4297 mai | 2012 | E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Famille | France | Homophobie | Medias | 31.05.2012 - 22 h 53 | 6 COMMENTAIRES
31 mai 2012 – Jordan et Guillaume : deux témoignages poignants sur l’homophobie dans la famille

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Il faudrait faire écouter l’émission Libre Antenne, diffusée sur Europe 1 dans la nuit du 30 au 31 mai 2012, à tous ceux qui déclarent que l’homophobie n’existe plus en France.

Libre Antenne est une émission de dialogue, animée en direct par Caroline Dublanche de 23h à 1h, au cours de laquelle les auditeurs peuvent poser leurs questions à l’animatrice sur les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien – dans leur famille, au travail, avec leur entourage, etc. Dans la nuit du 30 au 31 mai 2012, Caroline Dublanche a accueilli un témoignage tout particulier : elle a reçu un appel de Jordan, jeune musulman homosexuel de 19 ans.

Jordan, d’une voix très émue, explique le chantage que sa belle-soeur exerce sur lui : elle l’a vu avec un garçon, et elle menace Jordan de dévoiler son homosexualité à ses parents, contre son gré. Cet outing forcé plonge le garçon dans le désarroi, car il a peur que ses parents, musulmans tous les deux, le rejettent hors de chez eux. Il redoute en particulier la colère de son père, qui ne comprendrait pas son homosexualité.

Les échanges entre le jeune auditeur et Caroline Dublanche sont très longs et très riches. On sent l’animatrice parfois embarrassée et hésitante (certains diront même qu’elle est à quelques reprises maladroite). Mais qui ne le serait pas dans un tel cas, complexe et émouvant ? Je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’opinion de l’animatrice, qui conseille très fortement à Jordan de nier tout en bloc. Mais la situation est grave : le jeune homme, au bord des larmes, est prêt à fuguer. Il a peur que sa famille le rejette, et il dit avoir « peur de son père et de sa réaction »… On comprend donc que l’animatrice soit prudente. Elle a d’ailleurs tout à fait raison lorsqu’elle dit que le coming out doit être un acte délibéré, et que chacun est libre d’en choisir le moment, lorsqu’il est prêt. Elle envisage beaucoup d’actions et d’attitudes possibles pour le jeune homme, afin de l’aider à faire le meilleur choix possible. Elle entame également un fort joli plaidoyer en faveur du vivre ensemble, et contre les dogmes intolérants des religions. Mais, plus encore que le dialogue entre l’animatrice et l’auditeur, j’ai particulièrement apprécié les différents échanges entre auditeurs que l’émission a permis d’établir.

Le jeune Guillaume, très ému également, est le premier à apporter son témoignage pour aider Jordan. Guillaume est déjà intervenu dans l’émission quelques semaines auparavant : il a été pris en photo dans un journal local, alors qu’il participait à la Gay Pride. Sa mère a très mal réagi (elle a tout de suite voulu « le soigner ») et son père ne lui adresse plus la parole. Guillaume a réussi à parler malgré tout avec sa mère, même si son père refuse pour l’instant d’accepter l’homosexualité de son fils. L’expérience de Guillaume, qui conseille à Jordan de ne pas nier, est très éclairante : pour lui, les parents de Jordan ont déjà senti que Jordan est homosexuel, et ils se le cachent encore à eux-mêmes. J’ai été extrêmement impressionné par la maturité et la réflexion dont Guillaume fait preuve malgré son jeune âge. Je reproche d’ailleurs à l’animatrice de ne pas lui avoir laissé suffisamment la parole, et d’avoir elle-même commenté un peu trop longuement ses propos, pour imposer son propre point de vue.

