4297 octobre | 2012 | E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Associations | Discriminations | Education | France | Homophobie | Politique | PS | 06.10.2012 - 18 h 03 | 0 COMMENTAIRES
Octobre 2012 : Le rapport sur la Refondation de l’école rappelle la nécessité de « lutter contre les stéréotypes racistes, sexistes ou homophobes ».

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Le 5 octobre 2012, le ministère de l’Education nationale a mis en ligne un  document de 50 pages intitulé « Refondons l’École de la République – Le rapport de la concertation« . Ce rapport fait suite à plusieurs mois de concertation et de débats entre de très nombreux acteurs du système éducatif (cadres, enseignants, syndicats, chercheurs, associations, etc.).

Ce rapport sera utilisé par Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, pour élaborer la future loi d’orientation sur l’Education nationale qui donnera les grands axes de la politique éducative durant le quinquennat de François Hollande. Trois passages concernent directement les LGBT et la lutte contre les LGBT-phobies, et ils sont plutôt positifs.

D’abord, pour les auteurs du rapport, l’école doit « lutter contre les stéréotypes racistes, sexistes ou homophobes » et « apprendre aux élèves à refuser tous les types de discrimination ». Même si cela semble aujourd’hui aller de soi, il est toujours bon de rappeler ce rôle de l’Ecole, parfois passé sous silence. La lutte contre l’homophobie n’a été l’un des objectifs de l’école qu’à partir… de 2001 (sous Jack Lang), puis à partir de 2008 (sous Xavier Darcos) : il s’agit donc là d’une ambition récente de l’école, qui est toujours à réaffirmer.

D’autre part, les auteurs du rapport préconisent d' »intégrer systématiquement au règlement intérieur le rappel et l’explication du principe de laïcité et des règles en découlant, ainsi que le refus des discriminations, la lutte contre les stéréotypes liés au genre et l’égalité filles-garçons ». Ils témoignent ainsi d’une volonté réelle de sanctionner et de prévenir toute attitude ou tout propos enfreignant la laïcité ou le respect des différences.

Enfin, les associations sont plusieurs fois mentionnées au cours du rapport. Leur rôle éducatif est mis en valeur, et le rapport préconise même de les faire participer à la formation des maîtres au sein des futures Espé (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation). On peut espérer que des associations comme Le Refuge, Contact ou SOS Homophobie pourront ainsi transmettre aux enseignants leurs connaissances et leurs savoir-faire en matière de lutte contre l’homophobie et l’exclusion.

Rappelons que l’association SOS Homophobie avait proposé sa propre contribution aux débats sur la refondation. Elle y insistait notamment sur la nécessité de sensibiliser les élèves au respect des différences de genre et d’orientation sexuelle, sur l’intégration à la formation des enseignants de modules sur les questions LGBT, ainsi que sur la mention des sanctions encourues pour LGBT-phobies dans le règlement intérieur. On peut voir que les auteurs de ce rapport ont entendu et retenu la plupart des revendications de l’association.

Par ailleurs, la ministre déléguée à la réussite éducative, George Pau-Langevin, était chargée dans l’équipe de François Hollande des questions sociétales, au sein desquelles figurait l’égalité des droits entre les couples et la lutte contre les discriminations. Gageons que la ministre saura mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la lutte contre l’homophobie, qui participe, elle aussi, à la réussite éducative et au bien-être des élèves à l’école. En effet, il reste maintenant au ministère de l’Education nationale à transcrire toutes ces belles ambitions dans la loi d’orientation pour l’école, qui sera rédigée au cours des prochaines semaines.

Famille | France | Homoparentalité | Homophobie | Internet | Mariage | Politique | 03.10.2012 - 00 h 38 | 0 COMMENTAIRES
Paris 8e et Verrières-le-Buisson (91) : deux maires dérapent sur le mariage pour tous.

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On connaissait le permis de construire et le permis de démolir, délivrés par les mairies de France. François Lebel, maire du 8e arrondissement de Paris, et Bernard Mantienne, maire de Verrières-le-Buisson (Essonne), viennent de créer le permis de délirer, qu’ils se sont très généreusement octroyé à eux-mêmes.

