4297 août | 2012 | E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Extrême(s) Droite(s) | France | Homophobie | 31.08.2012 - 21 h 53 | 30 COMMENTAIRES
L’homosexualité, « trou noir d’où rien ne peut sortir de fécond » : déversement de haine anti-LGBT sur le site Nouvelles de France.

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Campagne contre l’homophobie, Canada, 2003.

Il y a des dérapages verbaux et écrits qui constituent une véritable souillure morale pour ceux qui s’abaissent à les commettre. Falk van Gaver et Jacques de Guillebon, qui se sont autoproclamés « écrivains » pour avoir publié quelques essais généralement à la gloire du catholicisme, se sont rendus gravement coupables de l’un d’entre eux. Leur diatribe anti-LGBT, abjecte et délirante, a naturellement été diffusée avec complaisance par le site d’extrême-droite Nouvelles de France, qui ne manque jamais une occasion de s’en prendre à ceux qui ne correspondent pas aux critères idéologiques de ses mouvances extrémistes.

On ne sait par où commencer pour traiter de ce texte écoeurant et grossier, visiblement rédigé pour donner la nausée à tout individu raisonnable et sensé. Les passages ci-dessous laisseront aisément comprendre le malaise que peut inspirer ce déversement de haine (âmes sensibles s’abstenir).

Patrocle, l’amant du célèbre héros Achille.

Quelques considérations tirées d’une histoire de bazar ouvrent d’abord l’article : pour les deux hommes, les « pédérastes antiques n’aimeraient pas les « travestissements et efféminations » de « l’homosexualité contemporaine ». Aussitôt, Gaver et Guillebon s’en prennent aux personnages de l’Antiquité qui « défendent la pédérastie », car ils cacheraient en réalité « leur secrète lubricité d’amateurs de jeunes garçons et d’enculeurs d’adolescents ». Le ton est donné : pour s’échauffer sans prendre de grands risques, Gaver et Guillebon crachent d’abord leur bile et leur vitriol sur des hommes morts il y a vingt-cinq siècles ; eux au moins ne risquent pas de leur répondre pour se défendre.

Après avoir massacré l’histoire antique, Gaver et Guillebon se lancent dans un peu de psychanalyse de comptoir, étayée par quelques préjugés dévalorisants. On passe de l’anachronisme grotesque au délire péremptoire :

L’homosexualité est un faux amour, elle est refus de l’autre, de sa personne, de sa différence. Elle est, au nom de la différence, un refus de la différence. Elle est un narcissisme radical qui se projette, un nombrilisme sans fond (pour ne pas dire pire…). Elle n’est que recherche du même et de soi-même, elle participe pleinement à cette culture du narcissisme naguère analysée et dénoncée par Christopher Lasch, elle en est son symptôme le plus flagrant. Elle n’est qu’un « Je m’aime toi non plus… »

Christian Vanneste, l’inspirateur idéologique

Avec Gaver et Guillebon, les morts ont toujours tort : les Grecs cités au départ laissent place à Christopher Lasch, qui ne risque pas non plus de les contredire dans leur assimilation erronée de l’homosexualité au narcissisme. Ce cliché, très cher à Christian Vanneste, ne convainc plus aucun psychanalyste sérieux depuis belle lurette. Mais Gaver et Guillebon ne maîtrisant apparemment aucun domaine en sciences humaines, ils semblent avoir choisi de les aborder tous, dans l’espoir d’en trouver un dont ils comprendraient par hasard l’une des notions de base. Peine perdue, hélas.

On reste cependant sur sa faim : que signifie la parenthèse « un nombrilisme sans fond (pour ne pas dire pire…) » ? Y aurait-il une plaisanterie graveleuse dissimulée derrière ces quelques mots ? Ceux qui en doutent liront avec profit le passage qui suit, alors que Gaver et Guillebon s’en prennent cette fois, après l’histoire et la psychanalyse, à la mythologie romaine :

Narcisse, « tombé amoureux d’un fantôme sans chair », comme dit Ovide, va vers le néant et la mort. Comme pour Narcisse, l’homosexualité n’est qu’illusion et suicide, piège mortel, impasse, voie sans issue, fosse, trou noir d’où rien ne peut sortir de fécond…

Apollon et son amant Hyacinthe par Alexandre Kisseliov

Qu’Ovide ait écrit des pages merveilleuses sur l’homosexualité d’Apollon laisse bien froids nos Dupond et Dupont d’extrême droite. Pauvre Ovide ! Lui qui vécut un exil douloureux au bord de la mer Noire, au début du premier millénaire, ne se doutait pas que des souffrances bien pires l’attendaient au 21e siècle : voir sa plus belle oeuvre, les Métamorphoses, instrumentalisée avec autant de mauvaise foi par deux illuminés, désireux de nuire sans raison à des individus qui ne leur ont jamais rien demandé, et qui ne les connaissent ni d’Eve ni d’Adam.

