4297 Bayrou | E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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Adoption | Bayrou | Discriminations | Droit | Education | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | Modem | Politique | UMP | 18.02.2012 - 01 h 15 | 0 COMMENTAIRES
11 et 14 février 2012 : un regard LGBT sur les travaux du Modem.

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François Bayrou est-il pour l’égalité de tous les couples face au mariage et à l’adoption ? Sa réflexion a beaucoup évolué depuis son refus personnel du Pacs à la fin des années 90. Les positions qu’il défend en 2012 sur le mariage et l’adoption par les couples de même sexe méritent donc d’être observées de près… Petite plongée dans la campagne de François Bayrou cette semaine.

François Bayrou entouré de journalistes.

La valeur « Solidarité ».

Le 11 février 2012, François Bayrou a tenu à la Maison de la Chimie l’un des quatre grands forums de réflexion qui rythment sa campagne. Intitulé « Solidarité », il comportait trois tables rondes de 3h30. L’un de ces moments d’échange, dirigé par Dominique Verisini, était appelé « Vivre Ensemble ». Si je m’y suis rendu, au lieu d’aller au mariage symbolique de Villejuif qui avait lieu exactement au même moment, c’est parce que cette table ronde devait aborder, entre autres, la thématique de l’égalité et de la lutte contre les discriminations.

Discours d'ouverture de François Bayrou

Le discours inaugural de François Bayrou était constitué d’une charge extrêmement virulente contre Nicolas Sarkozy, qui venait de faire paraître sa fameuse interview dans le Figaro Magazine. A l’inverse du Président Sarkozy qui divise, Bayrou veut être un Président qui rassemble, et qui gouverne au nom des valeurs humanistes.

Dominque Versini et Fadila Mehal

Dominique Versini (debout, au centre de l'image)

Dominique Versini, qui dirige la table ronde « Vivre ensemble », n’est pas une inconnue. C’est une chiraquienne historique, qui a été victime de sa liberté de parole et de la réorganisation des institutions sous Nicolas Sarkozy. Ancienne cofondatrice du Samu social et Défenseur des enfants, elle a également été secrétaire d’Etat chargée de la Lutte contre la précarité et l’exclusion auprès de François Fillon. On apprendra dans l’après-midi, lors de sa participation au grand débat politique de l’APGL, que c’est elle qui a, en majeure partie, rédigé le statut du beau-parent, tel qu’il a ensuite été défendu par Nadine Morano… et refusé par l’UMP.

Fadila Mehal (à droite)

La table ronde était co-dirigée par Dominique Versini et Fadila Mehal. Dominique Versini est un soutien récent à François Bayrou. Elle a rappelé qu’elle n’était « pas encartée », mais qu’elle soutenait les valeurs humanistes du candidat Modem. A l’inverse, Fadila Mehal accompagne le Modem depuis son année de création. Elle s’est engagée de longue date dans l’action sociale et le monde associatif, et elle a eu de nombreuses responsabilités en lien avec la cohésion sociale et l’égalité des chances.

L’intervention de Frédérick Getton

La grande majorité de la table ronde était dédiée à des problématiques sociales ou économiques. Mais la gravité des problèmes abordés rendait légitime la place importante accordée aux problèmes sociaux : lutte contre la précarité, problèmes de logement, politique de la ville (et de la ruralité), place de l’enfance, prise en compte du handicap…

Catherine Tripon

Parmi la trentaine d’intervenants, deux étaient au fait des problèmes rencontrés par les LGBT. Pour l’anecdote, le public ne disposant pas de la liste des intervenants, j’ai cru pendant deux bonnes heures que le sujet des discriminations homophobes serait traité par Catherine Tripon, porte-parole de la fédération L’autre Cercle. En réalité, Catherine Tripon a posé la question de l’égalité entre hommes et femmes dans l’entreprise, puisque c’est un sujet dont elle également spécialiste.

Le thème de l’égalité des droits entre couples mixtes et non-mixtes a donc été abordé par Frédérick Getton. Militant de l’UDF puis du Modem, il est le président de « CENTR’EGAUX, l’association des centristes et démocrates LGBT ». Il a exposé avec beaucoup de conviction les objectifs de Centr’égaux : lutter contre les LGBT-phobies et obtenir l’égalité stricto sensu, en droits et en devoirs, entre couples hétéros et couples de même sexe. Il a revendiqué, pour les LGBT, le droit à la différence et à l’indifférence, ainsi que le respect de la diversité des femmes et des hommes qui composent la société. Ces demandes rejoignent pour lui « le projet humaniste de François Bayrou et du Modem ».

