4297 E.D.H. – Egalité des Droits Homos/hétéros

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E.D.H. - Egalité des Droits Homos/hétéros
Le blog de Numa - pour faire appliquer un jour la devise "Liberté, égalité, fraternité".
Discriminations | France | Homophobie | Livres | Mariage | Medias | Monde rural | Sexualité | 24.11.2014 - 01 h 18 | 6 COMMENTAIRES
Amiens – Mais quel est donc le problème du Courrier Picard avec les homosexuels ?
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L’année 2014 a-t-elle été déclarée année de l’homophobie par le Courrier Picard ? On pourrait bien le croire, au vu de la succession d’articles, toujours orientés dans le même sens, que ce journal a consacrés à l’homosexualité. Est-ce là une façon pour ce journal de s’adapter à l’augmentation du vote Front National dans sa région ? Ou bien est-ce l’expression de convictions intimes de la part de la rédaction amiénoise ? En tous les cas, on ne peut que s’interroger sur le recours à des procédés tendancieux pour condamner directement ou indirectement les homosexuels, et à en faire des boucs-émissaires faciles pour la population. Retour chronologique sur une année où l’on semble devoir comprendre que, pour certains journalistes amiénois, l’homophobie n’est pas forcément un problème en Picardie, mais l’homosexualité en est apparemment un.

***

1) Février 2014 : Edouard Louis, la première cible.

Edouard Louis

Edouard Louis

Lorsqu’un Picard rencontre du succès, la presse locale s’en montre généralement plutôt fière : Jean-Pierre Pernaut, Cauet, Miss France, Emmanuel Macron… sont autant de gloires régionales qui n’ont pas été fortement étrillées par le Courrier Picard. Mais lorsqu’Edouard Louis a connu un succès littéraire avec son roman « Pour en finir avec Eddy Bellegueule », il s’en est alors agi fort différemment. Le Courrier Picard est le premier à publier un article incendiaire contre le jeune auteur. Dans l’édition du 2 février 2014, Fabrice Julien et Gaël Rivallain entreprennent en effet de révéler « Les deux visages d’Eddy Bellegueule  ». Pour ce faire, les deux journalistes du Courrier Picard sont allés à la rencontre de « sa famille et ceux qui l’ont côtoyé », pour comprendre « le malaise » que ce livre suscite en eux :

« À Hallencourt, la famille d’Eddy/Édouard, a cru s’étrangler à la lecture du récit […] Nous ne sommes ni racistes ni homophobes, insiste sa soeur Mélanie. Nous n’avons découvert l’homosexualité d’Eddy qu’il n’y a deux ou trois ans et franchement, dans la famille, tout le monde s’en moque. »

Et puisque la famille dit qu’il n’a jamais existé d’homophobie en son sein, on est prié de la croire : fermez le ban ! Feignant volontairement d’ignorer qu’il s’agit d’un « roman », les journalistes Fabrice Julien et Gaël Rivallain font ensuite mine de s’étonner :

« La vraie famille d’Édouard Louis n’a, à première vue, pas grand-chose à voir avec celle à la Germinal, misérable, inculte et vulgaire, décrite dans le roman. Mélanie, la grande sœur âgée de 28 ans, titulaire d’un bac pro, prend soin de son fils Ulysse, sept mois, la dernière « merveille » de la famille. Andy, en troisième au collège de Longpréles-Corps-Saints (où Eddy Bellegueule a aussi fait ses humanités), et Candice, en seconde au lycée Boucher-de-Perthes d’Abbeville, poursuivent une scolarité normale. »

On ne voit pas bien en quoi la scolarisation des enfants de la famille a à voir avec le roman d’Edouard Louis, qui raconte l’homophobie dont un jeune garçon de la campagne picarde est victime tout au long de sa jeunesse. Andy et Candice, dont on se demande bien ce qu’ils viennent faire dans cet article, n’ont strictement aucun rapport avec les événements qui sont censés s’être déroulés dans le roman, et Edouard Louis n’a jamais affirmé que lui ou ses frères et soeurs avaient été déscolarisés !

Sans se rendre compte de leurs propres contradictions, les journalistes reprochent ensuite à l’auteur de ne pas « nommer dans son livre » le village dont il est issu, et dans le même temps de ne pas faire un portrait suffisamment fidèle de ce village. Avec cette règle, on condamne tout roman autobiographique, de Vallès à Proust en passant par Céline ou Benjamin Constant. Le Nouvel Obs, sur la base du reportage du Courrier Picard, reprendra d’ailleurs une critique similaire. Edouard Louis répondra alors aux deux journaux en même temps :

« ces mensonges ne sont pas élaborés au hasard mais tendent au contraire à installer et conforter une certaine « critique » de mon livre, comme mensonger, raciste de classe, exagérateur en lui opposant les paroles, perçues forcément comme « vraies » et « sincères », du « peuple » – le fameux bon sens populaire, les « bons sauvages » – tel qu’il apparaît aux journalistes parisiens, ou même picards ou à d’autres encore ».

Le comble est atteint lorsque les deux journalistes ne remarquent même pas que l’ « ami » d’Edouard qu’ils interrogent dans leur interview s’offusque de bien des accusations, mais surtout pas de celle d’homophobie, qui est pourtant la principale :

« Oui, il a eu une enfance dure, mais à ce point là ? », s’interroge, perplexe, l’un de ses anciens amis, qui souhaite garder l’anonymat. « Ce qui me dérange, c’est qu’il associe sa classe sociale à l’alcoolisme, le chômage et le racisme, alors que ce n’est pas le cas de tout le monde, bien évidemment.

enfiniraveceddybellegueuleHeureusement, parmi les quatre articles consacrés à Edouard Louis sur une pleine double page de cette édition du 2 février, il y en a tout de même un d’une demi-page, signé Philippe Lacoche, qui est positif. Mais ce petit encart peine à convaincre le lecteur, qui peut lire sur une page et demie qu’Edouard Louis a, selon le Courrier Picard, trahi tout à la fois sa famille, ses amis, son village et sa région.

Ce qui est particulièrement étonnant, c’est que le Courrier Picard revient constamment à la charge : en mars 2014, le journaliste Fabrice Julien (encore !) se demande : « Que devient Edouard Louis ? » et écrit un nouvel article à charge. Il s’étonne faussement : « A Hallencourt, charmant village de la Somme, les proches d’Eddy/Édouard n’ont plus de nouvelles de lui ». Comme Brassens dans la Ballade des gens qui sont nés quelque part, on aurait envie de répondre à Fabrice Jullien au sujet de ce « charmant village » : « C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villages, tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits,… ils n’ont qu’un seul point faible, c’est d’être habités ! »

Et le 1er août, le Courrier Picard meuble ses vacances… en remettant le couvert au sujet d’Edouard Louis ! Son tort serait, selon le journal, d’avoir obtenu un poste d’allocataire pour enseigner à l’université d’Amiens, « alors qu’Édouard Louis n’est plus vraiment dans le besoin ». Or on sait très bien que ces postes ne sont pas attribués sur critères sociaux : ce ne sont pas des bourses ! Fabrice Julien (toujours lui…) a une phrase très élégante : « Cette intégration interroge quant aux réelles motivations de l’auteur ». Comprenez : Edouard Louis ne pense qu’à ses sous. Mais si le Courrier Picard s’inquiète tant des « étudiants fauchés » comme il les appelle, il y a une solution simple : il n’a qu’à en embaucher davantage à la sortie de leurs études.

On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une affaire « Edouard Louis ». En réalité, non : ce qui est reproché à Edouard Louis, c’est d’avoir pointé du doigt les problèmes d’homophobie, qui existent en Picardie comme ailleurs. La suite des articles publiés dans l’année sur l’homosexualité par l’édition d’Amiens du Courrier Picard le montre très clairement.

2) Avril 2014 : homosexualité et pédophilie.

Un article du Courrier Picard fait scandale fin avril 2014, trois semaines avant la journée internationale de lutte contre l’homophobie. En effet, le journal choisit de titrer comme suit l’un de ses articles : « Compiègne (60) – Le premier marié gay soupçonné de pédophilie » ! Alors que « le procureur se refuse à donner toute information complémentaire concernant les faits reprochés au Compiégnois », le journaliste sait déjà que « l’enquête risque d’être complexe à mener ». L’article donne le nom, l’âge, la photo et la nouvelle ville d’habitation du prévenu.

Le 1er mai, un second article paraît sur le même sujet, pour en rajouter encore une couche: « Le premier marié gay mis en examen ». Après avoir relaté ce fait divers, l’édition régionale se fend d’un paragraphe très orienté, qui n’a plus rien à voir avec la simple description d’un fait divers :

Cette mise en examen survient alors que la loi sur le mariage pour tous s’apprête à fêter son premier anniversaire. En début d’année dernière, les débats qui avaient précédé son vote avaient été pour le moins vifs, faisant descendre des milliers d’opposants dans les rues. Opposants qui, pour certains, continuent à se mobiliser contre le « mariage pour tous ».

Sur Facebook et Twitter, de nombreuses voix s’élèvent contre l’amalgame réalisé par le journal entre homosexualité et pédophilie, et contre les liens établis abusivement entre ce fait divers et les débats sur le mariage pour tous : « @Courrier_picard Vous n’avez pas honte d’associer homosexualité et pédophilie?? #Journalismeencarton » . Sur le site « Le Plus » du Nouvel Observateur, Giuseppe di Bella s’indigne également:

La mauvaise foi du « Courrier picard » est consternante. Contrairement à ce qu’il ose prétendre, l’article ne fait pas que donner l’information « sans discrimination ni amalgame. »

Cette façon de traiter l’information n’a pas sa place dans un quotidien sérieux. Elle ne fait qu’accentuer l’homophobie. C’est un procédé indigne qui est souvent utilisé par l’hebdomadaire d’extrême droite « Minute »

3) Mai 2014 : SOS homophobie dans le collimateur du Courrier Picard à Amiens

rapports homophobie« Cette façon de traiter l’information » n’est pas abandonnée pour autant. Le 17 mai 2014 a eu lieu la journée mondiale de lutte contre l’homophobie. L’édition amiénoise du Courrier Picard aurait pu en profiter pour aborder la question de l’homophobie dans le département de la Somme ou dans la ville d’Amiens. Pas du tout : même si elle rappelle (encore heureux…) que « chaque acte de haine mérite un SOS et un Non sans nuance de la part des pouvoirs publics », l’édition d’Amiens en profite pour tacler l’association SOS homophobie, et pour appeler à la tolérance… envers la Manif pour Tous !

Qu’on en juge : David Guévart lui-même, rédacteur en chef, fustige « la violence qui a accompagné le vote de la loi Taubira dans les camps de ceux qui y étaient favorables, comme dans le camp des opposants » ! Il faut être journaliste au Courrier Picard pour avoir entendu parler d’actes de « violence » de la part des défenseurs du mariage pour tous, et pour oser comparer ces actes imaginaires aux mouvements d’extrême-droite et intégristes qui se sont exprimés « dans le camp des opposants ». Et même si l’on parle simplement de propos violents, ce qui ne semble pas le cas ici, on aura de toute façon bien du mal à renvoyer dos à dos défenseurs et opposants au mariage pour tous, comme si « la violence » avait été une arme équitablement partagée entre les deux camps !

Mais il y a pire : pour le rédacteur en chef du Courrier Picard, s’il y a de l’homophobie en France, c’est en grande partie de la faute des homos eux-mêmes. Le texte est accablant :

SOS homophobie ne doit pas se tromper de colère en pointant du doigt globalement la Manif pour tous. Ou alors il faut dire clairement que les manifestants devaient se taire, qu’ils n’avaient pas voix au chapitre. Un peu difficile pour des démocrates. S’il est vrai que les débats ont libéré la parole homophobe, la responsabilité est forcément partagée, dans un contexte fait de provocations, d’affrontements et de slogans caricaturaux de part et d’autre.

On ne sait d’où sort ce constat qui devrait « forcément » être admis par tous. En deux ans de débats absurdes et outrageants pour les familles homoparentales, pointées du doigt, on cherchera en vain les « provocations et affrontements » auxquels se seraient livrés les défenseurs du mariage pour tous, et que le Courrier Picard prétend avoir vus et dénoncer.

Enfin, il faut croire qu’on ne voit pas les mêmes choses à Amiens et à Saint-Quentin, puisqu’à la même période, dans l’édition de Saint-Quentin, on annonce simplement la création… d’une antenne de SOS homophobie à Saint-Quentin ! Il semble donc que le problème du Courrier Picard avec les homosexuels se situe en particulier à l’édition d’Amiens. La suite des articles publiés à Amiens amène également à le penser.

4) Octobre 2014 : La drague homosexuelle, ce douloureux problème.

Cette fois, c’est le journaliste Zouad Bakhti qui s’y colle. Le 30 octobre 2014, le Courrier Picard s’attaque à un problème de taille : la drague homosexuelle causerait des nuisances pour les riverains d’un square. Une pleine double page (!) est consacrée à cette actualité brûlante, et un habitant témoigne : « La nuit, on sait qu’il s’y passe beaucoup de choses » ! D’incroyables révélations sont lancées dans cet article : ainsi, « au sol, les emballages de préservatifs côtoient les cannettes de bière et autres détritus ». Il faudrait conseiller aux journalistes du Courrier Picard de se rendre plus souvent sur les lieux de drague hétéros, et aux endroits bien connus, en Picardie et ailleurs, où des prostituées féminines attendent le client mâle : croient-ils donc qu’on s’y roule dans une herbe pure et immaculée, et que seules les pâquerettes y jonchent la route ou la pelouse ? Selon que vous serez homo ou hétéro, le Courrier Picard d’Amiens portera décidément sur vous un regard bien différent…

L’article interroge quelques habitués des lieux, qui expliquent simplement les problèmes qu’ils rencontrent :

On voudrait évidemment ne pas gêner les riverains mais depuis qu’ils ont taillé les bosquets et les buissons nous sommes plus visibles. On ne gêne personne, on ne fait rien de mal, on aimerait simplement avoir un lieu à nous. […]

Ils évoquent la violence homophobe à laquelle ils sont confrontés :

Beaucoup de jeunes d’Amiens-Nord ou d’Etouvie veulent casser du pédé. Il y a trois ans, un homme a été frappé à la tête, on ne l’a retrouvé qu’au matin, complètement nu et dans un sale état. L’an dernier, c’est un autre homme qui a été frappé sauvagement. Et je ne vous parle pas des vols de portables ou de portefeuille. On a parfois l’impression d’être des proies.

Mais la mairie d’Amiens répond à cette demande par la manière forte, puisque la mesure annoncée est la suivante : « D’ici quelques semaines, un arrêté municipal sera pris pour fermer le square la nuit », ce qui n’était pas tout à fait ce qui lui était demandé ! Enfin, l’article se conclut sur les déclarations tonitruantes de l’adjoint au maire chargé du quartier : « La situation est devenue inacceptable. On veut faire en sorte que les Amiénois se réapproprient ce lieu ». Il va bien sûr de soi que des homosexuels qui draguent ne peuvent pas être « des Amiénois »…

Ce qui est significatif, c’est que le 31 octobre, c’est-à-dire le lendemain, une grave affaire d’agression homophobe commise en ville, dont l’auteur est sévèrement condamné par le tribunal d’Amiens. Que croyez-vous qu’il arrive alors ? Cette fois, le journal y consacre un article laconique, d’une dizaine de lignes, où le journaliste trouve important de faire remarquer que SOS homophobie est « montée au créneau », dans une « histoire somme toute banale au départ ».

Par contre, le prétendu malaise qu’inspirent les homosexuels et les nuisances qu’ils provoqueraient méritent quant à eux une seconde « enquête » détaillée de la part du journal ! Décidément, en 2014, le Courrier Picard a ses raisons que la raison ne connaît point.

5) Novembre 2014 : La drague homosexuelle, encore et toujours !

Le square Lermerchier avait eu droit à une double page fin octobre 2014 de la part de Zouad Bakhti. Les journalistes du Courrier Picard semblent avoir pris goût aux lieux de drague homo, puisque trois semaines plus tard, Christophe Berger se rend cette fois « au bout de la rue Desjardins, dans la zone industrielle Nord », pour y dénoncer à nouveau sur une double page « une zone de drague au masculin ». L’article est un monument de voyeurisme complaisant et de moralisme ridicule. Tout heureux de trouver un coupable, le journaliste s’empresse d’aller interroger « un jeune qui avoue venir régulièrement sur ces lieux ». Il prend en note ses déclarations, observe autour de lui, puis il affirme au lecteur : « On a vu ce qu’on voulait. […] Il faut l’avouer, nous ne sommes plus très à l’aise ».

Après un intertitre peu ambigu, « Ces pratiques ne plaisent pas à tout le monde », le journaliste livre la quintessence de sa méthode de travail. Il faut le voir pour le croire :

Une lettre anonyme a été adressée en mairie d’Amiens pour dénoncer son immobilisme par rapport à ce qui se passe dans ce bois. On y parle de prostitution masculine, trafic de drogue, dégradations… Ce courrier stipule aussi que les entreprises voisines, France Express, Géodis, Calberson, Shenker… se plaignent de cette présence. Par rapport à leur implantation, on doute que ce qui se passe dans ce bois les perturbe.

Oui oui : au Courrier Picard, à Amiens, on base ses enquêtes sur… « une lettre anonyme adressée en mairie d’Amiens » ! En Picardie comme ailleurs, on n’avait sans doute plus vu cela depuis quelques dizaines d’années !

Mieux encore : on apprend soudain, à la fin de l’article, que le lieu décrit est en réalité… « une propriété privée » ! Il faut donc en conclure que le journaliste s’est rendu volontairement sur un lieu privé pour aller observer des hommes nus et des pratiques homosexuelles dont il abhorre la vue, puis en rendre compte dans son journal ! C’est là une méthode d’investigation tout à fait nouvelle. Amiénois, méfiez-vous : si un homme toque à votre porte pendant vos ébats, il s’agit peut-être bien de Christophe Berger, chargé par ses supérieurs d’une nouvelle enquête spéciale concernant vos pratiques sexuelles, basée sur la foi d’une lettre anonyme qui vous concerne.

Mais rassurez-vous : si vous êtes hétérosexuel(le), vous avez toutes les chances d’être laissé(e) tranquille par le Courrier Picard d’Amiens. D’ici 2014, le journal trouvera bien encore quelques adresses de rencontre homosexuelle à dénoncer sur des pages entières. La mise en avant de ces lieux n’est d’ailleurs pas seulement ridicule : elle est surtout dangereuse, si l’on en croit les nombreux témoignages de violences homophobes à l’encontre des personnes qui fréquentent ces lieux.