La mairie du 8e arrondissement

François Lebel, maire du 8e arrondissement de Paris, n’y va pas avec le dos de la cuillère : pour le Huffington Post, ses déclarations sont même « pires » que les récents propos du cardinal Barbarin, qui établissait un lien direct entre mariage pour tous et pédophilie. C’est francetvinfo qui a lancé l’alerte en premier : dans l’éditorial du mensuel d’information locale « Paris 8e », publié par la mairie en octobre 2012, l’élu lance un édito incendiaire contre le mariage pour tous. Qu’on en juge par ces quelques extraits, qui mélangent allègrement fantasmes personnels, notions de paléoanthropologie mal digérées, et convictions religieuses à peine dissimulées :

Je ne procéderai, personnellement, à aucun mariage de cette nature. […] La reproduction sexuée est une constante du règne animal depuis des millions d’années et c’est pourquoi l’union entre deux sexes différents, le mariage, est l’objet d’une ritualisation, partout et toujours, depuis l’origine même de l’espèce humaine et même pré-humaine

La liste des plaies mortelles qui vont s’abattre sur le monde vient ensuite, dans un interminable inventaire à la Prévert, qui constitue un flot incessant d’absurdités plus énormes les unes que les autres. Polygamie, pédophilie, consanguinité, inceste… : on sent que Monsieur le Maire; suite à un brainstorming intense, a voulu être exhaustif, et rendre une copie parfaite dans laquelle il n’oublierait aucun des cataclysmes à venir, dont les homos seront responsables !

Si le tabou immémorial du mariage hétérosexuel vient à sauter, qui et quoi s’opposera désormais à ce que d’autres tabous le concernant, bien moins anciens, bien moins universels, ne tombent à leur tour ? Par exemple : Comment s’opposer demain à la polygamie en France, principe qui n’est tabou que dans la civilisation occidentale ? Pourquoi l’âge légal minimum des mariés serait-il maintenu ? Et pourquoi interdire plus avant les mariages consanguins, la pédophilie, l’inceste qui sont encore monnaie courante dans le monde ?

La conclusion est sans appel, et témoigne d’une forme aiguë d’auto-persuasion, qui amène le maire à achever sa tribune délirante… sur la mort de la civilisation (rien que ça !) :

C’est pourquoi, dans une société qui n’a plus comme règle que l’hédonisme de chacun, les pires dérives sont non seulement possibles, mais certaines. La porte est désormais ouverte au spectacle mortel pour la civilisation du mariage légal de tout le monde avec n’importe qui pour faire n’importe quoi !

J’ai deux mauvaises nouvelles pour vous, Monsieur Lebel : les LGBT ne sont pas « n’importe qui », mais, en revanche, vous dites bien « n’importe quoi ».

L’hôtel de ville de Verrières-le-Buisson

Bernard Mantienne, maire de Verrières-le-Buisson (Essonne), n’est pas en reste. Il renchérit dans une « lettre ouverte au président de la République« , qu’il a publiée sur le site de sa commune. Lui non plus n’a peur de rien – et de mauvaises langues, dont nous nous désolidarisons, diraient sans doute que c’est à cela qu’il veut qu’on le reconnaisse.

Au mépris de tous les sondages, il affirme que cette décision est simplement « appuyée par une minorité », qu’elle constitue « une erreur et une faute », et qu’il faut s’y opposer car « la famille normale est le socle de la société » (on appréciera l’adjectif « normal » pour désigner les hétérosexuels).

Pour Bernard Mantienne, ouvrir le mariage aux couples de même sexe est en outre une « atteinte à la loi naturelle« . Il est pour lui évident que cette réforme « ouvrirait la voie à toutes sortes de dérives« . L’ex-sénateur de 79 ans est cependant plus malin que son cadet parisien : il se garde bien de préciser ce qu’il entend par « toutes sortes de dérives » ! Mais cette façon de faire est peut-être pire : on peut en effet imaginer toutes les « dérives » que l’on veut : pédophilie, viols, incestes, mariages blancs, zoophilie, décadence de la civilisation, invasions de sauterelles, et multiplication sauvage des concerts de Mireille Mathieu.