Faut-il relever la perfidie d’une expression comme « l’homosexualité n’est qu’illusion et suicide », alors que tant de jeunes LGBT tentent de se suicider chaque année, non pas à cause de leur homosexualité, mais à cause de l’homophobie, flagrante ou insidieuse, dont ils sont victimes chaque jour ? Peut-on s’imaginer la capacité de nuisance de deux fous furieux qui se permettent d’écrire que l’homosexualité est un « trou noir d’où rien ne peut sortir de fécond » ? Tout est grossier dans cette phrase : le procédé stylistique déshumanisant, l’allusion scatologique censée faire rire le beauf un peu éveillé, la réduction des gays à leur anus et à la mort… Les gays ne sont rien de plus qu’un trou du cul stérile et un tombeau : voilà ce qu’il faut lire derrière cette expression odieuse.

Les sciences humaines ne leur suffisant plus, c’est alors à la médecine que recourent Docteur Gaver et Mister Guillebon, puis ils reviennent à l’histoire du monde selon eux-mêmes. Leur sagacité inouïe leur permet d’annoncer l’apocalypse, tels Paco Rabanne en deuxième partie de soirée sur France 2 ou Philippulus le Prophète dans les rues de Bruxelles :

L’homosexualité est la maladie des peuples fatigués, des siècles décadents, des sociétés finissantes. Rome de la chute de l’empire, Paris de la fin des Bourbons étaient ravagées d’homosexualité. Elle est le signe avant-coureur des effondrements, des révolutions, des bouleversements, des invasions, des catastrophes. Elle est le symptôme même de la décadence, de la perte de sens, de l’anomie. Sa joie bruyante et fabriquée est sans avenir, ses plaisirs criards et tapageurs sans postérité. Les homosexuels sont les sacrifiés des époques perdues, qui se consument eux-mêmes dans des immolations absurdes. Ils sont les suicidés des sociétés sans foi ni avenir, les enfants monstrueux des générations jouissives, hédonistes et inconséquentes, leurs minotaures dévorateurs enfermés dans les labyrinthes sans buts des siècles insensés. Il y a certes toujours des homosexuels, mais quand ils se reproduisent et tiennent le haut du pavé, c’est que ça va mal…

Christine Boutin, l’imprécatrice de la décadence

On se demande où Gauber et Guillebon tirent leur inspiration pour cracher à ce point sur les LGBT : ces prophètes de l’homophobie ont-ils été grassement payés pour rédiger de pareilles injures, ou bien se sentent-ils guidés par une voix profonde qui raisonne en vain dans leur esprit torturé ? Le massacre de l’histoire auquel ils se livrent, et que Christine Boutin avait déjà commis à l’Assemblée, laisse penser qu’ils considèrent l’histoire comme le prétexte fourre-tout qui permet à chacun de dire n’importe quoi et de légitimer ses élucubrations haineuses.

Le reste du texte est à l’avenant : l’homosexualité, « forme extrême de perversion » selon ces gens qui sont bien placés pour parler de l’extrême (surtout s’il est à droite), entraînerait « la destruction de la personnalité », comme « dans les grandes expériences totalitaires » et « dans les mouvements sectaires extrêmes ». Gaver et Guillebon adorent le mot « extrême » (quitte à l’utiliser deux fois en trois lignes) : on s’en doutait.

Toujours plus fort, toujours plus loin, toujours plus extrême : les hallucinations se succèdent, et nos deux diseurs de bonne aventure prophétisent à tout va ! Ils voient en effet que l’homosexualité, si rien ne s’y oppose, pourrait bien devenir « dans quelques sociétés alanguies et exsangues une nouvelle forme de révolution totalitaire ou d’épidémie sectaire ». Que d’intelligence et de modération ! Que de profondeur dans l’analyse ! Devant tant d’outrance et d’exagération, on pourrait croire à un canular de Gérald Dahan ou à une plaisanterie du regretté Marcel Béliveau, mais non : tout est sérieux, pensé, réfléchi et pesé dans ces propos détestables.

Lire la suite du texte revient littéralement à mettre le nez dans un sac de purin – pour rester poli. La fièvre inspiratrice a fait des ravages dans les cerveaux surchauffés de notre duo de choc. Toute l’argumentation du paragraphe suivant tente en effet de démontrer que l’homosexualité est une secte : la Miviludes appréciera. S’inventant des amis gays qui les auraient quittés (on le ferait à moins !), les deux auteurs se lancent dans la fausse commisération :

Vampirisée par l’identité collective gay, leur personnalité s’est fondue dans la masse, dissoute, dissolue, disparue. Il y a sans doute peu de mouvements sociaux contemporains qui pratiquent un tel lavage de cerveau, un tel bourrage de crâne (et pas seulement…), un tel conditionnement, un tel endoctrinement, une telle refonte de la personnalité, à part peut-être certaines franges islamistes. Ce n’est pas tant la chute de l’amitié que la perte de l’ami qui s’ensuit, la disparition de la personne que l’on a connue, rapidement lobotomisée, obsédée, fanatisée, ne parlant plus que de sa « sexualité différente » et de sa « communauté » et ne voyant plus rien qu’à travers leur prisme – comme il peut advenir dans certaines familles qui « perd » un de ses membres qui se fait musulman fanatique ou adepte d’une secte. La pseudo « communauté homosexuelle » relève par bien des aspects du phénomène sectaire. Elle en a toutes les caractéristiques, toutes les tares, tous les vices, elle en revêt tous les dangers – jusqu’à ces réseaux de séropositifs qui se transmettent volontairement le virus du sida dans une parodie sodomique de parrainage où ils se donnent par voie anale la maladie et la mort comme « cadeau », « don », « gift »…, selon leurs propres mots.