Heureusement, cet article a été rapidement condamné par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux, et en particulier sur le compte Facebook du Courrier Picard. Florilège :

« Zone de danger désormais. Il va y avoir des expéditions punitives » ;

« Le courrier picard de pire en pire et de plus en plus homophobes. Autre sujet pas encore traité : les homosexuels dans les toilettes publiques de la gare, du cinéma, le parc saint leu, derrière le cirque… bravo continuez c’est ça la vraie actu ! » ;

« Toujours plus groland que jamais, Le weekend cest un festival. A quand un clou avec le courrier Picard pour le recycler !!!! ;

« Pour faire dans la stigmatisation, le Courrier Picard est roi. C’est bien connu ! » ;

« Abuser le courrier Picard!!!! Vous avez pas autre chose à foutre sérieux ?ce quotidien régional devrais réfléchir un peu !!!! Une honte !!!! Vous serai certainement la cause d agression désormais » ;

« Bravo au Courrier Picard et à ses journalistes qui semblent ne pas aimer les homos ça fait vraiment très professionnel ça c’est de l’actualité bravoooo chacun est assez grand pour faire ce qu’il veut de son cul n’est ce pas ?! » ;

« Du journalisme de bas étage, avec tout les stéréotypes qui vont avec ! c’est scandaleux » ;

« Eh oui Flo, le Courrier Picard devient lamentable, c’est plus comme avant ! Et dire que mon père a beaucoup donné et y a travaillé toute sa vie. »

« Et après, on fait des articles sur les violences homophobes (ah non pardon, ça ils ne le font pas) » ;

« Un article sur le lieu de drague du centre ville. Un autre sur la zone nord. C’est quoi le pb du Courrier Picard ??? »

« Cet article va sûrement faire de sacrés dégâts pour ceux qui aiment s’y rendre en tout cas »

« C’est vraiment n importe quoi courrier Picard il y a plus grave en Picardie parler un peu des sdf l hiver approche »

« Ce journal est devenu un vrai torchon ! Le courrier Picard devrait avoir honte. Laisser un peu tranquille les gays !!!!
Aller poursuivre les dealers, les braqueurs, les délinquants en tout genre …A non pour cela il faut du courage !!!!
Nous attendons autre chose d’un journal
 »

Le Courrier Picard n’a bien sûr répondu à quasiment aucune de ces remarques : cela aurait pourtant été tout à son honneur. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître avoir fait des erreurs – même s’il vaut mieux sans doute mieux s’abstenir directement de les commettre.

***

Après une année pareille, que reste-t-il à dire ? L’accumulation, en quelques mois, d’articles destinés à pointer du doigt la communauté homosexuelle ne cesse d’étonner dans un même journal. S’agit-il d’une simple maladresse, ou bien d’une  campagne, volontaire ou non, de dénigrement à l’égard des homosexuels ? Les journalistes qui ont signé ces articles se rendent-ils compte du mal qu’ils peuvent faire, par ces articles, dans une région où les LGBT sont encore trop fréquemment rejetés ? En 2014, ce bilan du traitement des LGBT dans le Courrier Picard d’Amiens n’est pas brillant. Il reste à espérer que 2015 soit peut-être enfin l’année de l’égalité réelle entre homos et hétéros, dans la vie quotidienne comme dans les médias.

Discriminations | Droit | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Mariage | Medias | Politique | UMP | 11.10.2014 - 02 h 27 | 3 COMMENTAIRES
Lettre ouverte à Monsieur Xavier Bertrand, député-maire de Saint-Quentin (Aisne).

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Monsieur le député-maire Xavier Bertrand,

Vous avez affirmé récemment, lors de votre passage au Grand Journal de Canal +, que vous aviez participé à « chacune » des « manifs pour Tous » organisées depuis la création de ce mouvement en novembre 2012. Cela représente au minimum sept jours complets passés à arpenter les rues de Paris, de Montparnasse à l’Arc de Triomphe, en passant par les Invalides, le Trocadéro, l’arche de la Défense, le Quai d’Orsay ou la porte Dauphine. Durant ces dizaines de kilomètres de marche cumulés au beau milieu de vos dimanches après-midi, il semble que vous ayez mieux appris à découvrir la géographie de Paris que les habitants de Saint-Quentin, votre ville et votre circonscription.

Xavier Bertrand

Xavier Bertrand

Il faut sans doute croire que vous avez bien du temps à perdre chaque dimanche. Certes, vous pouvez naturellement occuper votre temps libre aux activités sportives et récréatives de votre choix – si tant est qu’un député-maire d’une ville de 70 000 habitants dispose d’une journée de temps libre par semaine, ce qui resterait encore à prouver. Mais pour mettre à profit vos jours de repos désœuvrés, vous pourriez par exemple vous promener davantage dans les rues de Saint-Quentin, parler avec les gens, et découvrir ainsi une réalité qui vous est apparemment largement ignorée. Vos engagements répétés « en tant que citoyen » aux côtés de la Manif pour Tous, non seulement nuisent aux homosexuels de votre circonscription et d’ailleurs, mais ne semblent de surcroît pas profiter aux habitants de Saint-Quentin.

Faut-il vous rappeler que vous êtes à la fois l’un des acteurs principaux et le représentant d’un territoire en grave difficulté économique et sociale ? Ignorez-vous que l’Insee, à partir de 27 facteurs liés à la qualité de vie dans les régions, classe Saint-Quentin et l’ensemble de votre circonscription parmi les territoires de France « en situation peu favorable », ce qui signifie qu’il s’agit hélas de l’une des zones les plus défavorisées et les moins attractives du pays ?

Vous prétendez que la participation aux Manifs pour Tous vous permet de discuter avec « les Picards ». Mais pour connaître la réalité de votre ville, Monsieur le député-maire, il n’est pas nécessaire de monter à Paris pour vous entretenir avec quelques homophobes venus de Compiègne, Senlis et Longueau. En effet, l’urgence, à Saint-Quentin, tout aussi bien dans votre ville que dans votre circonscription, c’est de régler du mieux possible les graves problèmes structurels, économiques et sociaux, qui s’accumulent inexorablement. Ce n’est pas dans la Manif pour Tous, entre deux invectives contre les LGBT et trois levers de drapeaux « bleus, blancs, roses » que vous connaîtrez la réalité de votre ville.

Les habitants de Saint-Quentin n’attendent pas de leur maire qu’il aille se pavaner dans des défilés inutiles où il pourra côtoyer l’Action française et Marion Maréchal-Le Pen. Ils attendent de lui qu’il les aide à vivre mieux dans leur ville. Or, Saint-Quentin, au quotidien, ce sont :

des jeunes adultes qui font tout pour quitter la ville, parce qu’ils préfèrent malheureusement étudier ailleurs, et parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi à la sortie de leurs études,

de nombreux commerces qui ferment, parfois même très peu de temps… après leur ouverture,

un patrimoine historique, industriel, architectural et urbain laissé à l’abandon,

une population désabusée, attristée, désespérée de se sentir abandonnée par la classe politique locale et nationale – et en particulier par son député-maire,

– un Front national qui obtient plus de 20% des voix aux élections municipales,

de nombreux travailleurs pendulaires qui trouvent des emplois dans des villes plus attractives (Paris, Amiens, Lille, Reims), et qui ne restent à Saint-Quentin que par défaut, avant d’aller ailleurs s’ils le peuvent.

une vie culturelle déclinante, où des spectacles sont fréquemment annulés faute de spectateurs.

l’un des taux de chômage les plus élevés de toute la France, qui est passé de 11% à 16% entre 2008 et 2013.

Pour parachever le tableau, le département de l’Aisne, dont Saint-Quentin est la ville principale, fait partie des 10 derniers en France lorsque l’on évalue la qualité de vie des départements. Et vous, pendant ce temps-là, vous trouvez le temps d’aller gambader avec Ludovine de la Rochère pour abroger une loi qui ne le sera jamais, et lutter contre les familles homoparentales ? C’est donc là votre priorité de maire et de député ?

Saint-Quentin

Saint-Quentin

M. Bertrand, lorsque la presse locale a voulu interroger des homosexuels sur le mariage pour tous en 2012-2013, elle a eu toutes les peines du monde à rencontrer des Saint-Quentinois prêts à témoigner, car ils avaient peur d’être alors stigmatisés dans leur propre ville. Est-ce bien cela que vous souhaitez pour les habitants de votre ville ? Et pensez-vous que votre soutien à la Manif pour Tous rassure les homosexuels de votre circonscription quant à la réaction de leurs élites et de leurs concitoyens face à l’homosexualité ? Si les droits des homosexuels ne vous intéressent pas, et que de simples raisons morales ne suffisent pas à vous empêcher de les combattre, modérez au moins vos propos par respect pour les citoyens de votre ville…

Le bulletin météo qui a suivi votre intervention a heureusement permis de conclure la séquence sur une petite note d’humour. Et de l’humour, il en faut sans doute, aux Saint-Quentinois, pour supporter leur quotidien tout en voyant le peu de temps que vous leur accordez, au profit d’autres causes qui vous monopolisent à leurs dépens.

Vous pourriez penser que les dernières élections municipales vous ont apporté un plébiscite de la part de la population, qui vous aurait accordé un blanc-seing en 2014. Vous auriez bien tort de croire cela : vous n’avez remporté les dernières élections législatives qu’à 196 voix près (sur 34 000 inscrits), et vous auriez d’illustres prédécesseurs dans la liste des gens persuadés d’avoir un mandat de député à vie quels que soient leurs actes, tels Jean-Marc Nesme, Eric Raoult, ou Brigitte Barèges – qui n’ont pas été du tout récompensés par leur électorat pour leur opposition viscérale aux droits LGBT.

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Xavier Bertrand à la Manif pour Tous

Au cours de cette interview, vous reprochez même au Front National de ne pas être assez à droite sur la question du mariage pour tous, et d’avoir été trop « en retrait » sur ce point : vous n’effectuez donc même plus de rapprochement avec le Front National (qui ne vous aime guère), vous cherchez carrément à le dépasser par sa droite ! Dans le même temps, à l’instar de Marine Le Pen, vous promettez une très hypothétique abrogation de la loi sur le mariage pour tous, dont vous savez très bien qu’elle n’aura jamais lieu, pour des raisons juridiques et politiques. Les liens historiques de Saint-Quentin avec l’Espagne devraient vous amener à regarder au-delà des Pyrénées : la droite espagnole a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non ! Plus près de votre circonscription : la droite britannique a-t-elle mis fin au mariage pour tous ? Non, c’est même elle qui l’a instauré ! Alors ne cherchez pas à berner vos électeurs potentiels en lançant une promesse dont tout observateur sérieux sait qu’elle ne tient pas la route. Dans le grand public et dans votre parti, il y a encore des gens qui croient en vos paroles : cela devrait vous conférer une certaine responsabilité et un peu plus de décence dans vos propos.

Ironie due au hasard, ou mauvais calcul politique : ces propos interviennent alors même que ce week-end, Saint-Quentin accueille justement… le salon du mariage et du Pacs ! A cette occasion, on apprend que sur 338 mariages réalisés dans votre ville depuis janvier 2013, 13 ont concerné des couples de même sexe. Croyez-vous que ces couples puissent se promener aisément main dans la main lorsqu’ils sont à Saint-Quentin, comme le font les autres couples hétérosexuels ? De plus, aucun de ces couples de même sexe n’a eu droit à votre présence lors de son mariage, alors que vous avez célébré vous-même des mariages de couples hétérosexuels, et vos propos sur le mariage pour tous signifient que vous auriez voulu pouvoir refuser à ces 13 couples de même sexe le droit de se marier. Ces sept jours passés dans les « manifs pour tous » n’ont-ils donc comme seul but que de nuire au bonheur de quelques couples saint-quentinois ? Est-ce là l’aboutissement de vos « convictions » et de votre engagement personnel, alors qu’il y a tant de difficultés auxquelles les Saint-Quentinois aimeraient que vous apportiez des solutions concrètes ?

Je vous prie, Monsieur le député-maire, de bien vouloir agréer l’expression de mon plus profond respect – sentiment dont je dois bien reconnaître avec quelque regret, au vu des « convictions » que vous affichez à l’heure actuelle, que vous ne l’éprouvez en aucune manière envers les LGBT qui ont lutté et luttent encore pour leurs droits légitimes.

Numa.

***

P.S. : Vous trouverez ci-dessous, pour rappel, le verbatim de vos échanges avec les présentateurs du Grand Journal sur Canal + ce 06 octobre 2014.

Antoine de Caunes – Xavier Bertrand, vous étiez présent, vous l’avez dit tout à l’heure, à la Manif pour Tous, hier. Pourtant, vous vous êtes tenu loin des ténors de la droite. Pourquoi cette discrétion ?

Xavier Bertrand – J’ai défilé dans chacune des manifestations, mais jamais derrière les banderoles. Pourquoi ? Parce que, en tant que politique, je m’exprime à l’Assemblée, ou par exemple sur votre plateau. Vous m’invitez parce que je suis parlementaire, et parce que je suis candidat à la primaire. Mais si j’ai défilé, c’est avant tout en tant que citoyen, et puis il y a aussi une autre chose. Vous voyez : vous êtes derrière la banderole, là. Belles images, très bien. Mais vous parlez avec qui ? Avec les autres élus que vous avez mille occasions de voir. Alors que, au milieu, notamment avec les gens de Picardie, c’est plus intéressant et c’est mieux qu’un sondage, et ça permet de voir la réalité de cette manifestation.

Antoine de Caunes – Symboliquement, ça n’a pas le même poids si vous êtes derrière la banderole, et si vous êtes perdu dans la foule.

Xavier Bertrand – Perdu ? Vous savez, c’était pas discret. Non seulement ça se sait, c’était sur les réseaux sociaux, et j’assume totalement ma présence, mais je le fais aussi en tant que citoyen, parce que ça touche complètement mes convictions. […]

Jean-Michel Apathie – Cette manifestation a une réalité : elle réunit, c’est assez rare, les dirigeants de l’UMP et les dirigeants du Front National : c’est normal selon vous, c’est le jeu de la démocratie ou c’est embêtant ?

Xavier Bertrand – Le Front National, sur ces questions-là, a été très en retrait. Marine Le Pen, sur cette question, notamment au début, a été très en retrait. En ce qui nous concerne, et en ce qui concerne un certain nombre de personnalités, elles ont toujours été constantes dans l’opposition au mariage pour tous.

Natacha Polony – Est-ce que vous n’avez pas déjà perdu le combat idéologique ? […]

Xavier Bertrand – Perdre cette bataille idéologique, c’est si on renonçait à revenir en arrière, si on renonçait à abroger la loi Taubira. Ca voudrait donc dire que le progrès est synonyme de la gauche, et que parce que la gauche l’a fait, c’est synonyme de progrès, et qu’il nous est interdit de revenir dessus. Mais dans ces conditions-là, parce que la gauche l’a voté, si nous revenons au pouvoir en 2017, on ne pourra rien faire. On a déjà connu cette forme de défaite idéologique sur les 35 heures, il n’est pas question de dire qu’on ne pourra pas rien faire, parce que dans ces cas-là, il faut pas s’étonner que les Français ne votent plus. […] Il n’est pas question de démarier les couples homosexuels, il n’est pas question non plus de désadopter des enfants, mais il faut savoir qu’au 19ème siècle par exemple, en France, il y a eu le divorce, le divorce a été aboli, il a été rétabli, je crois, près de 70 ans après, on n’a pas obligé non plus les couples à se remarier. Donc les choses sont tout à fait possibles juridiquement. Je suis pour que l’on accorde la possibilité de s’unir pour les couples homosexuels, mais à partir du moment où vous avez l’égalité complète, il faut voir que l’engrenage de la loi Taubira amènera forcément – ce sera une question de mois ou d’années – à la GPA et à la PMA. Ceux qui disent le contraire, soit ne sont pas au courant, soit mentent sciemment. Parce que la cour de cassation donnera cette interprétation, et aussi la cour européenne de droits de l’homme.

Jean-Michel Apathie – Vous dites que vous êtes pour que les couples homosexuels puissent s’unir. Sous quelle forme, si ce n’est pas le mariage ?

Xavier Bertrand – Vous avez l’union civile, célébrée en mairie, parce que je trouve normal que la république donne aussi sa reconnaissance à cette union. A partir du moment où vous avez l’union, cela me va ; mais si vous avez la filiation, je ne suis plus d’accord. Alors je sais bien qu’on me dit ça, en disant : « Vous avez pas compris, on peut pas dire ça, il faut faire attention : ce sont mes convictions. Et même s’il y avait seulement 20% de Français qui étaient favorables à ça, ça n’est pas le problème, parce que ce sont mes convictions. […] Il faut aller au-delà du Pacs. Le Pacs est incomplet. Et d’ailleurs, nous aurions dû le faire évoluer, le Pacs, comme on l’avait promis à l’époque. D’ailleurs, c’est une grande leçon : quand vous ne menez pas les réformes selon vos valeurs, il ne faut pas s’étonner que vos adversaires les conduisent selon leurs valeurs. Ca aussi, c’est quelque chose qui est à méditer : faut jamais avoir peur d’engager les réformes, parce qu’autrement… Vous avez un sujet, c’est que vous avez une société française qui à mon sens a été déstabilisée, et comme je crois que les réformes à mener dans les années à venir seront très importantes ; en matière économique il faudra aller très loin ; sur le modèle social, si on veut garder l’essence du modèle social, il faudra le rénover ; pour rétablir l’ordre il faudra des réformes qui iront très loin ; mais sur les questions de société, que ce soit sur la question de la fin de vie, que ce soit sur la question de la famille, il faut une vraie stabilité.

Natacha Polony – Et vous n’allez pas rouvrir des fractures ? Vous allez pas refracturer encore plus ?

Xavier Bertrand – Je ne le crois pas, parce que l’aspiration profonde de nombreux homosexuels qui voulaient s’unir, c’était l’union, c’était le mariage, pas la filiation.

Antoine de Caunes – Une question un peu plus personnelle pour finir : vous vous rêvez toujours en candidat UMP en 2017, entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

Xavier Bertrand – J’ai toujours cette ambition-là. […] Je suis dans une voie très différente d’eux, peut-être parce que j’ai pas le même parcours qu’eux, peut-être parce que je ne suis pas dans la vie politique depuis 30 ans comme eux au niveau national, peut-être aussi parce que j’ai une façon de travailler, peut-être un peu plus loin de l’hyper-activisme médiatique, parce que c’est ce qui permet d’avoir une vraie réflexion et un vrai travail de fond. Mais c’est encore loin, c’est deux ans et demi, la primaire, et ça demandera la construction d’un vrai projet personnel.

Antoine de Caunes – Actuellement, au niveau des sondages, vous en êtes au même point que François Hollande

Jean-Michel Apathie – Oui, on voudrait pas vous saper le moral, mais regardez : on a trouvé ce petit sondage, vous le connaissez. Vous êtes à 3% auprès des sympathisants UMP, et Nicolas Sarkozy est à 62%. Vous le voyez : y a du boulot.

 

Education | Extrême(s) Droite(s) | Famille | France | Homophobie | Politique | Religion | 20.09.2014 - 23 h 19 | 38 COMMENTAIRES
L’Education nationale engage enfin une procédure disciplinaire contre l’enseignante extrémiste Farida Belghoul !
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Malgré l’engagement anti-LGBT de Farida Belghoul, et malgré les violentes déclarations que cette enseignante avait proférées à l’égard des professeurs et des homosexuels, l’administration de l’Education nationale n’avait jamais pris de mesures envers cette militante radicale, proche de l’extrême-droite, de Dieudonné et de l’essayiste « national-socialiste » Alain Soral. Le rectorat de Versailles vient de mettre fin à ce silence de plusieurs mois, en engageant une procédure disciplinaire à l’égard de cette enseignante haineuse, qui se dit régulièrement « prête à mourir » pour lutter contre les LGBT.

