4297 juillet | 2011 | E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Homoparentalité | Medias | Politique | 31.07.2011 - 20 h 43 | 3 COMMENTAIRES
Les homoparents à l’honneur sur France Inter (1er août 19h20 puis 6 août 15h) et dans le magazine Géo

En ce début d’été 2011, deux médias importants abordent le thème de l’homoparentalité :

Sur France Inter, Le Téléphone sonne du lundi 1er août 2011 (19h20 – 20h) sera intitulé « Etre homo et parent à la fois ». Les auditeurs peuvent poser leurs questions à partir de 17h en appelant le 01 45 24 70 00. L’émission est ainsi présentée : « L’homoparentalité et l’adoption d’enfants reviennent à la une avec la multiplication des mariages gay dans le monde. Les dernières réticences sont-elles en train de tomber ? »

Les invités sont :

Brigitte Bogucki, avocate à Paris et Lille, et spécialiste du droit de la famille
Alexandre Urwicz, Président de l’association des familles homoparentales
Sylvie Bommel, Rédactrice en chef adjointe du magazine GEO, qui s’était déjà intéressée à l’adoption

Toutes les informations sur l’émission sont disponibles ici.

J’ajoute grâce à @Judith Silberfeld que France Inter donnera la parole aux homoparents le samedi 6 août 2011 à 15h, dans l’émission « Je t’aime pareil », présentée par Harry Eliezer et Marjolaine Koch (qui est membre de la communauté Yagg : @jarmolaine ). Cette émission s’intéressera « à ceux qui ont choisi d’avoir un enfant malgré les contraintes juridiques et le regard des autres ».

Enfin, dans le magazine Géo du mois  d’août, un très beau dossier est consacré à « Ces homosexuels qui fondent une famille ». Les photos sont magnifiques, et le texte prend légèrement parti pour les familles homoparentales. Y sont cités les principaux acteurs sérieux en lien avec ce thème : l’APGL, l’ADFH, Caroline Mécary, Gilles Bon-Maury… On y trouve également, à faible dose, des personnalités moins recommandables et à la pensée caricaturale comme Sylviane Agacinski et Jean-Pierre Winter, mais l’article est écrit de manière tout à fait honnête, et mérite d’être lu par celles et ceux qui s’intéressent à l’homoparentalité. Les gourmands et les curieux s’intéresseront, dans le même numéro, aux dix plus belles « saveurs du monde » : vanille Bourbon, truffe du Vaucluse, cacao porcelana… Ce numéro stimule l’esprit et les papilles !

 

 

A cette occasion, on reverra avec intérêt cet extrait du très intelligent documentaire « In my shoes : Stories of Youth with LGBT parents » :

Homoparentalité | Homophobie | International | Livres | 08.07.2011 - 22 h 24 | 2 COMMENTAIRES
A.M. Homes, Jack : « Les osselets, ça fait vraiment pédé. » (p.181)

Grâce à Yagg, j’ai pu lire le livre d’A.M. Holmes intitulé Jack, publié en 2011 chez Actes Sud Junior.

A.M. Holmes, vous la connaissez, même si son nom ne vous dit rien : elle est scénariste et productrice de The L Word, et elle a déjà écrit de nombreux romans, ainsi que ses mémoires (Le sens de la famille). En revanche, le roman Jack, qu’elle a écrit à l’âge de 19 ans et qui est paru aux USA en 1989, vous ne le connaissez pas, sauf si vous lisez régulièrement des romans en anglais : Jack vient seulement d’être publié en version française par Actes Sud Junior, dans une traduction inédite réalisée par Jade Argueyrolles (on ne rend jamais assez hommage aux traductrices et traducteurs qui ont réalisé un travail de l’ombre souvent génial mais toujours difficile).

J’ai donc hérité d’une mission ardue et délicate grâce à un jeu lancé par Yagg : lire Jack, et en faire une critique pour le site. J’avais découvert grâce à Yagg un joli livre de Muriel Douru, et je m’étais empressé de le faire découvrir à mon tour en rédigeant une critique. Pour Jack, ça a été beaucoup plus difficile, et il m’a fallu du temps pour laisser la lecture se décanter…

Que Miss Holmes me pardonne : je n’ai pas apprécié la lecture de ce livre. Et je suis pourtant généralement bon public, indulgent pour le travail de l’auteur et patient envers les livres que j’ai en main. Mais j’ai éprouvé deux sentiments au cours de la lecture de ce livre : de l’ennui et de la perplexité.

De l’ennui d’abord. Jack est un jeune garçon dont le père est homo (il vit avec Bob), et cette situation ne plaît pas à Jack. Quand vous savez cela, vous savez à peu près tout, et je serais tenté de dire que la lecture du livre relève ensuite souvent d’un certain masochisme – à moins d’aimer les propos homophobes et les relents de régurgitations émétiques. Sur les 278 pages du livre, une bonne partie est composée de phrases du genre : « Je hais les pédés, ai-je hurlé. Je rigole pas » (p.85). « J’étais en pleine dépression nerveuse parce que je me baladais avec mon père gay » (p.59). « Le bowling, c’est cent pour cent pédé » (p.71) (et quand ce n’est pas le bowling, ce sont les osselets, cf. le titre de cette critique et la page 181 du livre). « Je regardais Bob et je le détestais. Je le détestais parce qu’il portait des chaussons de pédé » (p. 101), « Vous êtes des tafioles ou des animaux ? hurlait-il » (p.118), etc. Il n’y a que quelques très, très courts passages durant lesquels un personnage se retient de condamner le père devenu homo, voire en dit quelques mots positifs. L’évolution du narrateur lui-même n’est pas claire : pour résumer, il commence par haïr son père et Bob, ensuite il ne hait plus que Bob, et à la fin il s’en fout, bien qu’il dise dans la même phrase y penser « sans cesse » (p.272).  En outre, les personnages du livre ont une caractéristique singulière : ils ont souvent envie de vomir, que ce soit au propre (pour Max et Jack, on se croirait parfois dans la Cité de la Peur…), ou au figuré (eh oui, les homos, ça fait vomir, figurez-vous). La traductrice a, me semble-t-il, épuisé tous les synonymes du terme et de l’action : avoir la nausée, être écoeuré, avoir des hauts-le-coeur, vomir, dégueuler, dégobiller,… et je regrette de ne pas en avoir fait le compte (mais ça distrait quand on s’ennuie).