Les amateurs de bons mots et de plaisanteries fines ne doivent surtout pas passer à côté de la parenthèse humoristique, bien familière à nos Laurel et Hardy de la haine : « un tel bourrage de crâne (et pas seulement…) ». L’argumentation ne leur semblant pas assez stupide comme ça, ils ont sans doute relu leur texte pour y ajouter quelques allusions volontairement grossières qui rabaissent encore le niveau de l’ensemble.

Un paragraphe convenu et attendu contre la pénalisation de l’homophobie laisse ensuite le lecteur sur sa faim : on a l’impression que les deux auteurs se sont calmés après l’orgasme que leur ont apporté les injures du paragraphe précédent. Ils y égrènent seulement les clichés ridicules qui définissent pour eux les homosexuels (évidemment, il n’y a que des hommes qui sont homosexuels…) : « la folle bodybuildée du Queen« , « le vieux coiffeur pédé du Bas-Poitou » et « le précieux écrivain vieille France ».

Bertrand Delanoé, accusé.

Pour faire bonne mesure, Gaver et Guillebon se lancent aussi dans une accusation de favoritisme contre Bertrand Delanoë, et s’interrogent avec bon goût : « Faudra-t-il souhaiter à ses enfants de naître handicapés et homosexuels ? ». Pour eux, punir l’homophobie « n’est que démagogie et idéologie, clientélisme et corruption des principes d’une saine république ».

Finissons-en avec ces sornettes : le dernier paragraphe de ces déjections scripturales aborde le thème du mariage pour tous. Nos Bouvard et Pécuchet anti-LGBT ont dû faire bien des efforts pour parler de ce projet, tant il les rebute par nature. Mais s’ils sont à ce point indisposés, c’est sans doute à cause des effluves nauséabonds de leurs propres vomissures textuelles, qu’ils répandent par saccades :

Voilà, que, non content d’étaler au grand public leurs stériles amours, les homophiles réclament les mêmes droits conjugaux et familiaux que les hétérosexuels ! Voilà que, comme si l’absence de discrimination à leur égard ne leur suffisait pas, ils veulent singer les parents normaux et la famille naturelle – la seule vraie, la seule réelle ! […] Qu’apportent [à la société] les amours homophiles ? Sont-elles utiles au bien commun, conformes à l’intérêt général ? […] Pourquoi la loi, qui sert le bien commun et l’intérêt général, devrait assurer à l’inutile homosexualité les mêmes droits et institutions qu’à l’à tout point de vue féconde hétérosexualité : mariage, famille, etc. ? […] Qu’ils se contentent de vivre leurs amours déviantes en privé et soient déjà contents de pouvoir le faire – car tel n’est pas le cas dans de nombreux pays, islamiques notamment – au lieu de parader à tout va et réclamer ce qui ne leur revient pas !

On arrive au bout de l’argumentation (si tant est qu’on puisse qualifier ainsi ces considérations douteuses) : nos deux mousquetaires se déchaînent. Haro, haro sur les homos ! Déjà qu’on ne les brûle pas, ils ne vont pas en plus nous enquiquiner, nous, les chrétiens blancs hétéros normaux ?! La revendication du mariage avait déjà fait bondir le journal d’extrême-droite Minute il y a quelques semaines, avec une argumentation et une subtilité de la même volée… Il fallait une conclusion qui claque pour nos Cicéron et Démosthène des temps modernes… Après avoir cité Coluche et Orwell, qui eux non plus ne viendront pas les contredire de sitôt, Gaver et Guillebon l’annoncent donc aux lecteurs médusés par tant de clairvoyance : ce que les LGBT veulent, c’est rien de moins que « la dissolution de la démocratie, la destruction de la république, la disparition du bien commun » (oh le beau rythme ternaire de nos rhétoriciens ridicules).

On le voit : le débat serein sur le mariage pour tous et sur l’adoption par les couples de même sexe va faire surgir en place publique l’expression des pires horreurs. Gaver et Guillebon frappent fort : non contents d’être ridicules, ils se rendent haïssables. Pour eux, la chasse aux homos est ouverte, et répandre leurs délires leur apportera un peu de notoriété auprès des puissants qui haïssent les LGBT, dans les mondes politique, financier, médiatique et religieux.

Que peuvent encore imaginer Gauver et Guillebon pour nuire aux LGBT ? Tout.

Que retenir de leurs salissures outrancières et détestables ? Rien.