1) Farida Belghoul, la combattante anti-LGBT

Farida Belghoul est l’initiatrice des Journées de Retrait de l’Ecole (J.R.E.). Organisées une fois par mois depuis près d’un an, ces journées doivent, selon leurs partisans, permettre aux parents d’élèves de retirer leurs enfants des écoles françaises, afin de protester contre la supposée introduction de la théorie du genre dans les écoles. En effet, d’après Farida Belghoul, « la pudeur et l’intégrité de nos enfants sont profondément attaquées par la théorie du genre » dans les établissements scolaires.

abcd egaliteCes journées ont connu un certain succès à leur lancement en janvier 2014, en paralysant des dizaines voire des centaines de classes en France, et les grands médias ont alors tous consacré plusieurs longs articles ou reportages à Farida Belghoul et aux JRE. Comble du succès : Farida Belghoul revendique même d’être à l’origine de l’abandon des ABCD de l’Egalité par le Ministère de l’Education nationale en juin 2014.

Répétant à l’envi le slogan « Vaincre ou mourir », Farida Belghoul mène en effet un combat sans relâche contre le mariage pour tous, contre les LGBT et contre « le mal » ou « le diable » qu’elle dit voir s’étendre peu à peu dans le monde moderne. Après s’être rapprochée du mouvement Civitas, elle a notamment créé une association de parents d’élèves indépendante, « dans le but d’interdire l’idéologie du genre à l’école ». Nous verrons à ce sujet (dans un prochain article à venir) que la Manif pour Tous n’est pas du tout insensible aux attraits de cette fédération très clairement extrémiste.

2) L’Education nationale prend enfin les mesures nécessaires contre Farida Belghoul

Najat Vallaud-Belkacem

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education

Il se trouve que Farida Belghoul est aussi enseignante de lycée professionnel, en français et histoire-géographie. Elle a notamment enseigné au lycée professionnel de Bezons (Val-d’Oise), et elle est aujourd’hui en disponibilité, pour élever ses enfants à domicile, et pour mener ses combats contre l’école et contre les LGBT. Paradoxe : cette opposante acharnée à l’école publique est donc, dans le même temps… fonctionnaire titulaire du ministère de l’Education nationale, dans le système d’enseignement public !

Durant près d’un an, l’Education nationale n’a, semble-t-il, pas voulu ou pas osé agir contre l’un de ses personnels qui outrepassait pourtant clairement les limites de la déontologie liée à son métier. Mais la nouvelle ministre, Najat Vallaud-Belkacem, a décidé qu’il était temps de mettre fin à cette retenue, qui s’apparentait davantage à de la faiblesse qu’à de la générosité. En effet, ce samedi 20 septembre 2014, Pierre-Yves Duwoye, recteur de Versailles, a annoncé à Farida Belghoul qu’une mesure disciplinaire est engagée à son encontre.

Il faut noter, toutefois, que cette procédure n’est pas liée à l’ensemble des propos et activités de Farida Belghoul, mais à un texte très précis de la militante, intitulé « Belghoul versus Belkacem ». Le rectorat de Versailles reproche à Farida Belghoul d’avoir, dans ce texte, manqué à son devoir de loyauté et de réserve. Il affirme en particulier que la militante a tenu « des propos déplacés à l’encontre de la ministre », et qu’elle a incité les parents « à retirer leur enfant de l’école, une journée par mois, en méconnaissance de l’obligation d’assiduité des élèves ».

En effet, dans le texte incriminé, on pouvait lire notamment :

La nomination de Monsieur Najat Belkacem au poste de ministre de l’Education Nationale est une déclaration de guerre aux familles de France. La chouchoute du lobby trans, bi et cie vient de remporter le morceau de charbon incandescent à 36 ans. Si jeune et déjà si âpre à faire le malheur des hommes. […] Il n’y a pas d’argument à introduire le sexe à l’école « dès le plus jeune âge ». Point de « dialogue » donc, mais une provocation calculée.

Ils savent que le Temps joue contre eux, qu’Il oeuvre en faveur des innocents. Ils pressent le pas car leur défaite est à l’horizon. Ils tentent donc le tout pour le tout et plantent une femme « arabe » dans le dos d’une autre femme « arabe ». Ils oublient que l’une des deux, et c’est ce qui la caractérise bien plus que sa race, est prête à mourir pour sauver les enfants.

Pères et mères de France, engagés, et courageux, rassemblez-vous dans les rangs de la FAPEC, familles au complet, levez-vous en première ligne pour vous battre. Lancez-vous dans ce combat béni, protégez la chair de votre chair, ne la vendez pas à vil prix. Sauvez vos enfants, et ainsi sauvez ce monde en marche vers l’abîme. Méprisez le régime de la terreur, et de la calomnie, mis en place contre la JRE. Le pervers se nourrit de ténèbres et de confusions : la nécessité de se détacher de lui devient plus claire. Battez-vous ! Votre regard intensément posé sur votre enfant emporte déjà la victoire finale.

Vaincre ou mourir.

3) Des arguments juridiquement fragiles ?

Pierre-Yves Duwoye, recteur de Versailles

Pierre-Yves Duwoye, recteur de Versailles

Si cette décision était attendue depuis un temps certain, le rectorat de Versailles prend cependant un vrai risque en se lançant dans cette action. En effet, les textes de Farida Belghoul ont toujours été rédigés de manière à sauver les apparences pour échapper à d’éventuelles poursuites judiciaires ou à des sanctions administratives. Le texte en question n’échappe pas à cette règle : Farida Belghoul aura sans doute beau jeu de plaider la bonne foi et de revendiquer sa liberté d’expression. Le rectorat devra donc user de toute son expertise en matière de justice et de droit administratif, afin de faire valoir la légitimité de la procédure engagée.

En outre, ces décisions récentes sont clairement la conséquence du changement de ministre, et il faut s’en féliciter. La politique appliquée par Najat Vallaud-Belkacem et ses conseillers tranche sur ce point avec celle de ses prédécesseurs, qui, malgré une plainte déposée au printemps 2014 par le rectorat d’Orléans-Tours suite à un événement ponctuel, n’avaient pas osé attaquer aussi directement la fondatrice des Journées de Retrait de l’Ecole. On peut sans doute affirmer, sans grand risque de se tromper, que la commission disciplinaire de l’académie de Versailles, en toute objectivité, et au vu de la gravité des actions menées par Farida Belghoul, votera des sanctions contre l’enseignante. Mais, en cas de recours de la part de Farida Belghoul, les motifs invoqués, au regard du texte choisi pour les justifier, pourraient bien ne pas convaincre un tribunal administratif. Celui-ci pourrait en effet privilégier le droit à la liberté d’expression, ou trouver que le texte ne corrobore pas précisément les accusations lancées par le recteur.

4) Prise au dépourvu, Farida Belghoul panique et fulmine.

A l’heure actuelle, apparemment décontenancée par cette décision courageuse et impatiemment attendue par bon nombre de partisans de l’égalité et/ou de l’école républicaine, Farida Belghoul en est réduite à faire appel aux « avocats de France, engagés et courageux, spécialisés en droit administratif ». Elle espère qu’ils la contacteront d’eux-mêmes et l’aideront à sortir de cette situation – où elle s’est elle-même fourrée. Incapable de réagir rapidement à cette situation pour elle inattendue, elle ne peut, semble-t-il, réagir avant au moins deux jours, et elle promet un communiqué pour la soirée du lundi 22 septembre au plus tôt.

Adepte de la théorie du complot jusqu’au bout des ongles, Farida Belghoul continue malgré tout son délire et perd pied de plus en plus. Elle écrit en rouge et en majuscules, sur la copie de la lettre du rectorat, que, lorsqu’elle scanne cette lettre, « la numérisation du document fait apparaître les couleurs de l’arc-en-ciel dans les logos de cette lettre ». Comprenez : le lobby LGBT est partout, et l’Education nationale travaille pour lui ; la preuve en est que le logo de l’Education, quand on le scanne, ferait « apparaître les couleurs de l’arc-en-ciel » !

Soral et Belghoul surpasseront-ils J.R. et Sue Ellen ?

Soral et Belghoul surpasseront-ils J.R. et Sue Ellen ?

Il semble, en réalité, que le navire Belghoul prenne l’eau de toute part. En effet, elle affirme elle-même avoir été « trahie » et « abandonnée » par les deux membres les plus importants des Journées de Retrait de l’Ecole ! Depuis plusieurs semaines, sa « principale collaboratrice » et son « principal collaborateur » ont décidé de rompre tout lien avec elle, et elle a même déposé plainte contre celui qu’elle considérait comme son propre fils. En parallèle, elle se dit harcelée par l’autre figure principale des JRE, sa collaboratrice qui nourrissait en réalité, selon Belghoul, « une passion pour le traître » et aurait donc quitté sa patronne pour cette raison !

Ironie de l’histoire : Farida Belghoul voulait restaurer la cité de Jérusalem sur terre, pour y célébrer le retour des prophètes. Mais elle n’aura réussi qu’à ressusciter une pâle et grotesque copie d’une autre ville : Dallas, ou Santa-Barbara.

Famille | France | Histoire | Livres | Politique | PS | 13.09.2014 - 10 h 12 | 16 COMMENTAIRES
Pour Valérie Trierweiler, François Hollande « n’a jamais compris la portée » du mariage pour tous.
hollande

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merci pour ce momentLe livre de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment (éd. Les Arènes), a déclenché des réactions hostiles ou enthousiastes, mais il n’a pas laissé les Français indifférents. Parmi les souvenirs, accusations et témoignages dévoilés par la journaliste au sujet de son ancien compagnon, on trouve un passage du livre consacré à l’attitude de François Hollande durant le vote de la loi sur le mariage pour tous.

Valérie Trierweiler reproche d’abord à François Hollande une certaine forme de lâcheté, voire de pusillanimité, face à cette réforme. Il aurait en effet préféré la « mettre en avant » à cette occasion, profitant même peut-être de l’occasion pour rester lui-même en retrait :

Je ne suis pas dupe non plus : dans certaines circonstances, me mettre en avant l’a arrangé. Comme lors du mariage pour tous. […] Dans ce combat, je suis allée en première ligne, avec son assentiment, et peut-être même à sa place.

Valérie Trierweiler a effectivement été présente à plusieurs moments importants lors du vote de cette loi, et elle a publiquement soutenu cette réforme, quitte à s’attirer les foudres des opposants au mariage pour tous. Elle note cependant que, si le président lui a délégué ce rôle, c’est peut-être bien avec cynisme et complaisance, afin de pouvoir ne pas trop s’engager ni s’investir lui-même.

Elle lui reconnaît malgré tout un peu de courage, pour avoir tenu bon malgré la Manif pour Tous :

François n’a pas reculé malgré les manifestations monstres.

Mais ce n’est pas pour autant qu’elle fait l’éloge du président ! D’une part, elle lui reproche  de n’avoir jamais été intimement convaincu par cette réforme. Pour justifier cette remarque, elle revient avec amertume sur une déclaration bien connue de François Hollande, devant l’Association des Maires de France. Fin 2012, il reconnaît aux maires récalcitrants, dans une formule malheureuse, le droit à la « liberté de conscience » pour refuser de marier deux personnes du même sexe. S’il retire très vite cette déclaration, c’est apparemment sur le conseil, entre autres, de Valérie Trierweiler, et face aux réactions hostiles que ce propos a déclenchées au sein de son propre camp :

« Il a tenu cette promesse alors qu’il n’en était pas convaincu au fond de lui, évoquant même « la liberté de conscience des maires ». En découvrant cette formule, je lui ai envoyé un message dans la seconde pour l’avertir que la phrase ne passerait pas. Et effectivement, devant le tollé, il l’a retirée. »

Hollande au 95e congrès des maires de France

Hollande au 95e congrès des maires de France

Mais le second reproche est plus grave, et plus personnel. Dès le 04 septembre 2014, Les Inrocks avaient relevé cette phrase dans le livre de Valérie Trierweiler, au sujet du mariage pour tous :

« François n’a jamais compris, sinon de manière théorique, la portée de cette réforme emblématique de la gauche ».

Que le président ne soit pas convaincu, « au fond de lui », par une réforme qu’il a promise, est une chose, qui relève après tout de sa liberté personnelle. C’est certes un peu triste, mais on ne demande pas aux hommes politiques de croire intimement à toutes les réformes de société qu’ils effectuent : l’important est qu’ils les accomplissent, et qu’ils fassent ainsi progresser de toute façon la société. En politique, l’acte compte davantage que la conviction, même s’il est tout de même conseillé que les deux coïncident au maximum ! Mais que François Hollande n’ait même pas saisi l’importance de cette réforme est plus grave : c’est une erreur d’appréciation politique, voire historique.

Valérie Trierweiler apporte à cela une explication toute personnelle, qu’elle relie à se propre histoire avec le président  : si la réforme du mariage pour tous lui a somme toute semblé lointaine et étrangère, c’est « sans doute parce qu’il voit le mariage comme une porte qui se ferme ».

Pour Valérie Trierweiler, cette erreur est d’autant plus criante que le mariage pour tous est une réforme historiquement et politiquement fondamentale à trois titres : pour le quinquennat de François Hollande lui-même, pour la gauche en particulier, et pour l’histoire de France en général.

 [Cette réforme] restera peut-être la seule marque [de François Hollande] dans l’Histoire de France. […] Je ne doute pas une seconde que le mariage pour tous sera la dernière grande réforme de la gauche.

Valérie Trierweiler

Valérie Trierweiler

Par rapport à la propre histoire de leur relation, qui s’est achevée brutalement et qu’ils ont tous deux vécue très difficilement, Valérie Trierweiler tire du succès de cette réforme une remarque amère et ironique envers François Hollande : « C’est un joli pied de nez du destin » !

Enfin, Valérie Trierweiler extrapole le déroulement de cette réforme pour expliquer qu’à l’inverse, une autre réforme annoncée par François Hollande durant la campagne de 2012 ne sera pas menée à son terme. D’un ton catégorique, elle affirme :

« Je suis sûre qu’il n’ira pas jusqu’au bout de son engagement d’accorder le droit de vote aux immigrés aux élections locales, annoncé et promis maintes fois. Manque de conviction, trop d’obstacles, le cheval se cabrera. »

Sur le mariage pour tous, ce livre éclaire donc quelque peu, d’une lumière toute personnelle, les événements passés. Reste désormais à savoir si l’intuition et le pessimisme de Valérie Trierweiler s’avèreront exacts pour la politique à venir.

Famille | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Justice | Politique | UMP | 11.09.2014 - 01 h 30 | 13 COMMENTAIRES
Florilège : Pour le bien des enfants, les opposants à la GPA sont prêts à leur faire tout le mal possible.
Jean Léonetti

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La Gestation pour Autrui est en train de redevenir le cheval de bataille préféré de la droite et des conservateurs. Pour faire le point sur la manière dont cette question est traitée par ses détracteurs, voici un petit florilège des propositions et arguments anti-GPA lus et entendus durant ces dernières semaines. Déclarations malveillantes, condamnations extrêmes et suggestions farfelues se disputent la médaille d’or dans la catégorie « Pire du Pire ». Que les parents condamnés par avance lisent ce petit texte, et choisissent le supplice auquel ils auront peut-être la chance d’être soumis par l’un ou l’une de ces quatre humanistes auto-proclamés, qui rêveraient certes de faire du mal aux gens – mais toujours au nom du Bien, pour garder malgré tout une apparence de vertu.

1) Jean Léonetti : « Une peine de prison d’un an, ce n’est pas si lourd ».

Jean Leonetti

Pour le bien des enfants, mettons leurs parents en prison. C’est la proposition du député Jean Léonetti, à qui l’on doit cette phrase tout à la fois grotesque et méprisante, mais dont il est apparemment fier : « Une peine de prison d’un an, ce n’est pas si lourd ». Pour un enfant qui attend ses parents, M. Léonetti, un an, c’est lourd, et c’est long. Et pour ses parents aussi, qui ont eu pour seul tort de lui donner la vie.

Pour Jean Leonetti, « il faut punir les parents qui ont considéré une femme comme un ventre à louer et un enfant comme un objet à naître ». Comme la peine qu’il a trouvée (un an de prison) ne lui semble pas si lourde, il faudrait sans doute que les parents en question le remercient ! Mais Jean-Leonetti est un peu triste, sinon parce que les futurs emprisonnés sont ingrats envers lui, tout au moins parce qu’il se heurte à l’incompréhension de certains de ses amis. En effet, s’étonne le député : « Ils prétextent que ma proposition va trop loin » ! Jean Léonetti ferait bien de se remettre un peu en question, avant de vouloir mettre les gens en prison : il est encore temps pour lui de retrouver le chemin de la raison !

2) Sylviane Agacinski : Les parents d’un enfant né de mère porteuse « pourraient, par exemple, être déclarés tuteurs de l’enfant ».

sylviane agacinski

Sylviane Agacinski

Pour le bien des enfants, Sylviane Agacinski appelle dans Ouest-France, derrière une proposition dont la façade peut sembler généreuse, à refuser de reconnaître comme tels les parents biologiques d’un enfant, bien qu’ils se revendiquent comme tels (dans le cas d’un couple hétéro), ou bien à rejeter purement et simplement la parentalité du père biologique et de son compagnon désirant tous deux élever l’enfant (dans le cas d’un couple homo). Ainsi, la philosophe propose tout simplement de remettre au goût du jour une politique similaire à celle qu’on appliquait autrefois aux « bâtards » en Occident : les parents biologiques du bâtard, qui auraient souhaité le reconnaître, ne doivent surtout pas être officiellement instaurés par la société comme parents en tant que tels. Et la raison de tout cela, s’il-vous-plaît ? Elle est simple : c’est que Sylviane Agacinski, elle, a décidé qu’il était de bon ton qu’un parent biologique et/ou social ne soit pas reconnu comme parent de son enfant alors même qu’il le désire. Elle trouve plus juste et plus humain de déclarer qu’il en est « le tuteur ». CQFD.

Mais rappelons tout de même ce qu’est un tuteur : « La tutelle s’applique au mineur qui n’a plus (ou n’a jamais eu) aucun parent apte à exercer l’autorité parentale ». Et le tuteur ne gère que « les actes les plus courants ou les moins graves » dans la vie de l’enfant, et en plus « sous la surveillance du subrogé tuteur » ! Il n’est pas compétent pour « les décisions les plus graves (par exemple, une intervention chirurgicale) » qui, elles, « sont prises par le conseil de famille, présidé par le juge des tutelles et composé par des membres de la famille ou des personnes qui s’intéressent à l’enfant ou par le juge des tutelles ». Pour Sylviane Agacinski, le bonheur de l’enfant passe par l’humiliation des parents, et par la propre satisfaction individuelle qu’elle semble tirer personnellement de cette humiliation quotidienne.

3) Pr Henri Joyeux : « Ces enfants pourraient être adoptés par les 30 000 couples homme-femme agréés pour adopter ».

Henri Joyeux

Pour le bien des enfants, Henri Joyeux, le Professeur Henri Joyeux, n’est jamais à court d’âneries pour égayer le landernau réactionnaire à l’extrême. Sur son site, et dans un texte repris par un site catholique traditionaliste, Henri Joyeux se lance dans un brulôt anti-GPA : « Que faire des enfants nés par GPA à l’étranger ?  […] Ces enfants pourraient être adoptés par les 30 000 couples homme-femme agréés pour adopter, qui attendent sans tricher et seront prêts à donner à l’enfant tout ce dont il a besoin. On ne fonde pas une relation d’amour, a fortiori avec un enfant, sur de la tricherie. » Il est sûr qu’Henri Joyeux cherche le bien de l’enfant, puisqu’il prétend même l’arracher des bras de ses parents qui l’ont désiré et qui l’aiment, et dont au moins l’un des deux est le parent biologique de l’enfant. Renions toute humanité, nions tout lien biologique ou social revendiqué par le(s) parent(s) d’intention, et faisons semblant de défendre le lien biologique qui unit l’enfant à la donneuse anonyme d’ovocytes – le tout bien sûr dans l’intérêt de l’enfant, qui se retrouvera orphelin et adopté pour faire plaisir au professeur Joyeux !