De la perplexité ensuite. Le livre a, selon moi, mal vieilli. Il était sans doute intéressant à la fin des années 80, où l’on faisait mine de découvrir les prémisses de la famille homoparentale. Mais quel est son intérêt en 2011 ? Je sais bien qu’on rediffuse actuellement Starsky et Hutch, et même Chapeau melon et bottes de cuir, mais je n’ai même pas ressenti le goût de la nostalgie en lisant Jack. J’ai eu, sincèrement, l’impression de suivre un feuilleton de l’après-midi, tels qu’il y en a des milliers sur TF1 et M6, en un peu plus vulgaire (encore que…). Je cherche toujours l’intérêt de la traduction et de la publication de ce livre de 1989, s’il est destiné comme l’indique l’éditeur, à des adolescents. Je ne vois pas ce qu’ils peuvent en tirer, et ils feraient mieux, dans ce cas, de lire les mémoires d’A.M. Holmes, ou de lire quelques romans plus actuels (comme Oh boy de Marie-Aude Murail), plutôt que le tout premier roman d’A.-M. Homes écrit il y a trente ans.

Il y a  cependant quelques points sympathiques, en particulier quand le héros se remet un peu en cause : « Je marchais et je réfléchissais à tout un tas de broutilles, comme par exemple qu’est-ce que ça veut dire être une famille » (p.115). Le jeune ado est en quête de lui-même : interrogé en cours d’histoire sur la Reconstruction (période historique qui suit la guerre de Sécession), il remarque : « j’ai déjà suffisamment de mal à reconstruire ma propre vie sans avoir à me rappeler comment ils ont réunifié une partie du pays » (p.250). Paradoxalement, il est lui-même victime d’homophobie, puisqu’il se fait abondamment traiter de « petite fiotte » à cause de son père, ce qui ne l’empêchera pas, roman américain oblige, de briller au lycée lors d’un très important match de basket au cours duquel il sera malheureusement blessé – ce qui lui vaudra comme il se doit l’admiration des buddies et pom-pom-girls.

D’un point de vue littéraire, il y a quelques points de qualité : une petite anecdote au sujet d’une tâche que le héros et sa famille n’ont de cesse de vouloir faire disparaître, et qui finira par s’en aller quand tout ira mieux, des échos et des contrastes intéressants entre les personnages (Max et Jack par exemple), entre les situations (le repas au McDo et la fête chez Bob), entre le début et la fin du livre (le héros est guidé par son père au début, il est seul à la fin), etc.

Enfin, la famille hétérosexuelle en prend aussi pour son grade : le voisin que l’on prenait pour un homme idéal (« le chef scout, le fan de base-ball, le cent pour cent hétéro », p.197) bat sa femme régulièrement. Et si le héros pense que « l’âge d’or de la famille est derrière nous » (p.276), ce n’est pas à cause de son père, mais à cause de la famille hétérosexuelle voisine. « La famille que j’avais crue parfaite, mieux que la mienne, s’effondrait soudain, emportant dans sa chute mon meilleur ami » (p. 197).

Pour moi, c’est un très bon livre de civilisation, pour se documenter sur l’actualité et la mentalité du peuple américain au début des années Reagan (on y parle discrètement du SIDA pp. 56-57, on se gave au fast food à plusieurs reprises, on y montre le lycée américain p.226, etc.). Mais l’accumulation de remarques homophobes (y compris de la part du personnage principal), le choix du point de vue,  l’ambiguïté des pensées du personnage jusqu’à la fin du livre, et surtout la déconnexion complète entre ce livre et notre époque font que je ne recommanderais pas ce roman à ma nièce ou à mon neveu lorsqu’ils seront ados, ni même à mon fils ou à ma fille – si le législateur français veut bien, un jour, m’accorder le droit d’élever un enfant avec mon compagnon.

Ce que je regrette le plus, c’est sans doute le choix de la collection qui a été effectué par l’éditeur : ce n’est pas, à mon avis, un livre susceptible d’intéresser ou d’aider les ados d’aujourd’hui. Il a sans doute été intéressant pour des ados américains, à la fin des années 80, mais je ne vois pas ce qu’il peut apporter à des adolescentes et des adolescents de 2011, sinon un flot de remarques homophobes et une plongée dans les coutumes des adolescents aux USA en 1980 (bouffe, basket, beaufitude). Que Jack construise son identité en 1981, c’est très bien ; que le livre ait eu du succès lors de sa publication en 1989, j’en suis fort aise ; mais que ce roman aide des adolescents ou qu’il leur plaise en 2011, je me permets d’en douter.

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