Deuxième auditrice qui intervient pour aider le jeune Jordan : Nina, une jeune femme très vive, d’origine marocaine. Avec beaucoup d’humour, de franchise, et de liberté de ton, Nina parvient à trouver les mots justes pour parler à Jordan, et pour évoquer les problèmes entre homosexualité et religions. Son discours est très fort et extrêmement poignant. Elle montre que Jordan n’est coupable de rien, et que c’est la belle-soeur de Jordan qui « a le vice en elle » : « elle manipule le bâton contre lui ». Nina incite Jordan à nier, en rappelant qu’il n’est pas encore indépendant, puisqu’il vit chez ses parents. Selon elle, la belle-soeur a « un total manque de respect vis-à-vis de son beau-père » : « elle va parler d’un sujet que les parents de Jordan ne sont pas aptes à comprendre, ça ne se fait pas (…) Elle veut casser la vie de Jordan (…) Elle veut mettre une bombe dans la famille ». Ce témoignage est très personnel et émouvant : Nina explique qu’elle est divorcée, et qu’elle élève seule ses enfants. Cela est très mal vu par sa famille. Nina et l’animatrice exhortent Jordan à ne pas « être un agneau », mais à « être un loup » contre sa soeur : « Il faut penser à soi et se protéger » contre « tous ces préjugés sortis d’un autre âge ».

Enfin, un mystérieux et très juste auditeur, qui se fait appeler Chaudron de la Barque, conclut en s’adressant à Jordan : « Ne vous laissez pas manger la laine sur le dos, soyez un loup lorsque cela est nécessaire ». La fuite n’est pas une solution viable : Jordan ne doit pas fuguer de chez lui à cause de sa belle-soeur.

Les témoignages de Jordan et Guillaume doivent être l’occasion de nous rappeler l’importance d’associations comme SOS Homophobie, Le Refuge, Contact, Homosexuels Musulmans de FranceJe regrette que l’émission n’ait pas renvoyé le jeune homme un peu plus rapidement vers ces associations, mais l’animatrice a donné en direct le numéro d’urgence du Refuge, elle a évoqué l’existence de HM2F, et les coordonnées de ces associations ont été transmises à l’adolescent après son appel.

Je partage en tous les cas le commentaire posté pour le moment sur le site de l’émission :

Soirée bien émouvante

Une fois de plus l émission à été riche en émotion surtout avec le témoignage de Jordan

On peut écouter le témoignage de Jordan à ce lien, de 39 minutes à 88 minutes. Je vous encourage vraiment à le faire.

J’espère qu’Europe 1 nous donnera des nouvelles de Jordan et Guillaume. Si un ou plusieurs des intervenants de l’émission durant la soirée découvrent cet article, je les incite vivement à laisser un commentaire ci-dessous : je serais très heureux de les lire.

Bon courage à Jordan et Guillaume !

Homophobie | International | Justice | 12.05.2012 - 01 h 09 | 1 COMMENTAIRES
Le calvaire de Martina : un conte bordure LGBT, par Maître Eolas.

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Il y a quelques jours, je vous faisais part d’un joli conte allemand LGBT, qui n’est en réalité que la transcription fidèle d’une histoire bien réelle et avérée. Mais lorsqu’un fait réel peut donner lieu à un récit, présenter une morale, et nous montrer des personnages exemplaires : il a beau être vrai, ça n’en reste pas moins, pour nous, un conte comme on les aime.

Aujourd’hui, c’est d’un conte bordure qu’il s’agit. Et le narrateur qui nous l’a transmis n’est nul autre que le célèbre Maître Eolas… Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Maître Eolas est un blogueur influent et renommé. Avocat au barreau de Paris, il s’exprime souvent sur les questions de justice qui animent la société.

Mais cette fois, c’est sur twitter que le juriste a exposé son propos. Maître Eolas parle généralement des cas qu’il a eus personnellement à défendre. L’histoire qu’il a choisie est celle d’une jeune femme, dont il a changé le prénom en « Martina ». Pour ne pas révéler son identité, il a également transposé l’action en Bordurie, un pays fictif imaginé par Hergé dans l’album intitulé Le sceptre d’Ottokar.

Martina a passé une jeunesse difficile en Bordurie, où le statut de la femme est encore très précaire, surtout en pleine campagne. Martina a été régulièrement battue, par son père puis par les garçons de sa classe. Elle a travaillé dur dès son plus jeune âge, afin de payer ses études au collège puis au lycée.