Centr’égaux souhaite « l’égalité globale » entre les couples, par l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe. Il revendique également accession à la parentalité pour les couples de même sexe : adoption, PMA et GPA encadrée. L’instauration d’un statut du beau-parent lui semble indispensable. Pour Frédérick Getton, il permettrait de respecter le droit de l’enfant, et apporterait la sécurisation des enfants, si chère à François Fillon.

La "table ronde" et ses 30 chevaliers

Frédérick Getton rappelle que l’orientation sexuelle peut encore poser des problèmes dans le monde du travail : lors des discussions entre collègues, beaucoup d’homosexuels s’inventent une vie, ou se taisent, pour cacher l’existence de leur copain ou de leur copine. Enfin, il souhaite que l’éducation sensibilise davantage les enfants au respect de la différence (le maire de Talence, présent à la table, acquiesce vivement).

Dans le public, tout près de moi, un honorable spectateur a de plus en plus de mal à se contenir en écoutant l’intervention de Frédérick Getton. « Et les devoirs ? » marmonne-t-il d’abord à sa femme. Il reprend peu après, de plus en plus fort, et cherchant l’approbation de ses voisins : « Et les enfants, alors, ils y pensent ? Non mais vraiment ! » Evidemment, il n’applaudit pas à la fin de l’intervention, et ce qu’il a entendu l’a mis de fort mauvaise humeur…

Comptes rendus des tables rondes

La table ronde s’est terminée vers 13h30. Les thèmes abordés, très divers et intéressants, ont été largement commentés – même si la question des LGBT a été traitée très brièvement (4mn sur 3h30).

Dans la Maison de la Chimie, à la pause

Je profite de la pause-déjeuner pour retrouver l’adhérent Modem qui s’est récrié durant l’intervention de Frédérick Getton. Il pourrait être mon père – il lui ressemble beaucoup. Au cours de la discussion, ce militant UDF puis Modem m’explique qu’il s’inquiète pour les « droits de l’enfant », parmi lesquels figure, selon lui, le droit d’être élevé par un père et une mère. Il pense que « le développement psychologique d’un enfant nécessite l’altérité père/mère », et que les droits de l’enfant sont supérieurs aux droits LGBT. Il m’indique qu’il est cependant prêt à voter Modem, malgré son désaccord avec Bayrou sur cette question. Il a l’air presque déçu lorsque je mets fin à la discussion en le remerciant : il aurait apparemment voulu continuer à dialoguer avec moi. Sait-il que j’ai dû inventer un prétexte pour nouer le dialogue avec lui, que je n’ose pas lui dire que je suis homo, que j’aimerais adopter un enfant avec mon compagnon, et que ses fausses convictions m’ont touché ? Sait-il que mon père, qui pensait autrefois comme lui sur toute la ligne,  souffre désormais que mon compagnon et moi ne puissions pas adopter ou recourir à la GPA pour élever ensemble un enfant au sein de notre foyer ? Un instant, j’ai envie d’inviter ce type chez moi, de lui montrer comment on vit, de le présenter à des couples homos qui ont élevé leurs enfants…  J’ai, durant quelques instants, l’espoir qu’il comprendrait alors son erreur.

Dominique Versini

A 14h, les rapporteurs de chaque table ronde viennent rendre compte des débats. La vieillesse, la santé, l’emploi, la protection sociale… sont autant de thèmes traités lors des deux premières tables rondes, et présentés par quelques personnalités. Dominique Versini monte alors à la tribune pour rendre compte de nos débats. Elle aborde, plus en détail que lors des débats du matin, le thème des familles homoparentales « qui existent, et qui sont d’aussi bonnes familles que les autres ». A ces mots, je suis ému d’entendre cette déclaration dans un parti centriste. Mais les réactions autour de moi sont assez vives (je suis assez loin de la tribune, là où les gens commentent plus librement) , et quelques personnes, bien que discrètes, sont assez mécontentes. « Je sais, déclare Dominique Versini au sujet des familles homoparentales, que François y est sensible. Tout part de l’enfant, et du besoin qu’a sa famille d’être soutenue ».