France | Histoire | Homophobie | Medias | 27.08.2012 - 22 h 59 | 9 COMMENTAIRES
L’importance de Jean-Luc Delarue pour la visibilité des LGBT dans le grand public.

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Jean-Luc Delarue est mort ce jeudi 23 août 2012. Toute la presse a parlé de son décès, des louanges (plus ou moins sincères) ont été exprimées dans tous les médias, et France 2 lui rend hommage ce mardi 28 août en 2ème partie de soirée. Quelques mots cependant, pour rappeler que Jean-Luc Delarue n’est pas si étranger qu’on pourrait le croire à l’histoire des LGBT en France.

Dans son émission-phare Ca se discute, Jean-Luc Delarue a été l’un des premiers à aborder sans tabou, en direct, sur la base de témoignages et durant près de 2h, le thème de l’homosexualité. Par sa popularité dans les années 1990 et 2000, il a fait connaître quelques vérités sur l’homosexualité auprès du grand public, et il a permis de parler de ce thème de manière dédramatisée.

Les deux extraits de Ca se discute les plus touchants selon moi, et les plus anciens, sont les témoignages de Fanny et Romain :

Les deux jeunes gens font preuve d’un vrai courage sur le plateau, et de beaucoup d’intelligence. Le reportage mené sur Romain et sa famille est très émouvant. Quant à Fanny, elle ose lever l’anonymat qu’elle s’était imposé, et finit son témoignage à visage découvert.

Une autre émission de Ca se discute a été consacrée aux homosexuel(le)s. Cette fois, il s’agissait d’invités qui avaient eu des relations hétérosexuelles avant de vivre leur homosexualité. En voici un extrait :

Enfin, rappelons que Jean-Luc Delarue était également le producteur de C’est mon choix, dont un numéro était consacré à une mère qui n’acceptait pas l’homosexualité de son fils. De nombreux invités s’y sont exprimés, dont le très émouvant Giovanni, un jeune qui avait fait récemment son coming out à ses parents (et qui, comme je l’ai découvert par hasard, défend encore aujourd’hui les LGBT dans les médias grand public) :

Sans en faire un thème récurrent, Jean-Luc Delarue et ses équipes ont fait de l’homosexualité un thème présent au coeur des foyers français – en particulier ceux qui ne savaient rien sur la question, et pensaient qu’il s’agissait d’une mode, d’une déviance ou d’une fantaisie destinée à quelques riches. Les millions de Français qui regardaient Ca se discute et C’est mon choix appréciaient le côté à la fois sérieux et divertissant des émissions, et ils y voyaient surtout des gens comme eux, confrontés aux mêmes problèmes et au même quotidien. Y voir des homosexuel(le)s, c’était se dire : « Mais alors, ce sont des gens normaux, les homosexuel(le)s ? »

La question de l’homosexualité sera reprise dans la dernière série d’émissions de Delarue, Toute une histoire, déclinée cette fois en plusieurs thèmes, comme les personnalités homosexuel(le)s (Jean-Luc Roméro, le fils d’Hugues Aufray, etc.), ou le coming out auprès de ses proches, qui, même en 2008, n’était toujours pas chose facile.

Eric Verdier

Racoleur, voyeuriste ? Ce sont les qualificatifs qui ont parfois été attribués à Jean-Luc Delarue. Ils lui correspondaient sans doute en partie. Mais est-ce être voyeur que de vivre grâce aux caméras un coming out qui se passe bien dans une famille rurale de l’Allier ? Est-ce être racoleur que de laisser une mère exprimer son rejet de l’homosexualité de son fils, puis de la confronter à des enfants et à des parents qui ont vécu le même chemin qu’elle, et qui lui apportent les meilleurs contre-arguments possibles ? On oublie trop facilement que C’est mon Choix a été l’une des premières émissions à forte audience qui ait permis à Eric Verdier (le psychologue qui a analysé les tentatives de suicides des jeunes LGBT) de s’exprimer auprès d’un très large public français.

Dans les émissions présentées et/ou produites par Jean-Luc Delarue, ces témoignages d’invités ont été précieux pour bon nombre d’homosexuel(le)s qui se sentaient isolé(e)s, et pour beaucoup de familles qui n’acceptaient pas l’homosexualité d’un de leurs membres. S’ils n’ont pas provoqué de miracles, ils les ont aidés à réfléchir, et ils ont fait d’un « douloureux problème » un sujet sociétal qui pouvait concerner le téléspectateur moyen, et intéresser Monsieur et Madame Tout-le-monde devant leur petit écran.

Famille | Homophobie | International | Internet | Medias | Politique | 23.08.2012 - 22 h 09 | 5 COMMENTAIRES
Allemagne : les propos anti-droits LGBT d’un journaliste et d’une secrétaire d’Etat font scandale dans la population

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En Allemagne, le journal le plus lu dans tout le pays s’appelle Die Bild Zeitung. C’est un quotidien populaire, détenu par le groupe Springer, l’un des plus importants groupes de presse allemands, qui publie des dizaines de périodiques en Allemagne, France, Espagne, Suisse et Russie. C’est justement dans Bild que viennent de paraître, en trois jours, des propos virulents de la secrétaire d’Etat Katherina Reiche puis un article anti-droits LGBT du journaliste Franz-Josef Wagner.

