façon de traiter l’information » n’est pas abandonnée pour autant. Le 17 mai 2014 a eu lieu la journée mondiale de lutte contre l’homophobie. L’édition amiénoise du Courrier Picard aurait pu en profiter pour aborder la question de l’homophobie dans le département de la Somme ou dans la ville d’Amiens. Pas du tout : même si elle rappelle (encore heureux…) que « chaque acte de haine mérite un SOS et un Non sans nuance de la part des pouvoirs publics », l’édition d’Amiens en profite pour tacler l’association SOS homophobie, et pour appeler à la tolérance… envers la Manif pour Tous !

Qu’on en juge : David Guévart lui-même, rédacteur en chef, fustige « la violence qui a accompagné le vote de la loi Taubira dans les camps de ceux qui y étaient favorables, comme dans le camp des opposants » ! Il faut être journaliste au Courrier Picard pour avoir entendu parler d’actes de « violence » de la part des défenseurs du mariage pour tous, et pour oser comparer ces actes imaginaires aux mouvements d’extrême-droite et intégristes qui se sont exprimés « dans le camp des opposants ». Et même si l’on parle simplement de propos violents, ce qui ne semble pas le cas ici, on aura de toute façon bien du mal à renvoyer dos à dos défenseurs et opposants au mariage pour tous, comme si « la violence » avait été une arme équitablement partagée entre les deux camps !

Mais il y a pire : pour le rédacteur en chef du Courrier Picard, s’il y a de l’homophobie en France, c’est en grande partie de la faute des homos eux-mêmes. Le texte est accablant :

SOS homophobie ne doit pas se tromper de colère en pointant du doigt globalement la Manif pour tous. Ou alors il faut dire clairement que les manifestants devaient se taire, qu’ils n’avaient pas voix au chapitre. Un peu difficile pour des démocrates. S’il est vrai que les débats ont libéré la parole homophobe, la responsabilité est forcément partagée, dans un contexte fait de provocations, d’affrontements et de slogans caricaturaux de part et d’autre.

On ne sait d’où sort ce constat qui devrait « forcément » être admis par tous. En deux ans de débats absurdes et outrageants pour les familles homoparentales, pointées du doigt, on cherchera en vain les « provocations et affrontements » auxquels se seraient livrés les défenseurs du mariage pour tous, et que le Courrier Picard prétend avoir vus et dénoncer.

Enfin, il faut croire qu’on ne voit pas les mêmes choses à Amiens et à Saint-Quentin, puisqu’à la même période, dans l’édition de Saint-Quentin, on annonce simplement la création… d’une antenne de SOS homophobie à Saint-Quentin ! Il semble donc que le problème du Courrier Picard avec les homosexuels se situe en particulier à l’édition d’Amiens. La suite des articles publiés à Amiens amène également à le penser.

4) Octobre 2014 : La drague homosexuelle, ce douloureux problème.

Cette fois, c’est le journaliste Zouad Bakhti qui s’y colle. Le 30 octobre 2014, le Courrier Picard s’attaque à un problème de taille : la drague homosexuelle causerait des nuisances pour les riverains d’un square. Une pleine double page (!) est consacrée à cette actualité brûlante, et un habitant témoigne : « La nuit, on sait qu’il s’y passe beaucoup de choses » ! D’incroyables révélations sont lancées dans cet article : ainsi, « au sol, les emballages de préservatifs côtoient les cannettes de bière et autres détritus ». Il faudrait conseiller aux journalistes du Courrier Picard de se rendre plus souvent sur les lieux de drague hétéros, et aux endroits bien connus, en Picardie et ailleurs, où des prostituées féminines attendent le client mâle : croient-ils donc qu’on s’y roule dans une herbe pure et immaculée, et que seules les pâquerettes y jonchent la route ou la pelouse ? Selon que vous serez homo ou hétéro, le Courrier Picard d’Amiens portera décidément sur vous un regard bien différent…

L’article interroge quelques habitués des lieux, qui expliquent simplement les problèmes qu’ils rencontrent :

On voudrait évidemment ne pas gêner les riverains mais depuis qu’ils ont taillé les bosquets et les buissons nous sommes plus visibles. On ne gêne personne, on ne fait rien de mal, on aimerait simplement avoir un lieu à nous. […]

Ils évoquent la violence homophobe à laquelle ils sont confrontés :

Beaucoup de jeunes d’Amiens-Nord ou d’Etouvie veulent casser du pédé. Il y a trois ans, un homme a été frappé à la tête, on ne l’a retrouvé qu’au matin, complètement nu et dans un sale état. L’an dernier, c’est un autre homme qui a été frappé sauvagement. Et je ne vous parle pas des vols de portables ou de portefeuille. On a parfois l’impression d’être des proies.

Mais la mairie d’Amiens répond à cette demande par la manière forte, puisque la mesure annoncée est la suivante : « D’ici quelques semaines, un arrêté municipal sera pris pour fermer le square la nuit », ce qui n’était pas tout à fait ce qui lui était demandé ! Enfin, l’article se conclut sur les déclarations tonitruantes de l’adjoint au maire chargé du quartier : « La situation est devenue inacceptable. On veut faire en sorte que les Amiénois se réapproprient ce lieu ». Il va bien sûr de soi que des homosexuels qui draguent ne peuvent pas être « des Amiénois »…

Ce qui est significatif, c’est que le 31 octobre, c’est-à-dire le lendemain, une grave affaire d’agression homophobe commise en ville, dont l’auteur est sévèrement condamné par le tribunal d’Amiens. Que croyez-vous qu’il arrive alors ? Cette fois, le journal y consacre un article laconique, d’une dizaine de lignes, où le journaliste trouve important de faire remarquer que SOS homophobie est « montée au créneau », dans une « histoire somme toute banale au départ ».

Par contre, le prétendu malaise qu’inspirent les homosexuels et les nuisances qu’ils provoqueraient méritent quant à eux une seconde « enquête » détaillée de la part du journal ! Décidément, en 2014, le Courrier Picard a ses raisons que la raison ne connaît point.

5) Novembre 2014 : La drague homosexuelle, encore et toujours !

Le square Lermerchier avait eu droit à une double page fin octobre 2014 de la part de Zouad Bakhti. Les journalistes du Courrier Picard semblent avoir pris goût aux lieux de drague homo, puisque trois semaines plus tard, Christophe Berger se rend cette fois « au bout de la rue Desjardins, dans la zone industrielle Nord », pour y dénoncer à nouveau sur une double page « une zone de drague au masculin ». L’article est un monument de voyeurisme complaisant et de moralisme ridicule. Tout heureux de trouver un coupable, le journaliste s’empresse d’aller interroger « un jeune qui avoue venir régulièrement sur ces lieux ». Il prend en note ses déclarations, observe autour de lui, puis il affirme au lecteur : « On a vu ce qu’on voulait. […] Il faut l’avouer, nous ne sommes plus très à l’aise ».

Après un intertitre peu ambigu, « Ces pratiques ne plaisent pas à tout le monde », le journaliste livre la quintessence de sa méthode de travail. Il faut le voir pour le croire :

Une lettre anonyme a été adressée en mairie d’Amiens pour dénoncer son immobilisme par rapport à ce qui se passe dans ce bois. On y parle de prostitution masculine, trafic de drogue, dégradations… Ce courrier stipule aussi que les entreprises voisines, France Express, Géodis, Calberson, Shenker… se plaignent de cette présence. Par rapport à leur implantation, on doute que ce qui se passe dans ce bois les perturbe.