Alors que son père envisage de la marier, elle part, peu après la mort de sa mère, faire des études dans la capitale, tout en travaillant comme serveuse. Mais Martina aime les femmes, et elle fréquente le bar lesbien de la ville. Son père l’apprend, il la fait ramener de force au village, il la bat durement et la séquestre dans la cave.

Martina pavient à s’enfuir grâce à l’aide de sa belle-soeur, qui risque sa vie en sauvant celle de Martina. Martina parvient à immigrer en France, par des filières clandestines. Après six mois de délibérations, l’OFPRA lui accorde alors le statut de réfugiée en raison de son homosexualité, et des risques qu’elle encourrait en rentrant dans sa famille. Ses diplômes bordures n’étant pas reconnus en France, Martina est désormais agent d’entretien dans un hôpital.

Voilà l’histoire racontée en une quarantaine de tweets par Maître Eolas. Et le juriste de conclure : « Je vous laisse réaliser la chance qu’a la France d’accueillir en son sein une femme comme Martina, qui depuis ses 9 ans mène sa vie comme elle veut, malgré les pires obstacles qu’elle a pu subir ».

En lisant, cette histoire, je suis, je l’avoue, doublement fier de faire partie des LGBT, et d’être français. Mais cette fierté, ce n’est pas la valorisation de « la France forte » ou le repli sur soi : c’est la fierté d’appartenir à un pays qui représente un certain nombre de valeurs humanistes, qui font encore rêver à l’étranger. J’espère que l’égalité des droits, promise par François Hollande, permettra à la France de s’affirmer encore davantage comme le pays des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Si vous voulez davantage de détails sur l’histoire de Martina,  vous pouvez la lire in extenso ici : elle a été storyfiée le vendredi 12 mai 2012 par le journaliste Pierre Sahuc. Bonne lecture à vous ! Et pensez fort à Martina…

Homophobie | International | Musique | Religion | 10.05.2012 - 18 h 06 | 0 COMMENTAIRES
Lady Gaga menacée par des intégristes en Indonésie

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Il y a quelques semaines, un groupe important de conservateurs chrétiens en Corée du Sud avait décidé de se mettre à prier pour que soit annulé le concert de Lady Gaga prévu à Séoul le 27 avril 2012. L’un des responsables avait affirmé : « Nous allons prier Dieu afin que le concert n’ait pas lieu et que l’homosexualité et la pornographie ne se répandent pas à travers le pays ». Ce concert a par ailleurs été interdit aux moins de 18 ans.

Cette fois, c’est en Indonésie que la star provoque la colère d’un mouvement religieux. L’information a été lancée il y a six jours par le Jakarta Post : le FPI (Front des défenseurs de l’islam) a annoncé qu’il répandrait « le chaos dans Djakarta » si le concert de Lady Gaga prévu le 3 juin à Djakarta n’était pas annulé. Ce mouvement se dit prêt à mobiliser plus de 30 000 personnes afin de créer des perturbations contre le concert de Lady Gaga. Il a annoncé qu’il irait accueillir la star à l’aéroport afin de l’empêcher de mettre pied en Indonésie.

Deux bonnes nouvelles cependant : d’une part, le FPI est connu pour ne pas appliquer les menaces qu’il lance parfois imprudemment. D’autre part, plus de 40 000 fans sont attendus au concert de Lady Gaga. Ils sont toujours plus nombreux que les partisans du FPI…!

France | Mariage | Musique | Politique | 06.05.2012 - 17 h 57 | 0 COMMENTAIRES
Que chanteront les LGBT grâce à la victoire de François Hollande ? + Les injures d’une Jeune UMP envers François Hollande.