Le 21 août, c’est la secrétaire d’Etat Katherina Reiche (CDU, parti de droite au pouvoir) qui a déclenché la colère des internautes allemands. Elle a déclaré dans Bild : »Notre avenir dépend des familles, et non des unions homosexuelles. Avec la crise de l’euro, le développement démographique est la plus grande menace qui pèse sur notre prospérité ».

Katherina Reiche

Les réactions ont été si nombreuses que la politicienne a dû fermer sa page Facebook ! Une page de contestation créée aussitôt, et intitulée « Pas d’avenir avec Katherine Reiche », compte déjà 7300 partisans. Le député Jens Spahn, du même parti que Katherine Reiche, a déclaré sur Twitter : « Je ne laisserai pas diffamer ma famille et moi comme « menace de notre prospérité ». Cette fois, ma collègue dépasse les bornes. »

Le 23 août, c’est-à-dire deux jours plus tard, le Bild fait paraître une chronique intitulée « Cher Mariage homo », rédigée par le chroniqueur Franz-Josef Wagner. En voici la traduction :

Cher Mariage homo,

Le projet de loi du ministère de la Justice prévoit de vous faire l’égal du foyer « Papa-Maman-Bébé ». Mariage homo contre mariage homme/femme.

Moi, ça me rend mal à l’aise. Biologiquement, les homosexuels ne peuvent pas avoir d’enfants.

Quelle époque glorieuse pour vous. Personne ne vous fiche en prison, vous aimez votre compagnon, vous avez le droit de l’aimer. Vous êtes des compagnons allemands. Inscrits au registre de l’état civil.

Nous sommes devenus une Allemagne meilleure.

Cordialement,

Franz-Josef Wagner.

FJ Wagner

Internet se déchaîne depuis la publication de ces dix phrases : la page Facebook qui lui est consacré a reçu en quelques heures plus de 250 commentaires majoritairement négatifs, des sites LGBT ont déjà rétorqué à leur tour sous la forme de lettres ouvertes, et le journal Bild a préféré bloquer toute possibilité de commenter cet article sur son site.

Ce qui choque les lecteurs, c’est que Franz-Josef Wagner ne fait pas que s’opposer mariage pour tous, au simple prétexte que « les homosexuels ne peuvent pas avoir d’enfants » (ce qui est faux, puisqu’ils ne sont pas stériles). Non, pire encore : il fait allusion au fameux paragraphe 175, créé sous Bismarck en 1871, aggravé par les nazis en 1935, réformé en 1969 et supprimé seulement en 1994, qui sanctionnait l’homosexualité – et la rendait passible de 5 ans de prison jusqu’en 1969. La communauté LGBT comprend clairement le message de FJ Wagner de la manière suivante : « Vous avez déjà bien de la chance qu’on ne vous mette plus en prison, alors n’allez pas maintenant vous mettre à réclamer le mariage, puisqu’en plus vous êtes infertiles ». Et il est vrai qu’il est difficile de comprendre le message autrement…

Carolin Emcke

Mais il reste un peu d’espoir ! En effet, on trouvera dans les colonnes du Zeit l’un des meilleurs articles jamais rédigés en langue allemande pour défendre le mariage pour tous. Il est l’oeuvre de la journaliste Carolin Emcke. En voici un extrait :

J’en ai assez

Nous avons le droit de soigner des malades, de risquer notre vie dans l’armée et de représenter l’Allemagne aux Jeux Olympiques. Mais nous n’avons pas le droit de nous marier et d’élever des enfants. Pourquoi ?

J’en ai assez de devoir justifier pourquoi moi, et tous ceux qui aiment et désirent comme moi, nous voulons obtenir l’égalité des droits. Pourquoi devons-nous justifier que les LGBT ont droit au même respect que les hétéros, que nos couples et nos familles ont besoin de la même protection de l’Etat, et que nous avons des enfants comme les autre parents ? Pourquoi ? […]

Devons-nous vraiment encore justifier que nous ne faisons pas le malheur d’un enfant ? Devons-nous vraiment justifier que nous sommes aussi impatients et heureux, hésitants et fiers, que tous les autres parents, et que ces enfants reçoivent tout notre amour et notre soutien ?

La vérité, c’est que nous aussi nous formons des familles. Nous vivons depuis longtemps avec et dans des familles. Je suis entourée d’enfants de mes amis LGBT, qu’ils soient adoptés ou non, et mes amis s’occupent d’eux comme tous les autres parents. Quand je pense aux enfants de mes amis, ce qui me vient alors à l’esprit, c’est qu’ils ont sali les chemises élégantes de leurs pères,  je pense à la Bar-Mitwa et aux larmes de leurs mères, je pense au vieux piano, sur lequel la génération précédente jouait déjà faux, ou aux pères, qui ont fabriqué les plus beaux costumes pour le carnaval de l’école, je pense au livre de contes avec le prince, qui doit libérer la princesse,  et nos rires à tous, lorsque nous avons dû lire et relire à voix haute l’histoire de cet amour classique. Je pense à tout ce qui peut faire ce bonheur magique et difficile dans la vie avec des enfants, et je ne demande pas d’où ils viennent, comment ils ont été conçus, ni si leurs parents sont deux hommes ou deux femmes.