Oui oui : au Courrier Picard, à Amiens, on base ses enquêtes sur… « une lettre anonyme adressée en mairie d’Amiens » ! En Picardie comme ailleurs, on n’avait sans doute plus vu cela depuis quelques dizaines d’années !

Mieux encore : on apprend soudain, à la fin de l’article, que le lieu décrit est en réalité… « une propriété privée » ! Il faut donc en conclure que le journaliste s’est rendu volontairement sur un lieu privé pour aller observer des hommes nus et des pratiques homosexuelles dont il abhorre la vue, puis en rendre compte dans son journal ! C’est là une méthode d’investigation tout à fait nouvelle. Amiénois, méfiez-vous : si un homme toque à votre porte pendant vos ébats, il s’agit peut-être bien de Christophe Berger, chargé par ses supérieurs d’une nouvelle enquête spéciale concernant vos pratiques sexuelles, basée sur la foi d’une lettre anonyme qui vous concerne.

Mais rassurez-vous : si vous êtes hétérosexuel(le), vous avez toutes les chances d’être laissé(e) tranquille par le Courrier Picard d’Amiens. D’ici 2014, le journal trouvera bien encore quelques adresses de rencontre homosexuelle à dénoncer sur des pages entières. La mise en avant de ces lieux n’est d’ailleurs pas seulement ridicule : elle est surtout dangereuse, si l’on en croit les nombreux témoignages de violences homophobes à l’encontre des personnes qui fréquentent ces lieux.

Heureusement, cet article a été rapidement condamné par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux, et en particulier sur le compte Facebook du Courrier Picard. Florilège :

« Zone de danger désormais. Il va y avoir des expéditions punitives » ;

« Le courrier picard de pire en pire et de plus en plus homophobes. Autre sujet pas encore traité : les homosexuels dans les toilettes publiques de la gare, du cinéma, le parc saint leu, derrière le cirque… bravo continuez c’est ça la vraie actu ! » ;

« Toujours plus groland que jamais, Le weekend cest un festival. A quand un clou avec le courrier Picard pour le recycler !!!! ;

« Pour faire dans la stigmatisation, le Courrier Picard est roi. C’est bien connu ! » ;

« Abuser le courrier Picard!!!! Vous avez pas autre chose à foutre sérieux ?ce quotidien régional devrais réfléchir un peu !!!! Une honte !!!! Vous serai certainement la cause d agression désormais » ;

« Bravo au Courrier Picard et à ses journalistes qui semblent ne pas aimer les homos ça fait vraiment très professionnel ça c’est de l’actualité bravoooo chacun est assez grand pour faire ce qu’il veut de son cul n’est ce pas ?! » ;

« Du journalisme de bas étage, avec tout les stéréotypes qui vont avec ! c’est scandaleux » ;

« Eh oui Flo, le Courrier Picard devient lamentable, c’est plus comme avant ! Et dire que mon père a beaucoup donné et y a travaillé toute sa vie. »

« Et après, on fait des articles sur les violences homophobes (ah non pardon, ça ils ne le font pas) » ;

« Un article sur le lieu de drague du centre ville. Un autre sur la zone nord. C’est quoi le pb du Courrier Picard ??? »

« Cet article va sûrement faire de sacrés dégâts pour ceux qui aiment s’y rendre en tout cas »

« C’est vraiment n importe quoi courrier Picard il y a plus grave en Picardie parler un peu des sdf l hiver approche »

« Ce journal est devenu un vrai torchon ! Le courrier Picard devrait avoir honte. Laisser un peu tranquille les gays !!!!
Aller poursuivre les dealers, les braqueurs, les délinquants en tout genre …A non pour cela il faut du courage !!!!
Nous attendons autre chose d’un journal
 »

Le Courrier Picard n’a bien sûr répondu à quasiment aucune de ces remarques : cela aurait pourtant été tout à son honneur. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître avoir fait des erreurs – même s’il vaut mieux sans doute mieux s’abstenir directement de les commettre.

***

Après une année pareille, que reste-t-il à dire ? L’accumulation, en quelques mois, d’articles destinés à pointer du doigt la communauté homosexuelle ne cesse d’étonner dans un même journal. S’agit-il d’une simple maladresse, ou bien d’une  campagne, volontaire ou non, de dénigrement à l’égard des homosexuels ? Les journalistes qui ont signé ces articles se rendent-ils compte du mal qu’ils peuvent faire, par ces articles, dans une région où les LGBT sont encore trop fréquemment rejetés ? En 2014, ce bilan du traitement des LGBT dans le Courrier Picard d’Amiens n’est pas brillant. Il reste à espérer que 2015 soit peut-être enfin l’année de l’égalité réelle entre homos et hétéros, dans la vie quotidienne comme dans les médias.

Discriminations | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | Medias | Politique | UMP | 11.10.2014 - 02 h 27 | 3 COMMENTAIRES
Lettre ouverte à Monsieur Xavier Bertrand, député-maire de Saint-Quentin (Aisne).

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Monsieur le député-maire Xavier Bertrand,

Vous avez affirmé récemment, lors de votre passage au Grand Journal de Canal +, que vous aviez participé à « chacune » des « manifs pour Tous » organisées depuis la création de ce mouvement en novembre 2012. Cela représente au minimum sept jours complets passés à arpenter les rues de Paris, de Montparnasse à l’Arc de Triomphe, en passant par les Invalides, le Trocadéro, l’arche de la Défense, le Quai d’Orsay ou la porte Dauphine. Durant ces dizaines de kilomètres de marche cumulés au beau milieu de vos dimanches après-midi, il semble que vous ayez mieux appris à découvrir la géographie de Paris que les habitants de Saint-Quentin, votre ville et votre circonscription.

Xavier Bertrand

Xavier Bertrand

Il faut sans doute croire que vous avez bien du temps à perdre chaque dimanche. Certes, vous pouvez naturellement occuper votre temps libre aux activités sportives et récréatives de votre choix – si tant est qu’un député-maire d’une ville de 70 000 habitants dispose d’une journée de temps libre par semaine, ce qui resterait encore à prouver. Mais pour mettre à profit vos jours de repos désœuvrés, vous pourriez par exemple vous promener davantage dans les rues de Saint-Quentin, parler avec les gens, et découvrir ainsi une réalité qui vous est apparemment largement ignorée. Vos engagements répétés « en tant que citoyen » aux côtés de la Manif pour Tous, non seulement nuisent aux homosexuels de votre circonscription et d’ailleurs, mais ne semblent de surcroît pas profiter aux habitants de Saint-Quentin.

Faut-il vous rappeler que vous êtes à la fois l’un des acteurs principaux et le représentant d’un territoire en grave difficulté économique et sociale ? Ignorez-vous que l’Insee, à partir de 27 facteurs liés à la qualité de vie dans les régions, classe Saint-Quentin et l’ensemble de votre circonscription parmi les territoires de France « en situation peu favorable », ce qui signifie qu’il s’agit hélas de l’une des zones les plus défavorisées et les moins attractives du pays ?

Vous prétendez que la participation aux Manifs pour Tous vous permet de discuter avec « les Picards ». Mais pour connaître la réalité de votre ville, Monsieur le député-maire, il n’est pas nécessaire de monter à Paris pour vous entretenir avec quelques homophobes venus de Compiègne, Senlis et Longueau. En effet, l’urgence, à Saint-Quentin, tout aussi bien dans votre ville que dans votre circonscription, c’est de régler du mieux possible les graves problèmes structurels, économiques et sociaux, qui s’accumulent inexorablement. Ce n’est pas dans la Manif pour Tous, entre deux invectives contre les LGBT et trois levers de drapeaux « bleus, blancs, roses » que vous connaîtrez la réalité de votre ville.