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Ce dimanche 6 mai, François Hollande, en gagnant l’élection, laisse enfin l’espoir aux couples de même sexe de pouvoir bientôt entonner tous en choeur :

http://www.youtube.com/watch?v=FMZ6uT-EHFg

P.S. : Au moment même où François Hollande a été annoncé comme le grand vainqueur de l’élection, une jeune militante UMP s’est mise à hurler à plusieurs reprises, en direct sur France 2,  un très clair « ENCULE », dès qu’elle a vu la photo de François Hollande s’afficher sur l’écran. Le prénom et le nom d’une jeune fille, qui fait partie de la famille d’une élue UMP de Puteaux, a circulé en différents endroits du net depuis deux jours. Mais peu importe finalement le nom, c’est l’acte qui est très grave.

Le pire, je pense, dans ces images, c’est de voir que la jeune auteure de l’insulte se met quasiment à rire de s’être exprimée ainsi ! Qu’on ait un coup de colère un soir de défaite politique, je veux bien, surtout quand on est jeune ; qu’on emploie un mot comme ça, plusieurs fois, en plein QG de campagne du candidat, là déjà je suis choqué ; mais alors qu’en plus on en rigole au moment même où l’on s’excuse à moitié avant de passer à autre chose, là franchement c’est de l’abus. Je ne dirais rien sur les quelques autres « Jeunes Pops » que j’ai connus : ils étaient tous du même acabit.

http://youtu.be/5kkVWT7aC8w

Cinéma | Discriminations | Famille | Homophobie | International | Livres | Monde rural | 06.05.2012 - 01 h 36 | 0 COMMENTAIRES
Xavier Dolan adaptera au cinéma « Tom à la ferme » de Michel-Marc Bouchard

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C’est Michel-Marc Bouchard, dramaturge québécois, qui l’annonce sur son site officiel : Xavier Dolan (en photo ci-dessous) va bientôt adapter au cinéma sa pièce de théâtre Tom à la ferme, consacrée en particulier à l’homophobie en milieu rural.

Tom, un jeune publicitaire, part à la campagne pour assister aux obsèques de son amant. Il y rencontre sa belle-mère, et découvre avec surprise qu’elle ignore tout de leur histoire d’amour, et même de l’homosexualité de son fils. En effet, ses enfants lui ont toujours menti, et Francis, le beau-frère de Tom, est prêt à tout pour que la vérité ne lui soit jamais révélée…

Créée par Claude Poissant, en 2011, au Théâtre d’Aujourd’hui (Montréal), la pièce Tom à la ferme a déjà été couronnée par le prix de la dramaturgie francophone. Elle rencontre actuellement un grand succès au Teatro Santa Caterina de Mexico, puis, en novembre 2012, elle sera mise en scène par Eda Holmes au Factory Theatre (Toronto), mais aussi par Ladislas Chollat à l’Espace Michel-Simon (Noisy-le-Grand). Le scénario du film pourrait être finalisé d’ici un an.

On doit déjà deux beaux films à Xavier Dolan : J’ai tué ma mère (autour des relations d’amour et de haine qui unissent le jeune Hubert Minel à sa mère) et Les amours imaginaires (où deux amis, Francis et Marie, tombent tous deux amoureux du beau Nicolas). Son dernier film, Laurence Anyways, sortira au Québec le 18 mai 2012. Il raconte l’histoire de Laurence, prof de littérature, au cours de sa transition d’homme en femme.

Michel Marc Bouchard, quant à lui, a déjà écrit une vingtaine de pièces de théâtre, dont la dernière, Christine, la reine-garçon, doit être créée par Serge Denoncourt en novembre 2012, au Théâtre du Nouveau-Monde (Montréal). On lui doit cette belle phrase, qu’il a coutume de répéter, et qui est malheureusement toujours si vraie : « Avant d’apprendre à aimer, les homosexuels apprennent à mentir ». Ce à quoi il ajoutait, en novembre 2010 : « Nous sommes des mythomanes courageux ».

Discriminations | Education | Homophobie | International | 04.05.2012 - 04 h 51 | 2 COMMENTAIRES
Un conte d’Allemagne : l’instituteur, le prêtre, et les villageois homophobes.