Ce serait bien qu’un jour, ces questions-là semblent inutiles, parce que nous ne sommes peut-être pas identiques aux couples hétérosexuels, mais nous valons autant qu’eux.

Famille | France | Homoparentalité | Homophobie | Medias | 21.08.2012 - 01 h 23 | 15 COMMENTAIRES
Ouest-France : 3eme édito sur les droits LGBT en moins de 2 mois.

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Depuis quelques semaines, les éditos de Ouest-France se suivent… et se ressemblent beaucoup. En sept semaines, pas moins de trois éditos ont été consacrés à la question de l’égalité entre les couples de même sexe et les autres couples.

Le 1er juillet 2012, c’est la pieuse Jeanne Emmanuelle Hutin, fille du PDG, qui nous expliquait benoîtement qu’il ne faut surtout pas accorder l’égalité des droits aux homosexuels – à cause de la crise économique et financière. Eh oui : « Nous sommes en pleine tempête économique », remarque avec grande clairvoyance la fille de son père. « Il serait donc très imprudent de bouleverser les structures de la société ». L’argumentation est imparable !

François-Régis Hutin

Le 11 août 2012, c’est le père, le tout aussi zélé François-Régis Hutin, qui intervient directement. L’éditorial porte un nouveau titre, l’argumentation est un peu différente, mais les idées défendues sont les mêmes : à cause des LGBT, « la notion même de mariage serait encore plus dévaluée et même privée de son sens profond ». Il faut croire que l’éditorial de la fille était très mauvais, pour que le père se sente ainsi obligé de reprendre la même idée qu’elle au bout de six semaines.

Mais… jamais deux sans trois ! Le 20 août 2012, après la fille, puis le père, c’est le saint esprit Jean-François Bouthors qui produit un troisième éditorial (en moins de deux mois) consacré à l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe. Cependant, ce nouvel article est beaucoup moins clair dans son intention que les deux précédents. Le ton est différent : le journal finirait-il par céder aux nombreuses réclamations de lecteurs justement indignés, qu’il n’a sans doute pas manqué de recevoir suite à son acharnement malsain contre les droits LGBT ?

En effet, après avoir vertement condamné l’égalité des droits dans deux éditos différents, Ouest-France se met maintenant à espérer l’émergence d’un « vrai débat » sur la question. Il s’agit là d’un procédé assez étonnant, pour ne pas dire d’une démarche perverse : on condamne d’abord, puis on invite ensuite au débat !

L’éditorialiste lance aux lecteurs du journal : « Un effort doit être fait pour échapper aux simplismes, aux raccourcis, aux préjugés, aux caricatures ». Il est à espérer qu’en employant ces termes, l’auteur pense très fort aux deux éditos de la famille Hutin & Hutin Jr, qui n’ont fait qu’accumuler les poncifs les plus ineptes au profit d’une idéologie néo-conservatrice.

M. Bouthors exprime des réserves sur l’ouverture du mariage, qui ont dû plaire aux Hutin : d’abord, si les Français sont favorables au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe, ces sondages « ne suffisent pas à dire ce qui est juste ou éthique ». D’autre part, il rappelle que l’Eglise défend une « vision anthropologique de la famille, fondée sur la différence sexuelle ».

Malgré tout, l’article prend parfois l’exact contrepied de ce qu’ont écrit peu de temps auparavant ses patrons et amis :

Les revendications des homosexuels concernant le mariage et la parentalité interrogent le devenir de la famille. Mais la déstabilisation de celle-ci, qui remonte aux années 1970, n’est pas le fait des homosexuels, loin s’en faut. Paradoxalement, c’est aujourd’hui d’une partie d’entre eux que revient la question, importante, du comment signifier devant la société un engagement durable. Quel que soit le mot employé, cela mérite d’être entendu. De même pour le désir que certains expriment d’élever des enfants : si l’on peut discuter des moyens de le réaliser, il faut reconnaître que ce désir est une valeur fondamentale.

Enfin, le dernier paragraphe est assez mystérieux, et se garde bien de trancher la question, afin, sans doute, que ces deux phrases puissent plaire à tout le monde  :

Ces deux points nous invitent à réfléchir à la famille, à son sens symbolique et à son équilibre, autrement que dans les seuls termes de droits et d’allocations. Quand la loi sera votée, cette question essentielle pour l’avenir des enfants restera posée.