Les habitants de Saint-Quentin n’attendent pas de leur maire qu’il aille se pavaner dans des défilés inutiles où il pourra côtoyer l’Action française et Marion Maréchal-Le Pen. Ils attendent de lui qu’il les aide à vivre mieux dans leur ville. Or, Saint-Quentin, au quotidien, ce sont :

des jeunes adultes qui font tout pour quitter la ville, parce qu’ils préfèrent malheureusement étudier ailleurs, et parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi à la sortie de leurs études,

de nombreux commerces qui ferment, parfois même très peu de temps… après leur ouverture,

un patrimoine historique, industriel, architectural et urbain laissé à l’abandon,

une population désabusée, attristée, désespérée de se sentir abandonnée par la classe politique locale et nationale – et en particulier par son député-maire,

– un Front national qui obtient plus de 20% des voix aux élections municipales,

de nombreux travailleurs pendulaires qui trouvent des emplois dans des villes plus attractives (Paris, Amiens, Lille, Reims), et qui ne restent à Saint-Quentin que par défaut, avant d’aller ailleurs s’ils le peuvent.

une vie culturelle déclinante, où des spectacles sont fréquemment annulés faute de spectateurs.

l’un des taux de chômage les plus élevés de toute la France, qui est passé de 11% à 16% entre 2008 et 2013.

Pour parachever le tableau, le département de l’Aisne, dont Saint-Quentin est la ville principale, fait partie des 10 derniers en France lorsque l’on évalue la qualité de vie des départements. Et vous, pendant ce temps-là, vous trouvez le temps d’aller gambader avec Ludovine de la Rochère pour abroger une loi qui ne le sera jamais, et lutter contre les familles homoparentales ? C’est donc là votre priorité de maire et de député ?

Saint-Quentin

Saint-Quentin

M. Bertrand, lorsque la presse locale a voulu interroger des homosexuels sur le mariage pour tous en 2012-2013, elle a eu toutes les peines du monde à rencontrer des Saint-Quentinois prêts à témoigner, car ils avaient peur d’être alors stigmatisés dans leur propre ville. Est-ce bien cela que vous souhaitez pour les habitants de votre ville ? Et pensez-vous que votre soutien à la Manif pour Tous rassure les homosexuels de votre circonscription quant à la réaction de leurs élites et de leurs concitoyens face à l’homosexualité ? Si les droits des homosexuels ne vous intéressent pas, et que de simples raisons morales ne suffisent pas à vous empêcher de les combattre, modérez au moins vos propos par respect pour les citoyens de votre ville…

Le bulletin météo qui a suivi votre intervention a heureusement permis de conclure la séquence sur une petite note d’humour. Et de l’humour, il en faut sans doute, aux Saint-Quentinois, pour supporter leur quotidien tout en voyant le peu de temps que vous leur accordez, au profit d’autres causes qui vous monopolisent à leurs dépens.

Vous pourriez penser que les dernières élections municipales vous ont apporté un plébiscite de la part de la population, qui vous aurait accordé un blanc-seing en 2014. Vous auriez bien tort de croire cela : vous n’avez remporté les dernières élections législatives qu’à 196 voix près (sur 34 000 inscrits), et vous auriez d’illustres prédécesseurs dans la liste des gens persuadés d’avoir un mandat de député à vie quels que soient leurs actes, tels Jean-Marc Nesme, Eric Raoult, ou Brigitte Barèges – qui n’ont pas été du tout récompensés par leur électorat pour leur opposition viscérale aux droits LGBT.

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Au cours de cette interview, vous reprochez même au Front National de ne pas être assez à droite sur la question du mariage pour tous, et d’avoir été trop « en retrait » sur ce point : vous n’effectuez donc même plus de rapprochement avec le Front National (qui ne vous aime guère), vous cherchez carrément à le dépasser par sa droite ! Dans le même temps, à l’instar de Marine Le Pen, vous promettez une très hypothétique abrogation de la loi sur le mariage pour tous, dont vous savez très bien qu’elle n’aura jamais lieu, pour des raisons juridiques et politiques. Les liens historiques de Saint-Quentin avec l’Espagne devraient vous amener à regarder au-delà des Pyrénées : la droite espagnole a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non ! Plus près de votre circonscription : la droite britannique a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non, c’est même elle qui l’a instauré ! Alors ne cherchez pas à berner vos électeurs potentiels en lançant une promesse dont tout observateur sérieux sait qu’elle ne tient pas la route. Dans le grand public et dans votre parti, il y a encore des gens qui croient en vos paroles : cela devrait vous conférer une certaine responsabilité et un peu plus de décence dans vos propos.

Ironie due au hasard, ou mauvais calcul politique : ces propos interviennent alors même que ce week-end, Saint-Quentin accueille justement… le salon du mariage et du Pacs ! A cette occasion, on apprend que sur 338 mariages réalisés dans votre ville depuis janvier 2013, 13 ont concerné des couples de même sexe. Croyez-vous que ces couples puissent se promener aisément main dans la main lorsqu’ils sont à Saint-Quentin, comme le font les autres couples hétérosexuels ? De plus, aucun de ces couples de même sexe n’a eu droit à votre présence lors de son mariage, alors que vous avez célébré vous-même des mariages de couples hétérosexuels, et vos propos sur le mariage pour tous signifient que vous auriez voulu pouvoir refuser à ces 13 couples de même sexe le droit de se marier. Ces sept jours passés dans les « manifs pour tous » n’ont-ils donc comme seul but que de nuire au bonheur de quelques couples saint-quentinois ? Est-ce là l’aboutissement de vos « convictions » et de votre engagement personnel, alors qu’il y a tant de difficultés auxquelles les Saint-Quentinois aimeraient que vous apportiez des solutions concrètes ?

Je vous prie, Monsieur le député-maire, de bien vouloir agréer l’expression de mon plus profond respect – sentiment dont je dois bien reconnaître avec quelque regret, au vu des « convictions » que vous affichez à l’heure actuelle, que vous ne l’éprouvez en aucune manière envers les LGBT qui ont lutté et luttent encore pour leurs droits légitimes.

Numa.

***

P.S. : Vous trouverez ci-dessous, pour rappel, le verbatim de vos échanges avec les présentateurs du Grand Journal sur Canal + ce 06 octobre 2014.

Antoine de Caunes – Xavier Bertrand, vous étiez présent, vous l’avez dit tout à l’heure, à la Manif pour Tous, hier. Pourtant, vous vous êtes tenu loin des ténors de la droite. Pourquoi cette discrétion ?

Xavier Bertrand – J’ai défilé dans chacune des manifestations, mais jamais derrière les banderoles. Pourquoi ? Parce que, en tant que politique, je m’exprime à l’Assemblée, ou par exemple sur votre plateau. Vous m’invitez parce que je suis parlementaire, et parce que je suis candidat à la primaire. Mais si j’ai défilé, c’est avant tout en tant que citoyen, et puis il y a aussi une autre chose. Vous voyez : vous êtes derrière la banderole, là. Belles images, très bien. Mais vous parlez avec qui ? Avec les autres élus que vous avez mille occasions de voir. Alors que, au milieu, notamment avec les gens de Picardie, c’est plus intéressant et c’est mieux qu’un sondage, et ça permet de voir la réalité de cette manifestation.