C’est que le professeur Henri Joyeux a une vision toute particulière de la GPA, dont voici la retranscription mot pour mot : « deux hommes font de l’enfant un objet-esclave d’un désir d’adultes qui cherchent leur intérêt et exploitent un enfant.« . On comprend bien les aimables sous-entendus. Mais pour celles et ceux qui préfèrent les images, Henri Joyeux a une métaphore toute trouvée, qui fleure bon la campagne : « On crée des enfants comme on fait des veaux. La vache qui vient de mettre bas et donne son lait (à qui et pour quels résultats ?) est re-inséminée pour élargir le cheptel. Le veau ne sera pas mis sous sa mère. La GPA fait la même chose ». Et si on n’a pas compris la première fois, la seconde sera peut-être la bonne : « Au nom de l’amour et du désir d’enfant on rend une femme esclave, on achète un enfant comme on achète le petit veau. » Voilà un passage qui permet de relier deux combats en un : on rappelle que le professeur Henri Joyeux est aussi un fervent opposant à la consommation de lait de vache par les humains (si, si, c’est vrai).

Et on a bien compris que les seuls dignes d’adopter cet enfant seraient « des couples homme-femme ». Eh oui, la rengaine est à présent bien connue : complémentarité des « opposés », altérité sexuelle, harmonie de la dualité nécessaire à l’épanouissement, etc. A l’inverse : les couples de même sexe, selon Henri Joyeux, sont indignes d’élever des enfants, ça va de soi.

4) Catherine Dolto : « Autoriser la GPA, c’est probablement faire un grand pas vers la barbarie ».

Catherine Dolto

Catherine Dolto

Avec Catherine Dolto, les barbares sont de retour. Enfin, selon elle, le barbare, c’est l’autre (comme toujours), et en l’occurrence : celui qui recourt à la GPA. Après les veaux du Docteur Joyeux (ça ne s’invente pas), le bestiaire de Catherine Dolto vient compléter la métaphore animale : « On a réifié les animaux et on va donner aux enfants un statut d’animal, de produit dont le destin est de rendre heureux une famille, comme un petit chien comme un petit chat » (sic). Pour le bien des enfants, elle se fait prophète en son pays : « Ce qui est à craindre, c’est qu’un enfant qui découvre qu’il est né de GPA perde le respect pour lui-même et pour les adultes à l’origine de cette transaction et que cela déclenche en lui une très grande violence » ! En tout cas, on ne peut pas dire qu’elle montre l’exemple en termes de respect envers les gens. S’il serait cruel de rappeler sa condamnation pour injures envers la pauvre Daniela Lumbroso qui n’en pouvait mais, on peut toutefois songer avec un peu d’amertume aux propos bien peu respectueux qui lui ont valu une place de choix dans la dernière livraison de la revue Le Débat.

Prison, déchéance des droits parentaux, accusations de barbarie… Sous l’Inquisition, on torturait les accusés pour les rapprocher de Dieu. Ici, on cherche les châtiments les plus exemplaires pour punir les mécréants qui oseraient outrepasser les limites établies par Agacinski, Joyeux,  Dolto, Léonetti and co. Quoi qu’il en soit, les parents d’enfants nés par GPA ont bien du souci à se faire, et leurs enfants aussi : les personnes bien intentionnées sont tout à fait décidées à s’en prendre à eux de la manière la plus dure possible… mais pour le bien des enfants, naturellement.

Mise à jour au 07 octobre 2014 : les déclarations les plus abjectes se ramassent à la pelle. On notera ainsi les articles suivants, recensés au fil des jours :

– Le député Jean-Frédéric Poisson appelle à l’exil des Français ayant eu recours à la GPA

– Une certaine Anne Vigerie, porte-parole d’elle-même et d’une association fantôme, appelle à tout ce qu’elle peut, et en particulier « à la déchéance des droits parentaux des deux parents ».

Le Corp, qui ne se lasse jamais, fait du lobbying pour que les parents soient désignés comme « dépositaires de l’autorité » ou « tuteurs », ce qui, de fait, les déchoit de leur statut de parents.

Associations | Discriminations | Education | Famille | Homoparentalité | Homophobie | International | Mariage | Medias | Politique | 10.08.2014 - 21 h 11 | 0 COMMENTAIRES
« L’Egalité des Droits dépase les frontières » : LGBT d’Europe, unissons-nous !
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Ce billet a pour but de présenter une petite vidéo réalisée en Ukraine par 40 jeunes militants LGBT de toute l’Europe, qui a déjà été vue plus de mille fois en deux jours. Ce clip a une valeur symbolique importante : il nous rappelle que les droits LGBT sont une problématique européenne et internationale, et que l’Europe toute entière doit s’engager davantage pour les défendre.

1) Le contexte européen : « A vos marques, Prêts… Egalité ! »

youth_in_action_logoL’Union européenne a mis en place un vaste programme d’éducation intitulé « European Youth in Action » (Jeunesse Européenne en action). Ce programme est à destination des jeunes de 13 à 30 ans, et a pour ambition de favoriser la mobilité internationale des jeunes Européens, ainsi que leur sens de la citoyenneté, de la solidarité et de la tolérance.

C’est dans ce cadre qu’a lieu le projet « Ready Steady Equal » (« A vos marques, prêts,.. Egalité »), destiné à lutter contre les discriminations liées au genre et à l’orientation sexuelle. Au sein de ce projet, un stage a eu lieu, du 26 jullet au 03 août 2014, à Lviv, grande ville d’Ukraine, située à l’Ouest du pays. Il a permis à 40 jeunes militants des droits LGBT, issus de l’Union européenne et de pays du continent européen, de se rencontrer et de dialoguer entre eux sur les droits LGBT en Europe.

Le choix de l’Ukraine comme pays de rencontre est significatif, alors que les droits des LGBT sont toujours très largement ignorés voire combattus dans ce pays en proie à de vifs affrontements à la fois en interne et avec la Russie.

2) Le clip réalisé : « L’égalité des droits dépasse les frontières ».

A la fin de ce stage, les participants, issus de 10 pays, ont réalisé un clip, par le biais de la plate-forme Bell Media. Cette vidéo est intitulée « Equal Rights are bigger than Borders » : « L’égalité des droits dépasse les frontières ». Elle montre l’importance de la coopération entre les citoyens des différents pays européens pour faire progresser l’égalité des droits :

En voici la traduction en français :

– Je suis du Royaume-Uni, et j’aimerais envoyer un message à mes amis LGBT en Ukraine. Je veux qu’ils soient forts, et je les soutiens dans leur combat pour l’égalité.

– Nous vivons en Ukraine, et nous soutenons nos amis italiens dans leur lutte contre l’homophobie.

D’Italie, nous souhaitons que nos amis polonais puissent se sentir en sécurité lorsqu’ils s’expriment dans la rue.

– J’habite en Pologne, et j’espère que la Turquie va inclure les droits des LGBT dans sa constitution.

– Nous sommes trois militants LGBT de Turquie, et nous soutenons le droit au mariage pour nos amis allemands.

– Je viens d’Allemagne, et je souhaite que mes amis géorgiens puissent vivre sans être discriminés.

– Je suis de Géorgie, et je soutiens les droits LGBT en République Tchèque.

– Je suis de République tchèque, et je veux que mes amis d’Azerbaïdjan soient protégés des crimes de haine.

– Les Azerbaïdjanais veulent que le gouvernement britannique enseigne les questions LGBT dès l’école.

Chacun aura compris l’une des moralités de la vidéo : les citoyens européens se soutiennent les uns et les autres dans les combats respectifs qu’ils mènent au sein de leur pays pour faire avancer l’égalité des droits. Les combats individuels et nationaux doivent converger vers une amélioration globale et européenne des droits LGBT. Ces jeunes en appellent donc à la responsabilité des dirigeants et représentants de l’Union européenne, ainsi qu’à celle des gouvernements et parlementaires nationaux de tous les pays du continent européen. Mais cette vidéo est à aussi à l’adresse du grand public : c’est à chaque citoyen européen de ces différents pays que ces jeunes militants veulent s’adresser.

3) Les adversaires des droits LGBT s’organisent déjà à l’échelon européen.

Manifestation en Allemagne, aux logos de la Manif pour Tous.

Manifestation en Allemagne, aux logos de la Manif pour Tous.

Ce genre d’action, soutenue par la commission européenne, est aujourd’hui de la plus grade utilité. En effet, les opposants aux droits LGBT ont, quant à eux, déjà réalisé la Sainte Alliance anti-LGBT en Europe. Cette internationalisation de la lutte contre les droits civils des LGBT a été menée sous la houlette de Louis Montané de la Roque, qui n’est rien de moins qu’un descendant de Hugues Capet !

Voici trois exemples où l’on retrouve l’influence néfaste du mouvement « La Manif pour Tous » en Europe. Ils ne sont présentés ici que brièvement, mais ils mériteraient de faire chacun l’objet d’un article plus approfondi. En effet, ils sont chacun révélateurs des objectifs de la Manif pour Tous au niveau européen, et des problématiques LGBT qui traversent actuellement les différents pays.

a) En Allemagne

La Manif pour Tous allemande « Die Demo für Alle » a manifesté en Bade-Wurtemberg pour protester contre l’instauration de programmes scolaires visant à lutter contre l’homophobie dans les écoles primaires. Elle a malheureusement obtenu gain de cause en partie. Elle réalise à présent une pétition pour s’opposer à un projet similaire porté par le gouvernement de Basse-Saxe.

La Manif pour Tous en Italie

La Manif pour Tous en Italie

b) En Italie

La Manif pour Tous Italia s’oppose depuis plusieurs mois à l’instauration d’une loi destinée à sanctionner les propos et actes homophobes. Les manifestants affirment défendre la liberté d’expression contre les prétendus dérives totalitaires d’un imaginaire « lobby gay ». Ils sont ainsi apparus avec, entre autres, des baillons arc-en-ciel sur la bouche.

c) En Croatie

En Croatie, la Manif pour tous a inspiré le collectif « Au nom de la famille », qui a interdit par référendum l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Ce collectif a en effet fait introduire dans la constitution la définition du mariage comme union d’un homme et d’une femme. Son logo, ses méthodes et ses objectifs sont très proches de ceux de la Manif pour tous.

4) Qui défend actuellement les droits LGBT au niveau européen ?

Heureusement, l’égalité des droits est d’ores et déjà défendue, aujourd’hui même, par au moins quatre instances au niveau européen, qui sont cependant encore beaucoup trop peu connues par le grand public :

ilga europel’association ILGA-Europe, qui réunit 417 organisations-membres issues de 45 pays européens. Il s’agit de la branche européenne de l’Association Ilga, fédération internationale d’associations de lutte pour l’égalité des droits.

l’Intergroupe « Droits LGBT » au Parlement européen, qui réunissait 175 eurodéputés durant la précédente législation (2009-2014), et qui devrait être reconduit durant cette session.

nelfale réseau Rainbow Rose, qui rassemble les partisans de l’extension des droits LGBT au sein des partis socialistes, travaillistes et sociaux-démocrates, dans le cadre du Parti Socialiste Européen (PSE)

le réseau Nelfa, qui défend les droits des familles homoparentales en Europe.

Au niveau international, et donc supra-européen, on pourra également noter l’investissement d’associations comme Amnesty International ou les campagnes d’All Out.

L’intérêt de la vidéo ci-dessus est donc de nous montrer que :

– le grand public et les militants doivent comprendre que la défense de l’égalité des droits se joue aujourd’hui au niveau européen et international, et il faut s’investir dans ces organisations internationales,

l’Union européenne doit saisir à bras-le-corps les responsabilités qui lui incombent, en promouvant plus largement encore, en son sein et à l’international, la lutte pour l’égalité des droits,

les instances qui luttent d’ores et déjà au niveau européen pour l’égalité des droits doivent être davantage connues au sein du grand public. J’espère que ce billet aura permis d’y contribuer.

Famille | Gestation pour Autrui | International | Justice | 07.08.2014 - 04 h 35 | 22 COMMENTAIRES
Gestation pour Autrui : Comment comprendre l’affaire « Pattaramon Chanbua vs. David Farnell » ?
L'hôpital Samitivej Sriracha

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En moins de 48 heures, les noms de la jeune Thaïlandaise Pattaramon Chanbua et de son bébé Gammy sont devenus célèbres dans le monde entier. Leur sort a soulevé une vague d’indignation internationale, ainsi qu’un impressionnant élan de solidarité à leur égard.

Cependant, cette affaire ne doit pas être interprétée, comme certains l’ont fait trop hâtivement, comme un argument infaillible pour condamner la gestation pour autrui. Elle montre au contraire que, pour éviter de tels drames, le processus de GPA doit être autorisé et encadré.

1) Après cinq jours de rebondissements, quels sont les faits certains ?

Tous les médias (presse écrite, radio, télévision, internet…) ont parlé de Pattaramon Chanbua en ce début d’été 2014. Même pour les vacanciers du mois d’août qui auraient choisi de ne pas les consulter, impossible malgré tout d’échapper à cette affaire : elle a été abondamment relayée sur les réseaux sociaux, et elle a fait l’objet de très nombreuses discussions. Au-delà de l’emballement médiatique et des réactions à vif, essayons de reconstituer ce qu’il s’est passé.

La naissance de cette information remonte d’abord à deux sources médiatiques principales. D’abord, le quotidien thaïlandais Thaï Rath, le journal le plus lu en Thaïlande, a fait connaître l’histoire au niveau national. Puis le journaliste Lindsay Murdoch, du groupe australien Fairfax Media, très vite suivi par l’AFP, a relayé l’information à l’échelle internationale. Ainsi, plusieurs rebondissements ont été dévoilés, au gré des articles et reportages du Thai Rath, du Sydney Morning Herald, de l’Agence France Presse, des chaînes australiennes ABC ou Channel 9, du Bunbury Mail, etc. – qui ont diffusé l’un après l’autre des interviews et témoignages exclusifs des différents protagonistes.

Sri Racha

Sri Racha

Résumons ce qui semble certain à l’heure actuelle : en décembre 2013, Pattaramon Chanbua, une Thaïlandaise de 21 ans, habitant Sri Racha et de condition très modeste, met au monde un garçon et une fille pour David et Wendy Farnell, un couple de classe moyenne vivant en Australie occidentale. Au cours de la grossesse, les médecins découvrent que Gammy, le garçon, souffre de trisomie 21. La mère porteuse ne souhaite pas avorter. A l’accouchement, il s’avère que le garçon présente également des difficultés pour respirer. Le couple repart en Australie avec la fille, mais laisse le garçon à la mère porteuse.

Le 22 juillet, une campagne de dons est lancée en Thaïlande, d’abord de manière anonyme, puis soutenue par une association caritative australienne qui vient en aide aux enfants thaïlandais depuis 2004. Selon cette campagne, relayée par les médias internationaux à partir du 1er août, Gammy souffre d’une grave malformation cardiaque. La mère porteuse thaïlandaise témoigne alors dans les médias nationaux puis internationaux : elle accuse les parents australiens d’avoir abandonné leur garçon, et elle annonce que le garçon mourra si elle n’obtient pas l’argent nécessaire pour le faire opérer. En une semaine, cette campagne récolte environ 250 000$, et les dons continuent d’affluer.

2) Victimes idéales, coupables parfaits.

Dans cette affaire, les victimes sont idéales pour le sensationnalisme médiatique : Pattaramon est une jeune fille pauvre, abandonnée et exploitée, dont le bébé, abandonné lui aussi, est doublement malade… L’âme de chevalier blanc qui sommeille en chacun d’entre nous se prend forcément d’affection pour ce duo, qui ressemble à s’y méprendre au mythe bien connu de la veuve et l’orphelin. Le ministre de l’Immigration du gouvernement de Tony Abbott va ainsi jusqu’à qualifier la jeune fille de « sainte ».

Bunbury, la ville des Farnell.

Bunbury, la ville des Farnell.

De l’autre côté, les coupables sont dignes des plus beaux mélodrames : lâches devant la maladie de l’enfant, irresponsables en tant que parents biologiques, riches arrogants qui profitent de l’inexpérience d’une jeune fille pauvre… Ces Thénardier modernes sont obligés de se terrer dans leur maison de Bunbury face à la vindicte mondiale qui s’abat sur eux, et les journalistes, une fois qu’ils ont trouvé leur adresse, font très vite le siège de leur maison.

Un scoop de plus accable David Farnell, lorsque les médias australiens, qui ont eu accès à son casier judiciaire, découvrent qu’il a été condamné pour pédophilie en raison d’actes commis dans les années 80 et 90. La sanction semble alors inévitable, et le jugement est sans appel pour bien des personnes : les Farnell sont des monstres, leur comportement est innommable, et la GPA doit être condamnée.

3) La parole est à la défense.

Malgré tout, de très nombreuses zones d’ombre subsistent encore, et il faudrait éviter, dans des cas complexes comme celui-là, de réfléchir « avec ses tripes » ou de raisonner trop vite sous la tyrannie de l’émotion.

Objection, votre honneur !

Objection, votre honneur !

D’abord, les versions données par la mère porteuse, le couple américain et l’agent qui les a mis en relation sont parfois contradictoires entre elles. La multiplicité des sources d’information médiatiques qui ont tenté d’éclairer cette affaire n’aident pas à la rendre plus compréhensible, bien au contraire. Pour ne donner que quelques exemples : quand la mère porteuse affirme que le couple a lâchement abandonné l’enfant, l’agent rétorque que c’est la mère porteuse qui a proposé de le garder. Quand la mère porteuse déclare que les parents ont vu leurs deux enfants et ont refusé d’emmener le garçon, le père répond qu’il n’a jamais vu Gammy et qu’on lui a interdit de l’emmener car il n’avait plus qu’un jour à vivre selon les dires des médecins. Et que l’on ne croit pas l’agent et les parents d’accord contre la mère porteuse : tandis que l’une accuse les autres de mentir, ces derniers indiquent que leur expérience avec l’agence a été « traumatisante ».

Pire : les témoignages tels qu’ils sont rapportés par les médias ne sont pas non plus exempts de contradiction… dans les discours tenus par une même personne. La mère porteuse a d’abord affirmé que le couple a voulu qu’elle avorte, puis elle a accusé l’agent d’avoir voulu la faire avorter. Les époux Farnell auraient d’abord prétendu n’avoir jamais entendu parler du garçon, avant de dire qu’ils n’avaient pas pu l’emmener à cause de sa santé fragile et des autorités thaïlandaises.