Discours de clôture de François Bayrou

A 14h15, avec un peu de retard, François Bayrou tient son discours. Malheureusement, il n’est plus question, dans ce discours final de 1h15, des LGBT ni de leurs familles. Le candidat fera à peine une allusion, au début et à la fin du discours, à la lutte contre les discriminations. Il cite la discrimination pour orientation sexuelle, mais il s’attache surtout à celles, tout aussi réelles, dont sont victimes « les minorités visibles » et les femmes.  Le candidat déclare : « Je crois aux vertus de l’éducation, des campagnes de sensibilisation, je crois à l’engagement personnel de chacun pour que la discrimination ou les préjugés ne passent pas par lui. »

Où l’on retrouve Dominique Versini et Frédérick Getton

Une fois le discours fini, je file au débat politique de l’APGL. Je ne suis pas le seul à y aller, puisque j’entends Dominique Versini glisser à Fadila Mehal : « Bon, maintenant je vais voir les familles homoparentales. » Je suis surpris par le ton de Dominique Versini, qui a l’air quasiment enjouée de se rendre au débat. Elle ne semble pas du tout stressée d’y aller, bien au contraire : son visage contraste fort avec l’air contrit et renfermé de Jean-Marie Cavada, lorsqu’il était venu représenter le Nouveau Centre devant l’APGL en septembre 2010 !

Au débat de l’APGL, Dominique Versini présente la position du Modem sur le mariage, l’adoption et la PMA. A titre personnel, elle aimerait que le mariage soit ouvert à tous les couples. Ce n’est cependant pas la position de Bayrou, « dans l’état de sa réflexion pour le moment », ajoute Dominique Versini. Le président du Modem souhaite en effet instaurer plutôt une union civile qui donnera aux couples de même sexe les mêmes droits et les mêmes devoirs qu’aux autre couples. Au sein du Modem, beaucoup espèrent encore que François Bayrou comprendra que cette solution n’est pas viable socialement, parce qu’elle conduit au coming out forcé et favoriserait toutes les discriminations. En outre, elle est électoralement contre-productive : elle lui coûte plus d’électeurs qu’elle ne lui en apporte. De l’avis de tous, François Bayrou est un homme pragmatique qui a des convictions fortes et qui sait se remettre en question : saura-t-il se rendre compte, à temps, que la seule solution possible est l’ouverture du mariage pour tous ?

Le Modem est en outre favorable à l’ouverture de l’adoption pour les couples de même sexe, mais aussi à l’accès à la PMA pour les couples de femmes. François Bayrou est également favorable à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger. Ses positions sur l’ouverture de la GPA en France, même encadrée, mériteraient d’être clarifiées : on sent bien que le sujet est extrêmement complexe et ne figurerait pas parmi les premiers résolus au cours du quinquennat.

Dominique Versini dialogue avec les médias.

A la tribune, Dominique Versini fait bonne figure face à George-Pau Langevin, qui s’emmêle à un moment les pinceaux en parlant de « femmes pacsées célibataires » (et en persistant dans son erreur…), ou qui explique à quel point les discussions sur les thèmes LGBT peuvent être « difficiles et compliquées » entre les responsables P.S. Dominique Versini essaie en outre de tempérer les ardeurs de Clémentine Autain, dont l’intervention aura sans doute été la plus appréciée de l’après-midi, mais dont les positions supposeraient une « révolution copernicienne » dans notre façon d’envisager la famille. Point amusant : Camille Bedin (UMP) cherche à plusieurs reprises du soutien de la part de Dominique Versini, soit du regard, soit en s’adressant directement à elle, mais cette dernière le lui refuse à chaque fois.

Opposée à l’une des spectatrices sur la nécessité pour un enfant d’avoir deux parents, Dominique Versini recourt à son expérience personnelle durant sa jeunesse. L’exercice est risqué, mais la séquence est émouvante, et l’on voit bien que Dominique Versini est sincère, à la fois dans le récit de sa vie et dans ses convictions. Pour elle, un enfant doit être élevé par un couple, quel que soit le sexe des deux personnes qui l’élèvent. Cette idée fait débat au sein du public et des intervenants : quid des familles monoparentales, des couples divorcés et de la co-parentalité ? quid des sociétés où la famille n’obéit pas nécessairement au schéma occidental moderne « couple + enfant(s) » ? Cette question  pourrait sans doute faire l’objet, dans un proche avenir, de rencontres passionnantes et de débats réunissant témoins et spécialistes.