Antoine de Caunes – Symboliquement, ça n’a pas le même poids si vous êtes derrière la banderole, et si vous êtes perdu dans la foule.

Xavier Bertrand – Perdu ? Vous savez, c’était pas discret. Non seulement ça se sait, c’était sur les réseaux sociaux, et j’assume totalement ma présence, mais je le fais aussi en tant que citoyen, parce que ça touche complètement mes convictions. […]

Jean-Michel Apathie – Cette manifestation a une réalité : elle réunit, c’est assez rare, les dirigeants de l’UMP et les dirigeants du Front National : c’est normal selon vous, c’est le jeu de la démocratie ou c’est embêtant ?

Xavier Bertrand – Le Front National, sur ces questions-là, a été très en retrait. Marine Le Pen, sur cette question, notamment au début, a été très en retrait. En ce qui nous concerne, et en ce qui concerne un certain nombre de personnalités, elles ont toujours été constantes dans l’opposition au mariage pour tous.

Natacha Polony – Est-ce que vous n’avez pas déjà perdu le combat idéologique ? […]

Xavier Bertrand – Perdre cette bataille idéologique, c’est si on renonçait à revenir en arrière, si on renonçait à abroger la loi Taubira. Ca voudrait donc dire que le progrès est synonyme de la gauche, et que parce que la gauche l’a fait, c’est synonyme de progrès, et qu’il nous est interdit de revenir dessus. Mais dans ces conditions-là, parce que la gauche l’a voté, si nous revenons au pouvoir en 2017, on ne pourra rien faire. On a déjà connu cette forme de défaite idéologique sur les 35 heures, il n’est pas question de dire qu’on ne pourra pas rien faire, parce que dans ces cas-là, il faut pas s’étonner que les Français ne votent plus. […] Il n’est pas question de démarier les couples homosexuels, il n’est pas question non plus de désadopter des enfants, mais il faut savoir qu’au 19ème siècle par exemple, en France, il y a eu le divorce, le divorce a été aboli, il a été rétabli, je crois, près de 70 ans après, on n’a pas obligé non plus les couples à se remarier. Donc les choses sont tout à fait possibles juridiquement. Je suis pour que l’on accorde la possibilité de s’unir pour les couples homosexuels, mais à partir du moment où vous avez l’égalité complète, il faut voir que l’engrenage de la loi Taubira amènera forcément – ce sera une question de mois ou d’années – à la GPA et à la PMA. Ceux qui disent le contraire, soit ne sont pas au courant, soit mentent sciemment. Parce que la cour de cassation donnera cette interprétation, et aussi la cour européenne de droits de l’homme.

Jean-Michel Apathie – Vous dites que vous êtes pour que les couples homosexuels puissent s’unir. Sous quelle forme, si ce n’est pas le mariage ?

Xavier Bertrand – Vous avez l’union civile, célébrée en mairie, parce que je trouve normal que la république donne aussi sa reconnaissance à cette union. A partir du moment où vous avez l’union, cela me va ; mais si vous avez la filiation, je ne suis plus d’accord. Alors je sais bien qu’on me dit ça, en disant : « Vous avez pas compris, on peut pas dire ça, il faut faire attention : ce sont mes convictions. Et même s’il y avait seulement 20% de Français qui étaient favorables à ça, ça n’est pas le problème, parce que ce sont mes convictions. […] Il faut aller au-delà du Pacs. Le Pacs est incomplet. Et d’ailleurs, nous aurions dû le faire évoluer, le Pacs, comme on l’avait promis à l’époque. D’ailleurs, c’est une grande leçon : quand vous ne menez pas les réformes selon vos valeurs, il ne faut pas s’étonner que vos adversaires les conduisent selon leurs valeurs. Ca aussi, c’est quelque chose qui est à méditer : faut jamais avoir peur d’engager les réformes, parce qu’autrement… Vous avez un sujet, c’est que vous avez une société française qui à mon sens a été déstabilisée, et comme je crois que les réformes à mener dans les années à venir seront très importantes ; en matière économique il faudra aller très loin ; sur le modèle social, si on veut garder l’essence du modèle social, il faudra le rénover ; pour rétablir l’ordre il faudra des réformes qui iront très loin ; mais sur les questions de société, que ce soit sur la question de la fin de vie, que ce soit sur la question de la famille, il faut une vraie stabilité.

Natacha Polony – Et vous n’allez pas rouvrir des fractures ? Vous allez pas refracturer encore plus ?

Xavier Bertrand – Je ne le crois pas, parce que l’aspiration profonde de nombreux homosexuels qui voulaient s’unir, c’était l’union, c’était le mariage, pas la filiation.

Antoine de Caunes – Une question un peu plus personnelle pour finir : vous vous rêvez toujours en candidat UMP en 2017, entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

Xavier Bertrand – J’ai toujours cette ambition-là. […] Je suis dans une voie très différente d’eux, peut-être parce que j’ai pas le même parcours qu’eux, peut-être parce que je ne suis pas dans la vie politique depuis 30 ans comme eux au niveau national, peut-être aussi parce que j’ai une façon de travailler, peut-être un peu plus loin de l’hyper-activisme médiatique, parce que c’est ce qui permet d’avoir une vraie réflexion et un vrai travail de fond. Mais c’est encore loin, c’est deux ans et demi, la primaire, et ça demandera la construction d’un vrai projet personnel.

Antoine de Caunes – Actuellement, au niveau des sondages, vous en êtes au même point que François Hollande

Jean-Michel Apathie – Oui, on voudrait pas vous saper le moral, mais regardez : on a trouvé ce petit sondage, vous le connaissez. Vous êtes à 3% auprès des sympathisants UMP, et Nicolas Sarkozy est à 62%. Vous le voyez : y a du boulot.

 

Associations | Discriminations | Education | Famille | Homoparentalité | Homophobie | International | Mariage | Medias | Politique | 10.08.2014 - 21 h 11 | 0 COMMENTAIRES
« L’Egalité des Droits dépase les frontières » : LGBT d’Europe, unissons-nous !

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Ce billet a pour but de présenter une petite vidéo réalisée en Ukraine par 40 jeunes militants LGBT de toute l’Europe, qui a déjà été vue plus de mille fois en deux jours. Ce clip a une valeur symbolique importante : il nous rappelle que les droits LGBT sont une problématique européenne et internationale, et que l’Europe toute entière doit s’engager davantage pour les défendre.

1) Le contexte européen : « A vos marques, Prêts… Egalité ! »

youth_in_action_logoL’Union européenne a mis en place un vaste programme d’éducation intitulé « European Youth in Action » (Jeunesse Européenne en action). Ce programme est à destination des jeunes de 13 à 30 ans, et a pour ambition de favoriser la mobilité internationale des jeunes Européens, ainsi que leur sens de la citoyenneté, de la solidarité et de la tolérance.

C’est dans ce cadre qu’a lieu le projet « Ready Steady Equal » (« A vos marques, prêts,.. Egalité »), destiné à lutter contre les discriminations liées au genre et à l’orientation sexuelle. Au sein de ce projet, un stage a eu lieu, du 26 jullet au 03 août 2014, à Lviv, grande ville d’Ukraine, située à l’Ouest du pays. Il a permis à 40 jeunes militants des droits LGBT, issus de l’Union européenne et de pays du continent européen, de se rencontrer et de dialoguer entre eux sur les droits LGBT en Europe.