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Ce conte relate une histoire vraie, qui n’est pas si ancienne qu’on pourrait le croire.

Il était une fois un petit village de 1200 habitants, Rechterfeld, en Allemagne (Basse-Saxe), dont le maire et les habitants étaient bien embêtés. En effet, l’école publique n’avait plus de directeur depuis plusieurs mois, et il est bien difficile de faire tourner un établissement dans ces conditions. Au printemps 2012, un instituteur se présente. Vite vite, on réunit les comités nécessaires, on demande l’accord des autorités compétentes : tout va pour le mieux, le candidat est retenu, et il va pouvoir prendre les rênes de l’établissement qui en a tant besoin. Or, c’est lorsqu’on croit que tout est arrangé, que les ennuis commencent..

Coup de théâtre : le prêtre catholique, figure centrale dans ce petit village conservateur, dit avoir reçu de nombreux appels émanant des villageois inquiets et courroucés. De quoi se plaignent-ils ? Eh bien, pardi, il se murmure que le nouvel arrivant serait gay et protestant – deux tares impardonnables dans le village. Le prêtre, Hermann Josef Lücker, n’écoute que son courage, et prend son téléphone. Il tombe sur le compagnon de l’instituteur, et lui explique que les villageois sont mécontents : ils lui auraient fait part de « leurs craintes », « leurs peurs », « leurs détresses ». L’instituteur n’est pas là – le prêtre laisse un message à son intention : il espère bien pouvoir lui dire bientôt deux mots, en entretien privé…

Mais le prêtre n’aura jamais l’occasion de se livrer à l’entretien qu’il avait prévu. Car, suite à cet appel, l’instituteur a tout bonnement… retiré sa candidature. A présent, le prêtre nie avoir tenu des propos désagréables par téléphone sur l’homosexualité ou le protestantisme de l’instituteur. Mais, quand on lui demande de quels problèmes il voulait parler avec l’instituteur, et pourquoi celui-ci a subitement refusé de venir, il élude la question. Il se refuse également à dire qui l’a appelé, et pourquoi il s’en est pris à l’instituteur, au lieu d’expliquer aux villageois que « leurs craintes » et « leurs peurs » réelles ou supposées étaient tout bonnement sans fondement.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que cette décision est une catastrophe pour le village, qui continuera à devoir se passer de directeur d’école durant sans doute une longue période. Le village, qui n’avait besoin de cela, voit sa réputation encore plus détériorée qu’auparavant. Quant à l’instituteur, bien qu’il habite dans le canton de Rechterfeld, il préfère continuer à faire la route tous les jours entre son domicile et la ville de Brême, plutôt que d’enseigner là où l’on n’a pas voulu de lui.

La morale de cette histoire vraie ? La collectivité est toujours menacée davantage par un groupe d’homophobes cauteleux que par un couple de garçons amoureux. Qu’on se le tienne pour dit ! A présent, les deux compagnons ne veulent plus entendre parler des habitants du village ni de leur prêtre, et ils vivent désormais des jours heureux en Basse-Saxe – mais on ignore encore s’ils auront, comme à la fin des contes traditionnels, la chance d’élever « beaucoup enfants ».

Famille | Homophobie | International | Mariage | Medias | Politique | Religion | 02.05.2012 - 00 h 41 | 47 COMMENTAIRES
« Si votre fils de quatre ans a l’air efféminé, cassez-lui le poignet »

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« Si votre fils de quatre ans a l’air efféminé, cassez-lui le poignet » : c’est l’injonction lancée ce dimanche par le pasteur Sean Harris à tous ses paroissiens, en Caroline du Nord.

Dans un sermon haineux et violent, le pasteur Harris s’en prend tous azimuts aux LGBT, et appelle les parents à combattre dès le plus jeune âge toute déviance de genre par rapport au sexe de l’enfant. Pour ce faire, c’est bien simple. Si un garçon de quatre ans se comporte de manière efféminée, il suffit d’abord de prendre des photos de l’enfant, et de les mettre sur youtube « pour que tout le monde puisse se moquer de lui ». Ensuite, selon les préceptes du bon pasteur, il est nécessaire de « lui casser le poignet », et « de lui mettre un bon coup de poing », en lui rappelant que c’est un mâle et qu’il doit agir en mâle.