Cependant, comme aux plus beaux jours des débats sur le Pacs, la menace d’une guerre civile est brandie par Bernard Mantienne comme l’argument ultime qui devrait nous faire tous reculer : « Notre pays a besoin de sérénité et de certitude ; vouloir lui imposer un choc sociétal, c’est prendre un risque d’instabilité » ; « les inquiétudes du monde et ses angoisses sont telles qu’il paraît superflu d’ajouter encore le trouble là où menace déjà la tempête » ; « nous sommes au coeur d’une conception de la société ébranlée par des projets qui, je le crains, […] la rendront plus fragile et plus perturbée« .

Ces déclarations regrettables rejoignent celles d’autres maires, qui ont cru indispensable d’affirmer dans la presse qu’ils ne célèbreront jamais de mariage entre deux hommes ou entre deux femmes – par exemple en Corse ou dans la région Centre. Tous ces maires savent-ils qu’ils ont, parmi leurs administrés, des couples de même sexe qui n’aspirent qu’à être reconnus comme les autres couples ? Et savent-ils qu’ils ont, dans leur ville ou leur arrondissement, de jeunes LGBT, qui s’interrogent sur leur identité, qui construisent leur confiance en eux-mêmes, et qui assistent, impuissants et fragiles, à ces débats d’une violence inouïe ?

S’ils ne le savent pas, ce sont des ignorants ; et s’ils le savent, ce sont des criminels.

***

Mise à jour le 03 octobre 2012 : l’Association des Familles Homoparentales (ADFH) a publié ce mercredi 03 octobre un très bon communiqué de presse suite aux propos du maire du 8e arrondissement : « François Lebel, vous avez oublié la zoophilie ! ». L’association y déclare notamment : « Certains dont François LEBEL, ignorent ces règles élémentaires de conduite qu’un officier d’état civil se devrait d’appliquer dans l’exercice de sa fonction ». Elle remarque que « le financement de son Edito est assuré par l’impôt local » et elle « s’étonne de l’utilisation de fonds publics (bulletin municipal) par le Maire du VIIIe Arndt pour véhiculer ses idéaux personnels, sans rapport avec la vie de son arrondissement, n’étant pas parlementaire lui-même ».

François Fillon, interrogé ce matin sur France Inter par Patrick Cohen, a refusé de condamner les propos de François Lebel. Il a préféré éluder la question en critiquant plutôt le gouvernement et les partisans du mariage pour tous, par des déclarations pour le moins confuses :

Dans le climat politique, social, économique qui est le nôtre, on va assister à la multiplication de ce genre d’arguments dans les deux sens, des deux côtés. On va voir les Français se diviser très profondément et d’une certaine façon s’insulter. On va voir l’homophobie remonter. Je trouve que le moment est mal choisi et la méthode est mal choisie. […] Au moins pourrait-on se donner, comme on le fait pour les lois de bioéthiques, un vrai délai de réflexion, de travail, de débat, qui jusqu’à maintenant n’a pas été conduit. […] Ce qui renforce l’homophobie c’est le débat qu’on va avoir. La formule que vous venez de citer, elle a été utilisée par un évêque [monseigneur Barbarin], il n’y a pas très longtemps qui est plutôt un évêque que la gauche vient souvent chercher au secours quand ça l’arrange, quand il s’agit des Roms, d’un certains nombre de sujets. Vous avez de l’autre côté des lobbys qui vous explique toute la journée qu’il y a des études psychiatriques que personne n’a jamais vérifiées qui montrent qu’il n’y a pas de sujet. Moi je dis qu’il y a un sujet.

Anne Hidalgo, candidate aux élections municipales de Paris en 2014, a déclaré : « Les propos consternants de M. Lebel sont à l’image de la droite parisienne : archaïques, déconnectés des attentes et de la vie des Parisiens. Pour ma part, j’espère de tout coeur célébrer très vite à Paris, les mariages de toutes celles et tous ceux qui s’aiment ».

Ian Brossat, président du groupe PCF/PG au Conseil de Paris, a également réagi : « Les propos consternants de M. Lebel sont à l’image de la droite parisienne : archaïques, déconnectés des attentes et de la vie des Parisiens. Pour ma part, j’espère de tout coeur célébrer très vite à Paris, les mariages de toutes celles et tous ceux qui s’aiment ».

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