Le choix de l’Ukraine comme pays de rencontre est significatif, alors que les droits des LGBT sont toujours très largement ignorés voire combattus dans ce pays en proie à de vifs affrontements à la fois en interne et avec la Russie.

2) Le clip réalisé : « L’égalité des droits dépasse les frontières ».

A la fin de ce stage, les participants, issus de 10 pays, ont réalisé un clip, par le biais de la plate-forme Bell Media. Cette vidéo est intitulée « Equal Rights are bigger than Borders » : « L’égalité des droits dépasse les frontières ». Elle montre l’importance de la coopération entre les citoyens des différents pays européens pour faire progresser l’égalité des droits :

En voici la traduction en français :

– Je suis du Royaume-Uni, et j’aimerais envoyer un message à mes amis LGBT en Ukraine. Je veux qu’ils soient forts, et je les soutiens dans leur combat pour l’égalité.

– Nous vivons en Ukraine, et nous soutenons nos amis italiens dans leur lutte contre l’homophobie.

D’Italie, nous souhaitons que nos amis polonais puissent se sentir en sécurité lorsqu’ils s’expriment dans la rue.

– J’habite en Pologne, et j’espère que la Turquie va inclure les droits des LGBT dans sa constitution.

– Nous sommes trois militants LGBT de Turquie, et nous soutenons le droit au mariage pour nos amis allemands.

– Je viens d’Allemagne, et je souhaite que mes amis géorgiens puissent vivre sans être discriminés.

– Je suis de Géorgie, et je soutiens les droits LGBT en République Tchèque.

– Je suis de République tchèque, et je veux que mes amis d’Azerbaïdjan soient protégés des crimes de haine.

– Les Azerbaïdjanais veulent que le gouvernement britannique enseigne les questions LGBT dès l’école.

Chacun aura compris l’une des moralités de la vidéo : les citoyens européens se soutiennent les uns et les autres dans les combats respectifs qu’ils mènent au sein de leur pays pour faire avancer l’égalité des droits. Les combats individuels et nationaux doivent converger vers une amélioration globale et européenne des droits LGBT. Ces jeunes en appellent donc à la responsabilité des dirigeants et représentants de l’Union européenne, ainsi qu’à celle des gouvernements et parlementaires nationaux de tous les pays du continent européen. Mais cette vidéo est à aussi à l’adresse du grand public : c’est à chaque citoyen européen de ces différents pays que ces jeunes militants veulent s’adresser.

3) Les adversaires des droits LGBT s’organisent déjà à l’échelon européen.

Manifestation en Allemagne, aux logos de la Manif pour Tous.

Manifestation en Allemagne, aux logos de la Manif pour Tous.

Ce genre d’action, soutenue par la commission européenne, est aujourd’hui de la plus grade utilité. En effet, les opposants aux droits LGBT ont, quant à eux, déjà réalisé la Sainte Alliance anti-LGBT en Europe. Cette internationalisation de la lutte contre les droits civils des LGBT a été menée sous la houlette de Louis Montané de la Roque, qui n’est rien de moins qu’un descendant de Hugues Capet !

Voici trois exemples où l’on retrouve l’influence néfaste du mouvement « La Manif pour Tous » en Europe. Ils ne sont présentés ici que brièvement, mais ils mériteraient de faire chacun l’objet d’un article plus approfondi. En effet, ils sont chacun révélateurs des objectifs de la Manif pour Tous au niveau européen, et des problématiques LGBT qui traversent actuellement les différents pays.

a) En Allemagne

La Manif pour Tous allemande « Die Demo für Alle » a manifesté en Bade-Wurtemberg pour protester contre l’instauration de programmes scolaires visant à lutter contre l’homophobie dans les écoles primaires. Elle a malheureusement obtenu gain de cause en partie. Elle réalise à présent une pétition pour s’opposer à un projet similaire porté par le gouvernement de Basse-Saxe.

La Manif pour Tous en Italie

La Manif pour Tous en Italie

b) En Italie

La Manif pour Tous Italia s’oppose depuis plusieurs mois à l’instauration d’une loi destinée à sanctionner les propos et actes homophobes. Les manifestants affirment défendre la liberté d’expression contre les prétendus dérives totalitaires d’un imaginaire « lobby gay ». Ils sont ainsi apparus avec, entre autres, des baillons arc-en-ciel sur la bouche.

c) En Croatie

En Croatie, la Manif pour tous a inspiré le collectif « Au nom de la famille », qui a interdit par référendum l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Ce collectif a en effet fait introduire dans la constitution la définition du mariage comme union d’un homme et d’une femme. Son logo, ses méthodes et ses objectifs sont très proches de ceux de la Manif pour tous.

4) Qui défend actuellement les droits LGBT au niveau européen ?

Heureusement, l’égalité des droits est d’ores et déjà défendue, aujourd’hui même, par au moins quatre instances au niveau européen, qui sont cependant encore beaucoup trop peu connues par le grand public :

ilga europel’association ILGA-Europe, qui réunit 417 organisations-membres issues de 45 pays européens. Il s’agit de la branche européenne de l’Association Ilga, fédération internationale d’associations de lutte pour l’égalité des droits.

l’Intergroupe « Droits LGBT » au Parlement européen, qui réunissait 175 eurodéputés durant la précédente législation (2009-2014), et qui devrait être reconduit durant cette session.

nelfale réseau Rainbow Rose, qui rassemble les partisans de l’extension des droits LGBT au sein des partis socialistes, travaillistes et sociaux-démocrates, dans le cadre du Parti Socialiste Européen (PSE)

le réseau Nelfa, qui défend les droits des familles homoparentales en Europe.

Au niveau international, et donc supra-européen, on pourra également noter l’investissement d’associations comme Amnesty International ou les campagnes d’All Out.

L’intérêt de la vidéo ci-dessus est donc de nous montrer que :

– le grand public et les militants doivent comprendre que la défense de l’égalité des droits se joue aujourd’hui au niveau européen et international, et il faut s’investir dans ces organisations internationales,

l’Union européenne doit saisir à bras-le-corps les responsabilités qui lui incombent, en promouvant plus largement encore, en son sein et à l’international, la lutte pour l’égalité des droits,

les instances qui luttent d’ores et déjà au niveau européen pour l’égalité des droits doivent être davantage connues au sein du grand public. J’espère que ce billet aura permis d’y contribuer.

Discriminations | France | Homoparentalité | Homophobie | Internet | Mariage | Medias | 30.11.2012 - 00 h 12 | 23 COMMENTAIRES
Lutte anti-droits LGBT : la journaliste Emmanuelle Duverger assimile les LGBT… aux forces nationales-socialistes d’Adolf Hitler !

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Emmanuelle Duverger se présente comme essayiste et journaliste. Dans les milieux médiatiques et politiques, elle est surtout connue pour être l’épouse de Robert Ménard, avec qui elle a rédigé l’essai polémique « Vive le Pen ! » (éditions Mordicus). Or, elle vient de s’illustrer par une initiative d’un goût plutôt douteux. Sur le site Boulevard Voltaire, où son mari Ménard s’exprime souvent, elle a réagi à la dispute qui a opposé l’animateur Benoît Duquesne au sénateur-maire du 19eme arrondissement de Paris Roger Madec. Et l’illustration qu’elle a choisie pour son article laisse plutôt pantois…

Rappelons que Benoît Duquesne a interviewé Frigide Barjot, opposante médiatique aux droits LGBT, dans les locaux de la mairie du 19eme, alors que Roger Madec ne lui avait pas donné l’autorisation d’utiliser les locaux de sa mairie pour accueillir cette personne précise. Le maire a donc décidé d’empêcher l’interview en coupant l’électricité, et donc la lumière, à l’équipe de tournage de Benoît Duquesne. Cela donne l’occasion à Emmanuelle Duverger de s’emporter, dans un article publié le soir même, contre la « Censure à la mode socialiste« .