Vous pouvez écouter ici un extrait tiré de ce discours de haine.

Rappelons que la Caroline du Nord est appelée à se prononcer dans moins d’une semaine sur l’interdiction constitutionnelle du mariage pour tous les couples.

En outre, ce sermon arrive deux jours après le dérapage d’un animateur de radio, à Cleveland, qui recommandait lui aussi de faire preuve de violence envers les jeunes homosexuels – en visant cette fois les lesbiennes. Il lisait à l’antenne le mail d’un père, lui demandant ce qu’il devait faire après avoir vu sa fille adolescente embrasser une copine à elle. L’animateur a répondu : « Vous  devriez la faire violer par un de vos bons copains ».  Depuis, l’animateur a présenté ses excuses, en déclarant que ses propos avaient été « inappropriés », « inexcusables » et « stupides ».

A quand des excuses similaires, de la part du bon pasteur Harris ?

Edit, 02 mai 2012, 20h10 : Le pasteur ne présente pas d’excuses, réaffirme qu’un comportement efféminé de la part d’un garçon est contraire aux préceptes de Dieu, et trouve simplement qu’il aurait dû dire les choses autrement (mais il refuse de dire comment car, dit-il, ça ne tiendrait pas « en cinq mots »).

France | Histoire | Musique | Non classé | VIH | 01.05.2012 - 04 h 46 | 0 COMMENTAIRES
Il y a vingt-cinq ans nous quittait Dalida.

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C’est dans la nuit du 2 au 3 mai 1987 que Dalida nous a quittés. C’était il y a 25 ans, quasiment jour pour jour – ou plutôt, à l’heure où j’écris cet article, quasiment nuit pour nuit.

Je n’étais pas bien vieux cette année-là. Et pourtant, je me souviens encore précisément des journaux télévisés de l’époque qui rendirent compte de l’événement, le dimanche soir. Une immense communauté de fans, en France et dans toute l’Europe, partageait cette tristesse, et apprenait les derniers mots écrits par la star : « La vie m’est insupportable. Pardonnez-moi. »

Aujourd’hui encore, son frère Orlando (de son vrai nom Bruno Gigliotti) entretient pieusement la mémoire de la chanteuse auprès de ses fans de tous âges. Dans le même temps, des biographies, des articles et des émissions télévisées continuent, chaque année, de rendre hommage à l’artiste qu’elle était.

On a beaucoup parlé de la détresse de Dalida, et des hommes qui ont traversé sa vie, dans des moments souvent très douloureux : Lucien Morisse, Jean Sobieski, Christian de la Mazière, Luigi Tenco, Richard Chanfray, Arnaud Desjardins, François Naudy… Chacun d’entre eux a participé, de manière parfois tragique, à l’écriture de l’un des chapitres qui composent la vie de Dalida. En 1967, la jeune femme est plongée cinq jours dans le coma suite à une première tentative de suicide. D’autres drames personnels s’ensuivront, comme cet avortement, quelques mois plus tard, qui la rendra définitivement stérile.

Si sa carrière artistique l’amène à devenir une star extrêmement populaire, c’est d’abord pour son talent de précurseur, sa grande capacité à renouveler et à diversifier son répertoire. Après le succès de chansons comme Bambino en 1957 (mais aussi Come prima, Les Enfants du Pirée, La danse de Zorba…), elle sait coller à son époque et prend le virage du twist dans les années 60 : c’est une 1ère révolution dans sa carrière. Elle saura ensuite enchaîner les grands succès populaires (Paroles Paroles, Il venait d’avoir 18 ans, Gigi l’Amoroso…) tout en lançant ou en reprenant de grandes chansons à texte (Avec le temps, Je suis malade, Quand on n’a que l’amour…) – unir ces deux répertoires, considérés comme contradictoires, constitue alors une 2eme révolution, qui lui assure un public extrêmement large. A la fin des années 70, elle crée la première chanson « medley » (Génération 78), et, après un très court passage par le reggae (!), elle parvient à devenir l’une des reines du disco – 3eme révolution, qui sera également la dernière.