Frédérick Getton

Frédérick Getton, présent lui aussi, profite de ce débat pour faire se rencontrer Dominique Versini et Nicolas Gougain, de l’Inter-LGBT. La discussion entre ces trois personnalités semble prometteuse, et le contact se fait très facilement.

14 février : la Saint-Valentin de Bayrou avec les LGBT ?

Enfin, le 14 février 2012, François Bayrou est l’invité d’Europe 1 pour une matinale spéciale qui lui accorde quasiment 2h de temps d’antenne. Vers 8h30, il répond aux questions des Français.

C’est l’auditeur Robert, de Marseille, qui pose la question du mariage homosexuel et du « droit d’adoption » (à 6 minutes, dans la vidéo).

Bayrou – On va prendre deux minutes, parce que je suis choqué… Ma position est très simple. Je suis choqué par un certain nombre de propos…

Bruce Toussaint – Ceux de Nicolas Sarkozy dans le Figaro Magazine ?

Bayrou – Par exemple. Quand on parle de l’homoparentalité en présentant ça comme une déviance. Je voudrais qu’on songe qu’il y a, en France, des centaines de milliers d’enfants, d’adolescents, de jeunes, dont le père ou la mère est dans la situation d’avoir cette orientation sexuelle, et de l’avoir découvert quelquefois après, quelquefois avant la naissance de leur enfant. Ces enfants-là, ces jeunes-là, qui vous écoutent en ce moment, je trouve mal qu’on les présente comme destabilisant la société. L’homoparentalité, ça existe. Il y a donc une deuxième question : est-ce que l’adoption par des homosexuels existe ? Eh bien, elle existe évidemment, puisqu’en France, un célibataire peut adopter ! Alors, il y a une troisième question : est-ce qu’on peut reconnaître un lien qui existe entre l’enfant et les deux parents qui l’élèvent, lorsque les deux qui veillent sur lui ont cette vie de couple ? Moi, je pense que c’est bien de le faire. […] Ca existe dans la société française. Ce n’est pas une opinion : c’est une réalité qui touche des centaines de milliers d’enfants, de jeunes et de parents, pour qui je demande un minimum de respect et de compréhension. Parce que c’est pas facile d’élever un enfant quand on est homo. Et excusez-moi de vous le dire : ce n’est pas facile d’élever un enfant quand on est hétéro ! Il y a beaucoup beaucoup de couples qui sont dans des difficultés. J’étais hier dans l’école dont je parlais à l’instant : le directeur me disait l’an dernier:  » j’avais une classe dans laquelle, sur 25 élèves, il n’y en avait qu’un qui avait une famille classique « papa et maman » : un ! » Alors arrêtons de présenter cela comme s’il y avait chez ces enfants de la nocivité.  Ce sont nos enfants, alors il faut les élever du mieux que nous le pouvons. Et moi en tout cas, je défendrai cela ! […] Pour le mariage, je dis : égalité de droits et de devoirs, égalité de forme entre les unions, mais je pense qu’il est bien que ça s’appelle union, et pas mariage. Parce qu’il y a en France, et dans toutes les sociétés occidentales, des traditions qui viennent de très loin, et qui sont éminemment respectables, autour de l’idée que le mariage, c’est un couple d’un homme et d’une femme. Et je trouve que l’égalité de droits et la distinction du nom, c’est quelque chose qui au fond affirme le droit à la différence de tout le monde.

Sur Rue89, la toujours aussi excellente journaliste Nolwenn Le Blevennec publie un article qui analyse avec justesse les déclarations de Bayrou ce mardi 14 férvier 2012, et qui les remet en perspective par rapport à l’évolution personnelle et positive de François Bayrou. Bayrou se disait, en 2006, « coincé » sur les questions LGBT. Il déclarait avoir « mûri », et comprendre nos difficultés. Il ne reste plus qu’à espérer qu’au sein de son équipe, François Bayrou écoute à nouveau, sur cette question, les conseillers qui connaissent la question de très près, et qui ont su l’amener, année après année, à saisir les difficultés quotidiennes rencontrées par les LGBT.

François Bayrou peut-il encore changer, à court terme, son opinion sur le mariage, et l’ouvrir finalement à tous les couples si l’est élu, sans distinguer les homos et les hétéros en offrant à chacun une union différente ? A l’heure actuelle, et face à la division des juristes sur ce point, une telle évolution intelligente… ne semble ni exclue, ni impossible.

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