Le texte de l’article est plutôt banal : l’essayiste se contente simplement d’égratigner Roger Madec, qualifié d' »apparatchik socialiste », de défendre Frigide Barjot qu’elle cite abondamment, et de s’en prendre à François Hollande, ironiquement désigné comme « grand démocrate ». Mais c’est l’illustration choisie qui attirera l’attention des internautes : vous pouvez la découvrir ci-dessus, en couleurs et en noir et blanc. Est-il bien raisonnable, Mme Duverger, d’apposer un badge aux couleurs du drapeau arc-en-ciel sur une photo d’Adolf Hitler (ici incarné par Chaplin) ?

On voit bien ce dont sont capables les partisans de Frigide Barjot : assimiler les LGBT à la folie meurtrière nationale-socialiste d’Adolf Hitler. Il faut n’avoir aucun respect pour les LGBT, ni aucune considération pour les victimes de la seconde guerre mondiale ou de la barbarie nazie, pour oser la réalisation de tels outrages et injures. Indiquons en outre, au cas où l’illustration ne serait pas assez parlante par elle-même, que l’image est intitulée « boulevard-voltaire-roger-madec-fascisme-gay« …

Lorsque l’on voit jusqu’à quels excès certaines essayistes sont prêtes pour défendre leurs égéries anti-LGBT, la conclusion à tirer de ce montage s’impose d’elle-même : Merci, Monsieur Madec, d’avoir coupé le sifflet à Frigide Barjot ! Et si jamais Emmanuelle Duverger se présente un jour à la mairie du 19eme en compagnie de Frigide Barjot et Benoît Duquesne, n’hésitez pas à aller encore un peu plus loin qu’aujourd’hui : coupez l’électricité comme ce jeudi matin, mais fermez aussi les volets, bâchez les fenêtres, et condamnez les portes, pour qu’ils ne sortent plus de leur pièce avant quelques mois…

Edit du 30.11.2012 (date de l’article) : pour être très précis, l’illustration représente bien Hitler joué par Charlie Chaplin dans Le dictateur (1940). Il s’agit d’un passage célèbre, où Hynkel (le nom du personnage représentant Hitler) prononce un discours expansionniste et antisémite :

Associations | Discriminations | Education | France | Homophobie | Politique | PS | 06.10.2012 - 18 h 03 | 0 COMMENTAIRES
Octobre 2012 : Le rapport sur la Refondation de l’école rappelle la nécessité de « lutter contre les stéréotypes racistes, sexistes ou homophobes ».

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Le 5 octobre 2012, le ministère de l’Education nationale a mis en ligne un  document de 50 pages intitulé « Refondons l’École de la République – Le rapport de la concertation« . Ce rapport fait suite à plusieurs mois de concertation et de débats entre de très nombreux acteurs du système éducatif (cadres, enseignants, syndicats, chercheurs, associations, etc.).

Ce rapport sera utilisé par Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, pour élaborer la future loi d’orientation sur l’Education nationale qui donnera les grands axes de la politique éducative durant le quinquennat de François Hollande. Trois passages concernent directement les LGBT et la lutte contre les LGBT-phobies, et ils sont plutôt positifs.

D’abord, pour les auteurs du rapport, l’école doit « lutter contre les stéréotypes racistes, sexistes ou homophobes » et « apprendre aux élèves à refuser tous les types de discrimination ». Même si cela semble aujourd’hui aller de soi, il est toujours bon de rappeler ce rôle de l’Ecole, parfois passé sous silence. La lutte contre l’homophobie n’a été l’un des objectifs de l’école qu’à partir… de 2001 (sous Jack Lang), puis à partir de 2008 (sous Xavier Darcos) : il s’agit donc là d’une ambition récente de l’école, qui est toujours à réaffirmer.

D’autre part, les auteurs du rapport préconisent d' »intégrer systématiquement au règlement intérieur le rappel et l’explication du principe de laïcité et des règles en découlant, ainsi que le refus des discriminations, la lutte contre les stéréotypes liés au genre et l’égalité filles-garçons ». Ils témoignent ainsi d’une volonté réelle de sanctionner et de prévenir toute attitude ou tout propos enfreignant la laïcité ou le respect des différences.

Enfin, les associations sont plusieurs fois mentionnées au cours du rapport. Leur rôle éducatif est mis en valeur, et le rapport préconise même de les faire participer à la formation des maîtres au sein des futures Espé (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation). On peut espérer que des associations comme Le Refuge, Contact ou SOS Homophobie pourront ainsi transmettre aux enseignants leurs connaissances et leurs savoir-faire en matière de lutte contre l’homophobie et l’exclusion.

Rappelons que l’association SOS Homophobie avait proposé sa propre contribution aux débats sur la refondation. Elle y insistait notamment sur la nécessité de sensibiliser les élèves au respect des différences de genre et d’orientation sexuelle, sur l’intégration à la formation des enseignants de modules sur les questions LGBT, ainsi que sur la mention des sanctions encourues pour LGBT-phobies dans le règlement intérieur. On peut voir que les auteurs de ce rapport ont entendu et retenu la plupart des revendications de l’association.

Par ailleurs, la ministre déléguée à la réussite éducative, George Pau-Langevin, était chargée dans l’équipe de François Hollande des questions sociétales, au sein desquelles figurait l’égalité des droits entre les couples et la lutte contre les discriminations. Gageons que la ministre saura mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la lutte contre l’homophobie, qui participe, elle aussi, à la réussite éducative et au bien-être des élèves à l’école. En effet, il reste maintenant au ministère de l’Education nationale à transcrire toutes ces belles ambitions dans la loi d’orientation pour l’école, qui sera rédigée au cours des prochaines semaines.

Discriminations | Education | Homophobie | International | Islam | 14.09.2012 - 14 h 28 | 10 COMMENTAIRES
Malaisie : le ministre de l’éducation lance une liste de « symptômes » pour traquer et « corriger » les jeunes homos et lesbiennes

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Mohd Puad Zarkashi, ministre de l’éducation en Malaisie.

En Malaisie, le ministre de l’Education a donné des instructions claires aux enseignants et aux parents.

Le ministre Mohd Puad Zarkashi leur enjoint en effet de détecter, parmi leurs élèves et leurs enfants, les huit symptômes qui peuvent laisser penser qu’ils sont homosexuels. Si des enfants ont ces « symptômes », il faut leur accorder toute son attention, et bien sûr les corriger.

Voici les symptômes qui permettront de détecter les jeunes gays et lesbiennes :

Pour les gays :

  • Avoir un corps musclé, et montrer son corps par des cols en V et des vêtements sans manches,
  • Préférer les habits moulants et de couleur pâle,
  • Etre attiré par les hommes,
  • Aimer porter des sacs similaires à ceux des femmes.