Pour tout dire, il semble que cet article ait surtout été écrit pour redorer quelque peu l’image du quotidien, sérieusement écornée par les deux éditos indignes qu’ont signés la fille du PDG puis le PDG lui-même. Jean-François Bouthors a dû être chargé d’écrire un article vaguement conciliateur, et assez sibyllin sans être totalement creux. C’est sans doute le seul moyen trouvé par le journal pour apaiser les  lecteurs et journalistes mécontents, qui n’attendent pas de Ouest-France qu’il soit un simple journal d’opinion destiné à défendre des valeurs de droite extrême. Que Jean-François Bouthors soit sincère ou non dans son article n’a que peu d’importance : il ne prend de toute façon aucune position, ni en faveur du mariage pour les couples de même sexe, ni en sa défaveur.

M. Bouthors nous invite « à réfléchir à la famille ». C’est effectivement la première chose que devraient faire M. Hutin et sa fille, qui découvriraient ainsi que le mariage et la famille sont des notions assez larges pour pouvoir intégrer tous les couples qui s’aiment, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Quant à M. Bouthors lui-même, son invitation au débat arrive un peu tard, après deux éditos aux conclusions stupides mais péremptoires.

Par ailleurs, pourquoi débattre de mesures qui font partie des engagements fondamentaux du candidat élu à la Présidence de la République ? Le débat démocratique a eu lieu durant les campagnes présidentielle et législative : l’égalité a été plébiscitée par les Français. Il est toujours temps de réfléchir, mais il est surtout temps d’agir – pour l’égalité des droits.

Famille | France | Medias | 17.08.2012 - 09 h 29 | 10 COMMENTAIRES
Amalgames à France Inter sur l’homoparentalité : maladresse ou idéologie ?

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Maladresse d’un texte rédigé à la dernière minute, ou expression d’une vraie croyance idéologique encore bien tenace ? En tout cas, la surprise est grande lorsqu’on lit sur le site de France Inter la description de l’émission « Le débat de midi » du vendredi 17 août 2012 (présentée par Thomas Chauvineau).

Consacré à la question « Faut-il renvoyer les parents à l’école ? », le débat est présenté ainsi sur le site de France Inter :

Le modèle de la famille nucléaire s’effrite peu à peu pour laisser place à ses nombreuses variantes. On ne dit plus seulement ‘papa’ et ‘maman’ mais on peut aussi dire ‘maman’ et ‘maman’ et j’en passe..

Alors, le statut de la parentalité évolue avec la société, le statut de « coparentalité » s’installe et les rôles des mères mais aussi des pères se compléxifient.

De là, le business du soutien à la parentalité foisonne, organismes de soutien scolaire, coachs parentaux, livres de psychologie de l’enfant…

Alors faut-il renvoyer les parents à l’école?

Le raisonnement est clair :

1) Un couple parental n’est plus forcément constitué d’un père et d’une mère : il peut aussi être constitué de deux femmes, « et j’en passe » (on appréciera la formule…).

2) Comme la parentalité « évolue avec la société », et qu’en plus certains recourent à la coparentalité, « les rôles des mères mais aussi des pères se complexifient » (eh oui, c’est bien connu : dans un couple hétérosexuel, le rôle de la mère est très simple, et celui du père également !)

3) Et donc, à cause des variantes à la famille nucléaire, dont les couples lesbiens cités en 1, mais aussi à cause de la coparentalité citée en 2, que se passe-t-il ? Eh bien, on fait naître « le business du soutien à la parentalité », on recourt à des « coachs parentaux » (c’est quoi ?), on oblige à la publication de « livres de psychologie de l’enfant » (comme s’il n’en existait pas depuis des dizaines d’années !), et surtout on enrichit des « organismes de soutien scolaire » !

Le succès d’Acadomia et Complétude comme conséquence directe ou indirecte des couples dans lesquels « on peut dire maman et maman » : il fallait y penser ! Christine Boutin elle-même n’avait pas songé à user de cet argument : heureusement, France Inter était là pour le faire à sa place.

L’émission aura lieu à partir de 12h ce vendredi 17 août. Espérons que les quatre invités sauront faire preuve de plus d’intelligence dans leurs propos que cette présentation à l’emporte-pièce, qui fait de l’homoparentalité l’origine des organismes de soutien scolaire, des coachs parentaux et des livres de psychologie de l’enfant…

International | Medias | Musique | People | 03.08.2012 - 22 h 04 | 18 COMMENTAIRES
Mika : « Oui, je suis gay »

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Ca y est : le chanteur Mika a enfin fait clairement… son coming out !

Ce n’était pas la question la plus brûlante de l’année, ni le plus grand suspense du monde… Mais enfin, quand on l’interrogeait publiquement sur ses relations et aventures, Mika n’allait quasiment jamais plus loin que cette déclaration qu’il avait faite en 2008 au magazine britannique Out :

Je n’ai jamais vraiment voulu m’enfermer dans une case. On peut me coller une étiquette, mais je ne veux pas m’en coller une moi-même. Est-ce que ça restreint ma manière de vivre ? Non. Je fais toujours ce que je veux. Et ça n’a rien à voir avec une stratégie marketing.

Tout juste avait-il dit, du bout du lèvres, dans une interview réalisée en 2009 par le magazine néerlandais Gay & Night :

Je ne me suis jamais collé d’étiquette. Mais, ceci étant dit, je n’ai jamais mis de limites à ma vie. Je n’ai jamais limité mes aventures. Appelez-moi comme vous voulez. Dites que je suis bisexuel, si vous avez vraiment besoin d’un terme pour me qualifier.