Ensuite, selon l’hôpital Samitivej Sriracha, où l’enfant a été hospitalisé à sa naissance, l’enfant n’aurait pas de malformation cardiaque, et sa vie n’aurait jamais été en danger, contrairement à ce que la campagne internationale de dons a affirmé. Interrogé par le Bangkok Post, le porte-parole de l’hôpital affirme en effet que ce qui était considéré comme un gravissime trou dans le coeur est en réalité une infection pulmonaire, une pneumonie qui serait tout à fait banale à son âge, et qui est aujourd’hui quasiment guérie. L’enfant devrait donc sortir de l’hôpital d’ici quelques jours. Il dispose d’un « coeur solide et en bonne santé » !

Autre zone d’ombre : rien n’est dit sur le contrat de départ, pièce pourtant essentielle dans le cadre d’une gestation pour autrui. Si l’on recoupe les différentes déclarations, c’est l’agent elle-même, Kamonthip Musikawong, qui aurait conseillé à la jeune fille d’avorter au bout de sept mois de grossesse ! Pour se justifier, l’agent a cette phrase horrible, en reparlant du moment où elle apprend que le bébé est atteint d’autisme : « We just didn’t know, if this happened, what we are going to do » – « Nous ne savions simplement pas, si cela arrivait, ce que nous allions faire » ! Mais ce genre de cas, rare mais dramatique, aurait naturellement dû être prévu bien avant la grossesse, dans un accord écrit entre les parents d’intention et la mère porteuse !

Logo de l'agence IVF Parenting

Logo de l’agence IVF Parenting

Alors, justement, quel a donc été le rôle de l’agent Kamonthip Musikawong ? L’agence de surrogacy IVF Parenting, qu’elle a fondée début 2013, a tout simplement disparu, et son CV ne fait pas d’elle une personne particulièrement désignée pour assumer cette charge (difficile) : Kamonthip Musikawongg est diplômée… en biotechnologies agricoles ! Les différentes déclarations montrent que cet agent n’a en rien assumé son rôle : elle n’a par exemple apparemment pas du tout informé les clients sur les lois thaïlandaises ; elle n’a pas procédé à une information suffisamment claire envers les parents et la jeune fille ; elle a recruté la jeune fille dans des circonstances qui n’auraient absolument pas dû lui permettre d’être mère porteuse (jeune fille pauvre et endettée), etc. Les déclarations de Pattaramon Chanbua et des parents australiens se contredisent certes, mais elles convergent tout de même assez souvent pour accuser l’agent de mensonges, voire d’escroquerie : Pattaramon Chanbua l’accuse même de ne pas lui avoir versé tout l’argent qu’elle lui doit !

Du point de vue du traitement médiatique de cette affaire, on regrette que les différents médias aient rendu l’affaire publique avant de connaître des éléments importants dans le déroulé des faits. Les époux Farnell n’ont qu’à peine parlé, et ils n’ont pas encore livré leur version des faits (leur fils promet qu’ils s’exprimeront bientôt), et ils ont été condamnés par la vindicte mondiale avant même d’avoir pu réellement s’exprimer dans les médias. En outre, il y a tellement d’arguments opposés dans les différentes versions en présence, qu’il est difficile de pouvoir s’exprimer clairement sur cette affaire sans attendre que la police, la justice et les services sociaux d’Australie aient mené leurs propres enquêtes.

4) Les amalgames se ramassent à la pelle : Haro sur la GPA !

Malgré toutes les précautions qui devraient être d’usage en pareil cas, l’occasion est trop belle et trop tentante pour les opposants à la GPA, qui comptent bien ne pas la laisser passer.

Ludovine de la Rochère

Ludovine de la Rochère

En France, La Manif pour Tous interrompt ses vacances : elle publie dare-dare, en deux jours, deux communiqués différents et une vidéo (où la GPA devient « la Grossesse Pour Autrui » – signe d’une connaissance approfondie du sujet…).  Dans le premier communiqué, elle prend prétexte du drame australo-thaïlandais pour appeler à manifester le 05 octobre 2014 contre, pêle-mêle : « la PMA pour les couples de femmes et les célibataires, la reconnaissance progressive de la GPA (mères porteuses), l’enseignement du genre à l’école (ni ABCD, ni malette pédagogique, ni plan pseudo-égalité), le matraquage fiscal des familles, la réduction du congé parental… » Le communiqué conclut : « Trop c’est trop ! »

Dans le second, elle s’écrie, toujours en se basant sur l’affaire Pattamaron Chanbua : « La familiphobie visant à déconstruire le lien Père-Mère-Enfant et à fragiliser l’identité sexuelle Homme-Femme doit cesser ! » Elle appelle donc à faire considérer la GPA, au niveau international, comme une forme de traite des enfants, et à faire intégrer cette définition dans la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), afin qu’elle soit prohibée définitivement à l’échelle mondiale.

L’Osservatore Romano, le journal du Vatican, s’indigne en une contre la pratique des mères porteuses :

« Nous ne devrions pas nous étonner que, si des parents commandent un bébé en louant le ventre d’une mère, ils rejettent l’enfant s’il n’est pas parfait et en bonne santé. […] Si l’enfant devient un produit à acheter, il est évident que, comme pour toute acquisition, il doit être conforme aux souhaits du client. […] En réalité, il n’y pas vraiment de quoi d’indigner – si l’on accepte la logique qui transforme l’enfant en produit, tout ceci n’est qu’une conséquence évidente ».

Il fustige en outre « la culture du déchet qui s’imbrique avec l’esprit mercantile, y compris quand il s’agit de la vie et du corps humain ».

Le Figaro, qui a cet avantage de ne décevoir jamais dans ses choix éditoriaux si pertinents, s’empresse de donner la parole au militant anti-avortement Jean-Marie Le Méné, pour qui les couples ayant recours à la GPA sont forcément ce « client-roi parfaitement odieux qui bouffe ce qui lui plait ».

Bien sûr, les autres médias ne sont pas en reste, et l’on peut ainsi voir France 2 annoncer fièrement un reportage sur « le commerce des ventres en quelques clics », et Libération titre en une : « Ventres à louer, le malaise » (le titre du quotidien est cependant bien infidèle au contenu du dossier, qui est beaucoup plus nuancé et approfondi que le titre pourrait le laisser présager). Le Guardian ne s’encombre pas de réflexions inutiles : pour la chroniqueuse Suzanne Moore, la GPA est « un commerce écoeurant », et cette affaire le prouverait.

GPA delenda est ? Comme Carthage autrefois dans les discours de Caton l’Ancien, qui appelait à la destruction de la ville quel que fût le thème qu’il traitait, il semble que la GPA doive être détruite et consumée, quoi qu’il en coûte. En attendant la fin rêvée par certains de la GPA, cette triste affaire pourrait déjà avoir une première conséquence juridique internationale, selon le célèbre avocat australien Stephen Page (très investi sur les questions de gestation pour autrui) : des dizaines de bébés, portés par des Thaïlandaises pour des couples australiens, pourraient, à leur naissance,… être placés directement en orphelinat.

Pour ne pas verser dans ces emportements ludovinesques, dont l’auteur bat la campagne à coup d’arguments-chocs comportant inlassablement les mots « esclaves », « catalogues » et « service après-vente », essayons de conclure en analysant posément la situation juridique dans laquelle s’est inscrite la démarche des Farnell, et en étudiant ce que l’on peut vraiment tirer de cette affaire au sujet de la GPA.

5) Les « lois de l’enfantement » en Australie et en Thaïlande : petit voyage politique et juridique.

Dans le rythme effréné de l’actualité, il est en effet nécessaire de se raccrocher parfois au temps long de l’organisation politique et juridique des Etats. Pour mieux comprendre le dessous des cartes, il semble donc indispensable de faire ici un bref détour par la géographie politique et le droit.

a) L’Australie et l’Etat de West Australia : une surrogacy encadrée mais très limitée.

L'Australie

L’Australie

L’Australie, comme chacun sait, est un état fédéral. Ce Commonwealth of Australia est composé de six Etats et de trois Territoires (si l’on s’en tient à l’Australie continentale), qui ont chacun une législation propre en ce qui concerne la Gestation pour Autrui. En Australie occidentale, l’Etat où vivent les Farnell, la gestation pour autrui est tolérée, mais sous des conditions très strictes que l’on peut résumer ainsi :

  • – la gestation pour autrui doit être altruiste, et ne donner lieu à aucune rémunération de la mère porteuse ;
  • – elle doit répondre à un problème d’ordre strictement médical qui affecte la femme qui y a recours (celle-ci doit être en âge de procréer, et célibataire ou en couple hétérosexuel) ;
  • un contrat doit être établi avant la grossesse, et validé par un Conseil des Technologies Reproductives (RTC).
  • – la mère porteuse doit répondre à des critères très précis (âge, enfants,…) ;
  • – les parents et la mère porteuse doivent avoir des échanges fréquents depuis plus de deux ans ;

Quelle que soit la suite de cette affaire, il faudra déterminer très précisément pourquoi le couple incriminé n’a pas eu recours à cette solution. Est-ce un problème de coûts, puisque la GPA n’aurait de toute façon pas été remboursée ? David Farnel a-t-il eu peur d’être rattrapé par son passé ? La mère ne souffrait-elle pas d’un mal médical qui aurait été reconnu par le RTC ? Le couple n’a-t-il pas trouvé de mère porteuse en Australie ? Le choix de la Thaïlande par ce couple est l’un des noeuds du problème.

b) La Thaïlande : un pays troublé, dirigé par la junte militaire

Général Prayut Chan-O-Cha, à la tête de la junte

Général Prayut Chan-O-Cha, à la tête de la junte

La situation politique est compliquée en Thaïlande, où la junte militaire est actuellement au pouvoir. Les conditions de la gestation pour autrui ont toujours été très floues dans ce pays, partagées entre des lois permissives, des règlements plus contraignants et une situation réelle où, comme dans d’autres domaines, les faits ne sont pas toujours en adéquation avec ce qui est légalement prescrit.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est que, selon le site australien Surrogacy Australia, la junte militaire au pouvoir a justement changé les règles de la GPA en Thaïlande… le 22 juillet. Pour ceux qui ont bien suivi jusqu’ici, le 22 juillet est justement la date à laquelle des anonymes ont lancé la campagne de dons qui a ensuite rendu Pattaramon Chanbua célèbre.

Ces règles ont été durcies, ce qui a amené le site Surrogacy Australia, cinq jours plus tard, à émettre des consignes de grande prudence à l’intention des couples australiens qui effectuent (ou envisagent d’effectuer) une surrogacy en Thaïlande.

La Thaïlande n’a pas d’arsenal législatif pour réprimer la GPA comme en France. Mais des règlements du Conseil Médical de Thaïlande imposent les conditions suivantes :

  • – La mère porteuse doit être parente avec le couple de parents d’intention ;
  • – La GPA doit être altruiste et la mère porteuse ne doit pas être rémunérée ;
  • – Les parents d’intention sont un couple hétérosexuel marié dont la femme souffre d’un problème médical avéré ;
  • L’enfant ne peut quitter la Thaïlande qu’avec l’accord des autorités (disposition ajoutée par la junte)

Les étrangers seront donc désormais interdits de GPA, puisque les trois premières conditions, qui existaient déjà, devront être strictement appliquées par les cliniques et agences – sous peine d’être poursuivies pour trafic d’être humains.

En outre, l’avortement est interdit en Thaïlande, sauf dans deux cas : la grossesse met en danger la vie de la mère, ou bien la grossesse résulte d’un viol.

On voit ici que la connaissance des lois et règles en vigueur permet d’éclairer cette affaire sous un nouveau jour : si l’avortement est interdit en Thaïlande, comment et pourquoi l’agent a-t-il pu conseiller à la jeune fille d’avorter ? Le couple de parents d’intention était-il au courant de cette loi, ainsi que de la profonde piété bouddhiste de Pattaramon ? D’autre part, les règles thaïlandaises sur la GPA étant très strictes, alors que la GPA est autorisée dans l’Etat des Farnell, comment expliquer que le couple ait choisi d’y avoir recours ?

6) Face aux dérives éventuelles, la prohibition n’est pas une solution

Analyser ce cas, en l’état actuel des connaissances que l’on a sur le déroulement des faits et sur la situation de ces pays, requiert de se demander s’il peut vraiment permettre de tirer des conclusions générales sur la GPA. A mon sens, il semble plutôt qu’on ne pouvait imaginer plus mauvaise base pour initier un débat sur la Gestation pour Autrui. Ce sentiment est renforcé par le contexte actuel, où des réactionnaires de tous bords tentent vaille que vaille de dénier des droits fondamentaux aux enfants nés de GPA, ou de mettre en prison les couples qui souhaiteraient y recourir dans des pays où elle est légale. En effet, cette affaire intègre en réalité au moins deux problèmes qui ne sont pas spécifiques aux naissances par GPA :

a) Si l’enfant a vraiment été abandonné par ses parents génétiques à cause de sa trisomie 21 : il faut savoir que le taux d’abandon d’enfants trisomiques à la naissance est très élevé, y compris lors des naissances qui n’ont pas lieu dans un cadre de GPA. Ce drame se rejoue également lors des adoptions : un nombre important d’enfants adoptés sont au final rejetés par leur propre famille d’accueil. Il s’agit donc d’un problème qui n’est pas en soi constitutif des naissances par GPA.

b) Les condamnations pour pédophilie du père constituent un sujet de débat réel, mais elles ne peuvent pas être reliées à la GPA. Un pédophile peut-il élever des enfants près de 20 ans après avoir été condamné ? A-t-il purgé sa peine et expié son crime, ou bien doit-il être empêché à vie de pouvoir élever des enfants ? Ce sont des questions morales, juridiques et sociales qui peuvent être traitées par les parlementaires ou les juristes, et au cas par cas par les médecins ou les services sociaux. Mais ces questions et leurs réponses ne concernent pas spécifiquement les naissances qui ont lieu par GPA : elles sont communes à tous les types de naissance. On notera d’ailleurs que le fils de David Farnell est intervenu pour prendre la défense de son père : « Il a un coeur d’or. Il a fait des erreurs, et nous l’avons accepté. Il a payé pour ça ». Quoi qu’il en soit, une décision sera prise par les juges et les services sociaux, et elle devra être acceptée : mais ce fait n’a à rien de spécifique avec la GPA, qui puisse légitimer son autorisation ou son interdiction.

S’il faut vraiment tirer des conclusions de cette affaire, je pense qu’elles sont de trois ordres.

D’abord, elle montre l’importance primordiale du rôle de l’agence et du contrat dans un processus de gestation pour autrui. Pour Delphine Lance, doctorante à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et qui réalise actuellement sa thèse sur la Gestation pour Autrui  :

« Il y a clairement eu une énorme défaillance de la part de l’agence. La mère porteuse et les parents australiens ne se sont jamais rencontrés : ce n’est pas normal ! De plus, il n’y a vraisemblablement eu aucun screening psychologique – et s’il y en a eu un, on ne peut pas dire qu’il ait été utile ou efficace. La mère porteuse affirme avoir participé à cette GPA pour rembourser ses dettes : dans ces conditions, elle n’aurait jamais dû être acceptée. Sans compter que la mère porteuse est apparemment une bouddhiste très croyante, et que les parents n’ont même pas l’air d’en avoir été informés ! Dans ce cas, ce n’est absolument pas la GPA dans son ensemble qui doit être critiquée, ni même, en soi, la GPA en Thaïlande : c’est avant tout l’agence, précisément, car elle est apparemment au centre de tous les problèmes que ce couple et la mère porteuse ont rencontrés jusqu’ici ».

Delphine Lance insiste sur l’intérêt d’avoir un contrat clair :

« Dans Paroles de femmes porteuses, mon documentaire sur la GPA en Ukraine et aux USA que je présenterai à partir du mois de septembre 2014, une surrogate américaine témoigne avec ce paradoxe : « Le contrat n’est pas important… jusqu’à ce qu’il soit très important » ! C’est très vrai, et ce cas thaïlandais le prouve bien. »

Ensuite, cette affaire rappelle que des cas tragiques sont possibles (le cas de l’Américaine Crystal Kelley le montre également). Certes, mais parallèlement, des milliers de GPA se déroulent correctement à travers le monde. Selon un proverbe : « quand un arbre tombe, on l’entend ; mais quand la forêt pousse, il n’y a pas de bruit ».  Il faut d’après moi garder un état d’esprit serein pour réfléchir calmement sur ce cas, et se libérer des oeillères de l’indignation. La sociologue Dominique Mehl a retoqué les arguments de Ludovine de la Rochère dans un débat sur Europe 1 ; la chaîne TMC est revenue cette semaine sur la vie de deux enfants nés par GPA qui mènent une vie heureuse dans leur famille homoparentale ; et les associations militantes comme l’APGL, l’ADFH, Clara ou Maïa comptent, dans les familles qui y adhèrent, des dizaines d’enfants nés par GPA, et qui vivent avec leurs parents comme tous les autres enfants.

Irène Théry

Irène Théry

Enfin, la France ne peut pas faire l’économie d’une véritable réflexion sur la gestation pour autrui, contrairement à ce que voudrait faire croire une classe politique largement hypocrite, lorsqu’elle affirme que la question a été résolue avant même d’avoir été posée. Dans une interview donnée à ce sujet dans L’Express, la sociologue Irène Théry affirme que ce cas « ne nous apprend rien sur les nombreux cas de GPA éthiques, qui existent aussi et que certains pays – comme aux Etats-Unis- encadrent très bien ». Elle propose « sur le modèle de la Convention de la Haye sur l’adoption, la création d’un instrument international de lutte contre l’asservissement des femmes dans les cas de gestations pour autrui contraires aux droits fondamentaux de la personne ».  On peut d’ailleurs écouter ici le débat sr la GPA l’opposant au psychanalyste Jean-Pierre Winter, dont Yagg a réalisé le compte rendu.

De même, le docteur Israël Nisand voit dans cette affaire la preuve que la GPA doit être encadrée, car l’absence de règles et l’interdiction favorisent le recours à des mères porteuses étrangères, y compris dans des conditions déplorables comme celles qui ont prévalu dans le cas de Pattaramon Chanbua. C’est effectivement la voie de la sagesse qui amène, comme l’ont déjà demandé d’autres personnalités comme Martine Gross, Caroline Mécary ou Anne-Marie Leroyer, à réclamer un encadrement strict, clair et réaliste de la GPA, en s’inspirant de ce que proposent depuis des années des états américains, des provinces canadiennes… ou des pays européens.

Une chose est sûre : l’affaire est à suivre… et elle pourrait bien avoir, très vite, des répercussions sur les législations du monde entier, dont la flagrante disparité actuelle montre toute la complexité de l’encadrement juridique de la gestation pour autrui.

Famille | France | Histoire | Homoparentalité | Homophobie | International | Livres | Medias | Politique | Sociologie | Zemmour | 04.08.2014 - 02 h 23 | 7 COMMENTAIRES
Pourquoi les droits des minorités (dont les LGBT) ont-ils fait naître une polémique autour des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois ?
rendez vous histoire blois

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Lancée dans un premier temps par Libération, une vive polémique est née cette semaine au sujet des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Elle a très vite pris de l’ampleur en étant relayée par de multiples médias comme Actualitté, la Nouvelle République, Toute la culture, la République des Livres (le blog littéraire de Pierre Assouline) ou BiblioObs (le site littéraire du Nouvel Observateur). Pour en comprendre les enjeux, revenons sur cette querelle, qui n’est pas celle des Anciens et des Modernes, mais qui amène à se poser de vraies questions sur la conception, l’organisation et les conditions de la vie intellectuelle en France et en Europe.