Pour les lesbiennes :

  • Etre attiré par les femmes,
  • Se tenir à distance des autres femmes, sauf celles avec qui elles ont des relations,
  • Aimer sortir, manger et dormir en compagnie de femmes,
  • Ne pas avoir d’affection pour les hommes.

Ces instructions ont été délivrées au cours d’un séminaire sur les questions LGBT à destination des enseignants et des parents. Ce genre de séminaire est tenu à travers toute la Malaisie (Selangor, Kuala Lumpur, Perak…), et a pour objectif revendiqué de lutter contre l’homosexualité.

L’activiste Pang Khee Teik a accusé le ministre de vouloir répandre la haine, et l’avocate Fadiah Nadwa Fikri a rappelé que la Malaisie fait encore partie des pays du monde qui persécutent les homosexuels. Ce guide y contribue pleinement – et ce dès le plus jeune âge…

Discriminations | Droit | Homophobie | International | Medias | Politique | 27.06.2012 - 19 h 29 | 14 COMMENTAIRES
Débat télévisé au Cameroun : « L’homosexualité est un crime contre l’humanité »

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Au Cameroun, un débat a été organisé sur la chaîne Vox Africa entre Sismondi Barlev Bidjocka et Maître Alice Nkom sur le thème de l’homosexualité. Sismondi Barlev Bidjocka est le porte parole du Rassemblement de la jeunesse camerounaise (plus de 360 associations). Face à lui se trouve l’avocate Me Alice Nkom, grande militante pour les droits LGBT.

Voici les 12 minutes de débat qui ont eu lieu :

Le premier interlocuteur se déclare d’emblée « homophobe », et crie à plusieurs reprises : « L’homosexualité, nous n’en voulons pas ». Il répète à plusieurs reprises que, pour lui, « le débat est clos », et qu’il refuse d’en discuter de peur que l’issue du débat ne soit favorable aux LGBT. A partir de 4 minutes, et après s’être référé au « Christ, fils de Dieu », il défend un point de vue incroyable : il se met à argumenter pour dire que, selon lui, « l’homosexualité est un crime contre l’humanité ». Pour lui, l’homosexualité est « une criminalité punie par la loi », et il la compare au banditisme et au viol.

Maître Alice Nkom défend quant à elle, en utilisant bon nombre d’arguments logiques, les droits LGBT. Pour elle, l’acte d’amour n’a pas pour seul but, au contraire de ce qu’affirme son interlocuteur, la procréation. Elle affirme : « Je me bats pour l’égalité de tous les droits pour tout le monde ». Défendant la liberté de chacun, elle lance : « On s’envoie en l’air comme on veut ! » Maître Alice Nkom fait face avec beaucoup d’aplomb à la violence et à l’emportement de son interlocuteur.

Sismondi Barlev Bidjoka conclut : « Nous avons des messages à passer à ceux que Madame défend. Ce n’est pas humain de défendre des causes comme celle d’un homme et un homme. Les droits de l’homme, ce n’est pas ça. »

Vous pouvez regarder ici l’émission complète (Recto Verso de mai 2012). Les déclarations de Maître Alice Nkom y sont parfaites, calmes et profondes :

P.S. : A partir de 17 minutes, le présentateur lui-même donne des chiffres absolument faux : il prétend que seuls 10 pays au monde légalisent l’homosexualité : il confond autoriser l’homosexualité, et reconnaître le mariage homosexuel !

P.P.S. : A partir de 37 minutes, c’est un homme d’Eglise qui intervient. Il considère les homosexuels « comme des malades » qui se sont écartés « du chemin de la justice ». Me Alice Knom réplique à ses arguments avec beaucoup d’habileté et une grande intelligence, en citant notamment l’archevêque Desmond Tutu. « Vous priez pour leur âme, dit Me Alice Nkom, moi je prie pour leur liberté. »

Adoption | Discriminations | DOM-TOM | France | Homophobie | Mariage | Medias | 26.06.2012 - 02 h 02 | 2 COMMENTAIRES
Quand le site le plus consulté de la Réunion… publie un courrier homophobe.

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Le site clicanoo.re est célèbre sur l’île de la Réunion. Au 1er janvier 2011, il était le site le plus lu de toute l’île de la Réunion. En mai 2012, il a encore reçu plus de 1 400 000 visites. Propriété des groupes Cadjee et Hersant Médias, il est en fait le site internet du quotidien régional Le Journal de l’île de La Réunion.

On mesure l’importance, au sein de la société réunionnaise, de ce site – qui existe depuis 1998. Il est donc d’autant plus regrettable que, le 16 juin 2012, ce site ait choisi de publier un courrier reçu de la part d’une certaine Anne-Marie M. Dans cette lettre, la lectrice donne son avis sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe.

Qu’apprend-on dans ce courrier ? D’abord, l’auteure se lance dans une comparaison des plus hasardeuses entre le mariage pour tous, et, à la file, le terrorisme, les morts sur la route et le diabète. Selon elle, si on légalise le mariage pour les couples de même sexe :

Pourquoi ne pas tolérer le terrorisme au nom de la liberté religieuse ? Pourquoi ne pas tolérer au nom de la liberté individuelle, que des individus roulent en excès de vitesse et mettent la vie des autres en danger ? Pourquoi ne pas tolérer au nom de l’amour que je porte à mon gamin, qu’il prennent des sucreries à longueur de journée et devienne diabétique ?

Ensuite, si les homosexuels réclament des droits, c’est à l’encontre de « l’ordre naturel des choses » qu’ils veulent « pervertir par égoïsme, par vice, par orgueil ». Jamais à court de comparaisons, Mme M. effectue une analogie très audacieuse entre l’homosexualité et la drogue :

Ce n’est pas parce que l’homosexualité existe, qu’il faut la cautionner, (faisons de même avec la drogue puisqu’elle existe !)…

Mais c’est sans doute pour ses profondes connaissances en médecine, psychologie et sciences sociales que le site clicanoo.re a choisi de retenir le témoignage de Mme Anne-Marie M.. En effet, la lectrice se lance dans une longue litanie pseudo-médicale et psychologisante, qu’il faut, par respect pour le subtil déroulement de la réflexion, citer in extenso :

…De plus l’homosexualité n’est pas une fatalité ! Des homosexuels ont pu retrouver leur véritable identité sexuelle via un parcours de guérison intérieure ! Cela existe, mais on n’en parle hélas pas dans les médias et pourtant des témoignages existent à ce sujet ! Souvent l’homosexualité est due à des blessures profondes de vie (incestes, traumatismes affectifs pouvant troubler la personnalité sexuelle de la personne) mais aussi de pratiques sexuelles débridées, (si à la mode de nos jours et ouvertement plébiscitées par les médias en tout genre et des personnalités de ce monde, donnant le mauvais exemple) et de nos laisser-aller à la convoitise de notre chair (films, revues érotiques, clubs échangistes etc.) au lieu de combattre nos mauvais penchants. Nous sommes tous habités par le mal et le bien et il nous faut lutter pour faire triompher le bien en nous et autour de nous ! Certains deviennent bi maintenant, ou après des années de mariage deviennent homosexuels !

On aura évidemment compris l’esprit de tolérance et d’ouverture qui anime Mme M., mais celle-ci pense malgré tout nécessaire de signaler sa bienveillance envers les LGBT. Elle précise donc, à la fin de son courrier :

Je n’ai aucune animosité envers les homosexuels…

Je connais bien la Réunion, et je sais que cette île, au carrefour des civilisations, mérite bien son nom, qui évoque la conciliation et le vivre ensemble de cultures très différentes. Je ne suis donc pas fâché contre les Réunionnais en général, qui forment une population diverse et plus ouverte que cette lettre ne pourrait le faire croire. A l’inverse, je ressens naturellement une certaine antipathie pour cette Mme Anne-Marie M., qui parle sans honte de ce qu’elle ne connaît pas, et qui enfile les sornettes à un rythme effréné dans sa lettre mal écrite.