Qu’on me permette de revenir, en quelques lignes, sur ce qu’a signifié Dalida pour la communauté LGBT. Il faut avoir eu 15 ans en 1972, pour bien comprendre ce que signifiait entendre chanter, sur le gramophone des parents, et dans la voix d’une artiste populaire : « Pour ne pas vivre seul, des filles aiment des filles, et l’on voit des garçons épouser des garçons ». Ce n’était qu’un an après la toute première Gay Pride en Europe ! Une autre chanson de Dalida, en 1979, aborde l’homosexualité (ou plutôt la bisexualité ?) de manière explicite : Depuis qu’il vient chez nous. Dans cette chanson, une femme s’adresse à son époux : « Dieu que tu as changé / Depuis qu’il vient chez nous […] Si sa jeunesse t’attire / Pourquoi ne pas me le dire ? […] Parfois j’ai peur de comprendre / Ce qui se révèle en toi ». Il est difficile de dire les choses plus clairement… tout en gardant la poésie des nuances et des mots !

Mais on peut aller plus loin : tous ceux qui ont aimé Born this way de Lady Gaga devraient savoir que, quels que soient la qualité du texte et le talent de l’interprète, il ne s’agit que d’un avatar post-moderne et plus rythmé de la belle, sensible et mélancolique chanson A ma manière. « Avec des faux pas, des faux plis / Chacun de nous porte sa vie, à sa manière […] Même sous la pluie des mauvais jours / J’ai suivi la ligne d’amour, à ma manière » : à l’époque, tous les LGBT qui entendaient ces paroles, signées Pascal Sevran, ont bien compris qu’elles s’adressaient aussi à eux – sinon à eux, en priorité. Il faudra d’ailleurs qu’un jour les queer studies se penchent sérieusement sur les paroles de toutes les chansons de Dalida… Enfin, qui oserait manquer la célèbre soirée au Tango, qui est consacrée chaque année à Dalida, et qui aura lieu cette année le 16 mai – comme d’habitude en excellente compagnie ? Et qui ignore que Dalida fut l’une des premières personnalités, avec Line Renaud, à s’engager résolument dans la lutte contre le Sida ?

Pour finir, et parce que Dalida avait beaucoup d’humour, je vous propose de visionner ces trois imitations de Gigi, des années 80 aux années 2000. Nul doute que ces vidéos l’auraient encore beaucoup fait rire, si elle était toujours parmi nous :

http://www.youtube.com/watch?v=mbiVbM8oDqs

Vous aurez compris, à la lecture de cet article, que Gigi était la chanson de Dalida que je préférais (avec « Laissez-moi danser », et « Mourir sur scène »). Et vous, quelles sont les trois chansons de Dalida que vous préférez ? 

Post Scriptum : Une époque s’achève, une génération disparaît. Thierry Le Luron, l’imitateur qui avait tant de talent, est mort le 13 novembre 1986, soit quelques mois seulement avant le départ de sa victime préférée – qui, depuis longtemps, lui avait pardonné sa férocité à son égard. Elie Kakou, qui nous a également fait rire aux larmes, nous a quittés en 1999. Pascal Sevran, dont les dernières années ont été si controversées, est mort en 2008, en nous laissant, malgré toutes les polémiques qu’il a suscitées, une belle oeuvre de parolier et d’écrivain. Enfin, le jeune chanteur qui donnait la réplique à Dalida dans la chanson Génération 78, le joli Bruno Guillain, est décédé lui aussi, le 14 décembre 2011. Qu’il nous soit donc permis d’avoir une pensée émue pour ces quatre personnes si différentes, qui ont un jour croisé la vie et l’oeuvre de Dalida – et qui ont également, un petit peu, traversé nos vies à tous.

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