Fans de Mika, vous n’avez plus à vous interroger, à débattre sur le sens de certaines chansons, ou à taire ce que bon nombre savaient déjà mais n’osaient pas dire tout haut : en août 2012, le magazine américain Instinct vous apporte la réponse sur un plateau d’argent !

Dans une interview à paraître en septembre, mais dont quelques extraits circulent déjà, Mika déclare en effet :

« Si vous me demandez si je suis gay, je vous réponds oui. Est-ce que mes chansons parlent de ma relation avec un homme ? Je vous dis oui. C’est grâce à la musique que j’ai trouvé la force d’être à l’aise avec ma sexualité, au-delà des simples paroles de mes chansons. Ca, c’est ma vraie vie.»

Il est toujours bon que des personnalités célèbres, dans tous les domaines de la vie publique, puissent montrer qu’on peut être publiquement homosexuel(le). Mika fait partie de ces personnalités, et ce coming out est tout à son honneur.

On attend avec impatience la sortie du prochain album de l’artiste au succès planétaire, prévue pour le 17 septembre 2012. Il sera en tournée en France à l’automne 2012 : bonne occasion pour le (re)découvrir sur scène !

Livres | Sexualité | 03.08.2012 - 01 h 09 | 1 COMMENTAIRES
Grâce au Kama garçons, vivez l’été indien.

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Grâce à yagg, j’ai pu lire Le Kama Gay, rédigé par Tony Mark et illustré par Theo Angeli. Je vous l’annonce tout de suite : je me suis régalé – et à plusieurs titres.

D’abord, une petite minute culturelle inspirée de l’avant-propos, pour vous faire languir un peu : le kâmasûtra est un recueil de textes indiens, écrits entre le IVe et le VIIe siècle (ce qui ne nous rajeunit pas). Chaque texte y est accompagné d’une gravure érotique. C’est de ce classique, qui présentait à l’origine des positions aussi bien hétéros, homos et bis, que s’inspirent Theo et Tony, en 2012, pour créer Le Kama Gay – et on n’est pas déçus.

Les quatre chapitres du livre en offrent pour tous les goûts (c’est le cas de le dire) et pour toutes les occasions : « Préliminaires et gâteries », « Positions du Kâma gay », « Kama Su Trois » et « Pour les solitaires ». J’imagine que les titres sont assez explicites pour que je n’aie pas besoin de les expliquer aux adultes avertis qui lisent ce compte rendu…

C’est un livre pratique et agréable à lire, comme le Kâmasûtra d’origine : les positions vont de la plus simple (L’Ange gardien : serrés l’un contre l’autre) aux plus compliquées (Le Lego, qui se joue à trois, et qui nécessite quelques efforts, ou bien Pinocchio, qui ne fait pas grandir que son nez…). Il y a quelques idées très créatives : aux positions classiques s’ajoutent ainsi des suggestions imaginatives. Pour les sportifs, le bobsleigh et le saut de l’ange mériteraient de figurer… parmi les disciplines olympiques !

Le texte de Tony Mark, qui a déjà publié deux romans gays aux éditions Blanche, est plein d’humour. On ne s’attend pas à rire autant quand on ouvre un livre intitulé Le Kama Gay ! Les titres données aux positions sont hilarants : essayez donc de trouver ce qui se cache derrière La Dorian Gray Attitude, Le bon Samaritain ou A la Hitchcock ! D’autre part, les consignes et conseils donnés sont sympas, variés, et chaque position comporte un petit « Bonus » tantôt pratique, tantôt humoristique.

Les illustrations de Theo Angeli sont sobres, bien faites, et elles sont parfois d’une précieuse utilité quand on est un peu perdu dans les indications données 😀 C’est peut-être mon goût pour le cinéma, mais j’aime bien les illustrations de La Grande Zorro, A la Hitchcock et Brokeback Mountain.

C’est un livre très plaisant à lire seul ou à deux, et il permet de stimuler un peu l’imagination. A chaque page, on se dit : « Ah oui, tiens, je l’ai déjà fait, ça, c’était bien » ou alors « Ah, ça doit être pas mal de tenter ça ». Pour certaines positions, on frémit en se disant qu’il va falloir encore s’assouplir un peu les cuisses : L’Etoile du Bolchoï par exemple ! Faites-le plein d’idées pour vos rencontres du mois d’août, ou pour épater votre compagnon, et n’hésitez pas à puiser dans ce livre plein de prétextes pour céder chaque soir à la tentation…

P.S. : A lire en écoutant Tu m’chavires (1995) de Marie-Paule Belle, naturellement 😀

« J’ te supplie, j’ me déplie, tu t’ déploies
Tu m’imploses, tu m’exploses, quel exploit !
Je m’applique, tu m’appliques tout le Kama-Sutra
Tu m’honores, je m’endors, tu r’mets ça ! »

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