Mais si je suis en colère, c’est contre le Journal de l’île de la Réunion, et son site Clicanoo.re. Quelqu’un a choisi de publier ce courrier ridicule et de lui donner un large écho en le diffusant. La personne qui a fait cela est un(e) irresponsable, qui n’a pas pensé une seconde au mal qu’un tel courrier pouvait faire pour les jeunes LGBT qui peuvent le lire. Les comparaisons entre les droits LGBT et, au choix, la drogue, les morts sur la route, le terrorisme et le diabète, sont une honte absolue. L’assimilation de l’homosexualité à une maladie mentale dont on doit « guérir » ou à un trouble psychique est abjecte.

Non, Madame Anne-Marie M. et Monsieur le responsable de Clicanoo, l’homosexualité n’est pas « un mauvais penchant » issu de l’inceste ou de traumatismes ! En revanche, la haine et l’homophobie peuvent, quant à elles, causer « de profondes blessures de vie » pour les LGBT qui en sont les victimes – par votre faute.

A présent, les responsables du média clicanoo.re feraient preuve d’honneur et de dignité en retirant de leur site ce courrier scandaleux, et en présentant leurs excuses à la communauté LGBT pour avoir choisi de diffuser ces propos stigmatisants.

Cinéma | Discriminations | Famille | Homophobie | International | Livres | Monde rural | 06.05.2012 - 01 h 36 | 0 COMMENTAIRES
Xavier Dolan adaptera au cinéma « Tom à la ferme » de Michel-Marc Bouchard

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C’est Michel-Marc Bouchard, dramaturge québécois, qui l’annonce sur son site officiel : Xavier Dolan (en photo ci-dessous) va bientôt adapter au cinéma sa pièce de théâtre Tom à la ferme, consacrée en particulier à l’homophobie en milieu rural.

Tom, un jeune publicitaire, part à la campagne pour assister aux obsèques de son amant. Il y rencontre sa belle-mère, et découvre avec surprise qu’elle ignore tout de leur histoire d’amour, et même de l’homosexualité de son fils. En effet, ses enfants lui ont toujours menti, et Francis, le beau-frère de Tom, est prêt à tout pour que la vérité ne lui soit jamais révélée…

Créée par Claude Poissant, en 2011, au Théâtre d’Aujourd’hui (Montréal), la pièce Tom à la ferme a déjà été couronnée par le prix de la dramaturgie francophone. Elle rencontre actuellement un grand succès au Teatro Santa Caterina de Mexico, puis, en novembre 2012, elle sera mise en scène par Eda Holmes au Factory Theatre (Toronto), mais aussi par Ladislas Chollat à l’Espace Michel-Simon (Noisy-le-Grand). Le scénario du film pourrait être finalisé d’ici un an.

On doit déjà deux beaux films à Xavier Dolan : J’ai tué ma mère (autour des relations d’amour et de haine qui unissent le jeune Hubert Minel à sa mère) et Les amours imaginaires (où deux amis, Francis et Marie, tombent tous deux amoureux du beau Nicolas). Son dernier film, Laurence Anyways, sortira au Québec le 18 mai 2012. Il raconte l’histoire de Laurence, prof de littérature, au cours de sa transition d’homme en femme.

Michel Marc Bouchard, quant à lui, a déjà écrit une vingtaine de pièces de théâtre, dont la dernière, Christine, la reine-garçon, doit être créée par Serge Denoncourt en novembre 2012, au Théâtre du Nouveau-Monde (Montréal). On lui doit cette belle phrase, qu’il a coutume de répéter, et qui est malheureusement toujours si vraie : « Avant d’apprendre à aimer, les homosexuels apprennent à mentir ». Ce à quoi il ajoutait, en novembre 2010 : « Nous sommes des mythomanes courageux ».

Discriminations | Education | Homophobie | International | 04.05.2012 - 04 h 51 | 2 COMMENTAIRES
Un conte d’Allemagne : l’instituteur, le prêtre, et les villageois homophobes.

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Ce conte relate une histoire vraie, qui n’est pas si ancienne qu’on pourrait le croire.

Il était une fois un petit village de 1200 habitants, Rechterfeld, en Allemagne (Basse-Saxe), dont le maire et les habitants étaient bien embêtés. En effet, l’école publique n’avait plus de directeur depuis plusieurs mois, et il est bien difficile de faire tourner un établissement dans ces conditions. Au printemps 2012, un instituteur se présente. Vite vite, on réunit les comités nécessaires, on demande l’accord des autorités compétentes : tout va pour le mieux, le candidat est retenu, et il va pouvoir prendre les rênes de l’établissement qui en a tant besoin. Or, c’est lorsqu’on croit que tout est arrangé, que les ennuis commencent..

Coup de théâtre : le prêtre catholique, figure centrale dans ce petit village conservateur, dit avoir reçu de nombreux appels émanant des villageois inquiets et courroucés. De quoi se plaignent-ils ? Eh bien, pardi, il se murmure que le nouvel arrivant serait gay et protestant – deux tares impardonnables dans le village. Le prêtre, Hermann Josef Lücker, n’écoute que son courage, et prend son téléphone. Il tombe sur le compagnon de l’instituteur, et lui explique que les villageois sont mécontents : ils lui auraient fait part de « leurs craintes », « leurs peurs », « leurs détresses ». L’instituteur n’est pas là – le prêtre laisse un message à son intention : il espère bien pouvoir lui dire bientôt deux mots, en entretien privé…

Mais le prêtre n’aura jamais l’occasion de se livrer à l’entretien qu’il avait prévu. Car, suite à cet appel, l’instituteur a tout bonnement… retiré sa candidature. A présent, le prêtre nie avoir tenu des propos désagréables par téléphone sur l’homosexualité ou le protestantisme de l’instituteur. Mais, quand on lui demande de quels problèmes il voulait parler avec l’instituteur, et pourquoi celui-ci a subitement refusé de venir, il élude la question. Il se refuse également à dire qui l’a appelé, et pourquoi il s’en est pris à l’instituteur, au lieu d’expliquer aux villageois que « leurs craintes » et « leurs peurs » réelles ou supposées étaient tout bonnement sans fondement.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que cette décision est une catastrophe pour le village, qui continuera à devoir se passer de directeur d’école durant sans doute une longue période. Le village, qui n’avait besoin de cela, voit sa réputation encore plus détériorée qu’auparavant. Quant à l’instituteur, bien qu’il habite dans le canton de Rechterfeld, il préfère continuer à faire la route tous les jours entre son domicile et la ville de Brême, plutôt que d’enseigner là où l’on n’a pas voulu de lui.

La morale de cette histoire vraie ? La collectivité est toujours menacée davantage par un groupe d’homophobes cauteleux que par un couple de garçons amoureux. Qu’on se le tienne pour dit ! A présent, les deux compagnons ne veulent plus entendre parler des habitants du village ni de leur prêtre, et ils vivent désormais des jours heureux en Basse-Saxe – mais on ignore encore s’ils auront, comme à la fin des contes traditionnels, la chance d’élever « beaucoup enfants ».

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