1) Les Rendez-vous de l’Histoire : le calme avant la tempête.

Du rififi à Blois ?

Blois, écrin paisible des RVH 2014

Les Rendez-vous de l’Histoire de Blois, qui auront lieu cette année du 09 au 12 octobre 2014, sont une véritable institution dans le champ culturel français. Depuis 17 ans, ils constituent chaque année un événement incontournable pour les passionnés d’histoire, en donnant lieu à des débats et conférences destinés aussi bien aux chercheurs, enseignants et étudiants qu’au grand public désireux d’approfondir ses connaissances dans le domaine historique.

Fin juillet 2014, on apprend cependant, par les réseaux sociaux puis par une tribune parue dans Libération, que la belle harmonie consensuelle dans laquelle s’inscrivent habituellement ces rendez-vous a volé en éclats pour cette édition. Tout était pourtant bien parti : après avoir traité des sujets comme « Les utopies » (2000), « L’Argent » (2006), « Les Européens » (2008) ou « L’Orient » (2011), l’édition 2014 est consacrée au thème « Les rebelles ». La personnalité choisie pour présider cette édition est d’une envergure scientifique incontestable : il s’agit de Michelle Perrot, militante féministe et historienne unanimement reconnue. Aucune fausse note n’était donc a priori à craindre.

2) « J’ai accepté par erreur ton invitation »

Le scandale est arrivé par là où on ne l’attendait pas. Le 29 juillet, Edouard Louis, étudiant en sociologie à l’Ecole Normale Supérieure ainsi qu’à l’Université de Picardie-Jules Verne, et auteur du roman Pour en finir avec Eddy Bellegueule, publie sur twitter le message suivant :

« J’ai dû annuler ma participation aux Rendez vous de l’Histoire de Blois, voyant que l’horrible Gauchet faisait la conférence inaugurale (!?) »

Le philosophe Geoffroy de Lagasnerie publie peu après un twitt similaire :

Comme Edouard Louis, j’ai annulé ma participation aux Rendez-vous de l’Histoire pour protester contre la présence de Marcel Gauchet.

En effet, la conférence inaugurale des rendez-vous doit être tenue, le 9 octobre 2014, par l’historien et sociologue Marcel Gauchet. Pour expliquer leur décision, les deux jeunes intellectuels publient, chacun sur son site personnel, un texte commun, qui est repris dès le lendemain 30 juillet sous forme de tribune dans Libération. Ils y précisent les motivations de leur démarche, et, s’il semble nécessaire de lire ce court texte dans son intégralité, on peut néanmoins tenter de le résumer et de le commenter en quelques paragraphes de synthèse.

3) Une tribune contre Marcel Gauchet, moteur et promoteur du retour en arrière.

Manifestation féministe en 2014.

Manifestation féministe en 2014.

Selon les deux auteurs de cette tribune, Marcel Gauchet est un penseur résolument réactionnaire, qui a constamment vilipendé les grands mouvements d’émancipation sociale et sociétale qui ont animé la France durant les dernières décennies (dont, entre autres, la lutte pour l’égalité des droits entre couples hétérosexuels et couples de même sexe). Que Marcel Gauchet réalise précisément la conférence inaugurale de ces Rendez-vous consacrés cette année à la rébellion, est donc tout à la fois un non-sens, une insulte et une humiliation pour ceux qui ont vraiment été « rebelles » dans leur époque, qu’ils soient connus ou anonymes : féministes, militants LGBT, acteurs des grands événements sociaux… En effet, Marcel Gauchet n’a eu de cesse de lutter contre leurs actions et leurs valeurs, que ce soit en son nom propre ou par le biais d’ « idéologues réactionnaires » dont il a contribué à diffuser et légitimer la pensée. De fait, il n’est besoin que de consulter le numéro le plus récent de la revue qu’il dirige, ou de se pencher sur l’historique de cette revue, pour découvrir que ces accusations, si elles sont certes graves et vigoureuses, n’en sont pas moins justifiées par les faits.

Car Marcel Gauchet n’a pas peur de réaliser par exemple un dossier à charge, dirigé exclusivement et directement contre « les enfants du mariage homosexuel », où l’on peut lire, sans la moindre nuance ni contradiction, que l’homosexualité est un choix de vie personnel, qu’elle est totalement contre-nature, qu’elle peut mettre fin à la survie de l’espèce humaine et des sociétés, que les droits LGBT nous mèneront au totalitarisme, et que les enfants des familles homoparentales sont tous comparables aux enfants maltraités ou aux filles mariées de force par leur père.

Mai 68

Mai 68 : l’Odéon est occupé par des manifestants

Clairement associé depuis longtemps à la « révolution conservatrice », selon l’expression de Didier Eribon, Marcel Gauchet s’est opposé à la « pensée 68 », et en particulier à tout ce qui, de près ou de loin, pouvait remettre en cause l’autorité établie des institutions toutes-puissantes du début des années 60 : la famille nucléaire hétérosexuelle, le mandarinat universitaire, l’hégémonisme phallocratique de la domination masculine, l’infaillibilité des dogmes religieux, l’autoritarisme du politique incontestable… Fustigeant tour à tour l’anti-racisme, le féminisme, la « génération 68 », etc., Gauchet et la plupart de ses amis invités à contribuer à sa revue ont développé et défendu les thèses qui font aujourd’hui le bonheur d’Eric Zemmour, inspirent parfois Alain Soral, font le lit du Front National, sont étalées régulièrement dans Causeur et Minute ou diffusées sur Radio Courtoisie. Ils ont donné à ces opinions le sceau d’une certaine légitimité médiatique et universitaire, en voulant faire passer pour des adversaires acharnés du bien de l’humanité les « rebelles » qui ont combattu, eux, sous quelque forme que ce soit, pour leurs droits, pour le droit des autres et/ou pour l’amélioration de la société.

Face à cet état de faits, Edouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie concluent leur tribune en appelant l’historienne Michelle Perrot « à démissionner de son poste de présidente de cette 17ème édition » des Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Soutenus et rejoints dans leur décision par le sociologue et écrivain Didier Eribon, qui a lui aussi annulé sa participation, ils appellent également les autres intervenants de ces rencontres à ne pas se rendre aux débats auxquels ils sont invités.

4) Marcel Gauchet aux Rendez-vous de l’Histoire : l’arbre qui cache la forêt des « débats » biaisés.

Ceci étant posé, il faut cependant bien comprendre que la simple figure de Marcel Gauchet n’est pas, en réalité, l’objet principal de l’indignation des trois intellectuels qui ont annulé leur venue. Ce qui motive en arrière-plan leur riposte déterminée, c’est bien plutôt l’organisation de plus en plus fréquente de tels débats biaisés qui, « dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique » en arrivent subrepticement, par leur organisation même, à « légitimer les opinions les plus violemment conservatrices », sous couvert d’équilibre des opinions et du respect de l’esprit démocratique.

Pour bien saisir les enjeux du problème, qui dépassent très largement cet événement ponctuel mais significatif, il est sans doute nécessaire de prendre quelques exemples, malheureusement bien connus de la plupart d’entre nous. Pour le bien de la démonstration, et pour aborder les choses le plus simplement possible, nous nous limiterons au strict domaine des médias audio-visuels pour illustrer le problème mis au jour par cette affaire.

Le "débatteur" Eric Zemmour.

Le « débatteur » Eric Zemmour.

Les « débats » de France 2, RTL, I-Télé et Paris Première ont légitimé les paroles violentes et haineuses de « débatteurs » patentés comme Robert Ménard et Eric Zemmour, qui étaient les « chroniqueurs » et invités réguliers d’émissions où ils pouvaient à loisir cracher sur tous les mouvements sociétaux d’émancipation (auxquels ils appellent d’ailleurs toujours régulièrement leurs partisans à s’opposer de toutes leurs forces). Dans l’ensemble des médias, on a pu entendre discourir de manière très régulière, et trop souvent sans l’ombre de la moindre contradiction, des « invitées » comme Christine Boutin ou Frigide Barjot – cette dernière ayant fait jouer tous ses contacts médiatiques et politiques pour apparaître le plus souvent possible dans les médias, et même pour être reçue à l’Elysée, sans aucune légitimité d’aucune sorte.

N’a-t-on pas vu même Alain Soral, condamné dès 2007 pour diffamation raciale et incitation à la haine raciale, deviser et pérorer tranquillement sur les plateaux de France 3 jusqu’en 2011 ? Les exemples les plus édifiants pourraient être multipliés à l’envi. Cette réflexion n’est d’ailleurs pas limitée qu’à la France : la présentatrice allemande Sandra Maischberger a par exemple elle aussi été sous le feu des critiques cette année lorsque, pour « débattre » d’un sujet en lien avec les LGBT, elle a invité des « homophobes notoires » à s’exprimer, comme la journaliste conservatrice et anti-féministe Birgit Kelle ou le lobbyiste protestant Hartmut Steeb.

A partir de là, il n’est certes pas question de s’opposer au principe du débat en général, ni de renier le principe de la liberté d’expression. Mais il faut se demander si, dans l’espoir noble (mais vain) de représenter tous les points de vue, ou dans l’ambition plus prosaïque de faire parler de soi grâce à quelques propos scandaleux, il est bon de faire prospérer, au nom du débat, les pensées les plus extrémistes, réactionnaires et délétères.

5) Le débat éthique et « les hérétiques ».

Marcel Gauchet a beau jeu de verser dans l’insulte, en affirmant que la polémique dont il est l’objet n’est due qu’à son rejet (réel, au demeurant) des travaux de Bourdieu et Foucault. Il affirme ainsi au Nouvel Observateur :

« Pour les plus fébriles des séides [de Bourdieu et Foucault], j’ai commis le péché ultime en portant une main sacrilège sur des idoles. Ils ne veulent pas débattre. Ils excommunient, ils chassent les hérétiques. »

Gare à Torquemada !

Gare à Torquemada !

Mais la question n’est pas de « vouloir débattre » : la question est de savoir quelle sont l’ambition et la légitimité du débat posé. Quelle signification et quel crédit peut-on apporter à une série de débats sur « Les rebelles », lorsque la conférence inaugurale de l’événement est attribuée à un homme qui a justement toujours prôné une opposition résolue à toute forme de « rébellion » favorisant un tant soit peu l’émancipation et l’égalité des individus dans les domaines sociaux et sociétaux ?

D’ailleurs, que « l’hérétique » se rassure : il est d’ores et déjà soutenu par un allié de poids – le bon Michel Chassier, secrétaire départemental du Front National du Loir-et-Cher. Ce dernier vient en effet de lui adresser sur son blog ses encouragements contre « cette exclusion inquisitoriale ». Il prône la « tolérance » pour cet homme qui « réfléchit sur la démocratie et l’école » et « polit ses arguments », tandis qu’Edouard Louis, présenté par le FN comme « syndicaliste gauchiste » et « militant homosexuel », ne saurait que « surfer sur des thèmes plus accrocheurs comme l’homosexualité ». Le FN volant au secours de Marcel Gauchet : voilà bien qui montre, une fois encore, que l’on a les amis qu’on mérite !

6) Mais qui sont les rebelles ?

Plus sérieusement, on comprend sans doute mieux pourquoi c’est Edouard Louis qui, le premier, a été sensible à cette aberration intellectuelle et morale. Il revendique justement, lui, de s’être rebellé à la fois contre la classe sociale à laquelle le système l’avait assigné, et contre les injures et actes homophobes qu’il a endurés. C’est précisément autour du thème de « l’insoumission en héritage » qu’il a réuni plusieurs personnalités contemporaines, afin d’étudier les apports de la pensée de Pierre Bourdieu pour le monde d’aujourd’hui. C’est également le titre « Duras, l’insurrection » qu’il a choisi pour sa conférence-lecture au festival d’Avignon. Quel que soit le jugement que l’on porte par ailleurs sur le roman qui l’a fait connaître au (très) grand public, on ne peut douter du fait que « la rébellion » soit un thème qui lui tient à coeur et dont il parle avec intérêt.

Des rebelles des années 2000-2010

Des rebelles des années 2000-2010

Finalement, la meilleure contribution à cette série de « débats » sur la rébellion pourrait bien être l’acte de ces trois intellectuels, qui se sont justement « rebellés » à la fois contre un homme qui s’est toujours lui-même opposé aux rébellions, émancipatrices, mais aussi et surtout contre un système qui tend à promouvoir les pensées les plus extrêmes sous couvert de « débats » qui lui permettent de se donner bonne figure.

Lorsque, dans quinze ans, des sociologues et historiens se pencheront sur le thème de la rébellion dans les années 2010, ils parleront forcément de la rébellion pacifique qui a permis aux minorités d’accéder peu à peu à l’égalité des droits (malheureusement encore fort incomplète) ; ils parleront sans doute des tentatives de rébellion haineuses, lancées par des groupuscules réactionnaires pour s’opposer à cette égalité, mais heureusement avortées malgré leur violence ; ils parleront peut-être de l’acte de rébellion qui a été initié par Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie et Didier Eribon, s’il permet de donner lieu à une réflexion plus large sur les conditions du « débat » et de la vie intellectuelle, culturelle et médiatique ; mais il y a bien peu de chances pour qu’ils fassent référence, en termes élogieux, au choix de Marcel Gauchet comme responsable de la conférence inaugurale des Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

Se passionner pour l’histoire, n’est-ce pas également s’intéresser au temps présent, et se pré-occuper de l’avenir ? Les organisateurs de cette édition des Rendez-vous de l’Histoire de Blois n’en semblent malheureusement pas du tout convaincus.

Famille | France | Gestation pour Autrui | Homoparentalité | Homophobie | Livres | Mariage | Politique | Sociologie | 02.08.2014 - 00 h 14 | 10 COMMENTAIRES
Quand la revue « Le Débat » (Gallimard) se déchaîne sur le « problème » des couples et parents homosexuels
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Dans son numéro 180 de mai-août 2014, la revue Le Débat (rédaction : Marcel Gauchet) a réalisé un dossier intitulé « Les enfants du mariage homosexuel ». Ce dossier thématique est présenté ainsi (p. 122) :

« La filiation [dans les couples de même sexe] continue de troubler et de diviser profondément l’opinion. Face à ce foyer d’incertitudes, la bonne démarche ne saurait consister à décréter qu’il n’y a pas de problème, mais à mettre les données du problème sur la table, afin de les soumettre à un examen dépassionné et libre de préjugés. C’est ce à quoi s’efforcent les textes réunis ici ».

Une fois qu’on a lu le dossier en question, on éclate de rire (mais pas trop fort pour les femmes) en repensant au prétendu « examen libre de préjugés » qui nous a été promis. En guise d’analyse impartiale, la revue Le Débat nous offre en réalité un dossier complètement à charge contre les LGBT, faisant d’eux les prochains fossoyeurs de la civilisation, de la vertu et du bien des enfants – rengaine bien connue qu’entonnent à leur tour,  dans une belle harmonie chorale, les auteurs de ces articles.

1) Des « débatteurs » tous d’accord dès le départ.

le débatIl faut dire tout d’abord que les rédacteurs des articles n’ont sans doute pas été choisis au hasard. Ils ont en commun de faire partie du peloton de tête dans le Tour de France des réactionnaires. Parmi les six auteurs qui ont réalisé ce dossier, voici le quinté des réacs de salon cossu qui discourent sans vergogne sur les familles des autres (qui ne leur ont rien demandé) :

– le bon docteur Maurice Berger, qui accuse par ailleurs le « lobby homoparental » d’ « intoxication » et d’ « intimidation » ;

– la pédiatre Catherine Dolto, « fille de » (Françoise Dolto) et « soeur de » (Carlos), dont le principal fait de gloire est d’avoir insulté Daniela Lumbroso, et qui est devenue entretemps l’une des références du député UMP Hervé Mariton pour s’opposer au mariage pour tous ;

– la sociologue de l’art Nathalie Heinich, qui considère sans rire que le mariage pour tous s’oppose à l’équité, tout en mettant fin au principe méritocratique, et que le mariage n’a pas à « compenser les conséquences problématiques que peuvent avoir pour des individus leur refus de recourir à des arrangements avec l’autre sexe » ;

– le professeur Jean-Claude Quentel, qui affirme, lui aussi sans rire (mais comment font-ils ?), que « les phénomènes d’homosexualité » découlent directement… de la paranoïa ;

– et, last but not least, l’essayiste auto-proclamé Paul Thibaud, qui accuse tous les parents homosexuels de commettre un indigne « abus de pouvoir » envers leurs enfants.

Quelle équipe ! On se demande bien sur quel critère les « débatteurs » de la revue Le Débat ont été choisis par Marcel Gauchet et ses conseillers : peut-être s’agissait-il de déterminer qui serait le plus homophobe des rédacteurs ? Qui aurait la médaille d’or de l’argument le plus absurde ? Qui serait le champion de la pointe assassine pour défendre les enfants contre les hordes de mariés homosexuels qui leur voudraient du mal ? En tout cas, une chose est sûre : ce n’est pas la pluralité des points de vue qui a été le principal critère pour réaliser le casting des contributeurs. Dans Le Débat, on peut bien écrire n’importe quoi (et on ne s’en prive pas), mais on n’y invite pas n’importe qui !

2) Délires et absurdités : faux débat « dépassionné » mais vraie arnaque intellectuelle

Penchons-nous à présent sur le contenu des articles : que lit-on dans la revue Le Débat, lorsqu’elle publie un dossier sur « les enfants du mariage homosexuel » qu’elle promet « dépassionné et libre de préjugés » ? Ces quelques morceaux choisis vous permettront d’apprécier la qualité et l’objectivité des contributions compilées avec soin par la revue Le Débat. Par souci de concision, nous ne citerons que quelques courts extraits de chaque article : ce dossier « dépassionné » mériterait cependant de faire l’objet d’un long article pour que ses arguments soient précisément démontés un par un.

a) Nathalie Heinich (CNRS) : la lutte contre « la perversion » et la logique des « choix de vie ». 

Un livre de N. Heinich, au titre prémonitoire.

Un livre de N. Heinich, au titre prémonitoire.

Nathalie Heinich a la mémoire longue et la rancune tenace : elle regrette dans son article pour Le Débat qu’à la place du Pacs (auquel elle était déjà opposée) et du mariage, on ne se soit pas contenté pour les couples homosexuels « d’une extension du droit des concubins ». Elle a aussi l’art de noyer le poisson : pour justifier son opposition au mariage pour tous, elle cite pêle-mêle l’abolition des notes à école, le droit à la retraite anticipée pour les pères de trois enfants, la convention collective pour le cinéma français (p. 124), mais aussi les militants anti-racistes, les « supporters de sportifs handicapés », le féminisme, « l’inégale aptitude à courir le cent mètres » et même « l’inégale longueur des chaussures » (p. 127-128). Prévert lui-même n’aurait sans doute pas osé un tel inventaire ! Mais Nathalie Heinich, elle, elle ose.

En six pages, Nathalie Heinich affirme à l’envi que le mariage pour tous est « une perversion de l’idéal républicain », « très exactement, un dispositif pervers », « une multiple perversion ». Et, comme si ce n’était pas suffisant, elle ajoute, pour fustiger à nouveau « de tels dispositifs pervers » : « La perversité va souvent de pair avec le déni ». Etonnante, cette propension à parler de « perversion » en martelant le mot, dans un article sur les LGBT.

La sociologue prétend également que les militants des droits LGBT ont « invoqué, comme cela a été fait », un « droit à l’enfant »… alors que cette expression, en réalité, provient justement des opposants aux droits civils pour les LGBT ! Mais le morceau de bravoure de Nathalie Heinich est sans doute celui-ci, qu’il faut lire in extenso pour l’apprécier :

« Dans le cas [des homosexuels], l’incapacité [à procréer] ne relève pas d’une donnée physiologique mais d’un choix de vie, en l’occurrence le choix de refuser le commerce sexuel avec l’autre sexe, même dans un but purement procréatif. »

Eh oui : pour Nathalie Heinich, l’homosexualité est un choix. Elle admet pourtant trois pages plus loin que « désirs ou pulsions ne relèvent pas d’un choix », mais, comme elle n’est pas à une contradiction près, elle fustige tout aussitôt « le déni des conséquences du choix d’identité sexuelle sur l’accès à la procréation ». Aux LGBT qui ne cachent pas leur homosexualité, elle préfère en outre « les nombreux homosexuels qui choisissent de ne pas s’afficher comme tels dans toutes les dimensions de leur existence ».

Faut-il en rajouter ? En tout cas, Nathalie Heinich, elle, en rajoute. Selon elle, les LGBT qui souhaitent avoir des droits équivalents à ceux des hétérosexuels ont :

« Un mode de fonctionnement psychique qui ne connaît d’autre modalité de transaction avec le réel que le fantasme infantile de toute-puissance opposé à une autorité forcément maléfique, et forcément coupable ».

« Perversion », « fantasme infantile », « fonctionnement psychique » perturbé, « choix de vie », rejet d’un « droit à l’enfant » prétendument « invoqué »… : Nathalie Heinich remplit allègrement une ligne complète sur le bingo des arguments stupides contre les droits LGBT. Mais Le Débat a sélectionné les meilleurs joueurs, et elle aura fort à faire contre ses partenaires qui participent à la même revue…

b) Jean-Claude Quentel, Jean-Yves Dartiguenave (Université de Rennes II) : les justiciers de la Nature contre l’homosexualité.

On ne sait que choisir dans l’article des professeurs Jean-Claude Quentel et Jean-Yves Dartiguenave, tant ce qui y est écrit heurte le sens commun. Il faut avouer cependant que les deux professeurs y vont crescendo dans leur argumentation, et n’abattent pas tout de suite les cartes maîtresses qu’ils possèdent en matière d’aberration intellectuelle. Le début de l’article peut sembler honnête, voire modéré, et on imagine le directeur de rédaction du Débat être saisi d’effroi lorsqu’il a lu les quelques lignes semblant déroger à la ligne éditoriale qu’il a choisie, à savoir démolir le mariage pour tous et prouver que les droits LGBT sont une erreur pour le bien de la civilisation. Durant quatre pages (pp. 130-133), on pense comprendre en effet que les familles homoparentales pourraient élever des enfants correctement ! Diantre !

Mais le lecteur homophobe est vite rassuré par les cinq pages suivantes : on y apprend d’abord que les enfants de ces familles sont forcément victimes d’une « stigmatisation » qui a des « effets psychologiques » sur eux. Mais surtout, brusquement, et sans autre forme d’explication, l’homoparentalité est qualifiée de « préoccupation individualiste », qui exigerait de la société d’être « à la disposition de chacun de ses membres » et qui ne se ferait aucun « souci de la cohésion sociale ». Alors le crescendo commence : l’homoparentalité serait le résultat de « la complainte individualiste » et de « l’effacement de toute différence, aussi bien naturelle que sociale ». Avec le mariage pour tous, « notre société tend […] à une forme de promotion de l’identique qui aboutirait, si elle était menée à son terme, à un anéantissement du social lui-même ».

Contre les LGBT, Quentel et Dartiguenave, les Dupont et Dupond du Débat, se font alors les défenseurs tout à la fois de la Société et la Nature – qui, jusqu’à preuve du contraire, ne leur ont pourtant rien demandé. Que nous apprennent en effet ces deux penseurs invétérés ? Voici les joyaux de leur réflexion :

« L’analyse nous conduit à conclure que le contexte socio-historique réduit nécessairement les possibilités d’exercice de la parentalité par des couples de homosexuels […]. Ces couples se sont mis dans la position de ne pouvoir procréer. […] L’homosexualité porte en elle-même la contestation de la différence naturelle des sexes, plus exactement de leur complémentarité et, du coup, de la procréation. »

Quentel et Dartiguenave, insidieusement, se mettent alors à opposer l’homosexualité et la nature. Comble du cynisme, ils justifient par là-même, sans la moindre vergogne, la pénalisation de l’homosexualité. Voilà un texte qui fera sans doute fureur en Ouganda :

« Telle est la raison première pour laquelle l’homosexualité a été et est toujours condamnée dans de multiples sociétés ; il y va pour celles-ci non seulement du devenir de l’espèce, mais de celui de la société et de son organisation ».

Vous aimiez Vanneste ? Vous adorerez Quentel et Dartiguenave !

Vous aimiez Vanneste ? Vous adorerez Quentel & Dartiguenave !

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quentel et Dartiguenave, qui n’ont peur de rien, rejoignent alors, de manière tout à fait logique dans leur mode de pensée, les arguments développés en son temps par Christian Vanneste. D’ailleurs, par honnêteté intellectuelle, ils auraient pu citer le nom du député UMP, étant donné les larges emprunts qu’ils effectuent directement aux sources de son idéologie. En effet, les deux auteurs, sous le patronage tacite de C. Vanneste, reprennent l’antienne bien connue de l’homosexualité contre-nature et menant à la fin de la civilisation.

Tout LGBT ayant subi l’homophobie dans sa jeunesse a déjà entendu mille fois cet argument stupide. Il fallait malgré tout que la revue Le Débat tentât de redonner du crédit à cette théorie abjecte et délétère, en laissant s’exprimer Quentel et Dartiguenave en ces termes :

« Il n’y aurait plus d’espèce humaine si l’homosexualité était généralisée ».

Au cas où l’on n’aurait pas compris que l’homosexualité est bien « contre nature », les auteurs enfoncent le clou (pourquoi donc s’en priveraient-ils ?) :

« L’homosexualité est profondément humaine. Elle ne saurait se réduire à une affaire naturelle et se fonder sur la comparaison avec des animaux qui s’accouplent entre congénères du même sexe constitue une grossière erreur. L’homosexuel choisit comme conjoint un homme ou une femme du même sexe social que lui, et non pas un mâle ou une femelle. Ce en quoi l’homosexualité est affaire de culture. […] L’homme « pervertit » toujours sa nature et, en l’occurrence, sa sexualité naturelle […] ; l’homosexuel, quant à lui, pousse cette prise de distance par rapport à l’ordre naturel des choses jusqu’à lui substituer totalement son reclassement culturel ».

L’homosexualité décrite comme perversion suprême, comportement totalement opposé à « l’ordre naturel des choses » et affaire de choix : tout y est ! Là encore, le bingo est presque complet ! Mais les auteurs ont sans doute peur d’être mal compris, alors ils insistent, cette fois sous couvert d’un pseudo-jargon vaguement scientifisant :

« L’homoparentalité a ceci de particulier qu’elle réifie ou hypostasie le culturel, en l’occurrence le social […]. Cette « forclusion » des conditions naturelles participe d’une forme de clôture de la famille homoparentale sur son propre arbitraire social. […] En acceptant de se poser la question de l’homoparentalité, notre société tend étrangement à évacuer le registre de la nature. »

Mais est-il naturel d’écrire des âneries dans Le Débat pour déverser sa bile sur les droits des LGBT et de leurs familles ? La question n’a été ni posée ni résolue dans ces quelques pages : il faudrait que nos Dupont et Dupond se penchent sur cette nouvelle énigme.

Les auteurs concluent sur quelques phrases vagues, qui dépeignent implicitement les LGBT comme d’irresponsables égoïstes incapables de se contrôler, et qui considèreraient que « du point de vue du désir […] tout est posé comme possible », « qu’aucune limite ne doit entrer en ligne de compte dans la problématique de la recherche de satisfaction » et que « le désir d’enfant » peut « échapper à cette nécessité de se conférer des exigences ». Ils leur rappellent donc, comme s’ils avaient été attendus depuis 20 siècles pour annoncer cette grande nouvelle au monde ébahi, que, « pour des raisons proprement éthiques », « il n’est pas possible, humainement, de tout avoir ». Cela est vrai, mais il serait bon qu’ils réalisent aussi que, pour des raisons proprement éthiques, on ne peut pas non plus, humainement, raconter n’importe quoi.

c) Maurice Berger (CHU Saint-Etienne), le docteur Knock de l’homoparentalité.

knockMaurice Berger ne manque pas d’humour, puisqu’il lance en introduction : « Quels amalgames nous empêchent de réfléchir sereinement ? ». S’il veut vraiment une réponse, il n’a qu’à lire les deux articles qui précèdent le sien, ou relire sa propre production.

Pour Maurice Berger, l’homoparentalité pose « des risques » pour « le développement affectif de l’enfant ». Il accuse toutes les études réalisées à ce jour sur le sujet de comporter « des défauts méthodologiques majeurs », en prenant par exemple Martine Gross et Stéphane Nadaud (qu’il cite tous deux nommément) soit pour des imbéciles, soit pour des faussaires. Seule l’étude de Mark Regnerus, qu’il prend pour argent comptant, trouve grâce à ses yeux, alors que sa méthodologie et ses résultats sont par ailleurs extrêmement contestés.

Pour Maurice Berger, seuls les opposants à l’homoparentalité sont des êtres objectifs, honnêtes, loyaux et impartiaux. En effet, il considère que « les tenants de l’homoparentalité » utilisent tous « le bluff », « l’intimidation », « les fausses affirmations », « l’opinion personnelle » et « l’amalgame ». Pour lui, les LGBT veulent « l’indifférenciation père-mère » ; leurs revendications sont caractérisées par « l’exacerbation des désirs personnels » et « le refus de reconnaître des limites frustrantes » ; ils font des lois « des self-services destinés à satisfaire les désirs de tous ».

Les LGBT font tellement peur à Maurice Berger et à « la plupart des collègues avec qui [il] évoque la question » que, selon lui, tous ces braves gens, bien qu’opposés au mariage pour tous, « n’ont pas de lieu où s’exprimer, ou n’ont pas le courage de le faire face aux passions hostiles » (p. 142). Il faudrait que Maurice Berger et ses collègues sortent parfois de leur cabinet, et qu’ils écoutent RTL, Europe 1, RMC…, qu’ils regardent I-Télé, BFM, LCI, France 2, TF1, France 5… ou qu’ils lisent le Figaro, Valeurs actuelles, Le Point… : les opinions qu’ils disent ne pas avoir pu défendre y ont été très abondamment relayées !

Malgré son manque d’information évident, et nonobstant la terrible censure dont il se dit victime, Maurice Berger a des idées, et il tient à le faire savoir :

« Le dispositif dans lequel les enfants se portent le mieux est la famille biologique (père, mère et enfant vivant ensemble) […] Le couple hétérosexuel est ce que l’on a trouvé de mieux ».

Alors que même le Vatican ne considère plus que l’homosexualité est un choix, Maurice Berger, lui, affirme que l’homosexualité est « un choix de vie sexuelle, qui empêche ce projet de conception hétérosexuelle ». Il est absolument sûr et certain que l’homoparentalité « peut être à l’origine d’une souffrance très importante chez les enfants ».

Il faut prévenir Maurice Berger (Bonjour, Docteur !) que, si souffrance il y a, c’est plutôt celle du lecteur contraint de lire ces stupidités indignes dans une revue qui se prétend sérieuse :

« Comment une petite fille peut-elle arriver à comprendre que deux hommes qui ne veulent pas avoir de femme puissent en même temps avoir désiré une fille ? »

Avec cette phrase, on ne verse pas seulement dans l’abjection : la teneur des propos atteint la profondeur de la bêtise la plus crasse. Cette phrase montre une chose qui est cependant vraie : qu’un fait pourtant simple à saisir soit inaccessible au bon docteur Maurice Berger ne signifie pas qu’une petite fille de cinq ans soit incapable de comprendre ce même fait.

En toute sobriété, le docteur Berger conclut son article en invoquant au sujet de l’homoparentalité « le principe de précaution », comme « à propos du maïs transgénique ». La première des précautions serait sans doute d’avertir les honnêtes gens de ne pas perdre leur temps, sauf s’ils n’ont rien de mieux à faire, à lire les élucubrations du docteur Berger dans cet article.

On s’étonne d’ailleurs que le « chef de service en psychiatrie des enfants » au CHU de Saint-Etienne se permette de raconter aux lecteurs du Débat les consultations qu’il a eues avec deux enfants, et qu’il en instrumentalise ainsi le contenu aux dépens des familles qui sont venues le consulter (voir p. 144). Les familles homoparentales qui ont fait confiance au docteur Berger doivent être bien surprises de retrouver dans les colonnes du Débat la retranscription des propos que leurs enfants ont tenus dans le secret du cabinet. Il est à espérer que, sur ce point, les moeurs et pratiques du CHU de Saint-Etienne ne soient pas partagées par les centres hospitaliers qui lui sont proches, de Roanne à Givors en passant par Lyon ou Annonay.

d) Catherine Dolto (Gallimard Jeunesse) : la conquistador anti-GPA.

Catherine Dolto

Catherine Dolto

Catherine Dolto a un combat dans sa vie : lutter contre la GPA et contre ceux qu’elle appelle avec un dédain non dissimulé les « humains en mal de procréer ». Catherine Dolto n’a pas peur des contradictions, puisque, intervenant dans un dossier intitulé « Les enfants du mariage homosexuel », elle affirme qu’elle parlera de la GPA « en dehors de toute considération sur la nature des couples y ayant recours ». Elle use elle aussi d’un humour apparemment largement partagé par les contributeurs au Débat : elle dit refuser « les réponses souvent militantes, voire dogmatiques » sur la GPA… mais c’est pour mieux imposer les siennes, qui pour le coup sont très clairement militantes et dogmatiques !

Catherine Dolto commence sur d’étranges bases, puisqu’elle s’appuie étonnamment sur des définitions fausses. Ainsi, l’une de ses premières notes de bas de page indique : « Mère porteuse : la mère porte un enfant issu de la fécondation de son ovule par le sperme du père qui adoptera l’enfant ». Cette définition est peut-être la sienne, mais ce n’est pas du tout la définition commune des mères porteuses, qui, comme chacun devrait le savoir, ne portent généralement pas un enfant issu de leur propre ovule !

Si Catherine Dolto a des lacunes en matière de lexique, il semble que ça n’aille pas mieux en droit. Dans l’une des parenthèses les plus absurdes qui soient, elle affirme, dénonçant « la souffrance » de la mère porteuse et de « ses autres enfants » : « La loi en France, semble-t-il, imposerait que [la mère porteuse] ait [d’autres enfants]. » Mais Catherine Dolto n’a donc pas encore réalisé que « la loi en France » interdit strictement les mères porteuses ? Elle a pourtant eu le temps de se renseigner, puisque cette interdiction date d’il y a plus de vingt ans !

On n’oserait taxer Catherine Dolto d’ignorance, mais on peut l’accuser de mépris. Pour elle, les enfants de GPA ne peuvent avoir aucun « sentiment de leur dignité », ils sont comme « un objet ou un animal de compagnie », leur humanité est « en péril, comme celle de ceux qui l’entourent » ; ils sont comme « les animaux dans les cruels élevages industriels », et ils sont forcément victimes de « complexités névrotiques potentiellement pathogènes » (qu’en termes fort galants ces choses-là sont dites !), tout comme les mères porteuses et ses autres enfants.

L’article comporte une longue digression vague sur l’haptonomie et l’épigénétique, qui n’apportent en réalité aucun argument ni pour ni contre la GPA. Mais ce n’est pas l’avis de Catherine Dolto : pour elle, la GPA « prépare la barbarie à venir », elle empêche de « tirer le petit mammifère humain vers son humanité  » et de « canaliser la violence ». Elle est comparable aux « pratiques vétérinaires » et empêche le « respect de l’humanité » de l’enfant.

On l’aura compris : pour Catherine Dolto, ce n’est pas être humain que de recourir à la GPA, de participer à une GPA, ou de naître par GPA. Dans cette nouvelle Controverse de Valladolid, on espère que Catherine Dolto et ses partisans finiront par reconnaître, sinon une âme, tout au moins une forme de dignité humaine aux familles qu’ils conspuent abondamment, et qui vivraient tout aussi bien sans leurs admonestations grandiloquentes et dégradantes.

e) Paul Thibaud (philosophe retraité) : le cynique décomplexé.

Paul Thibaud

Paul Thibaud

Paul Thibaud est l’ancien directeur d’Esprit. Une plaisanterie courante raconte que l’on dirige « Esprit » lorsqu’on en manque. De fait, si Esprit est à l’esprit ce que Le Débat est au débat, il y a effectivement du souci à se faire.

Pour Paul Thibaud, le mariage pour tous concerne « un microcosme », et l’homoparentalité « de rares exceptions ». Il s’étonne donc que l’on ait voulu changer la loi pour si peu de monde. Pour lui, « les besoins à satisfaire n’étaient pas sociaux mais idéologiques ». Cynisme effroyable : dans une parenthèse assassine, il affirme que « les homosexuels n’étaient pas interdits de mariage » avant la loi sur le mariage pour tous. Mais il oublie de dire qu’ils étaient obligés soit de rester célibataires, soit d’épouser une personne qu’ils n’aiment pas ! L’homo refoulé, et faisant souffrir, par l’absence de sentiments réciproques, une femme qu’il n’aime pas : voilà donc l’idéal de Paul Thibaud en matière de société ?

Brandissant la menace de la montée du FN, dont il rend entre autres les homos responsables, il prétend également que « les minorités à prétention morale » comme les LGBT « repoussent vers l’abstention ou l’extrémisme » « les citoyens ordinaires ». Il reproche au mariage pour tous de « camoufler la spécificité des couples homosexuels » et reprend cette fois le cliché du prosélytisme homosexuel : « les situations sur lesquelles il faudrait aligner le droit et qui n’existent guère, on travaille (en promouvant la PMA et la GPA) à les répandre en changeant le droit ».

Mais où est donc passé le bon vieux temps, où l’on disait clairement que l’homosexualité est moralement inférieure à l’hétérosexualité ? « Ce qui a changé, déplore en effet Paul Thibaud, ce ne sont pas les pratiques, mais le parti pris de les déclarer toutes d’égale valeur ». Il regrette ce « changement des valeurs qui ont pignon sur rue ». Pour Paul Thibaud, il faudrait instaurer le placard pour tous : ce serait tellement mieux ! Il fait de Christiane Taubira l’incarnation « d’un individualisme dogmatique d’origine révolutionnaire » – rien que ça ! Voilà un homme qui sait incarner la modération et la sobriété.

Mais comment a-t-on défendu le mariage pour tous selon Paul Thibaud ? C’est simple :

« Il est remarquable que l’on ait vu converger, pour bloquer le débat civique, deux idéologies opposées, celle qui veut dissoudre le social dans le droit des individus et celle qui veut l’écraser sous une homogénéité décrétée, l’une et l’autre faisant fond sur un démocratisme abstrait, donc intolérant. La laïcité n’y trouve pas son compte ».

Le mariage pour tous serait intolérant, anti-laïc, opposé au social… N’en jetez plus ! Mais Paul Thibaud, lui, en jette encore : pour lui, l’institution de la famille « n’existe qu’en fonction de la nature » (encore elle !). Pour lui, l’homoparentalité, c’est « un fouillis d’arrangements », qui ne serait que « la parenté d’un seul », c’est « l’effacement du souci du futur », la fin du « devoir de préparer l’avenir »… Avec l’homoparentalité, il est fini, « le temps des grandes espérances, publiques et privées » ! Finie aussi, « la protection des plus faibles et des absents » ! Il n’y a désormais plus « rien qui fasse écran à la combinaison des volontés ».

Paul Thibaud n’a pas honte de comparer les enfants de couples homosexuels aux « enfants maltraités » ou à une « fille mariée de force par son père » (page 160). Partant dans des considérations abstraites et éthérées, il dénonce un « changement général du régime de moralité », la fin « des exigences qui correspondaient aux conduites de responsabilité civique », un « monde de l’individu flottant et clos, dépourvu d’incorporation à aucune institution », « la répudiation de l’idée de devoir envers soi-même », un « individu coupé de l’extérieur, sans remords ni ambition », « une désinscription de l’individu, l’effacement du sentiment de ses devoirs propres ». Paul Thibaud est un peu perdu dans tout cela : « Cette égalité régit un monde devenu comme fantomatique, indistinct et conflictuel ».

La page 162 donne tout à coup lieu à un inattendu intermède dirigé… contre l’Islam, puisque selon Paul Thibaud, certains musulmans français seraient coupables d’ « un repli hargneux et répétitif ». Maître-ès-arts du cheveu sur la soupe, et recordman patenté du coq-à-l-âne, il reproche dans le même mouvement aux LGBT de prôner « la dévaluation du commun par l’égalitarisme individualiste » et de provoquer ainsi « une intransigeance stérile », mais aussi la montée du Front National (au cas où on aurait oublié qu’il l’a déjà dit six pages plus tôt).

Pour Paul Thibaud, l’homoparentalité, c’est « la rétrogradation de la sexualité procréative » (comprenne qui pourra !) et « la promotion du choix individuel et de l’artificialisme » (mais quelqu’un sait-il ce qu’est « l’artificialisme » ?). Décidément, ma bonne dame : tout rétrograde, puisqu’on apprend une page plus loin que l’on voit « partout la rétrogradation proclamée de la nature ». Le mariage pour tous, c’est, qu’on le sache : « le comble de la réduction de l’humanité à l’individu ».

Paul Thibaud a répété dans son article que les LGBT allaient faire monter le FN. En se relisant, il a dû avoir des remords de s’être montré si modéré, puisqu’il affirme ensuite, après avoir affirmé péremptoirement que le mariage pour tous serait une revendication prétendument individualiste :

« Pour Dumont, l’individualisme pur n’est pas stable, il suscite inévitablement son contraire à quoi il s’associe. […] L’effondrement des traditions, en 1918, sous le choc d’une démocratie importée, faisant exploser un individualisme expressionniste, a, selon Dumont, été la route du nazisme. »

Intégrer le mot « nazisme » dans un article sur le mariage pour tous : Xavier Bongibault en rêvait, Paul Thibaud l’a fait ! Et si ce n’est pas le nazisme, ce sera l’islamisme (il faut apparemment croire que les musulmans sont, avec les LGBT, l’autre face du Mal combattu par Paul Thibaud) :

« Il se pourrait néanmoins que, face à la dérive comme fatale du monde post-chrétien, à son anthropologie invraisemblable, l’homogénéité islamique apparaisse un recours, du moins dans nos banlieues. […] En somme, l’observance de la charia vous place déjà, sur terre, dans le royaume de Dieu. »

Si les LGBT ne sont pas responsables du retour du nazisme, ils seront bien coupables de l’établissement de la charia ! Par esprit de retenue sans doute, Paul Thibaud ne dit cependant rien sur la responsabilité supposée des LGBT dans le changement climatique ou la diffusion du virus Ebola.

L’article se termine sur une longue digression inutile consacrée à l’éloge de Marcel Gauchet (le directeur de rédaction qui a justement sélectionné l’article !) et à une réflexion sur Cornelius Castoriadis, qui n’en pourra mais et qui ne viendra pas s’en plaindre. Il n’est jamais inutile d’être bien vu par le directeur : Paul Thibaud pourra sans doute être récompensé pour son éloge en publiant un nouvel article lors d’un prochain numéro de la revue, où l’on débat entre gens de bonne compagnie qui se congratulent et se sélectionnent les uns les autres ! Affaire à suivre, sans doute…

3) Dans Le Débat, l’arrière-garde a de l’avenir.

Ces six illustres représentants de l’intelligentsia d’arrière-garde ont donc mis à profit leur énergie et leur savoir pour parvenir à ces réflexions de haut niveau. S’ils n’ont pas été satisfaits par les courts extraits ci-dessus, les lecteurs les plus kamikazes pourront lire ici le dossier complet de la revue (à leurs risques et périls). La revue est même disponible dans tous les kiosques jusqu’à la fin août – mais vous n’êtes pas obligé(e)s d’y courir pour vous la procurer.

Marcel Gauchet, directeur de rédaction de la revue Le Débat

Marcel Gauchet, directeur de rédaction de la revue Le Débat

Si l’on se penche sur les numéros précédents de la revue, est-il bien étonnant d’y retrouver, parmi les contributeurs aux numéros récents de cette revue, de farouches opposants au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe, comme Jean-Pierre Winter, Monette Vacquin, ou l’inénarrable Sylviane Agacinski ? En outre, Marcel Gauchet étant le directeur de rédaction de cette revue qui porte si mal son nom, on s’étonne moins, à présent, des récentes polémiques qu’a causées l’annonce de son intervention aux rendez-vous de l’histoire de Blois consacrés… aux rebelles dans l’Histoire !

On trouve une recension extrêmement enthousiaste de l’un des articles de ce dossier sur Atlantico, média clairement orienté à droite. Mais la plus grande joie des auteurs de ces articles sera sans doute de découvrir que leurs thèses sont vivement acclamées par un média lui aussi « dépassionné et libre de préjugés » : le site du Vatican !

Pour continuer sur cette lancée, où le goût pour le « n’importe quoi » s’y dispute à l’obsession acharnée contre les droits LGBT, on conseille vivement à la revue « Le Débat » de changer très vite de titre, et de s’appeler, dès le prochain numéro, la revue « Le Délire ».

Famille | France | Homophobie | International | Musique | People | Politique | Religion | UMP | Zemmour | 11.05.2014 - 17 h 18 | 9 COMMENTAIRES
Ulcérée par la victoire de Conchita Wurst à l’Eurovision, La Manif pour Tous lance son propre concours de chansons : la Droitovision.

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La victoire de Conchita Wurst à l’Eurovision 2014 n’a pas fait que des heureux. Dès ce dimanche matin, Christine Boutin a protesté contre cette victoire, qui est, selon elle, « l’image d’une société en perte de repère niant la réalité de la nature humaine ». Samuel Lafont, militant de la Manif pour Tous, s’est insurgé contre la prestation de l’Autriche et les encouragements des fans de Conchita.

La Manif pour Tous a donc décidé de réagir en organisant à son tour un concours de la chanson, concurrent de l’Eurovision : la Droitovision. Voici en direct la retransmission de ce concours :

(Durant le générique, Eric Zemmour et Ludovine de la Rochère apparaissent à l’écran, lui dans un élégant costume bleu et noir, elle en tailleur rose. Ils parlent une fois le générique terminé.)

Eric Zemmour – Bienvenue, chers téléspectateurs, au grand concours de la Droitovision ! La Droitovision est le concours international de la chanson, mais la participation et le vote y sont réservés aux purs citoyens Français, afin de préserver le concours des hordes de Tchétchènes, de Roms et de Kosovars qui sont à l’origine de la délinquance en France.

Ludovine de la Rochère – Bienvenue à toutes et tous, femmes et hommes, en direct de ce beau lieu qu’est le Sacré-Coeur. Ici, vous ne verrez pas de travelo étranger gagner le concours : tous les chanteurs et les chanteuses sont des femmes ou des hommes, des vrais, et ils ont tous été auscultés par le bon Docteur Dor, un ami personnel.

Eric Zemmour – En direct sur l’ORTF, RTL, Radio Courtoisie et BFN, la chaîne de l’extrême, nous allons maintenant écouter les grands artistes de droite qui nous font l’honneur de concourir ce soir.

Ludovine de la Rochère – Le premier concurrent est d’une droite un peu molle : il a d’ailleurs passé de justesse les sélections de demi-finale. Il s’agit du député Jean Lasalle, qui a heureusement rappelé que le « mariage pour tous » est « à mille lieues des préoccupations des Français« , et que la gauche n’aurait pas dû utiliser le mot « mariage » pour ce projet funeste.

Eric Zemmour – Jean Lasalle représente la belle contrée du Béarn, rattachée à la couronne de France par Louis XIII en 1620, à une époque où l’on avait encore le sens de la nation. Ecoutons l’interprétation de Jean Lasalle, qui est un chant traditionnel harmonieux et doux, comme le sont nos belles contrées françaises.

Ludovine de la Rochère – C’était magnifique ! On aurait dit les cantiques que je chantais plus jeune à l’Ecole du Saint Enfant Jésus pour la semaine Sainte !

Eric Zemmour – Si je n’étais pas incapable de la moindre émotion, je verserais une larme.

Ludovine de la Rochère – Mais voici déjà notre seconde candidate. Elle représente le Nord-Ouest de la France, où elle est très présente depuis quelques années.

Eric Zemmour – C’est une candidate originale, puisqu’on dit que la chanson qu’elle a choisie donne un aperçu assez complet de son programme politique.

Ludovine de la Rochère – C’est exact, Eric ! Sachez que cette chanson part favorite pour les prochains concours européens : on lui attribue déjà la majorité des suffrages français !

Eric Zemmour – Je m’en réjouis, Ludovine. Je note toutefois que cette seconde candidate rend malheureusement hommage à une chanteuse qui n’est pas des plus honorables, et dont la nationalité pseudo-italiano-égyptienne n’est pas sans évoquer ces élites cosmopolites germano-pratines dont parle Philippe Muray, et que l’absence de patrie claire rend ostensiblement agressives envers nous, les Français de souche.

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric. Voici donc la seconde candidate, pour la circonscription Nord-Ouest :

Eric Zemmour – C’est un peu court, mais c’est beau ! On en redemande ! Mais nous passons tout de suite au candidat qui, grâce au tilde dans son nom et à sa maîtrise parfaite des langues étrangères, représente nos amis espagnols.

Ludovine de la Rochère – Il a 34 ans, il est sur les listes du parti Force Vie aux élections européennes, il a participé aux Veillées des Veilleurs, il se dit homosexuel abstinent et…

Eric Zemmour, l’interrompant – Comment, c’est un pédéraste ? Soyons clairs : le lobby gay a donc pénétré la Droitovision ?

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric, enfin, non, je…, euh,… Attention, il va commencer à chanter, taisez-vous !

(Pendant le début de la chanson, Eric Zemmour quitte la salle, furieux)

Ludovine de la Rochère (seule) – Mais enfin, Eric, revenez, c’est ridicule ! Je vous dis qu’il est abstinent !

Eric Zemmour (dans les coulisses) – Je m’en fous ! C’est un pédéraste ! Je suis scandalisé par la puissance de ce lobby du jendère qui pollue tout, jusqu’à l’organisation de cette manifestation culturelle honnête et exemplaire qu’est la Droitovision !

Ludovine de la Rochère – Chers amis, je vous prie de nous excuser pour ces légers désagréments, liés aux aléas du direct. Ecoutons maintenant le 4eme concurrent, qui vient tout juste d’être canonisé – j’espère que cela n’influencera pas vos votes ! Il est le candidat du Vatican : on l’écoute donc religieusement !

Eric Zemmour, maugréant – Bah, après un pédéraste, un Polonais émigré en Italie : la Droitovision sombre décidément dans la décadence. Comme le disait Bossuet dans ses Oraisons funèbres, « Depuis ce malheureux moment, tout alla visiblement en décadence, et les affaires furent sans retour ». Pensez-y, Ludovine, pensez-y !

Ludovine de la Rochère, affichant un sourire de façade et essayant de le calmer – Cher Eric, la concurrente suivante va forcément s’attirer tous vos suffrages. Elle représente le 16e arrondissement de Paris, du moins jusqu’à son prochain déménagement, dont on me dit qu’il devrait arriver bientôt. Il s’agit d’une chanteuse subtile, qui chante l’Hymne à l’Amour ressenti par toute femme pour les hommes, dans le cadre du mariage devant Dieu bien sûr.

Eric Zemmour – Je n’ai pas encore entendu la chanson, mais je vous fais confiance : j’espère que la concurrente suivante saura faire résonner ce si beau lieu du Sacré Coeur de toutes les subtilités de la langue de Molière.

Ludovine de la Rochère – Nous n’avons pas toujours été d’accord, elle et moi, mais là je pense que vous tomberez sous le charme de sa beauté simple et de son intelligence raffinée. Ecoutons-là tout de suite :

Eric Zemmour – C’est très frais, c’est intelligent… C’est tout à fait la définition du « génie français », tel qu’il a été chanté par Charles Maurras ou Maurice Barrès. On dirait des poèmes de Charles Péguy… Vous avez déjà lu Péguy, Ludovine ?

Ludovine de la Rochère, réfléchissant – Euh… Peggie Sue et les fantômes ?

Eric Zemmour, dépité – Bah, laissez tomber… Ecoutons plutôt la candidate suivante, qui nous vient du grand Est de la France. On la dit en deuxième position, actuellement, dans les suffrages des Français pour les prochains concours de la chanson.

Eric Zemmour – « Comme un garçon ! » Non mais, vous vous moquez de moi ! C’est ça, votre concours de droite vigi-gender, avec des femmes qui sont des femmes et des hommes qui sont des hommes ? Morano chantant « Comme un garçon » ? Non mais je ne sais pas ce qui me retient de me casser d’ici !

Ludovine de la Rochère – Allons, Eric, pensez à la somme qu’on vous donne, ça vous fera rester encore un peu…

(Eric Zemmour ne répond pas, et sort une calculatrice. Il pianote quelques chiffres.)

Ludovine de la Rochère – Traversons la France, qui est si belle, et rendons-nous à présent dans le Sud-Est, d’où nous vient Jean-Marie, qui y est actuellement en campagne électorale.

Eric Zemmour, rangeant sa calculatrice, et avec enthousiasme – Je ne vous cache pas que cette chanson est ma favorite !

Eric Zemmour – Avec une chanson pareille, il est bien entendu que si Jean-Marie ne gagne pas, ce sera encore une preuve du vaste complot judéo-maçonnique à la solde du grand capital, qui, en lien avec les bolchéviques apatrides elgébétés, veut répandre la théorie du jendère pour tuer nos enfants.

Ludovine de la Rochère – Tout à fait, Eric. Mais voici maintenant ma candidate préférée : femme de coeur, vaillante, intelligente, pleine d’humanité, elle représente le beau territoire de Rambouillet dont elle est conseillère générale. Nous écoutons à présent Christine Boutin et sa chorale jeune et joyeuse !

Eric Zemmour – Ah, je comprends qu’il s’agisse de votre candidate préférée, Ludovine. Vous êtes une femme de goût !

Ludovine de la Rochère – Merci Eric ! Les candidats sont tous passés : c’est maintenant au jury de faire son choix, ainsi qu’à vous, cher public. Le jury est constitué d’artistes et de professionnels artistiques incontestables : Hervé Mariton, qui jugera des costumes des candidats ; Doc Gynéco, qui évaluera la qualité des textes ; Xavier Bongibault, expert international en coiffures péroxydées ; et Patrick Buisson, maître en enregistrements sonores. Mireille Mathieu, présidente du jury, donnera son avis sur la qualité du chant et la modernité de l’interprétation.

Eric Zemmour – En attendant les votes, faisons une petite pause musicale tirée d’un grand film dans l’histoire du cinéma :

Ludovine de la Rochère – C’est toujours une chanson aussi enthousiasmante. J’en suis toute émue.

Eric Zemmour – Je vous rappelle que vous êtes une femme, Ludovine. Il n’est donc pas étonnant que vous donniez constamment dans le sentimentalisme mielleux et la moraline au goût guimauve. Cela devrait d’ailleurs vous rappeler qu’au lieu de pérorer ici, vous feriez bien d’être chez vous à élever vos marmots et à passer la serpillère. Mais enfin puisque vous êtes là, rendez-vous utile :  annoncez-nous les résultats des votes du public.

Ludovine de la Rochère, sans se démonter – Eh bien, Eric, voici donc les résultats. (Elle ouvre une première enveloppe). Les 12 points du public français vont à… (Elle déplie la feuille et la lit) Eh bien euh…

Eric Zemmour – Alors, bécasse ?

Ludovine de la Rochère (d’une voie cassée, peu à peu au bord des larmes) – Eh bien, en fait… c’est écrit que… euh… hum… la soirée a été un tel bide… que personne n’a voté.

Eric Zemmour – Ah, le lobby elgébété, je le savais !

Ludovine de la Rochère – Oui, c’est la dictature socialiste qui a dû couper le téléphone et empêcher les gens de voter

Eric Zemmour – Mais il nous reste le vote du jury, Ludovine !

Ludovine de la Rochère – Oui, Eric, vous avez raison. Je vais donc le lire. (Elle ouvre une seconde enveloppe). Les 12 points du jury français vont à… (Elle déplie la feuille et la lit) Eh bien euh…

Eric Zemmour – Eh bien quoi encore, gourgandine ?

Ludovine de la Rochère – Il est écrit que le jury, en proie à de vifs désaccords internes, n’a pas pu se prononcer. Mireille Mathieu et Xavier Bongibault se sont disputés pour savoir qui avait la plus belle coiffure, Doc Gynéco s’est endormi, et Patrick Buisson est parti avec les enregistrements de toutes les chansons. Quant à Hervé Mariton, il n’est même pas venu : il fait semblant de lire le livre d’Edouard Louis depuis trois mois.

Eric Zemmour – C’est une catastrophe ! C’est la Bérézina ! C’est Waterloo ! C’est Verdun ! C’est la décadence !

Ludovine de la Rochère – Chers amis de droite, nous allons être contraints de rendre l’antenne. Nous déplorons ces circonstances, et nous demandons à être reçus immédiatement par Manuel Valls, Laurence Rossignol, et toute leur bande d’anti-démocrates primaires. Avant de nous quitter, nous avons bien sûr une pensée particulière pour les candidats qui n’ont pas pu être présents ce soir avec nous : David Douillet,  d’abord, qui n’a pas trouvé le chemin de la scène ce soir et qui vient de nous appeler depuis la cathédrale de Chartres où il s’est perdu. D’autre part, Sylviane Agacinski est retenue sur l’île de Ré par une tempête inattendue, et c’est désormais son mari qui chante pour elle. Nous remercions enfin nos partenaires vestimentaires, sans qui cette soirée n’aurait pas été possible : Lonsdale, Hugo Boss et les carrés Hermès. Nous nous quittons sur cette belle chanson, inspirée de Renaud, que j’ai choisie en hommage à ma candidate-fétiche dans la compétition. A l’année prochaine pour une nouvelle édition de la Droitovision !

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